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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 18:57

Pour de trop nombreuses mauvaises raisons, l’article est resté là, en souffrance d’achèvement, béant comme la bouche muette de qui ne trouve plus ses mots, depuis le crépuscule de juin – j’avais pourtant bon espoir de déployer les détails des dix-huit spectacles proposés avant l’ouverture de la billetterie, le 1er juillet dernier. Les circonstances en ont décidé autrement, qui me tiennent même éloignée de Sarlat pour la première semaine de festivités. J'avais cependant commencé de méditer sur quelques aspects frappants de la programmation, dont vous n'ignorerez plus rien en consultant cette page. Et je m'apprêtais à effeuiller les soirées l'une après l'autre, au gré des petits "plus" dont Jean-Paul Tribout avait enrichi chacune de ses présentations lorsque nous nous étions rencontrés, le 5 juin – mais mon élan s'est arrêté net et, avant que je reprenne le fil de cet article que je ne voulais pas laissé rompu malgré la quasi-fin du mois de juillet...

Il y a eu Nice. Puis ces trois jours de deuil national, qui s'achèvent en même temps que débute le Festival. Et l'acmé de ces journées en crêpe noir, la minute de silence nationale observée aujourd'hui 18 juillet à midi, qui aura coïncidé avec la fin de la première "Rencontre de Plamon" de cette année.

Déjà, à de petits indices, j'avais bien senti que cette 65e édition portait, profonde, la marque des attentats de novembre 2015, de janvier 2016, et de ces atteintes répétées, à travers le monde, à la dignité humaine. Ainsi Jean-Paul Tribout avait-il, pour la première fois depuis qu'il m'accorde le privilège de l'interview annuelle, souligné lui-même quelques "fils rouges thématiques" liant certains spectacles – par exemple la question de la condition féminine, ou celle des altérophobies de toutes sortes... – tandis que, jusqu'alors, il avait eu plutôt tendance à tempérer sa responsabilité de directeur artistique dans ces "résonances de fond" perçues par les spectateurs et à mettre leur surgissement sur le compte de conjonctions opportunes nées davantage des inévitables compromis entre contraintes et disponibilités que d'une volonté délibérée de rendre voisines certaines pièces...

Et puis ce constat, aussi, qu'il n'y avait pas a priori de spectacle témoignant d'une trop perturbante radicalité dramatique – comme si l'âpreté du monde bouleversé dans lequel nous évoluons en ce moment exigeait que fût laissé aux spectateurs un minimum de "confort théâtral", afin que puisse s'épanouir pleinement une réflexion sur les problèmes essentiels que ne manqueront pas de susciter des spectacles comme Le monde d'hier de Sefan Zweig (19 juillet), Les Pieds tanqués de Philippe Chuyen (21 juillet), Retour à Reims, d'après Didier Eribon (23 juillet), Tabou, de Laurence Février, où l'on entend la plaidoirie de Gisèle Halimi (28 juillet), Et pendant ce temps, Simone veille, de Corinne Berron, Hélène Serres, Vanina Sicurani, Bonbon et Trinidad (1er août)... Sans oublier Swing Heil de Romuald Borys (25 juillet), L'Homme dans le plafond, de Timothy Daly (26 juillet) ni Adolf Cohen, de Jean-Loup Horwitz (31 juillet, 2e partie de la Journée des auteurs).

Enveloppant subtilement ces pièces d'une gravité fondamentale que certaines néanmoins drapent d'un voile d'humour, des spectacles pour rire et seulement pour rire – Le Voyage de monsieur Perrichon, d'Eugène Labiche (24 juillet), Un fil à la patte, de Georges Feydeau (3 août) ou pour rêver – L'île sans nom de Johanna Gallard (27 juillet).

Ce jeudi 18 juillet, c'est Philippe Torreton qui ouvre le festival – un comédien dont on connaît la voix puissante et les engagements affirmés, une envergure à lui seul qui, de plus, partage la scène avec Edward Perraud, un percussionniste de très grande renommée. Le spectacle s'intitule... Mec! et a été écrit d'après des textes d'Allain Leprest (1954-2011). Nul doute que ça va claquer...Je m'étais dit, en commençant d'écrire cet article il y a presque un mois, que ça ne manquait pas de sel d'ouvrir un festival où en effet la condition des femmes est bien présente par un spectacle 100% "mec". Mais aujourd'hui cette considération me paraît bien futile.

Pour avoir, par le passé, vu différentes militances s'inviter au Festival avec art, à-propos et force néanmoins – notamment les intermittents, en 2014, qui ont réussi à instruire les spectateurs de leurs difficultés, à les convaincre du bien-fondé de leurs revendications sans jamais interrompre ou perturber une représentation – je sais que le 65e Festival des jeux du théâtre sera un de ces remparts contre la barbarie que seuls peuvent dresser les arts et la culture car ce sont eux, et tout ce qu'ils tiennent sous leur ailes, qui fondent notre humanité. En allant au théâtre, en écoutant de la musique, en contemplant un tableau, en lisant un livre, on est bien plus droit, et debout face à la barbarie qu'en prêtant allégeance à l'un ou l'autre de ces aboyeurs et attiseurs de haine qui, hélas, ne manquent pas de se réveiller à l'odeur du feu et du sang..

Non, aller au spectacle, à Sarlat ou ailleurs, ne relève pas du déni de réalité et ce n'est certes pas reléguer les victimes dans l'arrière-fond de ses pensées: c'est au contraire s'affirmer en tant qu'être humain, compatir dignement en refusant de moutonner dans la haine et l'invective.

Il ne reste pas grand-chose de pertinent, aujourd'hui, dans ce que m'avait inspiré le programme et la couverture du livret imprimé. Pourtant... après avoir longtemps hésité, je laisse en place ces prémices échouées là: il y est question de Shakespeare.

La première surprise que j'ai éprouvée en feuilletant le programme est de constater qu’il n’était pas là… malgré l’illustration, on ne peut plus allusive, qui orne la couverture du fascicule. Alors qu'on commémore le 400e anniversaire de sa disparition, il n’y a pas à l’affiche l’ombre d’une présence shakespearienne, pas même sous la forme d’une (presque) adaptation ou d’un hommage à la manière, par exemple, de l’étonnant Hamlet 60, mis en scène par Philippe Mangenot, que l’on a vu en 2014… Il ne faut voir là nulle intention de se montrer rétif au courant dominant, à "ce-qui-se-fait-partout", non, la raison de cette absence est toute simple; elle est inhérente aux facteurs qui contraignent la programmation sarladaise: «Je n’ai vu aucune pièce de Shakespeare qui aurait été susceptible de venir à Sarlat cette année, et personne ne m’en a signalé que j’aurais pu inviter», m’explique Jean-Paul Tribout. Mais, au fond, sa célébration ne peut-elle tenir dans cette seule manifestation purement graphique? Par le truchement d'une couronne, d'un crâne, d'une nuit étoilée il est immédiatement évoqué en renvoyant à ses œuvres les plus connues; il est ainsi établi en figure tutélaire de tout le festival. Cet habile travail d'illustration, éloquent au premier regard, montre combien William Shakespeare est devenu emblématique du théâtre occidental. Et témoigner aussi simplement de cette imprégnation culturelle, par une sorte de clin d'oeil de connivence, est peut-être, en définitive, une révérence plus profonde adressée au «Grand Will» que de banalement programmer l'une ou l'autre de ses pièces. j'ajouterai, enfin, que cet hommage subtil est en fraternité avec les nombreux spectres qui hantent son œuvre...

Molière en revanche – lui dont je pensais, avant de me replonger dans les anciens programmes qui ont in fine démenti cette conviction, qu’il formait avec Shakespeare un duo d’invités permanents au Festival – est bien présent, à travers deux de ses pièces les plus fameuses (L’École des femmes, le 20 juillet et Les Fourberies de Scapin le 2 août) et, peut-être, les plus jouées, lui dont on ne célèbre rien cette année mais qui n’a nul besoin de commémoration d’aucune sorte pour tenir continument son éminente place dans notre culture.

65e édition du festival des jeux du théâtre de Sarlat (II)
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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 02:50

Pour sa 65e édition, le festival de Sarlat se porte plutôt bien...

L’an passé, lors de plusieurs «Rencontres de Plamon», l’expression avait fusé, à la faveur de l’une de ces brèches qui de temps à autre s’ouvrent au-delà des spectacles dont on parle pour aller vers des considérations plus générales: «Cette année, le festival arrive à un tournant de son histoire.» Un tournant… chaque fois que ces mots surgissent dans l’évocation d’un parcours, qu’il s’agisse d’une personne ou bien d’un événement, il est difficile de ne pas entendre, derrière, l’ombre d’une menace. Et, en effet, ce qui devait infléchir à coup sûr l’histoire du festival avait de quoi inquiéter. D’une part 2015 marquait la dernière contribution de la DRAC au budget de l’événement – un abandon progressif amorcé trois ans auparavant – et, d’autre part, l’occupation de la place de la Liberté pour trois représentations était remise en question de manière plus radicale que de coutume. Il ne fallait plus seulement faire face à la grogne pressante des cafetiers et des commerçants de la place qui, le temps que les gradins tiennent l’espace, sont privés de leur terrasse ou de leur pas de porte et voient ainsi s’échapper une partie de leur clientèle car un nouveau problème se profilait: le contrat de location qui liait le comité du festival à la société fournissant les gradins arrivait à échéance et il ne pouvait être reconduit qu’à la condition que les matériels soient entièrement rénovés, or cela impliquait une hausse des tarifs qui dépassait beaucoup trop largement le budget du festival. Les représentations sur la grand-place allaient-elles donc disparaître? C’eût été la solution la plus simple, qui de plus permettait de dénouer sans ambages les conflits avec les commerçants, mais, aussi, la plus douloureuse: offrir au public des spectacles en ce lieu emblématique de Sarlat fait partie de l’identité du festival; n’en plus avoir la possibilité revenait à défigurer l’événement. Plusieurs alternatives parmi lesquelles il allait falloir trancher à court terme furent vaguement envisagées: compenser le renoncement à la grand-place par un aménagement du site des Enfeus (installation de gradins plus grands et plus confortables, doublée d’un agrandissement de la scène) permettant d’accueillir plus de spectateurs et des spectacles exigeant plus d’espace; un maintien festivalier sur la place mais sous une autre forme que celle des grands spectacles spacivores (par exemple des pièces de tréteau, analogues à celles qui se jouent au jardin du Plantier)… Dans l’expectative et un peu inquiète bien que l’existence même du Festival n’ait pas semblé devoir être menacée, j’avais quitté Sarlat le cœur triste comme tous les ans quand s’achève cette parenthèse d’effervescence théâtrale délicieusement euphorisante mais, cette fois, lourd d’une ombre supplémentaire. Et puis je ne pouvais m’empêcher de songer que Jacques Leclaire en 2014, et Jean-Paul Tribout en 2015, avaient chacun fêté leur vingt ans d’implication dans l’organisation du festival, le premier en tant que président du comité, le second au poste de directeur artistique. Ces échéances décennales étaient-elles de nature à aiguiser davantage l’angle de ce «tournant»? Dans les semaines qui suivirent la clôture du festival, je vis avec plaisir reprendre l’habituel égrènement des moments cruciaux rythmant les préparatifs de l’édition à venir : convocation de l’assemblée générale, établissement puis annonce du programme 2016, invitation à la conférence de presse et, enfin, réception dans ma boîte à lettres du livret de présentation… où je découvris que l’on donnait à nouveau « Carte blanche à Jean-Paul Tribout », que le président Leclaire avait été réélu, et qu’il y avait toujours trois représentations données sur la place de la Liberté – trois « grands spectacles », comme d’habitude… Agréablement surprise, je me demandai néanmoins comment avait été négocié ce «tournant» qui, in fine, semblait n’avoir pas modifié le visage du festival, dans les traits duquel, en outre, je n’apercevais pas de stigmates attestant de souffrances budgétaires aggravées : toujours dix-huit spectacles se partageant les mêmes lieux (abbaye Sainte-Claire, place de la Liberté, jardin des Enfeus, jardin du Plantier), une «Journée des auteurs», les «Rencontres de Plamon» chaque matin à 11 heures… Je retrouvais dans les pages du programme ce paysage théâtral qui m’est si cher et auquel je m’attache davantage d’une année sur l’autre depuis maintenant dix ans.

J’eus le fin mot du mystère à la faveur de l’interview que Jean-Paul Tribout m’a accordée le dimanche 5 juin – un rendez-vous lui aussi inscrit dans «l’habituel égrènement» des préparatifs festivaliers d’une habituée qui n’a presque jamais pu assister aux conférences de presse, et qu’honore avec une invariable gentillesse le directeur artistique en dépit de ses multiples obligations. Jean-Paul Tribout: On a en effet conservé trois spectacles sur la place de la Liberté, mais avec des gradins de seulement 600 places au lieu de 1200. Ça mange moins d’espace et, du coup, les étals des commerçants et les terrasses des cafés peuvent rester en place pendant la semaine où les gradins sont montés. De la sorte leur chiffre d’affaires sera préservé, et les spectateurs pourront, eux, continuer de profiter, à trois reprises durant le festival, du cadre formidable que constitue la place. Cette solution de compromis, la meilleure semble-t-il car elle satisfait à peu près à égalité toutes les parties, a cependant un coût: Avec une jauge réduite de moitié, nous ne pourrons plus faire de bénéfices avec les spectacles de la grand-place. Mais il est vrai que nous avons très rarement accueilli 1200 spectateurs ; la moyenne de remplissage s’est toujours établie entre 500 et 800 places, malgré quelques exceptions mémorables, par exemple en 2015 avec La Vénus à la fourrure* ‒ on a vendu tous les billets, et comme les producteurs avaient consenti d’importants efforts pour que le comité puisse offrir le spectacle aux festivaliers, les bénéfices ont été appréciables. Pareille aubaine ne pourra plus se produire avec cette jauge réduite, mais encore une fois, nous ne remplissions que très rarement ces 1200 places. La perte de bénéfice ne sera, en définitive, pas si massive que cela.

Je m’avise aussi, in petto, qu’en cas de repli forcé au Centre culturel pour cause d’intempéries, tous les spectateurs sans exception pourront être déplacés et que le comité n’aura pas de billets à rembourser… Sur le plan financier – ce «fil du rasoir» si prompt à trancher net la récurrence d’un événement dès lors que l’un ou l’autre subventionneur déclare forfait – la situation n’est pas aussi catastrophique que pouvaient le laisser redouter ces temps de disette culturelle. Jean-Paul Tribout: Certes, je pourrais répéter, comme tous les ans, que nous n’avons jamais assez d’argent pour faire ce que nous voulons, et inviter tous les spectacles que nous aimerions proposer aux festivaliers mais, dans l’ensemble, nous n’avons pas trop à nous plaindre du budget: la DRAC s’est retirée, préférant accorder ses aides aux structures permanentes, comme le Centre culturel, par exemple, mais en contrepartie, la ville et le département ont augmenté leurs subventions – la perte est donc en partie compensée. De plus, cette année, l’ADAMI a reconduit son partenariat avec le festival – mais elle se retirera l’année prochaine, adoptant, ainsi, un soutien par intermittence. Et comme les artistes invités sont toujours aussi généreux, et disposés à rogner sur leurs cachets pour que leurs pièces puissent venir à Sarlat, nous avons réussi à dégager de petites économies grâce auxquelles nous avons pu inscrire à l’affiche un spectacle supplémentaire, à destination du jeune public…

Avant d’entamer l’exploration au jour le jour du programme [que l'on peut d'ores et déjà découvrir ici, en notant que la location sera ouverte au public dès le 1er juillet], un mot sur les activités de Jean-Paul Tribout : les deux derniers spectacles qu’il a montés et dans lesquels il joue, Monsieur chasse! et Le Mariage de Figaro, poursuivent une carrière itinérante au gré de dates disséminées un peu partout dans l’Hexagone; au début du mois de juillet, il lira des textes de Voltaire au 21e Festival de la correspondance de Grignan, dont le thème est «Lettres d’exil» ‒ cette lecture, orchestrée par Didier Brice (un comédien avec qui il a déjà travaillé et qui est venu à Sarlat plusieurs fois) s’intitule Voltaire: «Je me suis fait libre». Cinquante ans d’exil. Enfin, il prépare une nouvelle pièce qui ouvrira la prochaine saison au Théâtre 14 – la première aura lieu le 5 septembre –, dont les répétitions venaient tout juste de débuter quand nous nous sommes rencontrés: Vient de paraître, une comédie en quatre actes d’Édouard Bourdet (1887-1945), créée en 1927 au théâtre de la Michodière et qui a connu, alors, un énorme succès – elle aurait été jouée plus de six cents fois… Mais il n’y a pas eu de reprise depuis, sinon sous forme d’adaptations audiovisuelles: deux dramatiques pour la télévision dans les années 1960, et un film, en 1949, réalisé par Jacques Houssin, avec Pierre Fresnay. Édouard Bourdet, durant l’entre-deux-guerres, fut avec Henri Bernstein le principal auteur de théâtre de boulevard; il fut aussi, entre autres, administrateur de la Comédie-Française pendant le Front populaire. La pièce la plus connue de cet auteur aujourd’hui oublié est Le Sexe faible (1929). Une autre de ses œuvres est fameuse, mais sous la forme de son adaptation cinématographique: Fric-Frac, le célébrissime film réalisé en 1939 par Paul Lehman, avec Fernandel, Michel Simon et Arletty.

«Vient de paraître, m’explique Jean-Paul Tribout, est une satire du monde de l’édition: on y apprend comment on “fabrique” un prix littéraire, comment on empêche un auteur de l’avoir… c’est un aperçu assez sociologique sur ce milieu très particulier – d’autant plus intéressant que les choses n’ont pas beaucoup évolué depuis les années 1930, à ce qu’il me semble! On est dans le registre de la “comédie de salon”: on ironise sur les mœurs, c’est vif, rapide, on ne rit pas aux éclats et il n’y a pas beaucoup de mots d’auteur comme chez Guitry mais c’est très bien écrit. Je crois d’ailleurs que c’est l’écriture qui m’a donné envie de monter cette pièce, et puis aussi le fait que je n’avais encore jamais mis en scène de comédie de salon. Ce sera donc une première, et j’aurai le plaisir de retrouver, dans cette aventure, la plupart des comédiens qui me suivent habituellement…»

Et comme si tout cela ne suffisait pas à son bonheur d’homme de théâtre passionné et engagé, Jean-Paul Tribout doit aussi s’occuper du dossier «Avignon off» pour le compte de l’ADAMI, dont il est le vice-président – c’est-à-dire qu’il sera présent dans la Cité des Papes au plus fort de l’affluence, avant de venir prendre ses quartiers en Périgord pour des journées festivalières dont on sait combien elles sont trépidantes...

* La Vénus à la fourrure, de David Ives. Mise en scène: Jérémie Lippmann. Avec Nicolas Briançon et Marie Ghislain. Le dimanche 26 juillet 2015, ce spectacle venait clore la série de représentations données place de la Liberté.L'on y avait vu l'avant-veille le Dom Juan de Molière mis en scène par Arnaud Denis (que j'avais vu au Théâtre 14 et qui se jouait pour la dernière fois, avais-je appris le lendemain) et le mercredi 22 Beaucoup de bruit pour rien, de Shakespeare, que Hervé van der Meulen avait transposé en 1918. Deux spectacles merveilleux, formidablement interprétés, qui avaient en occupé l'espace d'une manière exceptionnelle et suscité l'enthousiasme du public... La Vénus à la fourrure avait été, à mes yeux, l'apothéose de cette suite de trois représentations: les deux comédiens avaient, par leur formidable talent, servi avec brio une pièce fascinante (qui, rappelons-le, n'adapte pas le roman de Sacher-Masoch mais interroge le jeu même de l'acteur, la frontière ténue qui sépare le personnage de la personne, les effets de miroir qui peuvent troubler, jusqu'à la confusion, les postures du comédien et du metteur en scène, etc.) - par leur seul jeu, ils étaient parvenus à habiter l'entièreté d'une scène immense, occupée par un décor impressionnant: une sacrée performance pour un duo. Mais en outre, ils avaient su tirer parti de la configuration de la place, avaient réussi à intégrer dans leurs déplacements son immédiate périphérie... La grand-place avait été magnifiée par le spectacle qui, en retour, avait reçu de cet environnement rare une dimension hors de pair. L'osmose avait été totale, comme elle l'est assez peu souvent, et je m'étais dit alors que si c'était en effet la dernière fois que la grand-place servait d'écrin à un spectacle du festival, ç'avait été là une inoubliable soirée d'adieu. Un "adieu" dont je sais maintenant que ce n'était qu'un au-revoir...

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 15:01

Les Cavaliers, roman épique et lyrique devenu au théâtre un spectacle envoûtant, a amené à Plamon le matin de la représentation Éric Bouvron, le metteur en scène, et Grégori Baquet, l'un des quatre interprètes puis, le lendemain, aux côtés d'Éric Bouvron, Maïa Gueritte et Khalid K. Suivent des transcriptions établies d'après les échanges enregistrés les 30 et 31 juillet lors des rencontres matinales...

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GENÈSE DU SPECTACLE Comme point-origine, un livre reçu en cadeau qui a tout de suite flatté chez Éric Bouvron son inclination à voyager. D'une grande curiosité pour toutes les cultures ‒ qui lui vient peut-être d'un polyculturalisme biographique: de père français, de mère grecque, il a grandi en Afrique du Sud et a parlé anglais avant de s’initier au français ‒, il chausse aussi souvent qu'il le peut des «semelles de vent» et glisse dans ses spectacles les plus précieuses chamarrures qu'il ramène de ses pérégrinations...

Éric Bouvron: Pour avoir grandi en Afrique du Sud, j’ai toujours été fasciné par les voyages, les rencontres avec les peuples: j’aime vivre des choses humainement et ensuite les transmettre en racontant des histoires. D’où l’idée de créer des spectacles autour d’autres cultures que la mienne, par exemple celle des Bushmen, ou des Inuits. Pour ces créations, je me suis rendu auprès de ces gens pour m’imprégner de leurs coutumes, de leur langue, de leur religion, etc. Ainsi, quand il s’agit de transmettre au spectateur quelque chose de ces peuples je sais de quoi je parle. Quand je suis revenu de chez les Inuits, Thibaut – mon producteur qui est aussi un ami – m’a demandé où je comptais aller. J’ai répondu «là où personne n’oserait aller», et à cette époque on ne parlait que de l’Afghanistan. Alors je me suis dit que j’allais me rendre en Afghanistan et écrire une histoire autour de ce pays. Mais j’ai l’habitude d’écrire des choses plutôt comiques, et je me demandais bien comment j’allais pouvoir écrire quelque chose de comique à propos de l’Afghanistan… puis Thibaut m’a offert Les Cavaliers dont il m’a dit que c’était son livre préféré. Je ne savais pas qui était Joseph Kessel, de plus le français n’est pas ma langue maternelle, mais je me suis plongé dans ce livre et tout ce que je découvrais me touchait beaucoup. Alors j’ai pensé que c’était cette histoire-là que j’allais raconter. Sans savoir vraiment où j’allais… et si j’avais eu la moindre idée de la difficulté, jamais je ne me serais lancé là-dedans – je peux dire que c’est grâce à ma naïveté que je suis allé au bout de ce projet. Comme j’avais besoin de voyager, on a décidé, avec Grégori, d’aller en Afghanistan. Or, le pays dont parle Kessel – l’Afghanistan des années cinquante-soixante – est un pays qui n’existe plus. Alors nous sommes allés en Ouzbékistan, qui est juste à côté, et dont les coutumes, les usages, sont proches de ce qu’ils étaient en Afghanistan au temps où Kessel l’évoque. Nous avons séjourné là-bas, dans les steppes, pour nous imprégner de toutes ces couleurs qu’on a ramenées avec nous afin de nourrir le spectacle.

Grégori Baquet: L’aventure a démarré il y a trois, quatre ans, en Avignon – Éric jouait un seul en scène, moi aussi… nous nous sommes appréciés mutuellement et nous avons pensé que ce serait bien de travailler ensemble. Éric était justement en train d’écrire quelque chose à propos d’un roman que lui avait fait découvrir celui qui allait être notre futur producteur, qui était Les Cavaliers. À l’époque il avait jeté sur le papier une trentaine de lignes, il me les a fait lire, et nous avons décidé de continuer… Éric a donc poursuivi ce qu’il avait commencé, et ça a donné une adaptation remarquable surtout de la part de quelqu’un dont le français n’est pas la langue maternelle. Ça a d’abord été un spectacle à deux comédiens, puis on est passé à une version à sept et, en définitive, au cours du travail, on s’est retrouvés à trois, puis à quatre, et c’est cette version à quatre que nous vous présentons. C’est le roman qui nous a indiqué cette voie – un roman de quelque six cents pages dont nous avons fait un spectacle d’une heure et demie…

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KHALID K., PLASTICIEN DES SONS

Avant d’assister à la représentation des Cavaliers, je ne savais rien de Khalid K. en dehors de l’admiration que lui témoignaient ceux qui le connaissaient. Aux Enfeus, je découvris de fabuleux modelages sonores que je n’imaginais pas pouvoir être produits en dehors d’un studio et que je voyais là créés sur scène, dans le temps de la représentation. J’écris à dessein «voyais» car Khalid K. joue ses créations sonores comme un personnage du drame et sa gestuelle, ses postures interagissent constamment avec le jeu des trois autres comédiens. Depuis les chants jusqu’aux plus infimes bruitages, que les sons soient conservés dans la simplicité de leur première émission ou bien brodés d’échos, longuement prolongés, dupliqués, modulés, distordus… Khalid K. fabrique en direct, sur le plateau, au fur et à mesure que coule l'histoire, l’univers sonore dans son entier.. Le lendemain, à Plamon, il évoqua son parcours dans une sorte d’élan calme, d’une voix fluente, sereine et libre, dont on aurait pu dire qu’elle rayonnait… Comme lui d’ailleurs, de toute sa présence. Il se montra aussi d’une grande générosité artistique: venu avec le micro et la télécommande aux 60 fonctions dont il s’était servi pendant le spectacle, il les raccorda à un ordinateur, qu’il brancha aux baffles équipant la petite salle, procéda enfin à quelques réglages avant que soit donné le signal d’ouverture de la rencontre. Tout le temps qu’il parla, il ponctua ses propos de jeux vocaux qu’il étoffa de modulations électroniques puis, quand les échanges s’engagèrent avec les spectateurs, il continua du jouer avec les sons de manière impromptue: cédant de temps à autre son micro – mais pas sa télécommande ‒, il fit naître à tout moment, au prix de discrets ajustements, des sonorités étranges, ourlant soudain une réplique d’échos perpétués jusqu’à l’effacement ou bien dupliquant longuement un simple mot capté au hasard – «bonjour… bonjour… bonjour…». L’on acheva de prendre la mesure de cette générosité quand, à la fin de la rencontre, il nous offrit un magnifique solo vocal, un morceau d'opéra improvisé de presque trois minutes…

Khalid K.: Pendant le spectacle, l’univers sonore c’est juste ça: un micro, une télécommande, et un ordinateur ultrasophistiqué équipé d’un logiciel lui aussi sophistiqué et avec lequel je travaille depuis très longtemps. J’ai dit aux techniciens de brancher les machines mais qu’ensuite ils n’auraient plus rien à faire: je suis ma propre régie son! Quand j’étais plus jeune, j’étais très timide, un peu autiste, et je me baladais toujours avec des écouteurs, des enregistreurs, je captais tous les bruits qui m’entouraient – avant même de travailler la voix j’ai utilisé des machines. J’ai d’abord été électricien de théâtre: j’ai donc côtoyé beaucoup de comédiens, de metteurs en scène, assisté à de très nombreuses répétitions, et ce monde du spectacle me fascinait, en particulier les acteurs: je ne comprenais pas comment ils pouvaient être «bien» dans des situations impossibles, pleurer sur scène, etc. Alors que je moi je sentais des milliards de choses à exprimer mais ça restait bloqué à l’intérieur – j’avais toujours mal à la gorge, des migraines… et j’imaginais qu’à travers le théâtre, il y aurait peut-être une solution à ce besoin de dire. J’ai commencé à faire des bandes son pour des compagnies de théâtre, je me suis rapproché des acteurs – je demandais aux metteurs en scène de rester avec les comédiens lors des séances de training, et cela m’a amené dans des situations où il fallait raconter des histoires. Et moi, en tant que musicien-technicien, j’étais complètement tétanisé. J’ai quand même réussi à passer le cap, à faire des exercices de mémoire sensorielle, d’expression des émotions – la tristesse, la joie… alors qu’auparavant, je ne parvenais à montrer aucune émotion, c’était comme une ligne continue – extérieurement, j’étais linéaire, ni triste, ni joyeux… mais à l’intérieur il se passait beaucoup de choses. Au travers de toutes ces expériences j’ai réussi à libérer ma respiration, ma voix… À partir de ce moment-là j’ai rangé toutes mes machines, et pendant des années j’ai juste travaillé la voix. Dans tous les sens possibles et imaginables, sans limites puisque je n’avais pas de professeur, ni de règles – c’étaient juste des fantasmes d’expression. Une fois atteint un niveau vocal complètement délirant, j’ai ressorti mes machines. Et maintenant ça fait quinze ans que je travaille avec des machines. Maintenant, je me produis seul sur scène, où je suis parvenu à me créer un espace de liberté. J'ai commencé à faire des premières parties, avec Manu Dibango, ou Le Quatuor... C'était de l’improvisation et souvent, cinq minutes avant de monter sur scène je ne savais pas du tout ce que j’allais faire. La seule contrainte que j’avais était d’être présent. Quand Éric m'a vu faire de la musique en totale liberté, il s'est dit que réunir cet univers musical et une pièce de théâtre, ça pourrait donner quelque chose d'extraordinaire... Pour Les Cavaliers, j'ai proposé juste ça: être présent, et improviser. On a commencé par de l’improvisation et de séance en séance les improvisations se sont fixées. Sur la fabrication d’un spectacle comme celui-ci, c’est plutôt la sensation qui imprime des couleurs – je préfère parler de «couleurs» – et au fil des répétitions, les couleurs, les thèmes, s'installent. Pour les chants, ce sont des modes vocaux, donc qui correspondent à des états de corps constants mais les phrases elles-mêmes sont improvisées. Éric Bouvron: Ici, le roi, c’est Joseph Kessel. On essaie juste de raconter l’histoire qu’il a écrite et le travail des comédiens, les lumières, les costumes, etc. sont juste là pour la raconter au mieux. Le rôle de Khalid, dans cette création, c’est d’amener des «couleurs» comme il dit, d’aller encore plus loin que le texte dans l’évocation des situations de l’histoire. On essaie d’utiliser le moins d'effets possible; ce sont les artistes qui sont un peu tout – le décor, etc. J'ai dit à Khalid: «Je ne veux pas du tout que tu sois un musicien dans un coin qui crée une ambiance, je voudrais que tu sois l’extension du jeu et de l’émotion.» Par exemple, quand on coupe la jambe d’Ouroz, il hurle et ça se transforme en chant derrière, à la limite du chant lyrique et ça permet que l’émotion du spectateur se prolonge au-delà du moment de l’amputation. Pour moi, il fallait que Khalid ait l’entière liberté de se déplacer dans l’espace, je le voyais comme un coryphée: il est partout, et nulle part. Il est libre de se déplacer et peu à peu au fil des répétitions, son jeu s’est fixé. Khalid n’est pas un comédien à qui on donne des directives, c’est un artiste qu’il faut laisser libre dans le vent et c’est comme ça qu’il a ce jeu naturel, organique.

[question d'un spectateur:] Quand vous chantez, quand vous reproduisez l'appel du muezzin, en quelle langue est-ce? Khalid K.: Comme je vous le disais tout à l’heure, j’ai longtemps été dans un mutisme quasi autistique; j’avais énormément de mal à m’exprimer et du coup j’écoutais beaucoup la radio, tous les chants du monde, et pour me libérer j’ai commencé à imiter les sons des langues, juste les sons, sans chercher à reproduire des mots. En écoutant toutes ces langues, j’entendais autre chose que ce qui est compréhensible: la vibration du corps, l’émotion… l’information, dans le langage des êtres, elle n’est faite que de ça, et sans comprendre la langue, on entend ce langage du corps. Peu importe la langue, ce qui compte c’est l’attitude, la justesse sonore par rapport à un état émotionnel et à ce qu’une langue étrangère peut donner à entendre. Dans Les Cavaliers, le chant du muezzin c’est un jeu phonétique et musical, une suite de vocalises fondées sur des sonorités qui ne correspondent à aucun mot, mais ce n’est pas de la caricature. En fait de langue, je n’en parle qu’une seule, c’est le français – un peu l’anglais… Mais ce qui me passionne véritablement, c’est la multiplicité des modes d’expression des êtres humains.

[question d'un spectateur:] Les pulsations qu’on entend au début, avant que le spectacle commence, qu’on retrouve à la fin, et qui ne reproduisent pas le rythme cardiaque ont-elles une signification particulière?

Khalid K.: Il a été assez vite question de créer un climat pour l’entrée du public. J'ai essayé quelque chose de tranquille, simplement un état… Et c’est venu comme ça… Comme ces pulsations sont une couleur qui revient plus tard pour l'entrée d'un personnage, on les a gardées. J’aime bien créer des ambiances pour changer l’espace – par exemple si je fais ça [à l’appui de ses explications, Khalid lance quelques claquements de langue qu’il module avec sa télécommande, démultiplie et transforme en échos; tout d’un coup la petite salle de Plamon, pleine à craquer, se met à résonner comme une vaste caverne vide…] tout de suite l'espace est modifié… Éric Bouvron : Au théâtre, je pense que les artistes, les organisateurs, doivent prendre le spectateur qui arrive par la main et, à la fin, le conduire vers la sortie aussi par la main. On est dans un lieu rituel, un lieu sacré, où le spectateur doit se sentir prêt à recevoir, et notre rôle d’artiste c’est de donner au spectateur. Dès que vous entrez dans le lieu de représentation, il y a le son, et il y a l’image – on oublie trop souvent combien les sons, les bruits suscitent des images: un son c’est tout de suite magique,d'où son importance au moment de l'accueil, qui est un moment crucial. Je me demande souvent si on peut toujours comprendre tout ce que la musique nous donne, ou si elle nous met juste dans certains états… par exemple, quand je n’arrive pas à dormir, je mets de la musique – du pop, du classique, peu importe, et ça m’apaise… je crois que la musique nous donne des sensations, pas des compréhensions… Ce sont nos expériences dans la vie qui nous donnent la compréhension: le cerveau emmagasine ces informations et les réutilise. Mais il y a une partie de nous qui n’a pas besoin de comprendre, juste de recevoir. Par exemple, quand j'amène un tabouret, et que le spectateur voit un tabouret mais en même temps pense «c’est un cheval», ce n'est pas de l'ordre de la compréhension... Mais c'est une manière, pour moi, de lui rappeler qu'il est au théâtre. Si j’avais un dernier mot à dire, ce qui m’inspire dans ce type de travail, d’utilisation des objets, c'est le comportement des enfants: lorsque j’anime des ateliers dans des écoles, tout ce dont on dispose c’est la table de l’endroit, et les chaises. Et en moins de deux minutes, les gamins les transforment en taxi, en camion, en avion… simplement parce qu’ils y croient. Et c’est ça notre métier, au théâtre: vous faire croire.

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 14:36

Adapter un roman au théâtre passe pour une gageure mais, après avoir vu, entre autres, Les Travailleurs de la mer adapté par Paul Fructus, L'Or de Cendrars porté à la scène par Xavier Simonin, j'avais acquis la conviction que l'entreprise ne tient nullement de l'impossible défi et qu'il est tout à fait possible de créer un spectacle théâtralement remarquable qui, en même temps, respecte les caractéristiques littéraires d'un grand texte. Reste que Les Cavaliers, tout de même... N’était-ce pas un gant de plomb à relever que de prétendre enserrer dans le cadre confiné d’une scène de théâtre, fût-elle ouverte aux vents comme à Sarlat, et dans un temps moyen de représentation, soit environ deux heures, cette vaste fresque épique? Située en Afghanistan à la fin des années 1950 elle retrace le destin douloureux d’Ouroz, un champion de bouzkachi estropié, défait, trahi, qui doit reconquérir à la fois sa pleine validité, son honneur, sa fierté – et l’estime de son père, le grand Toursène. Un destin âpre, semé de souffrances et d’humiliations, inséparable de celui de Jehol, le Cheval Fou, un étalon de légende à nul autre pareil que Toursène a élevé, dressé, et dont il a décidé qu’il reviendrait à Ouroz s’il remportait le bouzkachi royal organisé à Kaboul. À la difficulté de condenser sans le dénaturer un récit aussi ample – il se déploie sur quelque six cents pages – s’ajoute celle de faire exister théâtralement les beautés littéraires d’une prose à grand souffle, travaillée en rythmes, assonances et allitérations comme de la poésie, s’évasant en brèches lyriques à la faveur de descriptions grandioses et, en même temps, magistralement narrative qui tisse au fil des pages une haute geste.

Autant dire tout de suite que l’adaptation d’Éric Bouvron est une merveille. Malgré des modifications radicales opérées dans la narrativité, les lignes de force du récit sont conservées dans toute leur puissance. Au-delà de la narration admirablement réinventée pour la scène, c’est la littérarité même du texte que l’on retrouve, non seulement préservée mais valorisée. On sent résonner par la bouche des comédiens et à travers leur jeu la dimension épique de l’écriture aussi bien que sa part poétique; leur excellente interprétation baigne dans un environnement sonore hors du commun tandis que l’espace est modelé par des lumières superbes – le spectateur est emmené très loin, en un ailleurs propre au théâtre, bien distinct de l’univers romanesque. À aucun moment ni la mise en scène ni l’interprétation ne m’ont paru tendre vers le moindre réalisme figuratif – on ne quitte pas le terrain de la suggestion onirique. C’est par exemple un tabouret qui figure le cheval – mais il y a, quand un comédien s’empare du tabouret et lui parle comme à un étalon, tout autour dans l’air le claquement des sabots, des hennissements, des ronflements… autant de sons reconnaissables mais non mimétiques. Bien plutôt musicaux, ils sont amenés comme une mélodie dans le paysage sonore par Khalid K. qui les crée en direct, dans l’instant même où ils sont requis. Et tout en voyant un tabouret on perçoit un cheval, on sent le frémissement des muscles sous la peau comme si notre main flattait l’animal, le velours de son regard et l’haleine de ses naseaux posés là sur notre nuque. Quant aux personnages ils adviennent comme dans Le Porteur d’histoires: un changement de costume, parfois limité à l’échange d’un turban contre une calotte, un accessoire saisi – une canne, une cravache – apparié à une nouvelle posture et voilà campé un autre personnage sans que le comédien modifie véritablement sa voix. On reste à la lisière de l’incarnation et de la présentification par narration interposée – on est dans le domaine du «conditionnel ludique», ce temps non grammatical que les enfants utilisent pour repeindre le monde aux couleurs de leurs souhaits: «on ferait comme si on était des pirates…» «on dirait qu’on est sur la lune»...

J’avoue néanmoins avoir un peu frémi dans les premières minutes en entendant le spectacle commencer par une intervention de Mokkhi, le saïs (palefrenier) d’Ouroz qui, dans le roman n’apparaît pas ainsi dès l’incipit et, peu après, en constatant qu’une injonction brève mais essentielle que Guardi Guedj (l’Aïeul de Tout le Monde, un conteur itinérant d’une extrême vieillesse que l’on respecte comme un mage, réputé distiller, outre de merveilleux récits, une irremplaçable sagesse) adresse à Toursène – «Vieillis vite!» –, avait été confiée à un autre personnage. Mais j’ai vite repoussé ces réticences: pour être juste à l’égard du spectacle, je devais l’apprécier pour lui-même, goûter simplement ce qu’il offrait en tant qu’œuvre théâtrale sans me référer aux spécificités du roman. Sitôt mon écoute infléchie, je sentis mes résistances tomber et, peu à peu, ce fut comme une dissolution – j’étais son parmi les sons, photon perdu au cœur des ombres et des couleurs de lumière… le souffle sonore et lumineux qui portait les destinées racontées m’emportait avec elles.

Dans le roman, Guardi Guedj prononce le nom de Jehol, le Cheval Fou, au cours d’une simple conversation avec Toursène et cette seule prononciation par la voix du quasi-mage d’un nom pourtant familier produit sur le Maître des Écuries un effet singulier: Et pour la première fois, le nom du grand bai cerise retentit avec toute la beauté, la plénitude et la signification qu’il avait pour Toursène. Voilà qui m’évoque singulièrement la magie unique du théâtre: la voix, le jeu des comédiens et les apports de la mise en scène me paraissent avoir à l’endroit de la «parole littéraire» le même pouvoir que la voix de Guardi Guedj sur le nom de Jehol – en révéler un sens, une beauté que réduit au silence l’inertie de la page imprimée où les mots, aussi littérairement transfigurés fussent-ils, s’ordonnent et défilent privés de souffle – d’âme…

LES CAVALIERS

D’après le roman éponyme de Joseph Kessel. Adaptation d’Éric Bouvron. Mise en scène : Éric Bouvron et Anne Bourgeois, assistés de Gaëlle Billaut-Danno. Avec : Grégori Baquet, Éric Bouvron, Maïa Gueritte, Khalid K. Costumes : Sarah Colas Création lumières : Stéphane Baquet Durée : 1h30.

Représentation donnée le jeudi 30 juillet au jardin des Enfeus. Le spectacle part en tournée et l’on pourra le voir à Paris en février 2016 au théâtre La Bruyère…

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 11:42

[Fin de l'intempestifentracte, long, long, long... La main sur l'image reste figée en son suspense, mais la mienne peut reprendre son geste et continuer le dévoilement...]

Dimanche 26 juillet. 21h30, place de la Liberté. La Vénus à la fourrure, de David Ives. Mise en scène de Jérémie Lippmann. Jean-Paul Tribout: Attention, ce n’est pas une adaptation du roman de Sacher-Masoch, c’est une vraie pièce de théâtre, écrite par un auteur américain, qui raconte les aventures d’un metteur en scène new-yorkais en train de monter une pièce intitulée La Vénus à la fourrure et qui est en quête d’une comédienne pour incarner Wanda. Il passe donc des auditions, mais en vain et, au moment où tout semble terminé, survient une actrice qui, après avoir passé son audition avec succès, va s’imposer comme la dominatrice. On retrouve alors le même ordre de rapports dominante/dominé que dans le roman de Sacher-Masoch. Roman Polanski a tourné récemment un film d’après cette même pièce, que je trouve très réussi, et de ce fait, je craignais un peu d’être déçu quand je suis allé voir le spectacle. Eh bien je n’ai pas été déçu du tout, au contraire! Marie Gillain est une Wanda magnifique, et son partenaire, Nicolas Briançon – encore un habitué du festival… ‒ est tout aussi excellent. Quant au metteur en scène, qui est de la jeune génération – il a moins de 40 ans – il a créé un très beau dispositif scénique, mais qui risque d’être difficile à adapter au plein air car on est censé se trouver dans un théâtre vide… de toute façon, quels que soient les changements apportés, il restera la pièce, et les comédiens… d’ailleurs, le spectacle a obtenu le Molière du théâtre privé, et Marie Guillain le Molière de la comédienne dans un spectacle de théâtre privé. On a donc quelques gages de qualité… et comme ils vont jouer au festival d’Anjou avant de venir à Sarlat, peut-être qu’ils arriveront avec un trophée de plus…

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Lundi 27 juillet. 21 heures, abbaye Sainte-Claire. La Leçon, d’Eugène Ionesco. Mise en scène de Marcel Cuvelier. Jean-Paul Tribout: Alors là on est face à un monument du théâtre… son auteur est une star, et cette pièce, qui a été créée en 1951, est toujours représentée depuis, dans sa mise en scène d’origine qui plus est, signée Marcel Cuvelier – qui nous a quittés cet hiver après une belle carrière de comédien et de metteur en scène. Je ne sais pas exactement combien il y aura eu de représentations ce 27 juillet mais le jour où j’ai appelé le théâtre de La Huchette pendant que je faisais la programmation, on m’a dit qu’ils en étaient à la dix-sept mille trois cent vingt-huitième (17 328e)… évidemment au fil des années, si la mise en scène reste celle de Marcel Cuvelier, la distribution change… Jean-Marie Sirgue – qu’on a vu à Sarlat dans Rhinocéros, dans Les Konkasseurs de kakao puis l’an dernier dans Le Mariage de Figaro – vient de reprendre le rôle du professeur et il est vraiment formidable! Marie Cuvelier, la fille de Marcel Cuvelier, qui reprend donc la mise en cène de son père, interprète la bonne, quant à l’élève, Émilie Chevrillon, c’est une comédienne que je connais bien et qui a beaucoup travaillé avec Laurent Terzieff.

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Mardi 28 juillet. 21h45, jardin des Enfeus. Le Serment d’Hippocrate, de Louis Calaferte. Mise en scène de Patrick Pelloquet. Jean-Paul Tribout: Voila la pièce la plus drôle du festival! Patrick Pelloquet, le metteur en scène, dirige le Théâtre régional des pays de la Loire – confirmation qu’à Sarlat on est bien en dehors d’un parisianisme restrictif… Et il est aussi un fidèle du festival. Il a déjà monté plusieurs textes de Calaferte, car c’est un auteur qu’il aime particulièrement. J'ai vu celui-ci l’an dernier à Avignon, et il est d’une drôlerie totale. L’histoire est celle d’une réunion de famille à l’occasion d’un repas dominical, pendant laquelle Bon Maman, qui est septuagénaire, fait un malaise. Tout le monde s’affole, et on décide d’appeler le médecin; celui-ci arrive, ausculte, diagnostique, prescrit, et s’en va. Puis vient un second médecin, qui dit être «le bon» tandis que le premier n’est pas vraiment habilité à exercer, et pose un diagnostic différent. On sait que l’un des deux ment, mais on ne sait pas lequel… Sont alors questionnés les rapports que l’on a avec les «hommes de l’art», qui savent des choses que nous ignorons et qui, ayant le savoir, ont théoriquement le pouvoir. Est montré aussi comment, quels que soient l’âge, la condition sociale, etc. on devient dépendant du médecin quand on est en situation d’angoisse face à la maladie, la sienne ou celle des proches. C’est donc une vraie réflexion qui sous-tend cette pièce, mais en même temps, elle est extrêmement drôle.

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Mercredi 29 juillet. 21 heures, abbaye Sainte-Claire. Aucassin et Nicolette, chantefable anonyme du XIIIe siècle. Mise en scène de Stéphanie Tesson. Jean-Paul Tribout: Ce n’est pas à proprement parler un texte théâtral, mais il était bel et bien destiné à la représentation. En fait avec la chantefable, on est davantage dans le domaine du conte musical, mêlant des phases chantées en vers et des passages narratifs en prose. Aucassin et Nicolette est la seule œuvre de ce genre qui nous soit parvenue; c’est une histoire d’amour courtois, dans laquelle un jeune chevalier tombe amoureux d’une belle esclave sarrasine. La langue nous est assez étrangère, et l’univers de l’amour courtois aussi, mais Stéphanie Tesson a réussi un très beau travail tout en sobriété qui nous rend le texte très accessible. La réussite du spectacle, pleinement musical et où la voix elle-même devient instrument, doit aussi beaucoup aux interprètes, Brock, un comédien musicien bruiteur, et Stéphanie Gagneux qui lui donne la réplique.

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Jeudi 30 juillet. 21h45, jardin des Enfeus. Les Cavaliers, d’après le roman de Joseph Kessel. Mise en scène d’Éric Bouvron et Anne Bourgeois. Jean-Paul Tribout: Là, c’est LE spectacle à ne pas rater! comme je le dis toujours, je les aime tous – sinon je ne les programmerais pas – mais certains m’enthousiasment un peu plus que les autres, et Les Cavaliers est de ceux-là. D’ailleurs, c’est le «spectacle Carambar»* du festival, à égalité avec Le Serment d’Hippocrate! J’ai lu cette vaste épopée il y a quelques années et quand j’ai appris qu’on se lançait dans une adaptation pour le théâtre, je me suis dit que c’était une entreprise impossible. Le cinéma s’est déjà emparé de cette œuvre – Pierre Schoendorffer a réalisé La Passe du Diable en 1956, et John Frankenhheimer Les Cavaliers en 1971, avec notamment Omar Sharif mais déjà je trouvais que ça n’arrivait pas à la cheville du livre. Et là, curieusement, à quatre comédiens, ils amènent, littéralement, l’Afghanistan sur le plateau. C’est une réussite totale, grâce notamment à Khalid K., un chanteur musicien bruiteur qui rend présents, au sens le plus propre de l’expression, la couleur, les parfums, l’ambiance de l’Orient. Et puis il a avec lui des comédiens de grande qualité. Dès que j’ai découvert ce spectacle, l’an dernier à Avignon, j’ai eu envie de l’inviter à Sarlat, et je suis persuadé que les gens qui viendront le voir seront séduits comme je l’ai été.

* Un spectacle est dit "Carambar" quand il a enthousiasmé le directeur artistique au point de ne lui laisser aucun doute quant aux réactions du public – positives, forcément. D'où sa promesse d'offrir un paquet de Carambar à tout spectateur qui dirait avoir été été déçu.

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Vendredi 31 juillet. 21 heures, abbaye Sainte-Claire. George Sand, ma vie, son œuvre, de Caroline Loeb et Tom Dingler. Mise en scène d’Alex Lutz. Jean-Paul Tribout: Un mot tout de suite sur Caroline Loeb : elle jouit d’une notoriété certaine pour avoir chanté un véritable tube dans les années 1980, C’est la ouate. Mais en dehors de cela, c’est une grande comédienne qui, ici, est partie d’un argument assez bateau – elle incarne un écrivain qui doit remettre à son éditeur, à une date très proche, un texte sur George Sand, mais elle est bloquée. Alors elle est prise entre ses blocages d’auteur, ce que lui apporte sa découverte de l’œuvre de George Sand ‒ avec tout ce que cela peut avoir de stimulant à travers ce que représente la liberté de pensée de cette femme au XIXe siècle ‒, et ses propres problèmes quotidiens – son fils en pleine crise d’adolescence, les affres sentimentales de sa mère septuagénaire… Caroline a très joliment entrelacé tout cela, dans une mise en scène signée Alex Lutz, d’ordinaire plutôt orienté vers le one-man-show humoristique.

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Samedi 1er août. 21h45, jardin des Enfeus. Courteline, courtes pièces, florilège de pièces courtes de Georges Courteline choisies, montées et mises en scène par Jean-Daniel Laval. Jean-Paul Tribout: Courteline, qu’on connaît beaucoup pour Messieurs les ronds de cuir, a beaucoup écrit pour le théâtre mais essentiellement des pièces courtes, ce qu’on appelle des «levers de rideau». C’est une tradition qui s’est perdue et on ne monte quasiment plus de levers de rideau, alors Jean-Daniel Laval a eu l’idée de sélectionner quelques-unes de ces pièces courtes ‒ une douzaine, je crois, dont la plus connue, La Peur des coups, est aussi la plus longue et dépasse le quart d’heure ‒, de les monter puis ensuite de les agencer à sa guise. Celle que je préfère, personnellement, c’est Le Gora, une pièce délicieuse fondée sur des jeux de langage à partir d’erreurs de compréhension et de prononciation de l’adjectif «angora», à propos d’un petit chat… Pour les représenter, dans une volonté d’affirmer la théâtralité, il a construit une sorte de théâtre dans le théâtre, comme un castelet de marionnettiste – il avait utilisé un dispositif analogue pour un spectacle intitulé Le Petit monde de Guignol.

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Dimanche 2 août. 19 heures, jardin du Plantier. Fabula buffa, de Ciro Cesarono, Fabio Gorgolini et Carlo Boso. Mise en scène des auteurs. Jean-Paul Tribout: Pour cette représentation que l’on veut familiale, accessible aux enfants et adaptée au plein air en lumière naturelle, on invite en général des spectacles de commedia dell’arte, qui sont parfaitement adaptés à ces contraintes. J’ai contacté Fabio Mara, qui était venu l’année dernière avec un très beau spectacle de commedia contemporaine, Teresina, mais il n’avait rien à me proposer. Alors il m’a mis en relation avec une autre compagnie italienne – mais basée en France – qui a créé une fabula buffa, en référence au Mistero buffo de Dario Fo. Je n’ai vu que des extraits du spectacle mais ils sont très convaincants, et l’argument me plaît bien : il s’agit de deux mendiants, l’un aveugle et l’autre boiteux, qui gagnent leur vie grâce aux aumônes que leur vaut leur handicap. Et puis ils sont, si j’ose dire, victimes d’un miracle : l’un recouvre la vue et l’autre est débarrassé de sa boiterie. Du coup, leur vie devient, contre toute attente, beaucoup plus difficile…

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Lundi 3 août. 21h45, jardin des Enfeus. Voyage avec ma tante, de Graham Greene. Mise en scène de Nicolas Briançon. Jean-Paul Tribout: Et pour clore le festival, encore une adaptation d’une œuvre non théâtrale. En l’occurrence un roman de Graham Greene, un auteur un peu oublié aujourd’hui mais qui a connu un certain succès durant l’après-guerre. Nous retrouvons Nicolas Briançon – mais cette fois à la mise en scène – et, dans la distribution, des comédiens qui sont déjà venus à Sarlat, notamment Claude Aufaure, et Jean-Paul Bordes. L’argument en soi n’a pas grand intérêt – il s’agit d’un Anglais dans tout ce qu’il y a de plus british, qui mène une vie tranquille de retraité et dont l’existence paisible est bouleversée par l’arrivée d’une vieille tante excentrique, qui va l’emmener dans un voyage autour du monde… au cours duquel il va rencontrer une pléiade de personnages folkloriques – mais le spectacle, lui, est extrêmement virtuose : les quatre comédiens doivent jouer une trentaine de rôles, dont certains particulièrement typés, par exemple un prince hindou, ou bien… un perroquet sur un perchoir ! Le spectacle a été créé cet hiver, au théâtre de la Pépinière, et il a rencontré un succès immédiat auquel Nicolas Briançon lui-même ne s’attendait pas. Ce n’est pas étonnant, car c’est vraiment brillant, et très drôle.

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CODA

Jean-Paul Tribout vient de signer sa vingtième programmation. Un anniversaire qui se marque, et fait écho à celui que l’on fêtait l’an dernier: les vingt ans de présidence de Jacques Leclaire à la tête du comité du festival. La célébration s'était coulée dans la fin joyeuse du dernier spectacle de la 63e édition – une résurrection du célèbre cabaret germanopratin Le Tabou par une troupe de jeunes comédiens frais sortis de leur école d'art dramatique pleins d'énergie et de talent. C'était un beau nœud d'époques pour souffler vingt bougies...

Voilà donc un compagnonnage qui commence d’avoir derrière lui cette longévité qui fait la patine, le lustre unique que donne aux choses comme aux événements le cours d’une histoire qui les enveloppe, et les entraîne. Ce ne devait être au tout début qu’une collaboration ponctuelle et éphémère – une année, deux peut-être… pas plus. Mais quelque chose s'est noué qui est peut-être de l’ordre de la magie et l’histoire commune entre Jean-Paul et le festival sarladais est encore en cours d’écriture, au bout de vingt ans… «Nul besoin de lui dire “Jean-Paul, reste“; il est bien là et fait partie intégrante du patrimoine culturel de Sarlat», écrit Jacques Leclaire dans le petit livret-programme 2015 après s’être demandé «pourquoi l’histoire s’arrêterait-elle là?» – oui, en effet, pourquoi faudrait-il imaginer que s’interrompe un festival qui, en soixante-quatre éditions, s’est acquis une haute estime générale, aussi bien auprès des artistes que du public… Sont invariablement plébiscités la convivialité de l’accueil, la chaleur des contacts, la qualité des programmes – le tout valorisé, bien sûr, par le cadre exceptionnel qu’offrent la cité périgourdine et ses environs. Depuis que je suis d’aussi près que je le peux ce festival, je ne cesse d’admirer l’engagement, la disponibilité de tous ceux qui lui permettent d’exister – le cœur, l’enthousiasme et l’amour du théâtre autant que le respect des spectateurs et des artistes demeurent les maîtres mots de la fête, quoi qu’il arrive. Et Dieu sait que chaque édition réserve son lot d’imprévus, auxquels il faut faire face dans l’urgence quand il a déjà fallu puiser dans des trésors de détermination et d'ingéniosité pour pallier le manque de moyens – par exemple les aléas météorologiques qui contraignent à se replier au Centre culturel après que les équipes ont consacré une grande partie de l’après-midi à des ajustements techniques qu’il faudra revoir de A à Z une fois rendus en salle fermée. Pourtant, toujours, le miracle a lieu.

Puisse la fête des Jeux du théâtre se poursuivre longtemps ainsi…

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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