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22 avril 2022 5 22 /04 /avril /2022 12:37

... ma façon de lire qui fait foisonner les idées, les mêle d'émotivité et d'intuitions plus ou moins floues puis qui parvient sans trop de peine à organiser tout cela en pensée articulée, toute prête à impulser un geste scriptural suffisamment sûr pour qu'assez vite, s'esquisse la "chronique"  –  un propos structuré, à travers lequel l’œil et la pensée d'autrui, à la suite des miens, progressent de concert et sans buter sur rien?

Où donc cette jubilation éprouvée à chaque note prise, à chaque illumination survenant au détour d'un passage et clamant "C'est cela, c'est exactement cela qu'il faut mettre en évidence, et dans ces termes-là, ceux-là mêmes auxquels je pense à l'instant!" et croissant en intensité quand, sitôt le texte écrit mentalement il se confirme dans sa justesse une fois saisi, devenu lisible et susceptible d'être peaufiné, corrigé, amélioré?

Ô certes, en lisant je continue à lire et mon esprit reste alerte; le crayon s’active bon train tout au long de la lecture, griffonnant ici une croix, là une rapide accolade afin qu’en refeuilletant mon attention s’arrête, ou bien sur une paperolle de fortune traçant à la hâte quelques phrases que je ne relirai pas sans effort, témoignant tant bien que mal d’une pensée brutalement venue et dont je sais qu’il me faudra renouer les fils pour qu’elle puisse nourrir un texte abouti. C’est, au terme de chaque lecture, toujours le même fouillis de notes, de réflexions, d'émotions, qu'il me faudra patiemment réagencer pour que naisse la "chronique".

Mais au-delà de ce fatras c'est la panne sèche, l'aridité la plus crue qui creuse son sillon depuis... ô depuis si longtemps... Déjà quatre livres lus, bientôt cinq, chacun avec son lot de paperolles, de griffonnages hâtifs devenus indéchiffrables quand s'est trop éloigné le moment où je les traçais et donc dissous leur lien de sens avec le passage imprimé. Ils sont là devant moi, ces livres que l'on dirait augmentés de prothèses tant ils sont hérissés de Post-it et de signets émergeant des pages, alignés bien en vue à côté de l’ordinateur, pareils à des âmes intranquilles me scrutant avec insistance et réclamant leur dû. Tandis que le mur de l’inaccompli continue de grandir d’autres livres arrivent, attendant eux aussi que je les "dise". La dette croît, et avec elle mon incapacité à l'acquitter.

Alors quoi? Consentir sans ciller à l’hébétude, à cette triste inclination qui jette l'esprit dans un état de glaciation avancée? Ou bien plutôt m’accorder encore du temps, laisser en arrière-plan les choses continuer de grouiller un peu sous le crâne dans leur confusion native et, en surface, briser la glace par une "activité de relâche" – en l’espèce: m’emparer d’un livre auquel je ne dois rien, dont ni l’auteur ni l’éditeur n’attendent de moi le moindre retour?

Croyant opter pour la seconde voie, j'ai en définitive tiré de ma bibliothèque un vieux Livre de Poche dont j'attendais non pas le repos salvateur, le "blanc mental" qui tiendra un temps à distance le "non-fait" sans trop l'occulter mais... une amarre me retenant à l'un de ces polars en attente, qui m'a impressionnée dans les grandes profondeurs et auquel je supporte de moins en moins de ne pas rendre justice – Mrs March, de Virginia Feito (Le Cherche-Midi, 2022).

Plus j'avançais dans ce récit à huis clos, qui enferme le lecteur dans l'espace mental de la principale protagoniste (qui a donné son nom au roman) et plus se précisait cette vague conviction qu'il y avait là toutes les caractéristiques du "roman existentialiste". Sans que je puisse l'étayer de manière irréfutable: je n'ai pas vraiment fréquenté ce domaine romanesque – qu'au demeurant je serais bien en peine de définir! – et je sentais que ce rapprochement relevait davantage de lointaines résurgences lycéennes que d'une authentique culture fondée sur de nombreuses lectures approfondies. Un nom bien sûr s'imposait: Jean-Paul Sartre. Dont je n'ai jamais pu aborder l’œuvre philosophique, seulement son théâtre et ses romans, ses nouvelles. Et encore mes souvenirs me trompaient-ils... En fait de "romans et nouvelles" je n'avais lu que Le Mur. Mais en le rouvrant, à quarante ans de distance, l'évidence est là: ce sont bien ces textes qui sont revenus me hanter à la lecture de Mrs March... La seconde nouvelle surtout, La Chambre. Que je relie par mille fils ténus et indéfinis à ce fort roman (plus de 300 pages) qu'est Mrs March. Jusqu'au prénom (erroné) que Pierre, dans La Chambre, donne à sa femme Eve: Agathe. Celui, à une voyelle près, de Mrs March (Agatha)!

Et lors même que je ne dois rien à ce vieux Livre de Poche tout d'un coup je me suis mise à l'annoter au crayon, jusqu'à souligner une phrase-clef* comme si, faisant cela, activant à force de crayonnages ces fils ténus tendus entre La Chambre et Mrs March j'allais pouvoir mieux les saisir et, par ce marchepied, atteindre la chronique. Mais voilà près de quinze jours que les choses en sont là... des griffonnages, des déductions, des connivences repérées entre les deux textes et puis rien autre. Au moins aurais-je déplié ce marchepied, bien que je n'aie pas encore su l'utiliser...

 

* Eve avait perdu l'habitude de cette lumière indiscrète et diligente qui furetait partout, récurait tous les coins, qui frottait les meubles et les faisait reluire comme une bonne ménagère (La Chambre, p. 58).

 

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12 avril 2022 2 12 /04 /avril /2022 09:38

Depuis janvier à nouveau le désert, l'immense désert de silence au bord de nuits qui n'en finissent pas d'être ombres profondes, abîmes parcourus de tourmentes malgré ici ou là quelques trouées de lumière qui empêchent l'absolue déréliction de submerger l'âme. Et dans cette obscurité mouvante les mots corsetés, qui ne veulent plus s'assembler autrement qu'en suites discontinues, éphémères, volatiles et évaporées sitôt pensées. Des rages impuissantes, des navigations introspectives qui recroquevillent l'être tout entier sur ses fragilités, ses fragmentations et le montrent à lui-même poussière, dispersible et que rien ne sauve de la pulvérisation ultime.

Une fois de plus pourtant l'être se rassemble, un peu. Revient à la vie, réamarre sa barque ici, et reprend pied sur la terre où germent les phrases. Pour combien de temps... Mais? Faut-il vraiment se le demander, et déjà se bâillonner par crainte d'une trop grande éphémérité de l'impulsion scripturale, on bien plutôt ne point songer en termes de durabilité et ne se soucier que du besoin de dire - le ressentir étant l'indéniable signe qu'on est vivant, pas encore enseveli sous les tombereaux d'ignominies que ne cesse de déverser ce qu'il est convenu d'appeler "le monde réel"...

Cette brève émergence répond, pour le moment, à la question.

 

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31 décembre 2021 5 31 /12 /décembre /2021 11:13

Vendredi 31 décembre, dernier jour de l'année. Il ne me viendrait pas à l'idée de prononcer l'une ou l'autre de ces formules consacrées pour accueillir une année nouvelle. Comment oser dire, écrire le sempiternel "bonne et heureuse année" – même si l'on souhaite, et de tout son cœur, le meilleur à ceux que l'on aime ou, simplement, que l'on connaît – alors qu'on verra se lever le premier jour de l'année 2022 non pas seulement sous la menace d'une pandémie mais sous la chape de plomb de mesures aussi punitives qu'incohérentes... On dit que le vaccin n'empêche pas de transmettre le virus, mais l'on invalide le test négatif récent pourtant garant de non-transmissibilité au profit de la seule preuve vaccinale pour être autorisé à fréquenter les "lieux publics". On prétend vouloir freiner la propagation d'un "variant inquiétant" mais on RÉDUIT la durée d'isolement des personnes POSITIVES... On voudrait accélérer les contaminations que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Mais comme il faut avoir l'air de vouloir le bien de tous, on "prend des mesures drastiques" (drastique: voilà un mot qui fait bien, donne le sentiment qu'on a le gouvernail bien en main! Celui de la coercition, sans aucun doute; celui du bon sens, certainement pas): on surveille davantage et on punit plus fort, bien évidemment, mais ça ne suffit pas... il faut brider davantage la vie! on ferme les discothèques, on interdit de danser... sans même qu'il soit prouvé que danser ou se retrouver dans des boîtes de nuit soit propice aux "clusters" certaines expériences auraient même été menées qui ont démontré l’innocuité de ces rassemblements. Depuis mars 2020 nous vivons tant bien que mal en Absurdie, sous le coup d'incohérences qui apparaissent dès que l'on prend la peine de se pencher un tant soit peu sur les informations officielles on se contentera de celles divulguées sur le site franceinfo pour comprendre qu'il y a d'innombrables hiatus entre les données rendues publiques, par exemple entre certains des chiffres dont on est abreuvé et les mesures gouvernementales censées s'appuyer dessus pour "freiner la pandémie". Pas besoin d'aller naviguer chez les complotistes ou les antivax pour saisir qu'il y a absurdité en la demeure...

Et donc... Tandis que l'on continue de nous ensevelir vivants, de nous réduire à l'état de fossiles pompéiens dé-facés mais sommés de subir en silence et de continuer (quoi... on se le demande bien!) hier tout d'un coup m'a traversée un instant d'euphorie légère qui m'a fait trouver beau le ciel bleu et agréable l'anormale douceur du soleil hivernal. Un infime accroc au regard. Marchant nonchalamment dans une rue courte et étroite, les yeux traînant de droite et de gauche soudain je m'arrête devant un minuscule bout de papier tout baigné de lumière, coincé dans un battant de lucarne mal refermé.

Sans doute sont-ce ses couleurs et ses motifs – dominante de rouge et de vert, des rameaux de sapin frangés de givre qui, me faisant aussitôt penser à l'une de ces étiquettes que l'on colle sur les emballages des cadeaux offerts à Noël, ont pénétré jusqu'en mes tréfonds inconscients où gisent tant d'heureux souvenirs d'enfance et m'ont, ainsi, forcée à l'arrêt. Je lis alors l'injonction toute simple qui est écrite. Elle m'arrive sous les yeux justement quand, quelques minutes auparavant, je me suis en effet laissé guider par mon cœur, suivant jusqu'au bout une vague intention dont je me disais qu'elle resterait comme tant d'autres dans les réserves, ô combien encombrées, de mes velléités inhumées. La pleine lumière, l'invite, la résurrection des souvenirs, le fouillis palpitant qui s'est immédiatement mis à bruire dans mes pensées où se tissait dans le plus grand désordre les phrases qui précèdent: une foisonnante convergence de signes qui, dans le vague de sa perception, a motivé la prise de vue.

Et malgré les mots écrits, malgré l'image fixée, le message que je sais reçu n'est en rien décrypté. Ma seule certitude: il y a là quelque chose à entendre.

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30 décembre 2021 4 30 /12 /décembre /2021 11:14

Comme la «quotidienneté ou presque» de ces épinglettes a été vite remisée au magasin des vœux pieux! Ma volonté de constance minimale aura été bien rapide à fondrer* et à s'engluer dans d'innombrables morosités. Intérieures et profondes, noyées d'obscurité, qui par intermittences éclipsent tout et réduisent à l'immobilisme psychique. Et ces autres morosités, bien plus faciles à cerner, imputables aux amertumes qui ne passent pas, écorchent le palais, ne veulent pas se laisser déloger par l'artifice des petites phrases-exutoires qui soulagent de sentiments trop intenses dont on est encombré, voire meurtri.

Il faudrait pour tenir à peu près debout pouvoir se fermer aux fétidités morbides dont on ne cesse d'être submergé et que ne peuvent même plus atténuer ces micro-merveilles dont chaque jour est riche pour quiconque sait les accueillir. Une senteur, une incidence lumineuse traversant une feuille ou frappant la surface d'une flaque... Tout cela est bien impuissant à amoindrir les coups répétés que les «autorités» depuis deux ans nous infligent au motif de nous «protéger», en réalité pour fracturer ce qu'il y a d'humain en nous – jusqu'à nous dé-facer derrière des masques et nous voilà effacés – , exaspérer autant que faire se peut les tensions, les haines ordinaires et, in fine, rendre les gens fous de lassitude, de peur, quand ce n'est pas de précarité et de misère. Quelques poches de résistance sont encore là mais pour combien de temps? Jusques à quand le sol sera-t-il bosselé de ces aspérités qui freineront le rouleau compresseur des pouvoirs mondiaux? Ces fétidités, pareilles à une marée haute refusant de redescendre, sont de ces choses que l'on doit s'efforcer de tenir à distance puisque l'on ne saurait, à se rebeller contre elles, que se fracasser contre un mur.

Ces mesures – peut-être en effet protectrices mais peut-être pas tant que cela – ne me semblent, hélas, être que la part la plus visible, la plus envahissante, d'un ensemble de propos politiques et gouvernementaux qui, tous domaines confondus, m'apparaissent de plus en plus marqués au sceau du mensonge, de l'intention propagandiste, et de la très, très mauvaise foi électoraliste. Je n'ai pas la liberté d'esprit requise pour poser loin de moi les sentiments que cela m'inspire; chaque mesure annoncée me fait l'effet d'une pelletée de cendres reçue en pleine face – et chaque jour d'être ainsi plus cinéraire que la veille et bien moins que le lendemain.

Ce dépeçage savamment reconduit des espoirs, au creux desquels on s'efforce bon an mal an de loger les désirs, les aspirations afin de rester vivant, n'en finit pas d'imposer sa brutalité tsunamique. Mais ce que j'en écris là n'en dit au fond presque rien.

Une visualité récente sera bien plus loquace, saisie à la faveur d'une errance du regard au ras du sol... Sur le bitume tout soudain ce pauvre pigeon mort, dont seules subsistent les ailes et les plumes de la queue avec, en guise de corps une carcasse déchiquetée: et c'est aussitôt l'image de mon état d'âme du moment que je vois – comme si j'avais devant moi un miroir reflétant la part défaite de mes intériorités, jusqu'aux plus secrètes. La violence est extrême qui émane d'un animal mort et j'ai pour habitude de me détourner des corps que je peux croiser – les voir est insupportable: cela suffit à infuser une si forte idée de souffrance mortelle qu'il me semble en être physiquement parcourue. Mais là...

Passé un premier mouvement de recul je ne puis m'empêcher de reposer les yeux sur ce cadavre pour en observer les lignes, les reliefs, les teintes, la figure géométrique qu'il dessine – au point que l'oiseau massacré disparaît pour céder la place à une bouleversante composition archétypique du Désastre et de la Défaite.

Parce que l'oiseau a disparu derrière la figure, le regard posé, puis la photo sont devenus possibles.

* = sombrer en de profondes fondrières.

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5 décembre 2021 7 05 /12 /décembre /2021 13:42

Hier samedi 4 décembre série de retrouvailles amicales autour de la mémoire de Pierre-Guillaume de Roux... En m'éloignant du lieu de rendez-vous je lève la tête sans que je puisse - même a posteriori, donc après avoir pris ce temps dont j'aime tant m'emparer pour fouiller les arrière-fonds d'un geste, d'une pensée, et arpenter ainsi ces méandres obscurs qui mènent à eux - expliquer pourquoi, à ce moment précis j'ai regardé vers le haut alors que je faisais simplement demi-tour pour gagner la station de métro la plus proche. Mais à peine avais-je les yeux levés que je voyais cette pièce de street art qui m'a paru aussitôt être en résonance avec les circonstances que je traversais et les pensées qui les accompagnaient (pensées profuses et indémêlables mais auxquelles s'associaient les notions d'essor, de laisser-partir, d'à-venir dégagé placé sous le signe du beau et de l'harmonieux comme me le soufflerait, par exemple, un fugace rayon de lumière frappant une transparence florale: je venais de côtoyer de belles personnes, et d'évoquer avec elles un ami).

Je sors mon Galaxy et je capte, comme je le fais si souvent chaque fois que je vois. Une seule prise. Je n'en vérifie même pas la qualité, je ne la double pas: c'est un one shot, en harmonie avec la rapidité, la force de la fulgurance visuelle et mentale qui est survenue et ne se modifie pas.

Fugacéphémérité !

Plus tard je verrai bien que la qualité est médiocre, que l'image manque de netteté. Pourtant je la conserve, mieux: je l'insère ici, à titre illustratif comme si elle méritait d'être exposée. C'est que les lignes fuyantes pas vraiment voulues et ce ciel [qui] est par-dessus le toit me semblent souligner, appeler l'envol de l'oiseau, et que le flou lui-même peut passer pour un bougé qui serait celui de l'envolé...

Mais ce n'est là que littérature, du texte déversé par-dessus une image qui sans lui n'aurait aucune valeur, privée de son sens par son manque de qualité photographique...

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13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 09:46

Jeudi 11 novembre... un de ces jours fériés qui vident nombre d'espaces publics de leur foule habituelle (des jours dont le nombre tend à diminuer avec la généralisation des «ouvertures exceptionnelles», et l'exceptionnalité, à force de se répandre, est en passe de devenir sinon une règle du moins une habitude, quelque chose à quoi l'on s'accoutume sans s'en rendre compte jusqu'au jour où l'on est tout surpris de trouver le magasin du coin fermé un dimanche...).

Un de ces jours qui, par cette vacuité qu'ils y instaurent, m'attirent là où d'ordinaire vaque la foule, appareil photo à portée de main – il me semble en effet que subsistent dans ces déserts temporaires des présences résiduelles que la photographie peut sinon capter (comme on retient un filet d'eau au creux de la main le temps de se désaltérer) du moins signifier avec force au tirage si, lors de la prise de vue, j'ai su choisir un sujet, un cadrage, une mise au point – bref, calculer dans le viseur une composition qui in fine rende compte de ma conscience de ces  «présences-absentes-mais-pourtant-là».

Je ne suis pas allée très loin: je me suis bornée à rester «en bas de chez moi», là où sont rassemblés une partie des bâtiments de l'université de Créteil, organisés autour de cours et d'allées ponctuées de bancs. Personne en vue, pas même un promeneur isolé passant là par hasard – seuls circulent, poussés par le vent intermittent, quelques détritus mêlés aux feuilles mortes. Et soudain mon regard se rive sur une bouteille vide – une bouteille de vin dont le bouchon de liège gît tout près, que l'on eût attendue, au terme d'un repas fin, sur une table élégamment dressée plutôt que perdue au milieu d'une cour déserte. C'est évidemment cette incongruité qui m'a arrêtée (moi plutôt que mon seul regard: ce ne sont pas tant les formes, la couleur, ce que cette bouteille crée comme visualité dans son environnement qui ont fixé mon attention mais les pensées qui se sont greffées sur elle et en particulier sur le nom que je lis sur l'étiquette: La cour des anges... Un nom pareil surgi justement dans une cour, vide, silencieuse – pleine de ce silence qu'une expression courante dit traversé par un ange qui passe... Mais où les anges dans cet espace urbain inesthétique, privé de l'animation qui en atténue la géométrie rébarbative, livré aux volettements multicolores des feuilles tombées gâtés de papiers gras?

En même temps que je redoute l'échec de la captation je reste convaincue que la prise de vue sera signifiante – la tension des contraires se déséquilibre assez en faveur de la conviction positive pour que je sorte mon boîtier argentique. En attendant le verdict du tirage, la «captation galaxyque» dit son mot...

 

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29 octobre 2021 5 29 /10 /octobre /2021 16:34

... et la suite que j'ai cru bon de leur donner en m'arrêtant ici.

Or donc ce matin j'allais d'un bon pas, marchant au lieu de courir puisque bloquée par des gênes bien connues et qui me suggèrent de... marquer le pas dans mes entraînements quotidiens tant qu'elles sont légères afin de n'avoir pas à souffrir de leur persistance si je continue de ne rien entendre. Le soleil est encore bas, le ciel bleu nu - mais qui devrait se couvrir bientôt si j'en crois les prévisions de Météo France - et cette conjoncture répand une lumière qui intensifie les corps à force d'étirer leurs ombres (quand, les frappant de plein fouet aux midis de l'été, elle les les éteint à force de les écraser se sa puissance) et crudifie les couleurs qu'elle révèle en traversant les peaux ténues des fleurs et des feuilles. Une lumière plénifiante qui à elle seule donne des ailes à l'âme. Le souffle du vent, colporteur de senteurs fanées et bruissantes, lui fait prendre son essor.

Les surgissements épiphaniques qui ont amené mon smartphone au bout de mes doigts sont à des lieues de ces glorieuses fugacités - ils relèvent plutôt de ce registre esthétique que j'ai baptisé, il y a bien longtemps, les "défaites polymorphes".

Il ne fait aucun doute que ces troncs ont été délibérément entreposés là après le tronçonnage d'un arbre abattu. Mais avec ce banc à la renverse, qui devait être à l'abandon depuis longtemps à en juger par l'état de son frère en infortune à l'arrière-plan mais que l'on dirait victime de l'avalanche des tronçons, comment ne pas s'imaginer avoir sous les yeux LA figuration du grand désastre? Sans m'attarder trop, je cherche cependant à enfermer dans le cadre de mon écran les éléments qui correspondent le mieux à ce que je suis en train de penser chaotiquement et à toute vitesse (ce qui précède en est la forme quintessenciée). Puis je me répète comme un mantra "Il te FAUT revenir ici avec ton boîtier argentique... il te FAUT revenir ici... et si la prise de vue escomptée s'avère impossible tant pis. Il FAUT tenter le coup, à la lumière de l'après-midi quand le ciel sera dégagé!" Je me doute bien que ce ne sera pas aujourd'hui eu égard aux prévisions météorologiques. Mais en me répétant la chose de la sorte, j'inscris l'intention sinon dans le marbre du moins dans la perspective d'un proche à-venir.

Au creux d'une bifurcation, à l'aplomb d'une poubelle, l'un de ces innombrables panneaux injonctifs à pictogrammes qui, ponctuant les chemins, rappellent continument aux promeneurs ce qui est interdit. "Circulation interdite aux deux-roues à moteur"; "Interdit aux chiens non tenus en laisse"... Les interdits n'ont pas été abrogés quand bien même ce qui les promulgue est en piteux état... Les temps - celui qu'il fait et celui qui passe, tous deux pareillement vecteurs d'usure - ont eu raison du bois, de la peinture, du métal... Ils auront aussi raison de nous au bout du compte. Mais peut-être serons-nous érodés par les contraintes et par elles brisés avant de l'être par les temps, ceux qui courent, galopent à bride abattue... et tous les autres.

Ce ne sont pas des "photos" au sens plein et entier (i.e.: cadrage et mise au point soignés, luminosité et contraste retravaillés à défaut d'avoir été maîtrisés à la prise de vue...) mais des captations aide-mémoire, soit qu'elles me servent à "construire" d'ultérieures photographies argentiques, soit qu'elles soient supports de textes. Parfois, mes captations remplissent ces deux offices à la fois, et en outre deviennent illustrations de nyktheries, se constituent en albums...

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 16:43

Aller au bout d'une intention : voilà qui à soi seul constitue pour moi une petite victoire sur l'aranéosité habituelle de mes dispositions - toujours enclines aux reculades et autres renoncements. Aujourd'hui j'avais en projet d'aller au Marché aux fleurs : je voulais refaire une photo que j'avais faite là voici trois ou quatre ans, qui avait figuré dans la primo-sélection des images à tirer en 30x40 pour constituer l'expo "Reflets" puis qui n'avait finalement pas été tirée pour des questions de temps. Mais lorsque j'ai voulu reconsidérer tous les tirages de lecture laissés de côté afin de les mener jusqu'au format d'exposition, je me suis aperçue que cette photo prise au Marché aux fleurs souffrait d'une imperfection irréparable : montrant le reflet d'un candélabre à deux lanternes sur une vitrine qui se superposait à des branchages et à un morceau de bâtiment avec un peu de ciel en arrière-plan, elle recelait sur le bord droit une forme triangulaire noire qui rompait l'harmonie générale - un fragment non identifié. Premier réflexe: recadrer. De manière homothétique s'entend...  Mais éliminer ce fragment intempestif sur le bord droit eût exigé de rogner à proportion dans la partie supérieure ou inférieure, et l'image gagnait... en platitude. Or ces lanternes, le jeu réflexif qu'elles faisaient sur cette vitrine avec branches, ciel et architecture me semblaient mériter de nouvelles prises de vue, tirables puisqu'en aurait été expurgé le parasite. Ce n'est que ce dimanche que l'intention s'est concrétisée. Deux photos prises (oui, prises et non faites : pour dire que je "fais" la photo, j'attends de l'avoir menée au moins jusqu'au tirage de lecture; développée - i.e. à l'état de négatif - elle n'est "faite" qu'à demi) dont je sais par avance qu'elles seront lacunaires : en y pensant après coup je me souviens que, obnubilée par la suppression de l'élément parasite lors du cadrage, je n'ai pas songé à inclure le morceau de bâtiment qui contribuait à l'intérêt de cette photo que je voulais améliorer. Ces re-prises auront-elles encore un sens ? Je le saurai vite. Dans la foulée d'autres photos ont été prises (tant que le geste photographique reste au stade du déclenchement, ce n'est encore que prendre) et le film terminé, que je pourrai développer sans tarder. Je saurai... euh, non : j'entreverrai alors jusqu'à quel point j'ai réussi ou échoué à "capter". Pour savoir il me faudra tirer en lecture...

Même équipée de mon boîtier argentique je n'oublie jamais mon smartphone. Captations "galaxyques" du jour :

D'abord cette tesselle perdue en hauteur sur un mur clair... un petit oiseau que j'ai vu au diapason de mon état d'esprit du moment.

Puis ce visage de street art, balayé par les ombres mouvantes des branchages mus par la brise... qui m'ont paru lui conférer une indicible grâce.

Coda

En arrivant au bout de la rue Saint-Louis-en-L'île - l'extrémité débouchant boulevard Henri-IV - j'aperçois un groupe de touristes rassemblés autour d'un conférencier petit et frêle, dont la voix, qui porte peu, me parvient hachée par le vent. Vêtu d'un costume bleu marine étriqué, coiffé d'un haut-de-forme beige . Ce couvre-chef à lui seul appelait le portrait... Il m'eût fallu l'aborder, je n'ai pas osé - un seuil de plus que je n'aurai pas franchi, une photo de plus que je n'aurai pas prise et qui ira grossir la liste longue de mes regrets photographiques.

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21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 17:27

Ce matin la tempête s'est calmée. À 8 heures le vent est tombé assez bas pour que je puisse sortir courir sans appréhension. Foulée fluide, allègre – excellentes sensations à tous points de vue ; le bien-être est total. Ailées aussi les pensées, point trop désordonnées malgré tout. Une phrase claire et bien-sonnante peu à peu s'impose dont je me dis qu'elle doit être retenue pour la chronique que je prépare*. Je cours avec une aisance croissante tandis que je me répète la phrase à retenir jusqu'au seuil de mon immeuble. Corps délié, âme légère... mais sitôt que je m'empare d'un stylo et d'une feuille de papier, la phrase "claire-et-bien-sonnante" s'en est allée. Ce que j'écris, et qui suit d'aussi près que possible cette phrase répétée mentalement, n'a plus rien d'avenant : c'est plat, et si j'ornemente pour donner du piquant ça devient grotesque. In fine, ça ne veut plus rien dire.

Une fois de plus, la phrase imaginée se brise les ailes au contact de la concrétisation écrite.

* Je viens d'achever Le Mystère Caravage, de Peter Dempf, à fin de chronique pour le site k-libre et l’article est à écrire... en friche pour l'heure.

Ayant prévu d'aller passer la journée au labo photo je pensais profiter du trajet en métro pour noter une esquisse d'épinglette. Las... ni stylo no crayon dans mon sac! Il me faut pourtant la noter, quitte à la jeter plus tard. Alors j'imagine de m'envoyer un texto... Et de sortir mon smartphone, de pianoter dessus comme 90% de mes compagnons de voyage.

Un stupide oubli, et me voilà sujette au même geste que la masse, moi qui prends tant de plaisir à me sentir inactuelle (en lisant un vieux bouquin par exemple, dans le métro justement...)

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19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 10:51

Voici quelques jours, je marchais rue de Belleville.

Un miroir d'un bleu sidérant marque l'entrée d'un restaurant, d'un bleu tel qu'il ne peut qu'arrêter le regard, celui-ci fût-il absent, flottant au gré de pensées obnubilantes plutôt qu'attentif à l'environnement.

Il vibrionne aux confins de mon champ visuel - je le sens plus que je ne le vois et, m'arrêtant, un autre éclat me happe, celui d'un œillet d'Inde violemment jaune dressé devant le miroir au bleu si intense. Ah, ce choc chromatique! je cède sans réfléchir à la pulsion photographique. Le smartphone est à portée qui, seul, me permet ce geste spontané. Une spontanéité relative: je dois m'y reprendre à plusieurs fois car des bouffées de vent viennent intempestivement compromettre la qualité de l'image. Et puis j'essaie de soigner le cadrage: tout entière focalisée sur le choc des primaires j'en oublie les "bruits" de pourtour, ces informations parasites que l'objectif capte si l'on ne prend garde à les éviter dès la prise de vue. Trois ou quatre essais, de suite "modifiés" - id est: recadrés et je finis par garder cela.

Ce n'est pas une photo de choix, juste l'image associée à une petite "histoire de chose vue".

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Présentation

  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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Aux Manettes...

  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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