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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 03:15

Mardi 23 octobre.

Tout juste libérée d’une tâche prenante après plusieurs jours d’intense pression, bercée d’une douce euphorie consécutive au soulagement d’avoir réussi à mener à bien ce qui m’était confié et dont jusqu’au bout je me serai crue incapable, je me mets au diapason de cette légèreté d’humeur en me métroportant à Paris sans y être contrainte par la moindre obligation ni intention particulière: ne m’assignant aucun but, je m’évite tout risque de déception…
Ainsi vais-je par les rues en laissant voguer en roue libre les bribes de discours qui inévitablement se tissent à l’entour des moindres sensations – le friselis de l’air sur le visage, le délié de mes pas, l’ouate tendre d’un état mental délesté de toute culpabilité, de tout remords… ‒ et les duréfient en de petites escarbilles d’intelligibilité qui s’envolent au loin sitôt formées. Brusquement, des fragments de collage haut placés sur un mur que je n’avais même pas songé à regarder fût-ce «en passant» m’accrochent les yeux et je reste à les scruter tête en l’air, un temps immobile puis sortant mon téléphone pour les photographier. Une seule prise de vue sera conservée après plusieurs essais vite supprimés, une image que je recadre aussitôt directement à partir de mon appareil. Ce n’est pas dans mes habitudes «smartphotographiques» mais, là, j’éprouve le besoin d’avoir tout de suite sur mon écran un visuel qui corresponde à ce que j’ai voulu capter. Ce très léger recadrage suffit à me satisfaire.

Ce n’est pourtant pas un pur intérêt photographique qui a suscité mon geste: mon intention réelle (dont je n’ai pris conscience que plus tard et que je n’ai pu cerner que bien plus tard encore par l’écriture, grâce à quoi je l'ai alors clairement devinée) n’était pas de prendre une photo qui en elle-même fît sens, mais de conserver ce petit morceau de «réel vu» parce qu’il m’avait instantanément ramenée vers une fulgurance passée de quelques minutes (et le temps d’immobilité que j’avais marqué face au motif avait été occupé par l’extrême tension de mon oreille vers les reflux qui se mouvaient en moi à petits mouvements pressés). Tandis que je traversais l’un des couloirs de la station Châtelet, j’avais aperçu, au sein d’un petit orchestre qui jouait l’une des très-fameuses Quatre saisons, un violoniste manifestement en communion totale avec son instrument et ce qu’il interprétait mais à l'apparence bien en dehors de ce que l'on s'attend à voir dans une formation classique, portant de longs cheveux grisonnants mal attachés en que-de-cheval, un jean grunge et… un tee-shirt au logo du groupe Nuclear Assault. Le décalage me sidéra et me fit me demander s'il lui arrivait de jouer du Vivaldi en se donnant pour fond orchestral l'un ou l'autre «morceau» de ce groupe de trash metal. Quel serait donc l'effet de pareille rebroderie sonore... Puis la sidération se dissipa, abandonnant derrière elle tel l’escargot sa fragile traînée adamantine de vagues traces, pas même discursives. Jusqu’au surgissement de ce collage réduit à fragments: les ballons tendus vers les airs – la musique mais contrainte par l'espace clos où elle se déploie; le personnage dont il ne reste qu'une partie du visage – ce qu’il advient à plus ou moins long terme des sensations et pensées, aussi aigües eussent-elles été… et me voilà en train de photographier un motif parce qu’en me rappelant un moment vécu peu avant il me disait aussi, par le truchement de ce moment et de la conscience que j’avais de son devenir-en-moi, l’une des raisons pour lesquelles je crois que l’on photographie: tâcher d’épargner à quelque chose dont on sent qu’il le mérite la sanction de l’effacement, de la dissolution.

Contre toute attente, j’ai enfin réussi à prendre dans mes filets de mots l’un de ces instants sérendipitiques dont la valeur tient aux réticulations si nombreuses et si mouvantes qu’à peine deux ou trois pourront être tenues en respect par l’écriture. Une joie douce et ronde me gagne, d'autant plus douce qu'elle m'avait de longtemps manqué: à force de faire du «texte-enfin-là», enserrant au plus juste ce petit bout de sens qui jusque-là fuyait devant moi comme un gardon – un aboutissement de plus en plus rare –, l’alpha et l’oméga de cette allégresse sans laquelle mes jours ont aussi livide mine qu’un trottoir défoncé et maculé d’immondices, je traverse des périodes d’affreuse mornité de plus en plus longues et déprimantes.

Cette aranéosité grise et duveteuse est pourtant continuellement déchirée par l'éclat phosphorique d'une de ces fulgurances sérendipitiques qu'en infatigable guetteuse de synchronicités je reçois l'âme grande ouverte mais je ne sais pas encore assez me contenter de vivre ces embrasements fugitifs lors même qu'ils sont eux aussi sources d'une joie profonde et limpide sans être sauvés de l’évanescence par le texte ou la photo .

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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 15:05

Dès l'aube se sentir abattu.

L’œil ouvert à grand peine s'extirper malgré tout du lit et commencer à gravir la pente abrupte de la journée qui commence mais en traînant à l'âme le boulet du forçat.

Se dire vaincu d'emblée. Que l'on n'y arrivera pas et que de toute manière l'on finira à terre.

Et pourtant surmonter l'abattement; redresser un peu le col tâche après tâche et toucher au soir avec, derrière soi, une petite cohorte de "choses faites" qui suffit à apposer au terme du jour le paraphe "bien rempli".

S'endormir enfin avec au cœur un peu de baume. Jusqu'à l'aube prochaine et sa glu de découragement, la même que la veille, la même que demain, toujours plus oppressive.

 

Jeter là ces phrases, à l'infinitif sinon à l'impersonnel  du faire à l'état pur, des procès où ne s'immisce point le sujet pensant qui, en inscrivant sa personne, attire à sa suite adjectifs et adverbes à n'en plus finir qui nuancent, modulent, infléchissent, amoindrissent, diluent, effacent à force de vouloir cerner l'incernable accomplir l'impossible: à savoir être dans ce que l'on écrit.

L'impersonnel et l'infinitif, ou l'absolu du retrait de soi en écriture et peut-être par là même les seuls modes de dire qui fussent assez près de l'à-dire. Et grâce à quoi l'on peut envers et contre tout soupirer, se sauver... sans que l'on y "soi".

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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 07:37

Par moments, les signes synchronistiques pullulent en grappe, brasillent et crépitent ‒ constellations claquantes qui soudain enflamment un brin de sens comme des escarbilles une mèche de papier jetée dans l'âtre mais sans que l'embrasement dure assez pour que je puisse, du fil de lumière entraperçu par ma pensée, aller jusqu'à la phrase, jusqu'à la suite de mots qui m'en rendrait intelligible la substance si bien cachée par la sidérante clarté.
Attendre, alors,  que l'éclair s'apaise et avec lui la joie de l'avoir vu zébrer le dense brouillard des réflexions remâchées tout échardé* de questions et de doutes puis tâcher de reconnaître dans la trace qu'il laisse sur la rétine un chemin menant à la véritable lumière: le sens enfin capté dans son ampleur tandis qu'elle continue mais en souplesse de s'étendre à la faveur de mille réticulations car la prolifération signifiante n'est jamais en repos du moins tant que demeure la faculté de penser.
Ne plus laisser trop longtemps traîner ces effilochures que l'un ou l'autre signe aura brûlées à leur bout sans que jaillisse l'étincelle mais seulement la fumée âcre dont la triste odeur de gâchis, qui subsiste et s'accroche, s'entête à planer bas et à s'infiltrer partout dans l'esprit las qu'un étouffement de plus plonge dans les affres d'une léthargie morbide...
Et si… les signes synchronistiques devaient ne plus être tenus pour des catalyseurs d’écriture, mais pour rien autre que ce qu’ils sont – des brasillements jetant leur brève clarté à leur immédiat entour et dont l’enseignement ne dépasse pas ce minuscule périmètre-temps? Autrement dit: cesser de m’arrêter si longtemps face à la clarté tue et de me lamenter en vain de n’en pouvoir retrouver l’éclat; réapprendre à ne plus assigner au geste scriptural l’unique fin d’idiodécryptage*…

 

Bifurcation
Voilà deux ou trois jours que je médite ce texte à partir duquel je pensais peu à peu me rediriger sinon vers la chronique, du moins vers de petites choses qui sortiraient du champ de mon seul introscope* personnel; Ce texte que je voulais être une amorce – et dont les premiers mots se sont très vite fixés en l’état où je les ai placés ici… Et d'emblée, aux «signes synchronistiques», se sont associés plusieurs éléments dont je ne me risquerais pas à déterminer a posteriori s'ils sont arrivés en simultanéité ou non: l'idée de points lumineux vifs et éphémères, celle de l'éclair lui aussi intense et bref, les mots «escarbilles», «crépitements», «embrasement» ‒ l'image très nette d'une mèche jetant mille feux puis qui s'éteint en fumant, comme arrosée d'eau. De là l'image d'un neurone, de ses longs filaments et de ses zones de connexion qui à mes yeux figuraient impeccablement le surgissement du signe puis la manière dont ensuite se trace la voie liant cette illumination à la verbalisation. Je me suis mise dès lors à  écrire» mentalement dans une espèce d'euphorie brouillonne, essayant mille emphrasements* immédiatement retouchés... avec toujours, je dis bien toujours, le mot «synapses» désignant ces filaments, venant ici ou là, quelque part entre la mise à feu sous le coup du signe et la mise en forme tempérée par le travail d'écriture. Lorsque, enfin, j'eus la conviction d'avoir trouvé un petit bout de texte qui corresponde assez à ce qu'il me fallait traduire, je pris la précaution de vérifier que «synapse» était le mot juste, même si c'était pour moi une évidence les synapses étaient ces prolongements neuronaux par lesquels transitent les signaux nerveux. Or la synapse est une zone de contact ‒ un nœud, rien de bien long ni filiforme donc… Et si elle peut trouver sa place dans ce tissu de sens que je tente de tailler autour des signes et de ce qu’ils allument, ce n'est pas celle que je lui assignais spontanément... Quelle intuition miraculeuse m'a guidée vers cette vérification, à laquelle je me livrais alors même que je la croyais superfétatoire! Elle m'a évité in extremis une faute pathétique  qui m'aurait noyée dans ce comble du ridicule consistant, surtout pour qui se pique d' «écrire» (fût-ce «avec COD»), à employer un mot mal à propos dans une figure de style. Commettre des erreurs de vocabulaire est déjà ridicule, mais se tromper de mot quand on cherche à obtenir un surplus signifiant par la figure qui elle-même sort le mot de son usage courant l'est bien davantage. Quant à caser «dendrite» ou «axone» dans mon petit bout verbal, non. Cela n'allait plus du tout... le sens eût été objectivement exact mais quelque chose se rompait en l'absence de la synapse que je ne savais pas raccommoder par la simple substitution du juste mot. Étrange destin que mon esprit a fait subir à ce mot «synapse» dont le son et l'orthographe me sont familiers, que je puis écrire correctement sans avoir besoin de réfléchir ni de consulter un dictionnaire et dont je sais qu'il fait partie du lexique neuronal. Mais que je ne l’utilise jamais, de sorte que, faute sans doute d'un usage régulier et dans des contextes n'appelant que son sens propre, il s'est peu à peu enrobé d'une signification purement imaginaire qui s'est progressivement enkystée au point de me laisser croire qu'elle était correcte.
Cette petite expérience – réaliser qu’un mot supposé connu ne l’est pas du tout au moment où l’on s’apprête à l’utiliser de manière fautive – a eu de nombreux précédents et, à leur suite, je me dis que l’esprit doit souvent effectuer, en ses profondeurs que l’on n’aperçoit pas et où travaillent tels d’infatigables Héphaïstos souvenirs, angoisses, complexes… tout mêlés, ce travail de broderie autour des mots peu ou jamais employés mais qui malgré tout demeurent familiers ‒ on sait les écrire sans hésitation, on les prononce sans heurt et lorsqu’ils sont amenés dans une conversation, on les identifie tout de suite sans avoir besoin de les faire répéter à qui vient de les lâcher au détour d’une réplique. Mais leur sens propre auquel on n’est plus confronté puisqu’on ne les manie pas au quotidien s’estompe, se fantômise*; dès lors, l’imagination a toute latitude pour raviver couleurs et contours sémantiques à sa guise, en puisant dans la seule palette idiolectique… et ces mots ainsi ripolinés de devenir ainsi autant de sources d’erreurs, de méprise. Pareilles aventures lexicales seraient, à n’en pas douter, délectables à retracer, le long de quelque « dendrite » ou « axone » en marquant l’arrêt à chacune des multiples « synapses » afin de s’interroge sur la direction à emprunter…

 

NB. Les mots suivis d’un astérisque sont, à ma connaissance, de pure invention. Mais, forgés selon des principes de dérivation tout à fait ordinaires, ils ont très probablement germé ailleurs qu’en ces seules terres…

 

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9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 02:57

Je reviens ici comme on pousse la porte d’une vieille maison dont on sait qu’elle est inhabitée depuis des lustres... On s’approche du seuil à pas lents, craignant moins de se trouver menacé par quelque effondrement intempestif que de rompre le sommeil des murs à l’abandon que la végétation enrobe d’un linceul verdoyant et bruissant d’oiseaux – mais, peut-être, sont-ce des fantômes malveillants que l’on redoute de réveiller? On se résout malgré tout à tourner la clé dans la serrure... Elle grince, le pêne joue poussivement, le battant résiste à la poussée – le bois a beaucoup travaillé et les gonds sont rouillés – mais finit par pivoter assez pour permettre le passage. On entre, avec toujours dans ses gestes cette lenteur pleine d’appréhension comme si, de la pénombre poussiéreuse, devaient surgir soudain des cohortes de petits monstres piaillants qui ne seraient rien autre que le chœur sonore de toutes les pensées aranéeuses verrouillées sous le crâne et donnant tout à coup de la voix... mais non: pas un son hors celui du temps qui dort, continue de dormir et de soupirer à petits souffles pendant que l’on respire en même temps que la poussière la senteur des jours chenus, vieillis en fût de mémoire… Et l’on s’obstine à avancer, fût-ce avec une infinie parcimonie. Un pas après l’autre... les lattes du plancher craquent comme des articulations trop longtemps bloquées et, peu à peu, quelque chose mystérieusement se délie qui efface toute hostilité de l’ombre et des meubles que l’on devine blottis en elle sagement rangés, recouverts de housses, de draps protecteurs. L’on s’approche d’eux, prêt enfin à les traiter en simples objets ensommeillés qu’il convient de tirer doucement vers la lumière de l’aujourd’hui au lieu de voir en eux des molosses qui seraient les gardiens terribles de quelque hantise enfouie à grands renforts de refoulements...


Ce matin enfin je décide de ne plus me dérober à cette injonction intérieure – revenir ici mettre des mots en dépôt – qui pourtant n’a cessé de me tarauder tout au long de cette longue désertion Si longue que je ne savais même plus quel avait été le dernier objet d’écriture lâché en ligne ni même quand il l’avait été et, voulant le découvrir, je vois que la date est le 9 octobre, soit deux mois jour pour jour. Deux mois. Jamais encore je n’étais restée éloignée de cet espace si longtemps. D’ordinaire après chaque absence durable j’avais à cœur de la justifier, de lui trouver des raisons jugées sinon «bonnes» du moins «recevables» qui se définissaient presque toujours ainsi : prédation du «travail», esprit obstrué de préoccupations telles qu’elles empêchent de d’aligner trois mots qui fussent «bien écrits» donc dignes d’être étalés ici, accès de lassitude qui ripoline l’humeur au gris brouillard… Maintenant j’entrevois mieux la véritable raison qui me rend si rare en ces Terres que j’ai pourtant créées à ma convenance et de mon propre chef – mieux encore, je sais comment la formuler, ce qui est une manière de la clarifier à mes propres yeux, d’en accroître l’intelligibilité: en ouvrant ce blog en 2009, je le voulais simple prolongation de mon activité de chroniqueuse-littéraire-en-ligne, qui alors m’occupait tout entière dans un cadre collectif (feu lelitteraire.com) et avec laquelle je n’avais nulle envie de rompre mais que je souhaitais exercer avec davantage de liberté – une seule en fait me manquait, celle de m’écarter de la chronique classique pour de «petites errances» sur des chemins de traverse dont me privait l’espace collectif. Mais très progressivement, chroniquer m’est devenu de plus en plus difficile – de fait, comment soutenir alors la légitimité d’une présence en un lieu voué à la chronique littéraire quand justement celle-ci devient difficultueuse puis impossible? je me suis malgré tout entêtée à venir écrire ici mais de pâles choses dont je voyais bien qu’elles viraient à l’introspectif pur, cela même qui, pour moi, n’est destiné qu’à être lu par soi, pas à être mis en ligne sauf à être convaincu que les replis de son intériorité recèlent quelque clef susceptible d’être utile à autrui ou bien que l’on a su leur donner tel visage scriptural qu’ils deviennent par la grâce d’un authentique style des pièces littéraires à part entière (non, je ne suis pas de ceux qui étalent leur quotidien sur leur page Facebook ou twittent à tour de clic ce qu’ils pensent, voient, ressentent, comme jadis on tenait son Journal dans un cahier que l’on prenait soin de dissimuler dans un recoin discret de sa chambre…).
Ne chroniquant plus, et refusant avec toujours la même force de lâcher là ce que me révèlent les scrutations au travers de mon petit introscope personnel qui, elles, m’occupent désormais presque à plein temps, il n’y avait plus rien en moi qui pût être mis en ligne. Et donc… je me suis tue.


Reste… reste que «mettre en mots» continue d’être une joie; que saisir au fil des heures ces signes jaillissant telles des étincelles de deux silex entrechoqués à la croisée des événements et de certaines de mes réflexions qui déclenchent la pulsion scripturale avec assez d’instance pour la pousser jusqu’à l’écriture concrète (jusqu’à ce que le texte soit arraché à sa forme embryonnaire, ces suites de mots effectivement tracées pour fixer la pensée mais laissées à l’abandon sur un lamentable bout de papier à se tortiller piètrement en lignes ondulantes et caractères si mal formés qu’en retrouvant de-ci de-là quelques-unes de ces paperolles bien longtemps après qu’elles ont été noircies, plus rien ne m’est déchiffrable) est une joie.
Alors à quoi bon se mortifier et se priver plus longtemps d’une joie?


Je pousse donc la porte de la vieille maison nykthéenne, bien décidée à y rentrer.

 

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 12:37

Des bribes-bibelots de peu, verroteries textuelles que pourtant je ne parviens pas à jeter d’un clic à la corbeille ni, lorsqu’elles traînent à l’ancienne sur des bouts de papier ou gisent demi-mortes en des pages de vieux carnets tout encombrés et conservés plus par négligence ou répugnance pour les actes définitifs (=balancer au vide-ordures...) que par authentique souci de garder, gribouillées et à peine déchiffrables au point que je n’en comprends plus d’abord le sens – orientation et signification confondues – et qu’il me faut bien tâtonner pour enfin lire, et entendre dans la foulée, quelque chose (mais alors chacun des multiples ânonnements que je murmure en butant sans cesse avant de retrouver ce que je pense être la phrase initiale est à son tour signifiant, signifiante aussi leur somme quoique différemment, et cet ensemble constitue in fine une constellation tout en replis mystérieux ponctuée d’éclats brillants, sans qu’il y ait à la clef de «texte» abouti dont je puisse retirer quelque fierté; non: juste cela, des mots, des phrases qui, j’ose le croire, enserrent un peu de l’instantanéité du geste scriptural auquel je prête des vertus d’emprisonnement cosmique tout en étant, dans le même temps, convaincue de sa radicale impuissance à saisir quoi que ce fût de signifiant (et significatif!) précisément. Et cette sensation douloureusement aiguë, aussi, qui perdure et s’étale invasive, de ne pouvoir longtemps me passer de lui alors que je le sais incapable de jamais atteindre ce but que tacitement je lui assigne: arrêter dans ses entretissages de signes un peu de temps et de sens – rien qu’un peu, une bribe, une épéhémérité fragile comme une nanoseconde de verre qui filerait à une vitesse supralumineuse…


Sont-ce d’authentiques retrouvailles, de véritables renouements avec l’«écriture» que ces enfilades de mots jetées là comme un cri primal, écriture quasi automatique si je fais abstraction des ratures que le traitement de texte non seulement rend invisibles mais efface et pousse au-delà de toute mémorisation possible – en efface jusqu’à l’infime trace sauf à aller fouiller dans des recoins insoupçonnés du disque dur où, assurent les geeks bien informés, tout peut se retrouver, y compris les contenus de toutes les corbeilles successivement vidées (à ce que je crois avoir appris de l’un ou l’autre épisode des Experts cyber ou d’une quelconque série policière où la moindre enquête donne nécessairement lieu à de plus ou moins longues considérations numériques…) ‒ et des contrôles orthographiques élémentaires (je veux dire jetées là sans autre objectif que de soulager un vouloir-dire et ne cherchant pas à «rendre compte» de quoi que ce soit, sans que je me demande à aucun moment «comment commencer» comment poursuivre et conclure – comment construire)? Vais-je grâce à elles qui finalement me sourient parce qu’elles témoignent d’une impulsion poussée à son terme et que, de cela même, je me croyais devenue incapable, parvenir à écrire ce que j’ai laissé en jachère pendant des mois, voire des années (et s’il n’y avait les chiffres qui énoncent sans appel l’écoulement des mois, des ans et en bornent le cours comme les stèles aujourd’hui de plastique qui signalent les distances au fil des routes, que saurais-je de temps qui passe, sinon qu’il est un tas de cendres grises et fumantes – puantes – sans cesse grossissant?) de telle manière que cela ne sente pas son mauvais raccommodage couturé de remords embarrassés? Et quand bien même je en serais plus apte qu'au fragment, à l'écumage de miettes de sens par miracle prélevées et sauvées de la benne à oublis, du vaste désordre des brouillons? Ce sauvetage-là, si minuscule et infime fût-il, ne vaut-il pas que je m'y consacre? À l'évidence si puisque à bien y réfléchir je n'ai lâché la bride à ces circonvolutions qu'à seule fin de justifier un vague rassemblement de briberolles revenues à l'improviste du fond des décombres.

La Bibliothèque

Voici quelques semaines j'apprenais que Jacques Damade fêtait les 25 ans de sa maison d'édition. J'avais découvert ses livres au tout début de mon activité de chroniqueuse et les avais beaucoup aimés. De là une belle interview (dont je ne croyais pas retrouver la trace suite à des aléas numériques lointains mais qui est bel et bien encore là), puis des liens d'amitié, un suivi aussi étroit que possible de ses publications dont il me faisait gracieusement parvenir un exemplaire de chaque... jusqu'à ce que s'étiole ma capacité à écrire au point que longtemps j'ai continué à recevoir des livres, à les lire avec délectation bien que je ne leur offrisse plus l'écho que l'éditeur était en droit d'attendre de moi. Par honte d'être ainsi muette, j'ai peu à peu délaissé les signatures, les rencontres... sans perdre tout à fait de vue cette belle entreprise éditoriale. Alors, cet anniversaire allait-il redémarrer la machine? Pas même: tout au plus le regret de mes engouements non écrits s'est-il aiguisé. Puis en ce dimanche 16 juillet, à la faveur du feuilletage intempestif d'un cahier vieux de cinq ans ces lignes perdues entre des notes et des gribouillages peuplant la page dans tous les sens (dans lesquelles je glisse aujourd'hui un peu du liant qui leur manque indéniablement):

Les rééditions de La Bibliothèque: elles relèvent des textes anciens de leurs pages jaunies et fragilisées par leur grand âge, pour leur en offrir de plus fraîches qui rendront à ces œuvres leur corps, leur plénitude littéraire bien mieux qu'une banale «édition moderne» car il ne s'agit pas seulement de rendre aisément lisible des textes relégués, devenus rares, mais, aussi, de «faire objet», de créer un livre qui se tienne par le papier de ses pages, sa reliure, sa couverture, la perfection de sa typographie… Toutes celles que j’ai lues, et les ouvrages originaux pareillement car La Bibliothèque en publie aussi (originaux dans tous les sens du terme: des primo-publications, avec du caractère, du style, un esprit…) me font l’effet d’appartenir à une littérature de déambulation, où je me suis aventurée comme on muse dans un jardin…

De cette brève, je suis allée en quérir une autre, moins brève mais tout aussi peu aboutie et vieille de… dix ans, rien que ça! que j’avais ébauchée à l’occasion de la sortie d’un recueil d’articles d’Alexandre Dumas constitué par Claude Schopp, Mes chasses – une publication immiscée à petits bruits dans la tonitruante «rentrée littéraire» 2007, qui m’avait inspiré ces micro-jets jugés trop «micro» à l’époque pour pouvoir être mis en ligne à l’époque:

À contre-saison et parce qu'il n'est rien de meilleur, en ce foudroyant «septembroctobre», que de rompre avec les «grands romans de la rentrée», attachons-nous  avec délices au cru d'automne que propose Jacques Damade, qui rapproche son rythme de publication de celui des saisons : un recueil d’articles sur la chasse signé Alexandre Dumas, édité, annoté et préfacé par Claude Schopp, Mes chasses.
Ce livre aux senteurs automnales, entre ragots, lièvres et perdrix, fleure bon l'art de raconter «à la Dumas»: art feuilletonnesque qui sait suspendre le récit, servir des dialogues hachés en menus pointillés, et glisser où il faut le trait riant pour épicer une anecdote. Il est aussi représentatif d'un certain art d'éditer, il porte la patte éditoriale de Jacques Damade, une trace à suivre non pas en forêt mais sur les étals des libraires ou ici, en ligne.
Dans le sillage de ces Chasses, il faut à tout prix arpenter le catalogue de La Bibliothèque, où l’on glane à tout bout de page des livres qui se lisent comme on respire les effluves dorés des feuilles mortes rendues aussi légères que poussière: l'esprit errant.

Alexandre Dumas, Mes chasses (édition établie, préfacée et annotée par Claude Schopp), La Bibliothèque, 2007 - 17,00 €.

Cela ne sent-il pas exagérément le rance que d'aller ainsi pêcher au fin fond d'un dossier fourre-tout logé dans l'arrière-boutique de son disque dur une ébauche, dont il a fallu encore éliminer les échardes, de dix ans d'âge? Sans doute et pourtant... quelque chose je crois y subsiste qui sache manifester mon attachement à cet éditeur, à sa maison, et faute de savoir le dire de neuf aujourd'hui ces petites choses anciennes peuvent faire l'affaire. Alors, oui... j'ai ramassé ces vieilles miettes mais au lieu de les jeter...  

Et voilà qu'en les rassemblant je débusque une autre ébauche, datée de 2013, commencée à la suite de ma lecture de l'anthologie L'Ange noir*... et que, bien sûr, je n'avais su finir. D'ailleurs, ce que j'en ai conservé ne dit presque rien de ce livre mais s'attarde plus volontiers sur l'ensemble du catalogue. Comme si déjà bien embarrassée à l'époque pour circonscrire mon propos à l'objet visé il m'avait fallu m'en approcher par circonvolutions... et procéder par une manière de travelling avant – interrompu net, au détour d'un égarement:

Le tout premier charme de ces livres, qui attire immanquablement le regard, puis la main avant même que d’en découvrir e contenu, c’est leur format – une main moyenne, bien à plat, les recouvre presque et ils sont en général de petite épaisseur, rarement plus de deux cents pages: ils sont faciles à tenir, on les a en main et, par là, plus près du cœur… – , et leur reliure, souple mais d’un fort papier qui a du corps, à larges rabats, arborant titre et nom d’auteur au fer, en caractères noirs, et un logo bien centré, lui aussi au fer et en noir – un carré calligraphié-chiffré dont on a bien du mal à saisir s’il s’agit d’un mot ou d’un simple graphisme. Suivent le nom de la maison précédé de celui de la collection, toujours au fer. On reconnaîtrait, de prime abord, AVE (salut au lecteur?) mais ce pourrait être LVE? ALE… petit jeu de déchiffrage auquel on a tout de suite envie de se livrer et dont on verra très bientôt que c’est à l’image de ce que j’ai envie d’appeler «l’esprit de la maison» - celui qui préside à la conception des livres mais peut-être aussi celui qui la hante, Jacques Damade m’en dira peut-être un peu plus là-dessus…

Avec ces livres on renoue avec le langage des couleurs, non pas forcément leur «symbolique» traditionnelle mais leur «charge de sens»: à chaque ouvrage sa couverture. Typographie, disposition, type d’impression: tout reste identique d’un volume l’autre mais varie le support – il n’y a pas que la couleur qui change, il y a parfois des effets de matière – ainsi la couverture de L’or et la nuit de Pierre Lartigue, d’un beau vert très végétal et d’une texture toilée qui évoque le tissage de la soie sauvage – bien de circonstance pour un texte – ni récit, ni essai: déambulation – qui voyage du côté de la Birmanie et du Cambodge avant de revenir aux Nymphéas de Monet…

Concernant l’une des dernières parutions, L’Ange noir, la couverture et d’un superbe violet foncé, lumineux et profond à la fois, dont je ne peux m’empêcher d’écrire qu’il exhale des senteurs d’alcôve et de boiseries vieilles, de pièce recluse mais luxueuse et calfeutrées de tentures. Un violet inséparables de dentelles noires et de voilettes – mais je m’égare…

* L'Ange noir. Petit traité des succubes (Rémy de Gourmont, Jean Lorrain, Jules Bois... Textes choisis et présentés par Delphine Durand et Jean-David Jumeau-Lafon), La Bibliothèque, coll. «Les Billets de la Bibliothèque», 2013 - 17 €.

J'étais partie pour compiler ici des briberolles de tous ordres et, en définitive, une exhumation fortuite en ayant amené deux autres, j'en arrive à venir presque à bout d'une seule intention (au moins une, fût-elle affligée d'un presque!):  non pas rendre à La Bibliothèque et à Jacques Damade l'hommage que je leur dois mais à leur adresser un vrai signe d'amitié. Quant aux autres bribes de mon bric-à-brac textuel – elles viendront, plus tard... à leur heure qui, à l'évidence, ne devait pas être celle-ci.

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 18:36

Depuis des jours et des jours et des jours je continue de glisser le long d'une inexorable pente marasmique, un glissement dont j'ai même renoncé à laisser trace ici - ce coin de Toile qui n'aurait jamais dû devenir ce vide-fiel introspectif  que je l'ai laissé devenir. Chaque jour davantage j'ai senti se défaire le lien vital qui parfois, à la faveur de fulgurantes convergences qui m'étaient bouffées d'oxygène, daignait se nouer entre ces sensations aranéeuses de plus en plus envahissantes et le tissu des mots. Et rien, quoi que j'en dise ou pense, qui justifie pareille désertion de soi, ni le prétendu accaparement qu'exigerait le travail, ni la maladie chronique virant au cancer natif de ma chatte Sweetie (encore que cette maladie soit le catalyseur d'un bizarre labeur intérieur suffoquant, où semblent s'accélérer et se superposer des retours de refoulé, des ressouvenances intempestives, comme si les composantes de ma psyché, à l'instar des plaques constituant la lithosphère terrestre dont les mouvements conditionnent la dérive des continents, l'activité volcanique, l'ouverture des failles océaniques... étaient en proie à une brusque agitation suscitant à la fois dans ma "matière psychique" le creusement de gouffres, l'accumulation d'éboulis et l'excrétion d'un mauvais jus mental comparable aux laves mêlées de cendres et de gaz toxiques que vomit un volcan).
Plus de... Non: je ne vais pas énoncer à nouveau l'ennuyeuse litanie de ce que je ne "fais plus". Si je ne "fais plus", c'est que je consens à cette érosion autodestructrice et qu'il n'appartient qu'à moi de la freiner. Et à cet égard, la journée du 11 janvier aura été comme un coup de hache faisant éclater cette mollesse submersive.

Mercredi 11 janvier, donc...

Au saut du lit ou presque, des mots se sont agrégés que j'ai sentis d'emblée signifiants, tels que jaillis idéellement: je les ai aussitôt écrits sur un bout de papier et, contrairement à ce qui se produit en général en pareilles circonstances, leur signifiance a résisté à la transcription... Mieux: je devais constater, en retrouvent ce bout de papier ce matin même, que nul dégoût ni agacement ne me venait en les lisant - leur signifiance tient bon...

Fendre la nuit
Comme on crie jusqu'à plus soif
Au grand galop, des ailes au corps comme à l'âme
Si léger qu'en son propre essor
On se désagrège et se disperse - pulvérulent - aux mille vents du vaste Rien cosmique

Tandis qu'au lever je me pulvérisais ainsi et opposais à cette désagrégation l'antidote du texte (il me sembla qu'en l'instant où j'écrivais je me rassemblais toute sous l'effet d'une sève lustrale), je devais, dans la suite de la journée, prendre conscience que j'accumulais les petits gestes spontanés accomplis jusqu'au bout sans qu'aucune pensée négative viennent leur couper la route, ce dont je ne me croyais plus capable...

Par exemple conserver et juger regardable au point de la mettre en ligne ici une photo prise à la hâte, quasi sans cadrer ni mettre au point parce que je n'y voyais rien sur l'écran de mon Coolpix: un "effet de ciel" sidérant aperçu juste en tournant la tête alors que je ne songeais qu'à gagner la bouche de métro avant le début de l'averse en gestation, et dont je me doutais que, capté au compact numérique, il serait tout dépouillé de sa beauté. Pourtant j'ai déclenché, d'autant plus vite que soufflait par bourrasques un vent fort qui poussait les nuages et donnait l'impression que la faille rayonnante se déplaçait, quand je voulais, moi, fixer le jeu de formes et de lumière que sa position au-dessus des toits me révélait. J'ai déclenché presque à l'aveugle... photo probablement ratée mais au moins aurai-je été au bout de mon intention. Et en visionnant l'image, j'avoue avoir été assez surprise d'y retrouver le fascinant tranchant de cette insinuation solaire dans la masse nuageuse couleur de plomb. Mais sans doute un photographe aguerri ne verra-t-il que le... mauvais penché de cette image et les autres défauts qu'il serait fastidieux d'énumérer,

Puis, plus tard, en feuilletant distraitement le gratuit Direct matin dont je m'étais emparée pour meubler ma métroportation retour, je découvrais qu'à la fin du mois, les 27, 28 et 29 janvier, aurait lieu la 2e édition de Paris Face cachée, un événement qui permet notamment d'accéder à des lieux ordinairement fermés au public et d'assister à des manifestations exclusivement organisées dans ce cadre. Il suffisait de s'inscrire en ligne (uniquement en ligne) au cours des deux seules journées où seraient ouvertes les inscriptions, soit ce même 11 janvier et le 18. Sitôt rentrée et mon ordinateur ouvert, je me précipite sur le site (il faut aller vite, vitissime: les places sont en nombre limité!), déplie à toute vitesse le menu des propositions en éliminant d'office toutes celles qui ne concernent pas Paris intra muros, en sélectionne deux ou trois parmi celles qui ne sont pas encore estampillées "complet" sans m'attarder sur les présentations pourtant brèves, me bornant à la lecture des intitulés pour m'arrêter enfin sur "De bronze et de bois": des mots avaient fait mouche ("maître du Modernisme architectural français", "Matisse", Modigliani", "atelier... sculptrice"...). Des places sont disponibles, dans un créneau horaire m'allant comme un gant... Je ne réfléchis pas: deux-trois clics, mon billet est acheté pour le 27 janvier, 13h30. Téléchargé, prêt à être imprimé.  Pourtant, une ombre à la jubilation qu'a éveillée la succession de ces décisions prises instantanément: le 27, c'est loin, et je ne puis me défaire de la conviction qu'une fois de plus je laisserai pourrir le projet et le billet à l'abandon sur un coin de mon bureau.

Eh bien non, aujourd'hui 28 janvier, je puis écrire que j'ai bien exploré la "face cachée de Paris" pour laquelle j'avais réservé une place! Cela m'a valu de découvrir une artiste que je ne connaissais pas, Chana Orloff, et ce grâce à ses petits-enfants qui, propriétaires de son atelier et des œuvres qui y sont exposées, s'efforcent autant qu'ils le peuvent d'ouvrir l'endroit au public, notamment lors des Journées du patrimoine. Leur effort aura été, ce vendredi, formidablement servi par la conférencière qui animait la visite, Lauranne Corneau, dont l'exposé clair, concis et vivant, a fait honneur autant à l'artiste qu'au lieu.

Me voilà maintenant animée d'une intense et profonde envie de mieux connaître Chana Orloff, de revenir visiter cet atelier dès que possible... Dans mon horizon immédiat: tâcher de me procurer deux ouvrages en français qui lui sont consacrés, parus en 1927 (de la chine en perspective...). Puis plus tard, peut-être, la réédition en fac-similé des numéros de la revue SIC, parue entre 1916 et 1919, où ont été publiés plusieurs de ses bois gravés. Et ensuite...

Envie de mieux connaître... plus tard... ensuite...
Autant de projections dans l'avenir.
De petits élans de vitalité.

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 10:44
Si tu crois xa va...

Mon chat Elléas est pansu.
Ce n’est pas vraiment un «gros» chat mais il a un embonpoint localisé dans le bas du corps alors que son torse et sa tête restent plutôt fins – il aurait, en jargon anthropomorphique, un physique typiquement «gynoïde», qu’accentue un léger dandinement des hanches quand il se déplace et qui m’évoque immanquablement M. de Charlus tel que décrit par le narrateur de La Recherche. Chat d’intérieur aujourd'hui âgé de 4 ans et demi et tôt castré, il a très vite gagné cet aspect singulier, bien que n’étant pas goinfre – il a certes un solide appétit mais qui reste sélectif: c’est un gourmand, qui ne s’abandonne jamais à l’absorption indifférenciée. Je demeure toutefois vigilante et tiens sous contrôle ses rations, de manière assez judicieuse semble-t-il puisque les visites annuelles chez le vétérinaire m’ont jusqu’à présent confirmé qu’il était en forme et son poids tout à fait normal eu égard à son âge, son mode de vie – et son état de mâle castré.
Aucune raison, donc, de le priver de ces friandises que je donne chaque matin à mes trois chattes pour, au sens le plus propre de l’expression, «faire passer la pilule» ‒ elles sont toutes soumises à des traitements quotidiens, à vie, et ne consentent à avaler leurs médicaments qu’avec ces «friandises» dont je sais pertinemment que ce sont d’abord des gadgets commerciaux, peu nécessaires à la santé des chats mais qui, pour moi, sont d’un incomparable secours pour médicamenter mes chattes sans stress. Elléas n’a pour le moment aucune pathologie qui justifierait l’octroi de ces «passe-pilule» mais… comment les lui refuser quand, voyant ses compagnes croquer les leurs en ronronnant malgré le comprimé caché, il tend vers moi ce regard à la fois impérieux et implorant? Alors, dans un souci d’équité ‒ tout aussi anthropomorphique sans doute que le jargonneux «gynoïde»; «Tout le monde pareil! pas de jaloux…» aurait dit ma grand-mère, toujours très attentive à ce que chacun ait non pas «selon ses besoins» mais «autant que son prochain» ‒ je lui donne, pareillement, quelques party mix ou autres Catisfaction sur lesquels il se jette et qu’il gobe avec une voracité qu’il ne témoigne envers aucun autre aliment sinon les fragments de viande pure dont j’agrémente parfois les gamelles. Et ce matin, dans l’élan de la distribution rituelle, je me suis mise à fredonner ce petit pastiche…

Elléas Elléas…
Si tu crois qu’t’auras, si tu crois qu’t’auras
Encor’ des friandises
Ce que tu te goures, ce que tu te goures!
Elléas Elléas…
Car déjà est là
la pendante panse,
et les bajoues naissantes
te guettent te guettent…

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 19:20
Composition vraquée...

Encore une fois le mois allait s'esquiver sans que j'aie pris le temps de déposer ici quelque bribe censée assigner en surface un peu de cette matière souterraine ‒ réflexions, songeries, longs discours qu'intérieurement je me tiens en continu sans que jamais le silence se fasse... ‒ qui se meut continument sous mon crâne, à laquelle manque cruellement un volcan qui lui livrerait passage. Elle reste là dans les tréfonds, en dépit d'incandescences éblouissantes qui parfois la traversent quand tout d'un coup un nœud se défait, des connexions s'établissent d'où saille une ébauche de réponse à l'une ou l'autre question que je me posais. La substance abonde, et la fulgurance incitative, qui devraient susciter une écriture frénétique. Mais non. D'ailleurs, peut-être est-ce justement la pléthore qui désertifie, l'aridité de la page pouvant être imputée à la suffocation des phrases dans leur propre prolifération...

Là où le fragment abrupt et totalement décontextualisé semble s'imposer parce que seul apte à porter le sens que j'entends exprimer, j'ajoute, rajoute, développe... et m'embourbe dans des tentatives de plus en plus malheureuses au fur et à mesure qu'elles se succèdent. Chaque fois que je me risque à l'extrême abrasion phrastique aussitôt je me repens et reformule jusqu'à ce point critique où la dilution par ajouts s'achève par un tel alourdissement d'ensemble que se noie en lui-même ce qui aurait dû être signifié. Alors j'efface: annihiler plutôt que noyer.

Et si, au moins pour cette page, je faisais du mélange improbable, du vrac sans cohésion, une bouée de sauvetage? Voyons... il y aurait des relents d'enfance, consécutifs à la sortie de dernier album d'Astérix, Le Papyrus de César ‒ mais, touchant au petit monde de l'édition et à ses pratiques plus ou moins honnêtes, à la question de la mémoire, au mode de transmission, opposant l'écriture à la tradition orale, il m'emmène en des sphères excédant de beaucoup la remémoration nostalgique. C'est trop pour ne rédiger qu'un petit élément compositionnel. Un livre aussi, juste achevé, acquis à l'improviste voici trois semaines quand je n'entrai dans la librairie-papeterie où je l'ai acheté que pour me procurer une enveloppe de format A4 ‒ mais là encore, son sujet, ce qui m'a poussée à l'achat et, désormais, ce que j'y ai trouvé en le lisant imposent que j'écrive pour lui un texte isolé. Et enfin, quantité de petites pensées concernant la photo.

Du vrac initialement médité il ne restera qu'une partie de ces dernières: commençant à écrire c'est autour d'elles que j'ai finalement attaché les propos qui se tenaient le mieux ‒ à mes yeux s'entend...

25 décembre. Voies photographiques

Une fois de plus, j'ai arpenté quelques rues parisiennes avec le projet bien arrêté de "faire des photos" suivant une thématique elle aussi bien arrêtée: profiter de la fermeture des boutiques pour photographier des devantures sans me heurter aux protestations des commerçants. Les décors imaginés à l'occasion des fêtes de fin d'année offrent de foisonnants spectacles que transcendent encore les jeux de réverbérations ordinaires des parois vitrées augmentés, là, de ceux induits par les innombrables ornements scintillants ou transparents qui font brasiller les moindres clartés venues les frapper. Du pain bénit photographique...et d'ailleurs, pas plus tard que la semaine dernière, j'avais marqué de longs temps d'arrêt devant plusieurs de ces vitrines, non pas hypnotisée par les articles qu'elles mettaient en valeur mais rêvant à la manière dont je pourrais, munie de l'un ou l'autre de mes boîtiers, tirer parti des compositions que je scrutais. J'entrepris donc de retrouver ces boutiques mais, curieusement, une fois atteinte ma destination, ce qui m'avait accaparée quelques jours auparavant avait perdu tout attrait: je ne voyais plus rien qui méritât une recherche de cadrage, une patiente mise au point... J'ai laissé mes boîtiers dans leur sacoche ‒ bredouille, une fois de plus? Allons, il suffit d'aller ailleurs marcher... J'ai donc poursuivi ma balade hasardée, et en effet d'autres décors que ceux visés m'ont finalement inspiré quelques images. Mais je suis rentrée sans avoir vécu le moindre de ces surgissements qui, en plus de motiver une, voire plusieurs, prise(s) de vue, me laissent longtemps sous le charme d'un émerveillement ‒ un mot auquel je donne un coup d'italiques, histoire de lui insuffler un peu du sens magique qu'il a pour moi dans ces circonstances-là, et seulement dans ces circonstances-là. Point de charme donc. Quelques photos néanmoins, dont je ne retiens qu'une, insérée ci-dessous:La petite robe rouge pour paraphraser Guerlain...

"Lorsqu'on veut vraiment faire une photo, il y a toujours un moyen", a dit en substance l'artiste photographe Thierry Volpi à l'occasion d'une mémorable rencontre organisée à l'intention de ses membres par l'association Photovision France et sur laquelle je m'impose de revenir plus longuement tant elle a été pour moi riche d'enseignements. Depuis, cette affirmation me tient lieu de balise: les obstacles, quand ils sont techniques, se surmontent toujours, fût-ce au prix de quelques contorsions ‒ plus question pour moi de les brandir comme prétexte à mes renoncements; je me dis même que ces "os" techniques devraient au contraire m'apporter un surcroît de motivation et stimuler ma pratique en requérant des efforts particuliers pour les rendre inopérants. Reste qu'il y a des empêchements plus obscurs, dont on n'a pas conscience et que l'on attribue, de ce fait, à un manque de maîtrise technique, à de mauvaises conditions extérieures ou encore à la faiblesse d'un matériel prétendument inapproprié alors que l'impossibilité de photographier qu'ils provoquent n'a, en réalité, d'autre humus que de sombres nodosités intérieures.

Une fois ceci compris, reste à passer outre ces goulets d'étranglement...

Ces mannequins aux visages sans traits qui habitent les devantures ‒ et sont parfois dépourvus de tête, devenant alors plus dérangeants ‒ me fascinent... Outre que les regarder à travers la vitre revient à se tenir sur un seuil interdit que l’on ne s’autorise pas à franchir sans pour autant se résoudre à s’éloigner, persistant à s’immobiliser là, dans l’entre-deux, en un point d'équilibre précaire et déstabilisant, les dispositifs d’éclairage que les décorateurs installent accentuent encore leur inquiétante étrangeté intrinsèque. Sitôt vue, cette créature bien carrée dans son fauteuil grand style, à la posture hiératique et aux formes parfaites valorisées par sa magnifique robe de soirée mais si curieusement étêtée, comme guillotinée puis rappelée d'entre les morts, m’a arrêtée et je n’ai pas quitté l’endroit avant d’avoir pris deux ou trois photos. Lorsque plus tard j’ai visualisé ma petite collecte tout d'un coup sur l’une d’elles je me suis avisée qu'il y avait un mince trait blanc ‒ un bête reflet dont je n’avais pas eu conscience à la pise de vue tant j’étais rivée sur cette femme sans tête ‒ flottant bizarrement là même où se serait trouvée la bouche s’il y avait eu un visage, tel un sourire ; ce trait pouvait tout aussi bien évoquer le fil clair d'une cigarette que tiendraient des lèvres absentes. Alors j'ai foncé l'image jusqu'à ce que l'obscurité absorbe totalement les vagues formes sur lesquelles se détachait la teinte claire du bois verni. Le trait lumineux s’est aiguisé, aiguisé encore tandis que l’ombre densifiée rendait évidente – oserai-je écrire nécessaire? – la présence d’une tête invisible. Et c’est, in fine, un spectre que j’ai convoqué…

Ces mannequins aux visages sans traits qui habitent les devantures ‒ et sont parfois dépourvus de tête, devenant alors plus dérangeants ‒ me fascinent... Outre que les regarder à travers la vitre revient à se tenir sur un seuil interdit que l’on ne s’autorise pas à franchir sans pour autant se résoudre à s’éloigner, persistant à s’immobiliser là, dans l’entre-deux, en un point d'équilibre précaire et déstabilisant, les dispositifs d’éclairage que les décorateurs installent accentuent encore leur inquiétante étrangeté intrinsèque. Sitôt vue, cette créature bien carrée dans son fauteuil grand style, à la posture hiératique et aux formes parfaites valorisées par sa magnifique robe de soirée mais si curieusement étêtée, comme guillotinée puis rappelée d'entre les morts, m’a arrêtée et je n’ai pas quitté l’endroit avant d’avoir pris deux ou trois photos. Lorsque plus tard j’ai visualisé ma petite collecte tout d'un coup sur l’une d’elles je me suis avisée qu'il y avait un mince trait blanc ‒ un bête reflet dont je n’avais pas eu conscience à la pise de vue tant j’étais rivée sur cette femme sans tête ‒ flottant bizarrement là même où se serait trouvée la bouche s’il y avait eu un visage, tel un sourire ; ce trait pouvait tout aussi bien évoquer le fil clair d'une cigarette que tiendraient des lèvres absentes. Alors j'ai foncé l'image jusqu'à ce que l'obscurité absorbe totalement les vagues formes sur lesquelles se détachait la teinte claire du bois verni. Le trait lumineux s’est aiguisé, aiguisé encore tandis que l’ombre densifiée rendait évidente – oserai-je écrire nécessaire? – la présence d’une tête invisible. Et c’est, in fine, un spectre que j’ai convoqué…

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 14:20
Pour dire. Tâcher de... essayer...

Voici déjà une semaine, le jeudi 17 septembre, je retrouvai Marie-Annick pour une petite virée au vernissage de la Biennale 109 – l’événement, qui réunit cette année 49 peintres et 28 sculpteurs, consacrés et émergents mêlés, en est à sa dix-septième édition ; la Biennale se tient à la galerie de la Cité Internationale des arts, 18 rue de l'Hôtel de Ville à Paris (la galerie est ouverte tous les jours de 12 heures à 19 heures, nocturne le 23 septembre jusqu'à 21 heures). Elle par envie de sentir souffler le vent de l’expression plastique au plus vif de son actualité – démarche naturelle à tout artiste – et avec en tête, à ce que j’ai compris, de vagues intentions de densifier ses réseaux afin de développer quelques projets professionnels dont elle entrevoit les contours. Et moi pour saisir au vol une opportunité de passer un moment en sa compagnie, surtout pour l’entendre évoquer de vive voix l’exposition qu’elle prépare – elle présentera des dernières créations textiles en novembre, à la bibliothèque de la mairie du 7e arrondissement –, les deux stages qu’elle a organisés cet été, le calendrier de ses cours pour l’année qui débute…

Nous avons finalement passé assez peu de temps dans les salles – il y avait foule, mais de toute manière, contempler les œuvres comme chacune l’eût mérité était impossible tant il y avait de disparate dans les travaux exposés; j’avais pour ma part l’impression de subir un affreux brouhaha visuel d’où presque rien n’émergeait – et sommes allées poursuivre notre conversation autour d'une table d'un merveilleux salon de thé du Marais, L’Ébouillanté (où je n'étais jamais entrée mais que je connaissais bien de vue pour avoir souvent médité en longeant sa devanture à quelque photographie à prendre, jamais prise, évidemment!).

Je suis assise face à la fenêtre. À travers la vitre, je vois la lumière changer, s'aiguiser d'abord au fur et à mesure que le vent disperse les nuages jusqu'à en débarrasser complètement le ciel puis lentement décliner tandis que l'heure avance. Je suis pleinement dans l'échange mais, en même temps, une petite part de moi reste rivée aux mutations de la lumière. Étrange posture flottante; c'est une «impression du soir» singulière qui est venue se nouer avec une flottaison analogue, antérieure de quelques jours, éprouvée pareillement au crépuscule d'une journée tout agitée de turbulences météorologiques [dont je ne puis qu'aujourd'hui, entraînée le long de cette évocation d'une retrouvaille amicale, retrouver la matière textuelle; pure reconstruction a posteriori, évidemment: presque rien de tout cela n'a déferlé à L’Ébouillanté! Là-bas j'étais bien ancrée dans la conversation; ici, et maintenant, je remaille, je rattrape au vol et file ailleurs à grandes enjambées]. J'avais alors été frappée du contraste entre le mol amuissement de la lumière au début de la soirée, qui allonge loin les ombres jusqu'à leur point de quasi-dissolution, et la brillance aigüe, métallique, que prend le soleil, même près de disparaître à l’horizon, lorsque le ciel bleuit soudain après avoir été épuré par la bourrasque d’engorgements plombés non encore dissipés,mais assez proches pour créer dans les hauteurs d’énigmatiques réfractions dont les jeux cachés se répercutent de tous côtés, faisant saillir çà et là des reliefs inédits. Des mots avaient alors jailli que je couche là car je ne puis m'empêcher de les tenir pour une trace à conserver et, avec elle, le fil de pensées qui s'est alors dévidé...

L’heure est douce où les ombres flanchent, tandis que la lumière fléchit et s’incurve vers la nuit. Douce et longue comme l’haleine d’une brise – ou l’effleurement d’une fourrure de chat venant se frotter à la peau nue du bras abandonné au bord du sofa quand la vigilance elle aussi s’estompe et se mue en demi-sommeil.
Subtils entre-deux, tout flotte – et la conscience se dilate jusqu’à prendre les dimensions du cosmos dont le propre est justement de n’avoir pas de dimensions sinon celles, étriquées, que lui assignent les syllabes où prétend l’enfermer le logos.


Logos pis-aller, qui toujours échouera à dire puisque, pour «dire juste» – non pas même un instant dans sa globalité, l’éphémère infinitésimalité de chacun ayant l’indicible infinité de l’univers, mais à peine une fraction d’instant, en l’espèce une sensation, un sentiment, une idée, une «chose»… – il faudrait ne recourir à aucun signe puisqu’un signe cerne, ceint, et donc limite mais alors sans signe il n’y a rien – aporie indépassable.
À me questionner ainsi sur les rapports du logos et des choses, du dit et du «à dire», je ne «dis» plus, ni en écriture ni en photographie – puisque ce sont là les deux modes par lesquels j’ai choisi de tenter de «dire» – je ne «fais» plus… Et le questionnement de participer d’une stratégie d’évitement consciencieusement élaborée à coups de justifications diverses, au lieu d’être point d’appui sur quoi me tenir pour se sortir de l’ensablement.

Cependant ils sont qui dansent, virevoltent comme des insectes rendus fous la nuit par une lueur brusquement allumée: des mots, des bouts de phrase voire de longs paragraphes aux belles articulations logiques engendrés par une pensée en alerte mais auxquels il manque ce je-ne-sais-quoi qu’exigerait leur fixation écrite et sans quoi ils s’affaissent minables dès que je commence à les saisir – d’où leur suppression immédiate (touche del. enfoncée, feuille de papier froissée et jetée à la corbeille). Pfuittt… évanouis, mais pensés si fort que souvent, quand à nouveau ils me reviennent en tête, je me demande s’ils ont été songés seulement, ou bien griffonnés puis jetés, peut-être quasi achevés voire dûment écrits quelque part (mais où?).

J’ai pourtant l’écriture modeste, et ne vise que celle avec complément – écrire «des articles», «des chroniques», parfois «de petites errances» ou «des apartés», «des brèves d’un jour» qui font de petits pas de côté mais rien qui éloigne trop de la banale textualisation, laquelle est à la portée de quiconque maîtrise convenablement sa langue d’expression, ce qui, je crois, est mon cas. Quant à l’écriture absolue, celle qui ne souffre aucun complément et tient tout entière dans le procès exprimé par le verbe «écrire», elle est l’apanage des seuls écrivains, ceux-là qui par la grâce de leur talent savent faire d’un tissu de signes une pièce de littérature – qui est autre chose que «du texte»…

Le questionnement, toujours. Qui maintient au seuil du faire. Une attitude que je partage avec Marie-Annick d'ailleurs: «Je suis davantage dans la réflexion que dans l’action», me dit-elle tandis que, la soirée avançant, nous quittions le salon de thé. Une phrase que je pourrais, sans rien y changer, reprendre à mon compte bien que ses interrogations, et les actes qu’elle retient, soient différents des miens, la problématique de fond demeure.


Le «passage à l’acte» – prendre une photo, écrire un texte, dessiner, peindre… – doit receler bien des périls pour qu’à ce point nous nous cantonnions au seuil, et refusions d’aller jusqu’à la concrétisation d’une intention, d’une projection imaginaire quelle qu’elle soit. Je ne crois pas que ce soit la seule crainte d’échouer qui retienne à l’aube même de ses prémices le geste opératif – je veux dire la peur d’obtenir par son faire quelque chose qui soit si éloigné de l’objet imaginé qu’il nous renvoie une image de nous marquée si profondément au sceau de l’impuissance qu’elle soit vécue comme une insupportable dévalorisation. Si insupportable qu’il faille à tout prix éviter de la ressentir. Non, je pense qu’il y a, tapi dans la ténèbre de l’insu et de l’inconnaissable, autre chose de pire que cette dévalorisation encourue. Écrire tout cela ne permet certes pas d’identifier ce «pire» – car, bien que passant pour cette fois «à l’acte», je n’en cerne pas mieux celui-ci, monstre sans forme et sans nom qui lui fût propre dont je n’éprouve que l’insistante présence ‒ mais, écrivant, je donne matière à la question, je la pose hors de moi, j’en fais un objet tangible qui ampute un peu de sa folle substance limbique ce chaos pensé qui enfle et désenfle selon les instants, respire/expire – se meut comme ces matières en travail perpétuel sous la croûte terrestre, nous signalant leurs sautes d’humeur sans qu’on les voie à l’œuvre… Poser ainsi hors de moi, sous forme de texte, ou de photo, quelque chose de moi ne relève pas du souci narcissique; cette dépose est une adresse à autrui, un objet tendu dont il peut s'emparer et relier à sa propre expérience. C'est un fil qui se tisse, un de ces fils par lesquels je tiens au monde, par lequel je puis me sentir vivante.

Un fil vital donc. Alors le péril doit être là en cas de ratage: se sentir mourir. Un peu, beaucoup... Mais ne meurt-on pas autant à ne jamais franchir aucun seuil?

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 16:05
Sans titre sinon le vide

Longue, longue désertion.

Comment, après un si vaste vide, retrouver dans la nuit du doute l'improbable chemin de mots qui me fera de nouveau croiser ici les fils de chaîne et de trame du texte? Du texte tenu, s'entend, je veux dire qui soit solidement lié par les lois de la langue,suivies ou subverties - mais alors subverties délibérément, et "en connaissance de cause" car, pour se jouer des lois d'une langue, il faut les bien connaître et surtout les maîtriser fût-ce dans leurs attitudes les plus rétives (ces innombrables "exceptions" par lesquelles il est dit que se justifient les règles!).

Comment émerger de ce long chaos, de cette insurmontable suffocation mentale dans laquelle j'ai somnolé à demi léthargique alors même que je croyais me débattre, et salutairement lutter contre les accès de panique qui m'obstruaient la vue, me laissaient dans la conviction que je ne savais plus rien, ni voir ni imaginer, que je n'étais plus capable de rien, pas même de satisfaire aux seules exigences du travail qui pourtant sont d'ordinaire des refuges très sécurisants où je me confine par lâcheté pour n'avoir pas à affronter tel ou tel démon que je sais gésir en mes tréfonds?

Une fois de plus par quelques phrases dont je sens qu'elles sont "en justesse" avec certain état intérieur et par la construction desquelles je tâche de substantifier cet état. Ainsi je m'en déleste, le mets à distance - je le scrute et cette scrutation elle-même devient matière à phrase. N'est-ce pas ce que l'on appelle l' "introspection"?

Vaines considérations que voilà! Mais... si ce blablatage un tantinet ridicule avait commencé de renouer les fils rompus?
Si grâce à lui je parvenais à me délier l'écriture, à conjurer le fiel délétère, ô combien érosif, que l'aigre morsure du doute a instillé en moi depuis des semaines? À dépoussiérer enfin ces mornes brouillons mal dégrossis, tout ankylosés dans le cocon aranéeux de leur informité et que pourtant, ne sachant pas vraiment renoncer, je n'ai pas jetés?

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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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    De nouveau le désert, et l'insondable aridité. Aujourd'hui 15 novembre - qui est un jour devenu mémorable depuis 2020, un "anniversaire" donc, mais d'une amertume singulière qui n'a pas encore passé comme sont censées le faire, prétend-on, les plus grandes...
  • Silveries virant (presque) banksie
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    Samedi 17 septembre 2022 Le ciel au-dessus de soi Comme un vaste puits de lumière Bleu pur et dur Pas d’issue – les ombres sont abolies Ne reste au loin qu’un horizon nu. Nulle part où aller – pas de repli Rien autre que l’intenable face-à-face avec soi-même...
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    Un de ces "si" avec lesquels tout est possible, pas seulement la mise en bouteille de Paris. Donc pour moi, pour ainsi dire néo-Nykthéenne après une si longue retraite, un retour durable. Et si... ... je commençais par un geste radical? Une décision de...
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