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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 17:36

Plus que quelques heures avant que soit irrémédiablement (vous entendez? —diablement! et en effet c’est bien de malignité qu’il s’agit quand s'évoque l'implacabilité du temps passant) consommé ce dernier jour de septembre et rien encore n'a été déposé ici.

En ces terres que je me suis ménagées pour être d’oxygénation et de lâcher-prise, où je ne suis tenue par aucun délai, par aucune contrainte de forme, de longueur… je n’ose plus poser le pied: j'ai perdu la voie des mots. Depuis des semaines ils fuient, se dérobent… ne s’assemblent plus en phrases pour toucher au sens ni les phrases en textes qui restent là à pendouiller isolées, effilochées, dissoutes dans un indit finissant en d’innombrables dépôts fuligineux et déprimants si prompts à s’insinuer partout dans les recoins de ma pensée qu’ils l’asphyxient, obstruant toute réflexion.


Oh certes, les chemins à emprunter pour aller de la pensée, du pressenti, du rêvé à l'écrit sont presque toujours, pour moi, escarpés et difficultueux, semés d'obstacles qui d’abord forcent à l’arrêt mais ont vocation à être finalement vaincus – sans que pour autant je renonce vraiment à m'y engager: au bout s'ouvre un horizon si clair que je ne puis rester trop longtemps sans le contempler, sauf à dépérir et à me racornir telle une vieille chiffe dans quelque morne abattement. Et jusqu’à présent, plus grande était l'aridité de la pente, plus brumeux, lointain, le but à atteindre (= le texte abouti) pus ferme s’en trouvait ma détermination à persévérer. Mais celle-ci s’est effritée, effacée, abîmée dans les remous d’un à-quoi-bonisme galopant aussi vite que monte une grande marée d’équinoxe et qui ne me quitte plus, colle à mes jours comme une mauvaise boue aux semelles… Ce qui m’est depuis des années matière à texte ne s’est nullement tari – ni même l’«envie-de-dire-par-écrit» et les ébauches mentales fusent à la moindre incitation – un spectacle, un livre, une «chose vue»… Mais rien, plus rien du tout n’est sauvé du désastre, plus rien ne résiste au bris dès qu’est tenté le premier effort de formulation et voilà rompu l’équilibre précaire qui maintenait debout deux ou trois  mots éclos au feu d’une fulgurance.
J’ai perdu la voie des mots. J’ai malgré tout tâché d’écrire de manière plus qu'ustensilaire ce que j'ai perdu. Sans doute pour me persuader que, ce faisant, je ne l'avais pas tout à fait perdu... Mais je sais aussi que je creuse là une ornière déjà bien profonde. Et s'il fallait ENCORE creuser pour se désembourber???

 

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 09:18

Chaque mission de lecture-correction, dès lors qu'elle exige un peu plus que de la simple vigilance et me pousse à effectuer quelques recherches ici ou là qui aillent au-delà de la seule vérification (orthographique, chronologique ou autre...) ressemble à une plongée en apnée: l'attention tout entière concentrée sur le travail à faire s'apparente à cette modulation très particulière du souffle que l'apnéiste doit maîtriser pour pouvoir rester sous l'eau aussi longtemps que le demande le défi qu'il a décidé de relever, un effort qui requiert la totale mobilisation de tout son être. Ne pas laisser l'esprit voguer hors champ, le contraindre à limiter son fonctionnement réticulaire (que je sens devenir de plus en plus luxuriant tandis que je vieillis et que s'accroît la somme de souvenirs et de connaissances que j'accumule, agiles et prompts à surgir à la moindre sollicitation) aux étendues concernées par le texte sur lequel je travaille: voilà à quoi je dois m'attacher avec la plus vive vigilance jusqu'à ce que le "bon à tirer" puisse être donné. Cela confine souvent à une forme de suffocation mentale, inconfortable mais, à certain égards, salutaire car c'est un efficace barrage aux vagues de désespoir ou d'angoisse qui guettent dès lors que se relâche la tension.

Soumise généralement à des délais très serrés, je me trouve privée de la possibilité de laisser "reposer" le texte un jour ou deux après une lecture de "premier contact" afin que mon rapport avec lui se densifie, s'approfondisse - s'intimise assez pour que j'aie réellement le sentiment de le rencontrer et d'être habitée par lui. Or il m'est très difficile d'aborder mon travail de correction en toute bonne conscience si je ne me sens pas parvenue à ce degré de proximité avec le texte qui m'est confié, et je tâche de compenser le manque de temps par une focalisation mentale quasi exclusive - une claustration volontaire, un abandon pleinement consenti à cette "suffocation mentale" évoquée plus haut.

Sans doute trouvera-t-on que c'est là un investissement bien exagéré pour une tâche qui n'est même pas créative - qu'un écrivain, un artiste, se "bullifie" ainsi, soit. Mais une correctrice qui, après tout, est au texte ce qu'une technicienne de surface est aux sols? Qu'est-ce d'autre en effet qu'une correctrice sinon une ouvrière dont l'huile de coude et les détergents (savoir: sa maîtrise de l'orthographe, de la syntaxe, des figures de style, des conventions typographiques, etc.) sont au service d'un composé phrastique auquel elle n'a aucune part mais dont elle doit sentir les beautés avec assez de finesse pour en ôter les poussières sans en détruire la moindre ciselure? Certes cela est minutieux mais n'y a -t-il pas une once d'affectation, voire de prétention, à se retrancher derrière l'extrême soin que ce travail demande afin de s'en servir comme excuse à toutes les dérobades?

Poser cette question les yeux rivés sur le vaste espace en voie de désertification que sont ces terres est en soi une réponse...

 

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 06:21

Revenir là après une si longue désertion.

Revenir là après avoir maintes et maintes fois temporisé comme on hésite indéfiniment à pousser la porte d'une maison restée inhabitée pendant des années - non pas tant parce que l'on rechigne d'avance à entreprendre l'indispensable "grand ménage" mais bien plutôt parce que l'on redoute de voir cadavérisé un monde que l'on a aimé, où l'on a vécu insouciant et qui, ployé dans la lente défaite des absences et du silence prolongés, aura pris les aspects aranéeux d'un grenier oublié...

Revenir là et y reprendre mot comme on reprend son souffle en émergeant, exténué et quasi mort mais indiciblement heureux, d'une très, très longue plongée en apnée.

Revenir là parce que je veux avoir fini de redouter de ne plus savoir écrire "avec COD" - un article, une réflexion, une description... étant entendu que écrire "sans complément", le verbe ainsi suspendu dans son sens absolu, s'applique à la seule littérature, à ce seul lieu où les mots emmènent écrivain et lecteur  au-delà de leur usage ustensilaire pour leur faire prendre pied dans ce que l'on appelle, je crois, "le style".

Je n'ai jamais prétendu à autre chose qu'à écrire "avec complément" ‒ un "faire" a priori assez simple pour peu que l'on soit capable d'une certaine maîtrise de la langue et qui, pourtant, m'a semblé relever de l'impossible tout au long de ces semaines de silence. Une défaite permanente de l'intention: exprimer une pensée, un sentiment, couler en mots une "chose vue"... autant  de petits exercices textuels dont je ne me sentais plus capable alors même qu'ils ont de bien moindres exigences qu'une chronique en bonne et due forme ‒ du moins, une "chronique" telle que je la conçois et en deçà de quoi je ne peux considérer le texte comme une chronique digne d'être mise en ligne (d'où la prolifération de bribes et de brouillons dans tel espace de mon disque dur qui pour n'être pas la "corbeille", n'en est pas moins un repoussant no man's land où je n'aventure même plus le curseur de ma souris ‒ quant à cliquer pour "ouvrir"...mais est-ce vraiment par peur des remugles miasmiques ou parce que cette relégation vaut mise en couveuse d'où j'espère que germera une belle plante ‒ laquelle, pour advenir, doit demeurer au secret? ).

Comme de coutume, plutôt que d'approximer, ou de mal dire, j'ai opté pour le non-dire. Le blanc... le plus-là. Mais les exubérances discursives, tel le chiendent en prairie, continuaient à envahir mes pensées, et mille détails chaque jour à se présenter comme autant de signes me délivrant des messages, des injonctions – des clefs ouvrant quelque porte intérieure et dont je ne pouvais espérer tirer profit sans faire l’effort de la mise en texte. Cet effort me manquait sans que pour autant je consente à le mener jusqu’ici, à son terme. Alors je me suis bornée à saisir la moindre occasion qui me permît de déborder l'utilisation ordinaire du vocabulaire. Par exemple, pour expliquer au vétérinaire lors des bilans quotidiens que je lui adressais par courriel au sujet de Sweetie qu’elle avait pris très peu de nourriture je lui écrivais qu'elle avait "micro-mangé".

Et puis un matin, voici deux ou trois jours, comme un cierge par une étincelle ces phrases allumées par un long article que je venais de lire sur  la Victoire de Samothrace:

Sentir les mots, puis les phrases, venir s’ajuster à la pensée, à l’émotion, à la sensation – à tout "vouloir-dire" aussi étroitement que le ciseau du sculpteur a collé au corps de Niké la fine étoffe de son chiton fouetté par le vent et les embruns ; avoir non seulement conscience de la survenue de cette adhérence parfaite mais aussi que cette adhérence est parfaite: voilà quels embrasements de l’esprit – et, par là, de l’être entier – me manquent quand je n’écris pas ici.
Ajuster les mots et les phrases à la pensée, au magma discursif qui se meut en moi comme l’on donne au vêtement de haute couture son ultime tombé sur le corps même du mannequin avant le défilé; comme un artisan méticuleux amène à l’impeccable coïncidence deux pièces complémentaires à petits gestes précis et millimétrés…

J'avais, le temps de ce micro-paragraphe, retrouvé un chemin doux à arpenter qui menât du vouloir-dire à l'écrit juste! précisément pour décrire ce chemin. La voie n'était donc pas définitivement enfrichée...

J’ai achevé ce texte hier soir, le regard posé sur mes chats. Elléas et Mélithys sont endormis sur le flanc, l'un contre l'autre et lovés si étroitement tête contre cuisse que leurs deux corps dessinent un taijitu presque parfait. Une figure de paix profonde, d'équilibre et d'harmonie qui devrait être un reflet du monde alors que celui-ci gronde et se cabre.
Mes chats pour ne plus entendre cet affreux chaos, et de longues gorgées de thé.
Un sage a dit: Je bois du thé pour oublier le bruit du monde. Mais avait-il des chats?

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 17:46

... dans l'abyssal sablier les jours tombent, se dissolvent dans l'irrévocable maelstrom du Temps-qui-passse (oui, trois "s" - la faute est rougement soulignée par mon vérificateur d'orthographe, mais à la réflexion, non, ce n'en est pas une. Trois "s" au lieu de deux, ça fait mieux siffler la vertigineuse vitesse du passage. Je devrais donc, sémantiquement parlant, en rajouter toute une théorie, comme si je m'endormais le doigt posé sur le "s" du clavier...), abrasés par l'oubli, un bien imparfait acide pourtant qui laisse vives les plus douloureuses arêtes formant les angles aigus du remords...

 

Je ne tiens pas le compte des jours - savoir qu'ils passent et sont révolus avant même que j'aie eu conscience de les vivre suffit à ma mélancolie. Mais Overblog a le chrono en main pour moi et m'écrit le 2 janvier pour me signaler que  "Mon blog a huit ans". Un "huit" à la sonorité de glaçon, qui me fige... Penser "huit années", en ce moment où je "claviote", me donne l'impression de me tenir face à une plaine que je saurais immense mais sans pouvoir en apercevoir davantage que quelques mètres devant mes pieds... De voir englouti dans la ténèbre la presque totalité de cela même que j'ai créé au point de n'en presque plus rien plus distinguer.

 

Oublions pourtant la ténèbre; regardons l'infinitésimal filet de lumière qui persiste à éclairer le peu d'espace qu'il suffit de voir pour ne pas trébucher.
Ci-gisent des lignes minuscules pour dire Oui, demain. et encore après-demain... et ainsi de suite pour une neuvième année?

 

Des gouffres, des lignes, des formes: le Temps, des textes.

Des gouffres, des lignes, des formes: le Temps, des textes. Et comme de petits "huit"...

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 18:24

L'inexorable glissade des heures qui, l'une après l'autre s'effacent, disparaissent, sont noyées dans le cosmos et donnent l'impression que l'on est en perpétuel dérapage non contrôlé sur un sol continuellement en dérobade est de chaque jour – à cet égard la Saint-Sylvestre n'a rien de particulier et pourtant, ce jour étant le «dernier de l'année» je les trouve plus glissantes encore que de coutume, ces heures-butoir qui n'en finiront de passer qu'après la mort. Au soir de ce «dernier jour» j'avais imaginé ce paysage nykthéen un peu différent; en pensée j'avais comblé des manques, rattrapé quelques promesses d'écriture d'autant plus aisément que de surprenantes «remontées de passé» s'étaient produites qui me rattachaient à mes années de chroniqueuse, me fournissant, croyais-je, une chaîne toute prête où je n'aurais plus eu qu'à tramer les fils de mes «à-dire». Et le texte s'était si fluidement présenté à partir des poly-fils de Marie-Annick que je pensais l'affaire conclue: j'allais enfin, petit à petit, achever mes brouillons et rompre avec cette incurable manie de la procrastination – virant-in-fine-au-renoncement.

Eh bien non! Dans quelques heures il me faudra clore la porte 2016 sur un couloir toujours aussi encombré, plus encombré peut-être que les années précédentes car l'âge venant le dos se tourne plus vite et plus facilement aux projets.

 

Et la poussière grisonnera là tout à son aise, et la toile de la petite araignée plafonnière aussi.

 

 

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 17:35

[Par un soir d'humeur sombre, l'araignée au plafond susurre de sa petite voix aigre:]

Quelques gouttes d'encre

Puisées au plus profond des heures crépusculaires

Pour dire l'effroi qu'à leur seuil

J'éprouve de l'abîme

‒ à chaque instant le Temps

Verse dans l'épouvante et nul soleil n'y peut rien.

[... et la chose dite, elle s'en retourne tisser sa toile...]

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 10:18

Il ne se passe guère de jour sans que je me haïsse de ne pas parvenir à mener jusqu'au bout telle ou telle intention d'écriture - il n'est qu'à voir le dossier "brouillons" épinglé sur mon bureau numérique, auquel s'ajoutent les innombrables paperolles dispersées un peu partout dans le grand fatras qui noie mes deux postes de travail, eux de bois bien solide, où je laisse s'entasser des bouts de papier, cahiers, bloc-notes où ont été jetés des lambeaux de phrases que j'ai cru bon de conserver... et au milieu de tout ça, des livres. 
Livres "à dire" plutôt que "à lire" ou "à finir", j'entends: bien que considérant comme terminée mon activité de chroniqueuse, je suis encore mue par le désir de communiquer à d'autres ce que m'inspire un spectacle, une exposition, un livre... Je me fixe donc pour but de rédiger des chroniques "comme avant", un jour prochain, plus tard, quand je "trouverai les mots pour" et, à cet effet, je les garde, ces "livres à dire" (romans, pièces de théâtre, catalogues...), à portée de regard pour qu'à tout instant leur présence muette me rappelle à l'ordre que je me suis intimé à moi-même.

Écris! Écris! Quand donc écriras-tu? Écriras-tu donc jamais?

De jour en jour les tas et les piles croissent; frangibles je les brise de temps à autre, reléguant quelques-unes de leur composantes en des lieux où elles demeurent dans l'expectative de "leur" chronique mais hors de mes yeux de telle sorte que je les oublie visuellement sans que pour autant elles disparaissent de mes pensées. Jusqu'à ce matin, j'étais convaincue que cette attitude était uniquement imputable à une sorte de perversité masochiste m'incitant à me complaire dans l'autofustigation; je croyais aussi que cette procrastination permanente, et de plus en plus prononcée au fur et  à mesure que je vieillis, était un rituel propitiatoire par lequel j'excluais de mon horizon, au moins pendant le temps me séparant de l'accomplissement prévu, l'éventualité de ma mort - tant qu'il y a  matière à se projeter dans le futur, on ne peut pas mourir n'est-ce pas... Ridicule et idiot, comme tous les gestes relevant de la superstition mais, comme toutes les superstitions, ça rassure.

Et puis il m'est soudain apparu que cette tendance à repousser toujours plus loin un "faire" quelconque visait moins à me donner l'illusion que s'ouvre plus largement et à coup sûr la perspective d'avenir qu'à faire pousser la forêt des Émergences-et-résurgences sur le terreau des synchronicités sans cesse surgissantes. Plus nombreux les jours à s'écouler, plus nombreuses les synchronicités - plus dense et plus riche la forêt où chercher ces clés intérieures dont je poursuis la quête de plus en plus obsessionnellement...

Repousser, accroître la distance entre le vu, le pensé, l'exprimé... cela conduit souvent à la confusion, à l'égarement mais aussi, parfois, à de déroutants dévoilements. C'est dans ma pratique photographique que j'en "lis" les exemples les plus frappants et c'est peut-être davantage pour provoquer ces dévoilements, ces "révélations", que je suis de plus en plus encline à étirer dans des proportions parfois sidérantes les délais ordinaires que la méthode argentique assigne à l'apparition des images. Voir ci-dessous...

Une image découverte sur un film développé deux ans après qu'il a été impressionné. Sans doute un accident de prise de vue. Je ne me souviens plus des circonstances, je n'ai pas la moindre idée de ce qui a pu se produire pour donner une image pareille ni de ce que j’avais l’intention de photographier réellement. Mais elle a du sens : d’abord par le flou et l'absence de motif reconnaissable qu’elle montre, et qui me semblent figurer idéalement le mot "trouble" – cela même que j'éprouve en la regardant, épaissi de l'étonnement doublé de perplexité qui m'a saisie quand je l'ai découverte –, ensuite par les sentiments prolongés de réflexions qu'elle a suscités et qu'elle suscite encore...

Une image découverte sur un film développé deux ans après qu'il a été impressionné. Sans doute un accident de prise de vue. Je ne me souviens plus des circonstances, je n'ai pas la moindre idée de ce qui a pu se produire pour donner une image pareille ni de ce que j’avais l’intention de photographier réellement. Mais elle a du sens : d’abord par le flou et l'absence de motif reconnaissable qu’elle montre, et qui me semblent figurer idéalement le mot "trouble" – cela même que j'éprouve en la regardant, épaissi de l'étonnement doublé de perplexité qui m'a saisie quand je l'ai découverte –, ensuite par les sentiments prolongés de réflexions qu'elle a suscités et qu'elle suscite encore...

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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 18:28

Aujourd’hui on manifeste en masse, une fois de plus, contre la «Loi Travail», le mouvement ne faiblit pas. Que personne ne dise plus que la France est moutonnière: quand la platée de couleuvres servie est vraiment indigeste, on la vomit. Et quand on vomit ce genre de mets, les haut-le-cœur sont toujours violents. Je découvre, ce soir, que la manifestation comme presque toutes ses pareilles a «dégénéré», avec son lots de blessés, d’interpellés – et de discrédits jetés sur ses mots d’ordre qui n’ont vraiment pas besoin de ça…

Je n’étais pas dans le cortège mais à quelques rues de là: je musais du côté de Saint-Michel, que j’avais rallié d’une brève métroportation d’à peine une heure. J’y étais comme sur une autre planète où ne séviraient ni les débordements violents, ni les massacres, ni le terrorisme: à côté il y a la Seine qui a rejoint son lit, Notre-Dame et ses longues, longues files de touristes, le square Saint-Julien-le-pauvre et ses charmilles de rosiers odorants, son robinier vénérable de plus de 400 ans d’âge qui ne survit plus guère que par ses innombrables et vigoureux rejets («tous liés entre eux» précise le cartel comme pour affirmer qu’en dépit de ses maigres restes d’origine, le robinier du XVIIe siècle est toujours bien présent…) Par bribes, un soleil livide tente une percée entre les nuages.

Je vais sans hâte, pensées absentes – le regard accroche d’autant mieux à ces menues choses autour desquelles, sitôt vues, des mots s’agrègent.

Un autocollant plaqué à la pointe de l’une aile d’une des chimères de la fontaine Saint-Michel, dont un coin se décolle comme pour répondre à la forme courbe que l’on a donnée au bronze. Dessus on lit «RÊVE GÉNÉRALE»

rave-grève… unies pour appeler au rêve et le faire, dans la foulée, changer de genre… Décidément, on a encore le sens des slogans contestataro-festifs. Peut-être pour empêcher d’oublier que l’utopie est au coin de la rue, qu’on peut la faire advenir dans la joie et la fraternité, malgré que l’heure soit aux violences et aux crimes atroces. Deux mots et tant est dit…

Un peu plus loin, un duo joyeux de musiciens de rue – un grand mince avec sa guitare, un plus petit et trapu, avec son ukulélé – entonne une ballade anglo-saxonne aux accents dylaniens. À leurs pieds, les housses de leurs instruments ouvertes pour recueillir les oboles, et un carton de fortune, pas très bien découpé, où des mots dessinés plus que tracés en appellent à la générosité des passants pour qu’ils puissent s’offrir une Ferrari («en anglais dans le texte»). Je ne m’arrête pas pour les écouter, ni pour leur donner l’un des euros dont ils attendent que le cumul leur permettra de s’acheter la Belle Rouge, mais de les avoir vus me fait sourire et m’allège l’âme – comme si une bouffée de vent s’y était un instant engouffrée pour l’emporter aux cimes…

En marchant je pensécrivais en pointillés, au rythme de mes pas nonchalants, trouvant au détaché des mots qui se présentaient un indicible charme, celui de l’allégresse. Et là, face au clavier, une nécessité de reconstruction s’impose; la forme effectivement écrite telle que je la concrétise réduit à néant cette nonchalance à grandes trouées qui fonctionnait si bien confinée à la pensécriture…

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 10:30
Sens évanescent(s)

3 mai...

J’entendais dimanche à la radio quelques bribes d’un discours prononcé lors d’un «banquet républicain» par certaine candidate aux prochaines élections présidentielles françaises. De sa voix de stentor qui a dû faire plier les micros devant elle, elle a promis, si mes souvenirs ne me trompent pas, de conduire la France «vers des sommets inatteignables». Sans se rendre compte à l’évidence que, par cet adjectif, elle signalait l’impossibilité même de satisfaire l’ambition énoncée – et à en juger par l’ovation qui a salué cette sortie, le public a été aussi sourde qu’elle à l’incohérence, croyant entendre ce qu’il souhaitai entendre et que manifestement l’oratrice souhaitait dire mais qu’elle n’a pas effectivement dit. Eût-elle remplacé les «sommets inatteignables» par des «sommets jusqu’alors jamais atteints» et l’énormité risible devenait envolée lyrique… à un adjectif près, voilà en toute logique une petite phrase promise à quelque bêtisier.

Ce n’est là qu’un minuscule exemple retenu parmi les innombrables saillies qui chaque jour me font me demander si les locuteurs dont les propos me parviennent ou les scripteurs dont j’ai les textes sous les yeux entendent vraiment les mots qu’ils utilisent tant les contresens, les aberrations et les boulettes pullulent – j’évoque ici uniquement ceux qui sont perceptibles à la première écoute, à la première lecture… je n’ose imaginer jusqu’où irait leur prolifération dès lors que je gratterais un tant soit peu la couche superficielle du premier abord. Je salue au passage ces décrypteurs de génie qui, de temps à autre, lucioles dans l’obscurité du verbe bourdonnant, procèdent magnifiquement à ce type d’abrasion langagière quand ils dissèquent les discours dont notre environnement est saturé…

L’on dira tout de même à la décharge des destinateurs qu’ils n’ont pas face à eux beaucoup de destinataires vigilants qui pourraient, par leurs réactions, leur corriger l’entendement: force est de constater que ces effets de langage pas toujours involontaires, au mieux comiques, au pire révoltants, tombent dans des oreilles de grands malentendants qui, flottant dans l’imperception généralisée, perçoivent trop rarement le ridicule ou le scandale.

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 09:15

Les cerisiers d'ornement enneigent de rose squares et jardins.

Passant sous l'un deux l'âme noircie de morosité, j'ai vu choir à mes pieds une infime branchette tendre encore, tout alourdie d'inflorescences épanouies.

Un instant le spleen en fut dégrisé.

Touche de fard au teint blême du mal-être
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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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