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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 10:01

De nouveau le désert, et l'insondable aridité. Aujourd'hui 15 novembre - qui est un jour devenu mémorable depuis 2020, un "anniversaire" donc, mais d'une amertume singulière qui n'a pas encore passé comme sont censées le faire, prétend-on, les plus grandes tristesses puisque, avec le temps va, tout s'en va. Mais ce ne sont que des mots - des mots de poète certes et, pourtant, rien autre que des mots impuissants à panser les béances du manque-de-toi. Toi maman, partie dans ton sommeil comme on quitte une pièce où dort un enfant, sur la pointe des pieds pour ne pas le réveiller.

Il m'aurait fallu dire - comment l'absence et la dureté du vide se substituent inexorablement à l'encore-présence que l'on croit entretenir par le souvenir, les feintes conversations (tiens, au fait, tu sais que je continue de suivre assidûment Un si grand soleil? Et vendredi dernier, alors que je quittais la rue Saint-André-des-Arts après avoir fait une petite provision de cafés chez Malongo, j'aperçois faisant la queue devant une crêperie le comédien qui interprétait le rôle d’Eliott. Un regard brièvement arrêté qui croise le sien, juste le temps de comprendre qui je voyais et je me suis éloignée. Le courage m'a manqué pour l'aborder! nous en aurions bien ri au téléphone. De ma couardise, et aussi de mon assiduité à ce feuilleton, sans doute...) et mille petites choses insignifiantes qui peu à peu se raréfient - mais comme toujours le vouloir-dire a buté, échoué, sombré dans le vaste impossible.

Aujourd'hui bizarrement les synchronicités - ces étranges convergences surgissant quand devant soi, autour de soi, près de soi, on voit le monde se configurer en écho avec une pensée, un état intérieur et ainsi dessiner un glyphe dont on entrevoit le tracé sans en comprendre le sens - les synchronicités donc se sont multipliées. Tandis que, marchant d'un bon pas au bord du lac de Créteil, je tournais et retournais mentalement les mots par lesquels j'allais tenter de rendre compte d'un roman extraordinairement puissant, La Pointe de l'aiguille* (et je voulais absolument y arriver aujourd'hui, parce que, croyais-je, il entrait en résonance toute spéciale avec "aujourd'hui-15-novembre" mais en voulant écrire cette résonance je réalise qu'elle ne n'est pas pas tout à fait de l'ordre, ni de la nature que je lui prêtais, ces lignes peuvent donc se poursuivre sans que je sois parvenue à cette fin-là, "rendre compte de..."), j'aperçois en levant les yeux une flopée de pigeons arrivée par ma droite puis volant en cercles concentriques à quatre ou cinq reprises avant de rompre la spirale en une lente descente au sol. Je venais de voir effectué par ces oiseaux l'exact mouvement de mes pensées !

De même que le cercle de pigeons s'est rompu pour se poser, les pensées  qui m'obsédaient s'étaient fixées dès hier en une image dont la vision de ce matin me dit qu'elle est juste, et mérite d'être écrite...
Nos existences ne sont rien autre que de longs abîmes au bord desquels nous marchons en équilibre toujours instable. De profonds et insondables abîmes où se meuvent d'innombrables fils parfois tordus en d'inextricables nouements dont nous ne voyons rien alors même qu'ils sont nos fondations. Parfois en de rares occasions l'un ou l'autre de ces nœuds, et une bribe plus longue des fils qui  le constituent, se mettent à luire dans l'obscurité abyssale - et c'est une clé qui nous tombe entre les mains. Mais il y a tant de portes à ouvrir que ces trop rares clés glanées au cours de l'existence n'y suffisent pas. La nuit cesse-t-elle d'être nuit au moment du Grand Passage...

Je poursuis mon chemin et je croise Pierre, un membre de la défunte association Photovision, grâce à laquelle j'ai participé à mes premières expositions photographiques - la conversation s'engage, et voilà que remonte par vagues bien des souvenirs. Le passé toujours fait retour, et ce retour-là vient encore me murmurer à l'oreille que La Pointe de l'aiguille décidément résonne... mais bien plus amplement qu'avec ce seul "jour-de-novembre" désormais si spécial.

* La Pointe de l'aiguille. Nouvelle inachevée..., de Youri Maletski (traduit du russe par Marie Roche-Naidenov, avec deux photographies de Natalia Turine), Louison éditions, 2017.

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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 12:17

Dix mois de silence - l'équivalent de ce qu'aura duré mon séjour "hors sol" - ma traversée des confinements: là-bas, en terre d'enfance, où je croyais être mieux armée pour supporter ces pelletées de cendre dont on nous a recouverts, décret après décret, depuis mars 2020. Et en effet des choses ont bougé, mes réflexions aiguisées et j'entrevoyais même les raisons profondes qui me tenaient éloignées de ces terres. Oh certes pas la seule "panne du mot juste" (qui est certes un frein d'importance) mais bien plutôt des mutations, des bouleversements dans ce qui pousse à l'écriture et dont je sentais que le fruit n'avait pas sa place ici - ce coin de Toile qu'après plusieurs années de chronniqu'ailleurs, j'entendais assigner à une continuation de la chronique tout en m'autorisant des pas de côté plus introspectifs. Ces derniers ont peu à peu envahi mon espace de pensécriture et, de ce fait, j'en suis venue à ne plus me reconnaître le droit de coucher ces mots ici.

Plusieurs fois j'ai balbutié - des brouillons ont pullulé que je tirais du papier: surtout ne pas me laisser nécroser par l'extinction du mot mort-né... ne pas devenir intérieurement semblable à ce bouton tardif que le gel brutal passé par-dessus un redoux intempestif a figé dans un devenir avorté... mais le silence a eu raison de tous ces frémissements.

Et puis il y eut d'autres cendres, dont l'amertume, l'âcreté, auraient été mois étouffantes s'il n'y avait eu celles dont nous ont gavés l' "exécutif": la mort de maman dont je n'ai su dire rien autre que des pages et des pages de phrases incoercibles, impossibles à littérariser - peut-être parce qu'elles échappent à la "littérature" et ne peuvent, pour moi, que demeurer dans l'ordre de l'intime incommunicable (il faut être écrivain pour savoir sortir de cet antre obscur les mots qui s'y pressent, ce que je ne suis pas). Quelques mois plus tard cet autre décès, de l'éditeur-ami - à travailler pour lui seul pendant dix ans, des liens atypiques, à la fois étroits et très distanciés, s'étaient noués et avec eux une socialité elle aussi atypique, qui s'étendaient aux auteurs que j'ai côtoyés,  une socialité choisie que je vivais comme un insigne privilège. Quelques mots pour lui sont venus néanmoins, qui me paraissaient tenir (et dont on m'a fait savoir qu'en effet ils tenaient). Mais, n'ayant rien su tirer de mes nuits pour toi, maman, comment allais-je m'autoriser, ici à dire les mots pour cet ami? A lui j'ai pu écrire ailleurs fort heureusement. Je veux croire qu'il me comprend (non, je suis sûre qu'il me comprend). Et toi aussi qui ne me liras plus, ne veilleras plus sur mes phrases pour qu'elles soient le moins fautives possible.

Les nuits sont noires et les lumières qui parfois les trouent ne sont pas toujours de celles qu'on voudrait voir. Mais les-mots-pour-toi viendront. Un jour. Là-bas loin à l'horizon. En attendant ils vivent fort et se meuvent sous tant de regrets qu'il me faudra pousser du coude.

Pour l'heure, la grande affaire étant de vaincre la cinérarité dont je me sens si prisonnière.

 

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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 17:32

Les impostures n'ont pas cessé de me requérir qui grimacent de plus en plus hideusement, qui par là se rendent difficiles à portraiturer mais dans le même temps exigent plus fort d'être montrées. Mais avant que d'arriver à cette fin, je n'ai pas pu résister à ce petit détour d'investissement scriptural vers quoi m'a conduite une «alerte» France info…

«Les Français pourront partir en vacances en France au mois de juillet et au mois d'août», annonce le Premier ministre. Quelle excellente nouvelle aux oreilles des Parisiens, implicitement sommés d'aller voir en province si le ciel est plus bleu qu'à Paris: ils seront désormais les bienvenus là où en mars on les accueillait pour le moins… fraîchement.

En mars, pneus crevés et noms d’oiseau, en été tapis rouge et grands sourires. Ou quand les indésirables du printemps deviennent les très-désirés de l’été…

On leur en voulait en mars d’apporter avec eux le virus – en été on veut qu’ils apportent leur soutien à l’économie… donc leurs deniers de bobos urbains à ceux-là mêmes qui, quelques mois auparavant, les vouaient aux gémonies.

Pour peu qu’ils soient un peu rancuniers, les Parisiens qui auront eu à souffrir de ces chicanes préféreront sans doute en juillet et août s’assigner d’eux-mêmes à résidence dans l’appartement qu’ils ont voulu déserter au printemps quand la loi les y emprisonnait plutôt que de consentir à aller remplir les poches de leurs tourmenteurs. C’est du moins ainsi que je réagirais si je comptais parmi les malmenés de nos vertes campagnes.

Et le plan du gouvernement visant à «relancer le secteur du tourisme» aura alors un peu de plomb dans l’aile, malgré les 18 milliards d’euros promis à titre de compensations en tout genre ‒ tiens, encore de l’argent qui sort du bois, après les millions divers et variés déjà lâchés depuis le 16 mars, sans retenue et à grands renforts de déclarations solennelles? Mais comment donc se fait-il que la pompe à fric continue de cracher des euros en veux-tu en voilà alors qu’on nous répétait, avant (i.e. «avant l’épidémie»), que les caisses de l’État étaient vides et qu'il fallait se soumettre à l'austérité, aux économies tous azimuts? Par quel(s) miracle(s) l’exécutif peut-il se permettre d’arroser ainsi continument et d'accorder primes et autres revalorisations? À moins qu’il ne s’agisse que de promesses venteuses… et d’un marché de dupes.

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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 18:27

Après la «belle journée» et ses douces bouffées d'ailleurs qui vue d'ici, depuis la claustration généralisée et obligatoire, ressemblent à cet ultime plaisir que l'on accorde au condamné avant son exécution - son «dernier verre», sa «dernière cigarette» -, deux petites photos pour faire acte de résistance, non pas à ladite claustration mais au lavage de cerveau à grande eau que l'on subit depuis le 16 mars, à coup de matraquages incessants de «consignes», de «messages d'alerte» et d'«informations» qui infusent insidieusement frayeurs, méfiance, dans des consciences déjà mises à mal par les incessantes sommations à consommer, à se connecter et paradoxalement à s'engager mais un engagement «dans les clous» n'est-ce pas car il ne faut surtout pas déranger le mol confort de ce qui est en place et entend le rester...

Bref: en écrivant ces lignes, je reste éveillée - j'essaie du moins...

Bienheureuses fleurs qui, elles, ont droit au baiser...

et à la proximité sociale

sans qu’aucun «expert scientifique» ni «représentant de l’autorité publique» se mêle de le leur interdire, par décret et truchement de l'instillation de la terreur virale.

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31 janvier 2020 5 31 /01 /janvier /2020 17:56

Le temps est un serial qui leurre…
Le temps est assassin
Avec le temps va tout s’en va


Et mille autres encore de ces phrases, qu’elles soient titres, aphorismes astucieux où le sens ne s’entend qu’à coups d’ombres portées dessinées au creux des interstices qu’on a laissés entre des mots joués l’un à la place de l’autre… vers luisants comme le sont en général ceux des poètes pour dire bien plus lumineusement que le «langage courant» ce qu’il y a à exprimer – ici donc ces jours qui filent à telle vitesse que la vue est brouillée, le discernement à moyen et long terme aboli au profit du «moment présent», le seul que l’on consente à regarder en face, droit dans les yeux, dans toute la saisissante précision de ses contours-couperets – car on sait que sous leur lame va très bientôt tomber telle ou telle échéance fatale dont la chute est synonyme de sanctions, plus ou moins graves, certaines n’engageant rien autre que l’estime de soi, d’autres plus redoutables lorsque l’on n’a pas honoré dans les délais impartis un engagement, une obligation, ou une injonction. À quoi bon alors y aller de ma petite fulgurance au motif que janvier meurt ce soir, une espèce de métaphore chétive gribouillée sur un coin de feuille, toute ridée des plis du papier (qui n’attendait que d’être jeté à la poubelle) et tant froissée de mon écriture fébrile qu’elle en est indéchiffrable?

Laissons là les crimes de masse du temps passant: mieux vaudrait s’efforcer d’attraper au vol ces petites choses d’importance que l’on a envie – sait-on seulement pourquoi… – de pousser sur le bas-côté de la grand-route de l’oubli, histoire de les tenir à l’écart des foulées tueuses du serial qui leurre tout occupé à piquer son sprint. Quitte à n’avoir à leur égard que des mots plats et dans leur plus simple appareil sémantique – rien que du dénoté, sans autre prétention à l’expressivité que n’en peut avoir la fameuse réplique «passe-moi le sel»…

Une brève, un petit rien-du-tout mais qui viendrait là rompre le désert, occuper la place afin de montrer qu'il y a encore un souffle ici et qu'il n'est pas question d'abandonner ces terres aux ravageurs et autres invasifs. Car à proportion que se raréfient mes venues se multiplie la réception de messages parasites en anglais, en russe... ce n'est peut-être qu'une coïncidence mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a un lien de cause à effet et d'établir un parallèle entre cette invasion et la manière dont peu à peu les adventices prennent le dessus pour in fine être seules à régner quand on cesse de prendre soin d'un jardin. Que je me remette à cultiver le mien un peu plus assidûment, à coups de textes même brefs et l'on verra si ces invasifs reculent. Quand bien même il n'en serait rien c'est au moins la vaste friche de mes promenades intérieures qui gagnerait en clarté.

Bon, la  brève, c'est joué pour aujourd'hui. Les friches, elles, sont toujours aussi encombrées et comment ne le seraient-elles pas au terme de ce petit rien-du-tout... Le défi est, désormais, d'«occuper la place» durablement.

 

 

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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 17:58

Rien, et pourtant cela brasille sous la cendre. Sous la cendre des jours enfuis, qui ne laissent derrière eux que la triste poussière d'un maigre bouquet de faits et pensées faisant de la résistance et persistant in fine à l'état de minuscules indurations sans qu'il y ait pour autant matière à "souvenir" et l'on est alors comme encombré de trous, de lacunes...   des braises ont continué de bruire à petit feu. Des braises-mots, braises-phrases... des moments d'écriture mentale qui, le temps qu'ils étaient vécus, ont mis un peu de lumière dans la morne boue des jours découragés.

Cela d'abord, dont la fulgurance m'a si fort aiguillonnée que je n'a pas su attendre d'avoir sous le stylo de support plus adapté que le sac plastique dans lequel j'avais glissé le livre choisi pour accompagner mes métroportations d'alors:

En novembre les jours ont les yeux humides

Toujours la larme en coin et le regard brumeux

De l'aube au soir

L'or des feuilles y accroche un peu de lumière

Que dispersent à la hâte

Les longs doigts osseux des ramures dénudées déjà nues.

À peine griffonné et, d'emblée, une rature.  Mais avant de passer au stade du "texte fixé" celui-là qui se fige ici même , il se passera assez de temps, et de trajets en métro avec le même compagnon livresque rangé dans un même sac plastique, pour qu'une seconde version soit à son tour gribouillée, puis une troisième esquissée ( = "3 à demi") qui deviendra "troisième mouture"... Entre-temps, cela noté sur la pochette plastique d'un lot de mouchoirs en papier et si vite efface que je n'en retrouve désormais que l'induration mémorielle (avec ce que cela suppose de défiance à son endroit): "conserver tous les repentirs, les ratures, les différents états d'un texte car du sens gît dans ces successions; du sens est à lire dans les modifications que l'on opère et dans la manière dont elles se sont succédé". Je crois qu'il y avait quelque part le mot "repli", et dans la phrase dont je me souviens qu'elle était elliptique, quelque chose qui évoquait  l'aspect d'un textile que l'on  plie sur lui-même plusieurs fois. D'où le numéro "2" écrit en face de cette version que je soumettais à l'épreuve de ma réflexion après avoir estimé que décidément, la fulgurance initiale exigeait des remaniements:

Novembre...

Les jours aux yeux humides passent

Avec leurs airs de deuil - le deuil des morts longtemps après leur fête

Toujours la larme au coin de leurs regards s'étrecissant

Brumeux de l'aube au soir

Percés ici et là de brèves lumières

Qu'allume l'or des feuilles claires encore aux branches comme bagues aux doigts

C'était il y a une quinzaine de jours et sans doute avais-je trouvé cette mouture assez peu satisfaisante pour la laisser là sur son grabat de plastique, en attente d'être arrangée. Ou plus probablement jetée, sans autre forme de sauvegarde, en même temps que le sac quand celui-ci serait trop usé pour continuer de remplir son office de protège-livre. En effet, une troisième version s'étale sur l'espace vierge restant du sac et aller au bout de mon intention initiale, en reprenant plume ici (= illustrer par l'exemple qu'une succession de repentirs fait sens en soi, et qu'un "texte fini" est in-formé par ces successions) impliquerait que je la recopie ci-après. Mais je ne puis m'y résoudre... Non, vraiment... nul besoin de s'attarder longtemps  sur ces gribouillis: la première phrase (Novembre avec pour majuscule initiale la Fête des morts) déjà est d'une insupportable bavardise.... la lire est comme avoir entre langue et palais une bouchée visqueuse d'un mets au goût de n'y-revenez-surtout-pas... Pouah! sans compter qu'il n'y a pas au bout de ces méandres de "texte fini" ayant assez de tenue pour justifier que l'on regarde de près ces minableries afin d'en tirer quelque clarté qui dé-troublerait des profondeurs sublimes...

À bien y réfléchir, le premier jet, amputé de son mot biffé, est celui que je retiendrai. Est du même coup retenu avec lui ce sentiment d'allégresse qui en suivit l'écriture et qui se figea ainsi:
"Quelques mots tracés à la hâte, et voilà sauvée du désastre une journée que menaçait le naufrage"...

 

 

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 17:47

Entendu voici quelques jours à la radio, parmi la masse d'informations diffusées depuis l'incendie de l'usine Lubrizol: il paraît qu’à Rouen, on a répandu dans les rues toujours empuanties… du «désodorisant». Comme si l’atmosphère polluée n’était rien autre qu’une gigantesque aisselle mal lavée ayant pour seul inconvénient d’incommoder les nez chatouilleux et dont il suffit donc de ripoliner les émanations nauséabondes à coup de fraîcheur Narta pour apaiser les inquiétudes. Comme si rendre olfactivement agréable l'air ambiant revenait à le débarrasser des gaz délétères résultant de la combustion de produits toxiques…

Mais c'est après tout le même raisonnement qui est ici à la manœuvre que celui qui amène les décideurs à modifier le vocabulaire: l'on euphémise, ou bien l'on périphrase à n'en plus finir à des fins de dilution et l'on croit ainsi éliminer les réalités dérangeantes quand on se borne à masquer par des effets de drapés lexicaux ce que l'on n'a plus envie de voir - ce à quoi l'on ne veut plus être confronté.

Ripolinons, ripolinons… que ce soit à grand renfort de mots cache-misère ou de parfums de synthèse, il en restera toujours quelque chose – bien sûr ce qu’il y a de moins ragoutant.

 

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 06:07

Toujours, au plus sombre de mes impasses, une clarté vibrille qui vient me taper sur l’épaule et me tire de ma torpeur.


Depuis plusieurs jours je me traîne laborieusement le long  d’un douloureux tunnel de somatisation – des rigidités dorsales à peine gênantes soudain resserrées en de fortes et paralysantes crispations empêchant jusqu’aux gestes réflexes les plus ordinaires, imputables à d’indéniables fatigues posturales mais dont je sais qu’elles résultent aussi (surtout?) d’une puissante et incoercible remontée de tout ce que j’ai pu accumuler de remords, de non-dits, de rages rentrées et de mépris à mon propre endroit consécutivement à ces myriades de renoncements lamentables et de projets sabotés par mes seuls soins qui encrassent tels de tristes déchets mon horizon dès que je lance un regard vers le proche passé.
Quand le mental n’en peut plus de hurler muettement alors le corps craque, grince, se grippe – et parfois collapse totalement.
Je ne serai allée qu’au stade des craquements et des raideurs. Par ces quelques mots un rétablissement s’opère.


Toujours, au plus sombre des impasses, une clarté vient me taper sur l’épaule et…

 

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9 juillet 2019 2 09 /07 /juillet /2019 13:12

Nulle échappatoire à l'invivable hostilité du monde!
Où donc l'antre secrète et ses silences bleus - l'absolue bleuité de l'Harmonie totale, quand toutes pensées se sont immensifiées aux dimensions des cosmos, portant l’Être en ses confins jusqu'à son ultime Dilatation / Dissolution

 

 

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27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 12:15

Blanc comme "silence" - "absence", "oubli".

Blanc comme le point le plus cru que puisse atteindre une luminosité avant qu'aveuglé on cesse de la voir.

Blanc comme le son d'une voix portée au plus ténu du murmure et que l'on n'entend plus fors la trace qu'elle laisse, accrochée tel un lambeau aux syllabes jetées dans un souffle.

Blanc comme l'abîme ouvert au seuil de la parole par le mot perdu, disparu, celui qu'on ne sait pas prononcer pour en appeler d'autres et ainsi faire phrase, donner à l'idée son essor.

Depuis le 20 mai où déjà le "désastre" sentait son tas de poussière, c'est un peu comme si j'avais  avancé à travers un monceau de mots aptères, chus faute d'avoir été agrégés à d'autres pour pouvoir tenir haut leur sens et faire signe - des mots desséchés, en décomposition, que chacun de mes pas disperse en volutes pulvérulentes et qui s'effritent en particules plus infimes encore si d'aventure je tends les doigts pour tâcher de les retenir.

RIEN, donc, devant mes pieds que ces amas de mots défaits, trop affaiblis pour se défroisser et retrouver tout leur potentiel de sens, mais pas assez dégradés pour ne pas obscurcir le grand blanc de la mutité et lui conserver son absoluité qui, intacte, possède au moins quelque vertu enivrante.

 

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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