Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 18:56

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 En 2011, on a marqué, avec force débats et polémiques, le cinquantenaire de la mort de Louis-Ferdinand Céline. En 2012 on fêtera bientôt – le 20 juillet prochain – les cent ans de Lucette Destouches, sa veuve. À cette occasion, David Alliot,  un fervent célinien de longue date mais devenu depuis peu un intime du 25 ter route des Gardes – il n’en a franchi les grilles que tout récemment, en février 2011 – a sollicité quelques familiers pour qu’ils témoignent de leur relation avec Lucette. Il en est résulté un recueil auquel lui-même a apporté sa part – tout à la fin, fermant la marche des amis, il raconte sous la forme d'un journal sa première fois à Meudon puis l’un de ces repas plantureux qui allument encore des rires et des lueurs dans les yeux de la vielle dame. C’est un bouquet de textes écrit-il dans son "avant-dire"; le bel à-propos de la métaphore saute aux yeux quand on lit, sous la plume de François Gibault, qu’il n’a jamais vu personne aimer les plantes et les animaux comme Lucette les aime

 

Lucette a si étroitement épaulé son mari durant leurs années de vie commune, jusqu'à partager avec lui les plus dures épreuves, et a ensuite veillé avec tant de soin, tant de constance, à la postérité de ses textes qu'on l'a surnommée "Madame Céline". On aurait pourtant tort d'imaginer qu'elle n'a été qu'un fade ectoplasme, éclipsé par la puissante aura, soufre et génie littéraire, de son mari. Elle a sa propre lumière, vive, qu'elle a su instiller dans les ténèbres dont Céline était habité; à ses côtés puis en gardienne de son œuvre, constituée dans son être profond par la force même de cet attachement au lieu d’en être éteinte, elle est restée Lucette Almanzor la si justement prénommée, rayonnante, danseuse corps et âme, artiste fantasque aux rires sonores aimant à se vêtir de couleurs vives, femme généreuse autant que réservée, ne tenant guère son quant-à-soi et donnant sans trop compter, professeur exigeant qui enseignait la danse grâce à une méthode très personnelle – la méthode Almanzor… C'est en tout cas le portrait extrêmement vivant que brossent les dix témoins convoqués ici en faisant miroiter avec un éclat égal toutes ces facettes d’une personnalité en effet exceptionnelle, chacun avec sa voix singulière qui révèle un peu de lui-même. De l’académicien Frédéric Vitoux à la danseuse Maroushka en passant par l’amie devenue vigilante "régisseuse" Sergine Le Bannier, tous, à travers une brassée d’anecdotes pittoresques, dessinent Lucette dans ses dimensions multiples mais aussi la maison où Céline et elle ont passé les dix dernières années de leur vie commune – là même où l’écrivain est mort, là où elle vit encore aujourd’hui, très entourée, certes fragilisée par le grand âge mais toujours prête semble-t-il à piocher ce qui reste à sa portée dans la boîte à délices des jours (Véronique Robert-Chovin), par exemple tenir compagnie à ses invités jusque tard dans la soirée… ou bien déguster une part de gâteau.

 

Le florilège composé par David Alliot vibre d'une énergie un peu mystérieuse, chaleureuse et émouvante, qui transmet au lecteur comme tout droit sortis des murs de Meudon les rires et les silences de Lucette, le chœur parfois cacophonique des hôtes à plumes et à poils de la maison, le bruissement des conversations, l'écho des pas de ceux qui ont passé, passent encore par là et, bien sûr, l’ombre dense de Céline, si prégnante, dont Christophe Malavoy écrit qu’elle est partout présente, jusque dans les moindres recoins…    

 

On témoigne dans ce livre comme, paraît-il, on dîne à Meudon, à la bonne franquette (David Alliot). Clos par la reprise de deux interviews de Lucette Destouches – l'un avec Jean-Claude Zylberstein publié dans Combat en 1969, le second avec Jérôme Garcin, en compagnie de François Gibault, paru en 1977 dans Les Nouvelles littéraires, et dont aucun n’avait été réédité depuis – le recueil est d’une construction judicieuse; il est tout harmonie et justesse de ton. Jusqu’à la photographie illustrant la première de couverture… N’était la rédhibitoire impossibilité chronologique, on jurerait qu’elle a été prise exprès pour le livre tant elle en reflète à la fois l’esprit et le contenu: on y voit Louis et Lucette ensemble, saisis sur le vif en pleine conversation, ne posant pas et, devant eux, sur une table de jardin, tel un condensé de leur univers meudonnais, un chat, Toto le perroquet, et des plantes en pot là groupées comme si l'on avait su déjà qu'à bien des années de distance, elles sembleraient la métaphore de certain bouquet textuel.

 

Ce petit recueil sera probablement l’occasion de parler un peu plus de Céline et de ses livres; cela participera aussi du cadeau fait à Lucette…

 

Madame Céline, route des Gardes (témoignages recueillis et présentés par David Alliot), Pierre-Guillaume de Roux, mai 2012, 144 p. – 16,90 €.


NB - Les dix contributeurs réunis dans ce recueil sont Sergine Le Bannier, Serge Perrault, Maroushka, François Gibault, Frédéric Vitoux de l'Académie française, Marc Laudelout, Véronique Robert-Chauvin, Gang Peng, Christophe Malavoy et David Alliot.

Par Yza - Publié dans : Chroniques
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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 19:22

rose-elyseenne_6mai2012.jpg Trente et un an après François Mitterrand c’est un autre François qui fait fleurir la rose à l’Élysée. Je ne ferai pas mystère de la joie que cela m’inspire même si je n’ai pas, comme au soir du 10 mai 1981, senti monter en moi cette espèce d’euphorie irraisonnée que tempérait à peine une part d’incrédulité (Quoi ? La France est vraiment socialiste??? Mais alors pourquoi l'air a-t-il la même senteur qu'avant???). Je suis heureuse de cette montée d'incarnat aux joues du pays, voilà tout. Car sans avoir de véritable conscience politique et sans avoir jamais milité fût-ce à un niveau associatif j’ai une "certaine sensibilité" (un rien atavique, j'en suis sûre…) qui me porte à préférer le rose tendance rouge au bleu horizon. Je sacrifie peut-être à une forme de "clichéisation" en pensant qu’à gauche se trouvent la générosité, l’ouverture, la préoccupation culturelle et, à droite, la rigidité, le repli sur soi, le souci trésorier plutôt que culturel. Mais l’Histoire dit-elle autre chose? Au Front populaire on doit les congés payés, à François Mitterrand la création d’un ministère du Temps libre – qui hélas a fort peu vécu, juste ce qu’il fallait cependant pour laisser une trace encore vivante aujourd’hui, le "chèque vacances" – tandis que Nicolas Sarkozy a, lui, créé un "ministère de l’Intégration nationale" – lui aussi éphémère et fort heureusement disparu, que l’on aurait dit tout droit sorti des cartons d’une virulente extrême droite.

 

Quand à droite on nous bassine avec le "triple A" (bien heureux celui qui, non spécialiste, comprend ce qu’il signifie), "la dette", "les marchés" et autres épines financières, à gauche on évoque les problèmes de l’école, les mesures à prendre pour sortir du nucléaire, une plus grande attention portée à la culture. Oui, je préfère de très très loin ces discours-là, en sachant qu’il faut toujours faire la part de ce qui relève de la démagogie et du calcul électoralo-publicitaire, même chez les gens de gauche. Mais il y a dans leurs paroles une chaleur, une vibration qui devrait être de nature à déverrouiller les crispations haineuses qu’à l’inverse les extrême-droitiers se plaisent à attiser par leurs ignobles propos – notamment en imputant sans nuances toutes les difficultés aux "étrangers"; ne parlant que de cela, ils incitent à la haine de l’autre. Alors qu’une situation de crise exigerait que l’on s'unisse et que l’on se solidarise…

 

J’espère que notre nouveau président aura la force voulue pour vaincre cette inclination à exécrer son prochain si prompte à resurgir à la moindre sollicitation, qu’il saura redonner aux citoyens l’envie de se rencontrer les uns les autres, de se découvrir et de s’accepter pour mieux vivre ensemble – c’est en tout cas ce que j’attends d’un homme de gauche; et cela me semble être un projet de société plus avenant que celui dessiné à travers ces appels à l’exclusion répandus par l’extrême droite. Puisse François Hollande mettre en place un programme de gouvernement qui ne déçoive pas trop et n’incite personne à le surnommer "François le Petit".

 

On a fait la fête à la Bastille hier soir. Pourtant je ne sens pas ce même pétillement joyeux, un peu naïf peut-être, qui avait accompagné l’arrivée de Mitterrand au pouvoir. Question d’époque, de contexte, de conjoncture sans doute. Et puis moi, je n’ai plus 17 ans. On ne rêve plus pareil avec trente années de plus au compteur. On a eu le temps d'emmagasiner matière à ne plus s'illusionner.

Par Yza - Publié dans : Brèves d'un jour
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Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 19:31

rostam-et-sohrab_TN.jpg Coïncidences, reviviscence

 

En février dernier, quelques jours à peine après avoir découvert, à la faveur de ma rencontre avec Diane de Selliers, qu'un poète persan du XIIe siècle prénommé Farid avait écrit Le Cantique des oiseaux – le poème que précisément elle publiera à la rentrée de septembre dans sa Grande collection, illustré par des miniatures persanes – je recevais par courriel le dossier de presse présentant la prochaine création de la compagnie du Lierre, fondée et menée par Farid Paya. Je n'en étais pas vraiment surprise puisque, ayant un jour de décembre croisé par hasard en musant du côté du Louvre Joseph Di Mora, je savais qu'un projet se préparait du côté du Lierre. Joseph avait été vague, me promettant pour bientôt des nouvelles plus détaillées. Je me souviens que cela m'avait rendue tout heureuse car, depuis les derniers moments vécus par le vénérable entrepôt de la rue du Chevaleret que la compagnie du Lierre avait si chaleureusement converti en théâtre-salle d'exposition-coin social et qu'un plan d'urbanisme a livré en juillet aux démolisseurs, je m'étais souvent demandé ce qu'il advenait de la compagnie. J'avais beau savoir que de stupides décisions administratives l'avaient privée de foyer, le "nouveau théâtre" censé l'accueillir une fois détruit l'ancien ayant été attribué à d'autres gens de théâtre, je ne pouvais que l'imaginer survivante et portant mieux que jamais son nom – car le lierre est opiniâtre à survivre – mais où, et dans quelles conditions? Voilà que je la retrouvais, et sous le signe de la littérature persane: la nouvelle création en question a pour titre Rostam et Sohrâb. Le spectacle a été écrit par Farid Paya à partir d'un passage qu'il a lui-même traduit du Livre des rois, une épopée dont l'auteur est un poète du Xe siècle, Ferdowsi. Je voyais ainsi des fils se tendre et se rejoindre… et le jeu des nœuds s'est ensuite poursuivi...

 

Aux portes de Paris, la compagnie a trouvé une salle à louer où répéter en paix – c'est aux Lilas. Le Lierre a pour hôte un arbuste qui offre le plein de sa beauté et de son parfum au printemps. Un point d'ancrage printanier pour cultiver et mener à floraison une nouvelle création… Printemps encore, échos avec le passé: la première répétition publique de Rostam et Sohrâb était organisée le 20 mars, jour du printemps chez nous, et jour de l'An en Iran, le Nowrouz. Une même conjoncture s'était produite voici plusieurs années quand la compagnie du Lierre montait Laïos, le premier volet d'une tétralogie tragique, Le Sang des Labdacides. Il y avait dans le texte un Éloge au printemps, que Farid Paya lut à la fin de la répétition avant de nous inviter à partager un buffet servi autour d'une grande table qui avait été dressée à la semblance des tables iraniennes fêtant le Nowrouz – et, pour guider ceux qui ne connaissaient rien de cette très vielle coutume, Farid avait écrit un texte de présentation qu'il avait imprimé afin que l'on puisse l'emporter avec soi en partant… Encore enveloppé de sa housse de plastique, un costume soigneusement maintenu sur un cintre était accroché à un mur: c'était le premier à sortir des ateliers de confection. En ce 20 mars, c'était comme de voir plusieurs petites aurores se lever. Que cela soit faste à la compagnie, et à son nouveau spectacle.

 

En assistant à cette première répétition publique, j'avais l'impression de reprendre un voyage dont je n'étais plus très sûre qu'il s'était interrompu: je revoyais des comédiens que j'avais vus jadis rue du Chevaleret, je retrouvais Bill Mahder – le compositeur de musique – Joseph Di Mora, Evelyne Guillin – la créatrice des costumes – et, bien sûr, Farid Paya. Farid Paya et sa façon si particulière de guider les comédiens, de les conseiller, de leur donner les indications nécessaires pour qu'ils atteignent à un jeu organique, engageant tout le corps, et, ainsi, façonnent leurs gestes, leurs paroles au plus juste de ce que demande le personnage qu'ils doivent incarner... Je me souviens de plusieurs interventions qui m'ont émue au point que j'ai griffonné sur un bout de papier, à toute hâte, quelques mots qui me paraissaient lumière mais qui, relus aujourd'hui, hors de l'instant, ont un peu l'air de fleurs mises à sécher dans un livre et qui, tirées de leur abri de papier, ont perdu leurs couleurs. Ils ont gardé leur puissance de sens mais n'ont plus cette vibration que seule confère une énonciation "sur le vif" et dans l'énergie de l'échange. Mais je sais qu'il me suffira d'entendre à nouveau la voix de Farid Paya pour que ces souvenirs griffonnés reprennent sève.

 

 

La première...

 

Aura lieu le mardi 8 mai. Il n'y en a plus pour très longtemps. Depuis plusieurs jours déjà, les affiches du spectacle peuvent se  voir en maints endroits de Paris. J'imagine que les ultimes répétitions se déroulent dans une ambiance plus fébrile que de coutume, malgré le réconfort qu'apporte un travail mené avec des compagnons de route dont la plupart sont des fidèles de longue date car les questions doivent être nombreuses à préoccuper les membres de la compagnie: ce spectacle, qui sera comme un baptême de renaissance, portera-t-il les traces des tourmentes traversées, des difficultés, psychologiques et matérielles, qu'il a fallu vaincre pour parvenir à créer à nouveau? Le public sera-t-il présent qui n'a plus, comme au temps du Théâtre du Lierre, un lieu à portée de pas pour garder le contact avec les artistes et partager avec eux quelques moments de convivialité?

Avant même de voir Rostam et Sohrâb on peut s'informer sur l'actualité de la compagnie du Lierre grâce à ses coins de Toile: un site ici, et une page Facebook là.


 

Rostam et Sohrâb
Texte de Farid Paya, d'après le Livre des Rois, du poète iranien Ferdowsi
Mise en scène:
Farid Paya, assisté de Joseph Di Mora
Scénographie:
Farid Paya et Evelyne Guillin
Avec:
Vincent Bernard, Cédric Burgle, Guillaume Caubel, Marion Denys, Thierry d’Armor, Xavier-Valéry Gauthier, Jean-Matthieu Hulin et David Weiss
Musique:
Bill Mahder
Costumes:
conçus par Evelyne Guillin, réalisés par José Gomez

Maquillages:
Michelle Barnet
Lumières:
Jean Grison
Durée:
2 heures

 

Représentations du 8 mai au 6 juin au Théâtre 13 côté "Seine", 30 rue du Chevaleret - 75013 Paris.


NB – Pour réserver ses places, il faut s'adresser directement à la compagnie du Lierre soit par téléphone – au 01.45.86.55.83 – soit en passant par le site de la compagnie car, est-il précisé, "le Théâtre 13 n'assure pas la billetterie". 

Par Yza - Publié dans : Billets
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