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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 09:43

... ou les scories d'une sortie photo ratée – ratage relatif puisqu'il en sort ce qui suit.

Dimanche 8 octobre. La lumière est belle sous les gris en tumulte du ciel parfois liserés d’un mince rehaut de clarté jaunâtre. Le temps est calme, à peine froissé de petites poussées de vent et demeure au bord de l’averse sans que celle-ci tombe vraiment – je me décide à une petite sortie photo à Paris, avec en tête un but bien précis: tâcher de réaliser quelques-unes de ces images pré-pensées qui m’encombrent l’esprit – de longues perspectives de rues vides, ou de ces pathétiques entassements de détritus qui donnent la gale à l’endroit qu’ils engluent… trois heures plus tard, je rentre bredouille, écœurée. Non seulement je n’ai pris aucune photo mais je n’ai rien vu qui approchât d’un peu près l’une ou l’autre de ces images à la recherche desquelles j’étais partie, ni rien qui apparaisse d’emblée «comme une photo à faire et que l’on ne fait pas pour cent mauvaises raisons» mais qui laissera au cœur à la fois un regret, et une image qu’on se décrira encore et encore des mois voire des années durant. Une image qui demeurera vive par la grâce de ce seul récit qu’on se répétera puisqu’il n’y aura plus que ça, du langage, pour en garder une trace concrète. Mais une image-en-mots reste une image, un fruit du voir, ce verbe magnifique rendu si béant par le son de sa diphtongue qu’il devient éminemment mimétique et suggère sitôt prononcé un œil grand ouvert, comme avide de capter tout ce qui passe à sa portée – un verbe ogresque en quelque sorte qui prépare le terrain au regarder, verbe plus lent celui-là et plus fermé, qui prend son temps et s’attarde à explorer ce que le voir lui a offert en pâture…

Mais je reviens à la sortie: bien que sans fruit photographique, elle m’a tout de même prodigué une leçon profitable… Je n'ai donc rien rencontré qui répondît à mes attentes visuelles, conscientes ou non, rien vu non plus qui fût un de ces surgissements impromptus, de ces fulgurances qui accrochent l’œil et le tiennent comme un hameçon se plante dans la gueule d’un poisson, le tiennent jusqu’à ce que l’appareil soit saisi, l’optique braquée et les prises de vue enchaînées… on varie les réglages, les angles, on bouge autant que l’on peut autour de l’objet inscrit dans le viseur comme autour d’une proie, l’on plonge tout entier dans un abîme où plus rien ne se perçoit que cet objet dont on veut fixer photographiquement une petite fraction. On multiplie les prises, chacune forte de sa micro-variante dont l’une finira bien par instiller à l’image-résultat une part décisive de signifiance… Ce temps de captation est abyssal et le traverser un plaisir complexe, qui illumine une journée. Maintenant que je prends le temps d’écrire – de «dé-crire»? – cette sortie, grâce à quoi je décrypte un peu de ce qui s’y est joué – voilà pourquoi «écrire», exprimer par l’écrit une pensée, une émotion, m’est si important et représente l’extrême aboutissement formel du vouloir-dire: ne point parvenir à écrire ce-que-je-veux-dire revient à béer devant une insoluble équation à mille inconnues… ‒ je réalise combien compte cette traversée dans mon attrait pour la photographie. Mais aussi que le plaisir de ce temps d’abîme n’est complet qu’à la condition qu’une image signifiante au moins en émerge…

 

 

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 17:36

Plus que quelques heures avant que soit irrémédiablement (vous entendez? —diablement! et en effet c’est bien de malignité qu’il s’agit quand s'évoque l'implacabilité du temps passant) consommé ce dernier jour de septembre et rien encore n'a été déposé ici.

En ces terres que je me suis ménagées pour être d’oxygénation et de lâcher-prise, où je ne suis tenue par aucun délai, par aucune contrainte de forme, de longueur… je n’ose plus poser le pied: j'ai perdu la voie des mots. Depuis des semaines ils fuient, se dérobent… ne s’assemblent plus en phrases pour toucher au sens ni les phrases en textes qui restent là à pendouiller isolées, effilochées, dissoutes dans un indit finissant en d’innombrables dépôts fuligineux et déprimants si prompts à s’insinuer partout dans les recoins de ma pensée qu’ils l’asphyxient, obstruant toute réflexion.


Oh certes, les chemins à emprunter pour aller de la pensée, du pressenti, du rêvé à l'écrit sont presque toujours, pour moi, escarpés et difficultueux, semés d'obstacles qui d’abord forcent à l’arrêt mais ont vocation à être finalement vaincus – sans que pour autant je renonce vraiment à m'y engager: au bout s'ouvre un horizon si clair que je ne puis rester trop longtemps sans le contempler, sauf à dépérir et à me racornir telle une vieille chiffe dans quelque morne abattement. Et jusqu’à présent, plus grande était l'aridité de la pente, plus brumeux, lointain, le but à atteindre (= le texte abouti) pus ferme s’en trouvait ma détermination à persévérer. Mais celle-ci s’est effritée, effacée, abîmée dans les remous d’un à-quoi-bonisme galopant aussi vite que monte une grande marée d’équinoxe et qui ne me quitte plus, colle à mes jours comme une mauvaise boue aux semelles… Ce qui m’est depuis des années matière à texte ne s’est nullement tari – ni même l’«envie-de-dire-par-écrit» et les ébauches mentales fusent à la moindre incitation – un spectacle, un livre, une «chose vue»… Mais rien, plus rien du tout n’est sauvé du désastre, plus rien ne résiste au bris dès qu’est tenté le premier effort de formulation et voilà rompu l’équilibre précaire qui maintenait debout deux ou trois  mots éclos au feu d’une fulgurance.
J’ai perdu la voie des mots. J’ai malgré tout tâché d’écrire de manière plus qu'ustensilaire ce que j'ai perdu. Sans doute pour me persuader que, ce faisant, je ne l'avais pas tout à fait perdu... Mais je sais aussi que je creuse là une ornière déjà bien profonde. Et s'il fallait ENCORE creuser pour se désembourber???

 

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 13:11

ÉPISODE 2
Vendredi 4 août
18 heures.

Dans une heure débutera la représentation au Plantier. La chaleur est écrasante et le ciel d’un bleu obstiné, têtu. Le soleil, à 19 heures, sera encore assez haut pour faire taire les ombres qui pourtant s’allongent et maintenir élevée une température ardente – non, décidément, je ne prendrai pas le chemin du jardin, bien qu’il y ait un fond de regret dans ma décision: le nom de l’auteur de Il était une fois... le Petit Poucet, Gérard Gelas, est solidement inscrit dans ma mémoire grâce à deux de ses mises en scènes qui, l’une et l’autre à Sarlat, m’avaient totalement séduite (On ne badine pas avec l’amour de Musset en 2006 et Le Crépuscule du Che, de José Pablo Feinmann, en 2011) et je me dis que ne pas voir cette pièce qu'il a écrite privera ma petite "théâtrothèque" personnelle d'une référence de choix. D'autant que ce matin, à Plamon, Emmanuel Besnault, le metteur en scène et fondateur de la compagnie, avait eu les mots qu'il fallait pour inciter là venir au Plantier:

Emmanuel Besnault
[transcription d'après des propos enregistrés le 4 août]

C’est la première pièce qu’on a montée il y a cinq ans; elle est donc fondatrice de notre troupe, la compagnie de L’Éternel Été, qui s'est formée autour de ce spectacle. Pour ma part j’ai commencé le théâtre à Avignon, où j’ai travaillé avec Gérard Gelas et quand on a été en recherche d’un texte à monter pour nos débuts, nous lui avons demandé l’autorisation de monter celui-ci, qu’il avait lui-même mis en scène en 1999, je crois, mais qui n’avait jamais été rejoué depuis. Pour sa pièce, Gérard Gelas s'est emparé du conte du conte de Charles Perrault – qui lui-même l’a emprunté à la tradition populaire – et  nous-mêmes avons un peu adapté l’adaptation de Gérard, nous y avons ajouté notre patte…mais nous savons que nous avons son entier soutien. Au début, on retrouve le Petit Poucet devenu vieux, riche… et marquis. Mais il a perdu la mémoire, et ce sont ses serviteurs qui vont, en interprétant tour à tour les personnages qu’a rencontrés Poucet au cours de son aventure, et d’autres encore, l’aider à retrouver la mémoire. C’est un spectacle musical, avec des guitares, des percussions, qui repose sur les codes du théâtre de tréteaux et s'inspire beaucoup de la Commedia dell'arte, à cela près que nous jouons sans masques. Mais le travail corporel est le même. En tout cas, nous nous sommes efforcés d'en faire un spectacle pour tous les publics, enfants et adultes. C'est la première fois que nous le jouons en plein air, et nous sommes particulièrement heureux que cette première fois soit ici, à Sarlat, dans ce superbe jardin...

 

Cela n’a pas cependant pas suffi à m’entraîner vers la billetterie: je me donnai encore jusqu'au moment de la représentation pour, s'il en restait, acheter une place  – déjà je soupçonnais que la chaleur me vaincrait… Eût-il fait moins chaud, le soleil eût-il été moins criant dans son azur immaculé… ou quand un imparfait du subjonctif vaut pour un de ces «si…» avec lesquels on mettrait sans peine le monde en bouteille.


IL ÉTAIT UNE FOIS... LE PETIT POUCET
Texte de Gérard Gelas d’après le conte de Charles Perrault
Mise en scène:

Emmanuel Besnault assisté de Cyril Manetta
Avec:
Johanna Bonnet ou Elisa Oriol, Benoît Gruel, Schemci Lauth, Maïa Liaudois, François Santucci, Deniz Turkmen, Manuel Le Velly
Musique originale:
Luc Santucci, Manuel Le Velly
Lumières:
Cyril Manetta
Durée:
55 mn

Représentation donnée le 4 août au jardin du Plantier.

***

11 heures et des poussières, à Plamon.

La réunion s'ouvre sur les réactions au spectacle de la veille, Vient de paraître, d'Édouard Bourdet. Tous les comédiens sont là, sauf Xavier Simonin... pour recueillir des louanges unanimes: qualité de l'interprétation, dynamisme de la mise en scène, décor et costumes... Le public présent est enchanté, ravi d’avoir passé «un excellent moment». Je fais partie des heureux: revoir la pièce hier m’a comblée. Sans y avoir vu surgir des éléments qui seraient demeurés cachés ou incompris la première fois, de petits détails narratifs oubliés me sont réapparus tandis que les souvenirs subsistants me permettaient, à cette seconde perception, d’apprécier avec davantage d’acuité nombre de subtilités que j’avais d’abord à peine entraperçues. Avoir revu Vient de paraître m’a offert une pièce non pas «nouvelle» parce que des voiles épais s’y seraient défaits enfin de leur opacité mais ravivée, les couleurs d’interprétation ayant pris plus d’éclat parce que j’avais mieux senti la richesse de leurs nuances. C’est d’ailleurs autour des qualités d’interprétation que s’articulent les premières interventions, toutes se rejoignant sur la finesse avec laquelle Bourdet fait évoluer ses personnages et en accentue certains traits sans les caricaturer – et sur l’admirable manière dont le jeu des comédiens autant que la mise en scène l’ont servie. Une fidèle spectatrice résuma en quelques appréciations bien carrées l’intérêt, et surtout le plaisir, qu’elle avait trouvés au spectacle – des mots que, sans doute, à peu près tous les présents ce matin pourraient reprendre à leur compte:

Je trouve que cette pièce pose de vraies questions – certes déjà abordées par maints créateurs, non seulement en littérature mais dans toutes les autres formes d’art mais ici doublée d’une satire du monde de l’édition encore très actuelle, très bien conduite, où l’on rit beaucoup, avec des personnages très typés et une intrigue qui va très vite au début puis qui se développe, avec un certain cynisme. C’est extrêmement brillant, et je suis sortie très heureuse de ce spectacle: j’ai ri, j’ai réfléchi, et j’ai trouvé ça très agréable.

Puis au gré de nouvelles prises de parole la discussion s’écarte des aspects purement narratifs et théâtraux pour s’orienter sur les thèmes plus fondamentaux et, comme cela arrive souvent lors de ces réunions matinales, ce n’est pas ceux auxquels on se serait attendu qui font débat – ainsi une spectatrice qui voyait la pièce pour la troisième fois fit-elle de cette évidente satire du macrocosme éditorial s’attardant avec tout de même beaucoup de clarté sur les affres de la création, la question du statut de l’écrivain… rien moins qu’un «portrait de la condition féminine des années trente»! Et cela au travers du seul personnage de Jacqueline, la femme de Marc qui, «pour trouver son indépendance, est obligée de se mettre au service du travail de son homme, parce que sa seule porte de liberté passe par le travail de l’homme avec qui elle est mariée». Eh bien! la condition féminine d’une époque tout entière portée par la seule Jacqueline? J’avoue n’avoir pas pensé une seconde qu’on pût «recevoir» Vient de paraître de la sorte. De plus, je ne suis pas sûre que Jacqueline soit l’humble femme assujettie au mâle qu’a vue cette spectatrice – et d’autres avec elle à en juger par deux ou trois autres réflexions du même ton qui ont suivi: elle m’est plutôt apparue comme une incarnation de l’égérie, cette âme de l’ombre veillant sans relâche sur la créativité d’un artiste chéri – qu’il soit ou non son époux officiel – dont l’histoire des lettres, pour n’évoquer que l’art littéraire, fournit de multiples exemples. Des femmes certes souvent occultées par l’envergure de l’artiste à qui elles se dévouent de leur plein gré mais qui ne méritent pas pour autant d’être assimilées à de pauvres victimes du machisme généralisé. Oui, à mes yeux, la Jacqueline de Bourdet a tout de l'égérie: consciente du talent de Marc comme de son excessive humilité et œuvrant à son insu à sa reconnaissance, elle évolue assez vite en un sévère «garde-lettres» qui non seulement surveille chaque jour le nombre de pages écrites par son mari mais va aussi se substituer à lui pour négocier – âprement soit dit en passant! – le montant de ses droits et à-valoir auprès de son éditeur… sans compter qu'elle est un formidable «catalyseur» d’écriture. Ainsi occupe-t-elle, me semble-t-il, une position finalement dominante, plus dominante encore que si elle était elle-même écrivain et autonome financièrement – n’est-ce pas être davantage dominateur que d’exercer une puissante influence sur autrui au lieu de se gouverner soi seul?

Mais la condition féminine est, in fine, assez vite laissée de côté et Jean-Paul Tribout rappelle un des thèmes de la pièce que personne n’a encore évoqué: La manière dont chaque créateur, que ce soit Bourgine, Maréchal, ou Marc, fait son miel de ce qui se passe; comment on fabrique de l’art à partir de la vie quotidienne, ou de la souffrance – ce thème de la souffrance dont se nourrit l’artiste est peut-être une vision très XIXe siècle de l’art mais en tout cas, il est traité par Bourdet.

La conversation, ainsi ramenée aux questions artistiques de fond, revient en même temps sur des points strictement dramaturgiques, jeu, décor, mise en scène… toujours sur le ton de la louange – et le spectacle de continuer à pousser en moi ses rhizomes prolifiques dont les premiers se sont formés voici maintenant presque un an, sur la plupart desquels ma modeste aptitude à trouver les mots a toujours aussi peu de prise…

 

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Publié par Yza - dans Sarlats
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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 18:29

Trouver le chemin qui mène du percept, ou de la pensée, au texte puis en couvrir la distance de bout en bout… cela m’est chaque jour plus difficile. Et je ne fais guère plus que rêver mes phrases au lieu de les écrire – rêvées, encore intangibles, elles ont toujours fière allure mais à peine ai-je commencé de tracer, ou de taper un à un les caractères qui vont former les mots que déjà la phrase entière dont seul le début est pris dans la concrétude écrite se fissure, se met à grincer – à devenir sinon hideuse du moins ridicule…
Alors je persiste et rêve – de phrases courtes et ramassées où je saurais, en quelques signes à peine, silences compris, rassembler un concentré de sens à  haute densité mais aussi de phrases longues et étales, sans anfractuosité aucune où s’éraillerait le rythme, qui diraient par leur planéité même tout le poids oppressif du temps, celui que l’on a perdu, celui que l’on n’a plus, celui qui est compté d’une main si parcimonieuse et si prompte à en rompre le cours.
Le rêve tien bon, le geste demeure en suspens, au bord de cet insondable abîme qu’est le «texte à écrire».

 

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Publié par Yza - dans Apartés
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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 19:07

La 66e édition du Festival des jeux du théâtre de Sarlat s'est achevée le samedi 5 août. Dès le lendemain s'esquissait quelque chose qui semblait bien se tenir au long d'une ligne d'écriture qui ne demandait qu'un peu de constance pour se réaliser en cohérence avec l'idée même que je m'en faisais sans ajouter encore du temps à un temps qui déjà se distendait et emportait avec lui bien des signifiances. Le 6, le projet était là, et la structure qui lui convenait mais pas le texte; la matière manquait: il allait encore falloir du temps pour que la forme se fixât. Une latence supplémentaire!

Dans ce feuilletage quelque chose de crépusculaire s'infiltre et menace d'extinction l'intention naissante. Mais par-delà une fenêtre ouverte, j'ai vu la lune pleine, regard large et rond dans la nuit "bleue comme une orange"...

ÉPISODE 1

Dimanche 6 août
Ce préfixe «rétro-» s’est imposé d’emblée quand j’ai dû choisir un titre puisque tout ce qui allait le suivre allait être écrit a posteriori, fondé sur quantité de notes prises sur le vif mais rédigé plus tard, mis en forme à la fois par le travail d’écriture, soignant la rectitude phrastique autant que la cohérence de construction, tâchant à l’occasion d’apporter une touche ornementale, et par l’immixtion au propos en cours d’élaboration, à fin de rehauts, de ces innombrables petites choses subreptices dont le moindre temps de latence augmente les impressions et pensées premières. Mais ce matin, songeant à la chronologie à rebours du spectacle de la veille au soir qui clôturait le festival, je me suis dit qu’au lieu de signifier la seule postériorité du geste scriptural, le préfixe «rétro-» me permettait de doubler celle-ci d’un parcours chronologique à rebrousse-jours, qui commencerait par la fin… Donc par ce vide étrange, envahissant comme une marée montante, qui tout d’un coup s’est ouvert devant moi quand, vers 11 heures, je me suis vue rendue à mon banal quotidien au lieu d’avoir à me hâter vers Plamon pour ne pas manquer le début de la rencontre. Vide vite comblé dès lors que je m’attache à remonter le cours de ce qui l’a précédé…

Samedi 5 août
Ce matin a lieu la dernière réunion plamonaise. Pour la première fois cette année les rangs son clairsemés – beaucoup de chaises vides côté public et, sur l’estrade, Valérie Zaccomer, l’une des comédiennes de 31, est seule à côté de Jean-Paul Tribout pour animer la rencontre. L’équipe de Il était une fois le Petit Poucet qui a été joué au jardin du Plantier est déjà à bord du train qui doit les conduire dans la Drôme, où ils jouent ce soir. La discussion s’engage au sujet de ce spectacle et la première réaction à être exprimée est toute négative. Puis d’autres s’égrènent, elles au contraire laudatives, fondées souvent sur le comportement des enfants présents, manifestement captivés. Les échanges se tassent assez vite et c’est alors Valérie Zaccomer qui entreprend de présenter 31 et d’en retracer la genèse.

Valérie Zacommer
[transcription d'après les propos enregistrés le 5 août, à Plamon]

Un jour, Stéphane Corbin [l’auteur des chansons du spectacle, qu’il accompagne lui-même au piano sur la scène – NdR], qui organise des concerts caritatifs au profit d’une association de lutte contre l’homophobie, Les Funambules, a eu envie de monter un spectacle de théâtre musical qui parle de l’homosexualité mais sans être ni militant, ni lénifiant, qui soit juste du théâtre hors des sentiers battus. Et il a demandé à Gaétan Borg et Stéphane Laporte d’écrire un spectacle qui corresponde à ça. À partir de là, ils ont écrit une histoire d’amour entre deux hommes mais qui s’inscrit dans une histoire d’amitié: les deux hommes, donc, et deux filles, quatre amis qui fêtent tous les 31 décembre ensemble depuis vingt ans. Stéphane Laporte a eu l’idée formidable de raconter l’histoire à rebrousse-poil, comme dans le film Mémento. C’est donc une succession de petites scènes de 31 décembre, ça commence en 1999 pour remonter jusqu’en 1979, et on découvre au fur et à mesure de ces réveillons la genèse de ces rencontres, de cette amitié, et bien sûr comment a évolué l’histoire d’amour entre les deux garçons puisque c’est une comédie romantique. Mais ce n’est pas tout à fait le cœur de l’histoire – il s’agit plutôt d’explorer ce qui fonde l’amitié, sur quoi reposent les rapports affectifs et amoureux.
Quant aux chansons que Stéphane a écrites, elles parlent d’amour, tout simplement, de telle façon qu’elles pourraient indistinctement être chantées par des hétéros ou des homos… c’est la Manif pour tous, doublée de cette prise de conscience que les gens ne se rendent pas bien compte de ce que traversent les homosexuels, les adolescents notamment qui peuvent avoir du mal à assumer une sexualité qui n’est pas dans la norme – car on note depuis quelque temps une recrudescence de suicides chez ces jeunes – malgré les discours ambiants et la légalisation du mariage «pour tous», qui a incité Stéphane à écrire ses chansons de cette façon.
Quand Virginie Lemoine [qui a mis en scène la pièce – NdR] a rejoint le projet, elle a tout de suite tiqué sur le rôle donné aux femmes. Moi aussi, à vrai dire: je trouvais qu’elles étaient un peu trop les faire-valoir des deux amoureux. Du coup elle a beaucoup retravaillé le texte avec nous, afin de revaloriser la place de ces deux femmes, et finalement, la formidable histoire d’amitié a pris davantage de consistance, pour en définitive peser autant que la seule histoire d’amour entre les deux garçons. Et cela permet à un très large public de se reconnaître dans ces personnages, indépendamment des particularités sexuelles. C’est au fond une histoire assez mélodramatique mais il y a toujours de l’humour pour rattraper la chose; on s’éloigne certes des grands questionnements existentiels, mais ça fait parfois du bien de voir un spectacle tendre, romantique, drôle, qui finit bien, avec des chansons bien écrites et bien composées dont la mélodie reste en mémoire…

Dès lors, tous les échanges ou presque seront centrés sur les problèmes liés à l'homosexualité, sur la question de ce que l'on peut ou non montrer sur une scène de théâtre... Et la rencontre se clôturera sans que surgissent vraiment dans la conversation  comme cela se produit en général lors du "dernier Plamon", les impressions globales sur l'édition qui s'achève, le petit bilan de fréquentation, les petits ou les grands projets à l'étude qui pourraient modifier le visage du festival... es dates de la 67e édition ne sont pas annoncées non plus. Ce soir, peut-être, quand le président Jacques Leclaire prononcera son allocution de clôture au cours de laquelle sont remerciés un à un tous ceux qui ont permis aux spectacles de se dérouler au mieux, aux artistes et au public d'être accueillis comme autant d'hôtes de marque?

31 - La représentation...

Quatre amis, donc, se retrouvent au soir du 31 décembre 1999 – une petite pancarte à chiffres mobiles le signale en bord de scène, qui scandera d’ailleurs toutes les dates – pour fêter le Nouvel an, champagne à l’appui, discutant de ce Big Bug que les Cassandre du numérique nous promettaient en guise de grand saut dans le nouveau millénaire: Stéphane – qui doit son «drôle de prénom pour une fille» à une actrice célèbre; Victoire qui «fait les yeux» à ses amis dès qu’ils la contrarient ou agissent, selon elle, contre leurs propres intérêts; Anthony dit «Titoun», jeune P-D.G. prodige amoureux de Ruben mais qui n’ose pas le lui dire, Ruben mal parti dans la vie qui est aussi amoureux d’Anthony mais ne le laisse pas davantage paraître. Sans oublier les invisibles, les absents pourtant omniprésents tant ils vivent au fil des dialogues: la tante Yaël, et Tariq, le mari de Stéphane.

Les scènes – une pour chaque 31 décembre évoqué – se succèdent à un rythme soutenu; le décor, basé sur quelques éléments blancs modulables et transformables (des cubes, et des sortes de grandes armoires dont on peut selon les besoins ouvrir les portes pour faire naître un lieu aisément identifiable ou les maintenir fermées et créer ainsi un environnement plus neutre) est réagencé pendant les noirs à toute vitesse par les comédiens eux-mêmes, avec une telle fluidité qu’ils semblent obéir à une chorégraphie parfaitement réglée. Jusque dans ces aspects scénographiques ce récit, dont une large partie est à entendre dans les chansons, qui va à reculons par bribes narratives entrecoupées d’interstices sollicitant beaucoup la faculté de déduction/reconstruction du spectateur, donne un peu le sentiment que l’on est pris dans un tourbillon où l’on ne maîtrise plus tout à fait ni ses émotions ni son entendement. Car on n’est pas très sûr, au bout du compte, d’avoir parfaitement compris la logique des événements vécus par les personnages et la manière dont leurs liens se sont construits. On se dit parfois que ça va trop vite, qu’on aurait besoin ici d’une confirmation, là d’un démenti et les moments lents, savamment ménagés il faut le dire, quand les tristesses, les hésitations surgissent – et s’expriment surtout à travers les chansons – ne suffisent pas toujours à se remettre les idées en place. C’est un rien étourdissant mais l’on est happé; on guette avidement chaque scène, on est captivé par les chansons qui se glissent harmonieusement dans la dramaturgie et sont superbement interprétées, d’emblée on s’attache aux personnages et l’on se soucie de ce qui leur arrive… Une émotion profonde se communique au public: la partie est gagnée.

J’ai parfois été irritée par les accès trépignants, colère ou joie extrême, de Stéphane, qui m’ont paru un peu surjoués, et je n’ai pas bien compris la justification narrative du «blanc» de dix ans qui sépare 1979 de 1989 – réelle faiblesse d’écriture ou bien ai-je, moi seule, manqué quelque chose? – mais je garde malgré tout un excellent souvenir de 31, que je reverrai avec plaisir si l’occasion se présente.

31
Comédie musicale de Gaétan Borg et Stéphane Laporte.
Mise en scène:
Virginie Lemoine.
Musique et chansons:
Stéphane Corbin.
Avec:
Carole Deffit, Alexandre Faitrouni, Fabian Richard, Valérie Zacommer, Stéphane Corbin au piano.
Décors:
Grégoire Lemoine.
Lumières:
Denis Koransky.
Costumes:
Cécilia Sebaoun.
Durée:
1h20

Représenttion donnée le samedi 5 août au jardin de Enfeus.

Une fois passés les saluts – et les nombreux rappels du public qui à l’évidence s’est laissé embarquer sans réticence dans cette drôle d’odyssée sentimentale qui prend le temps à rebours mais les cœurs dans le sens de l’amour –, le président Jacques Leclaire se lance dans la traditionnelle allocution finale; après un très rapide bilan de l’édition qui s’achève – où l’on apprend qu’il y a eu 280 spectateurs supplémentaires – voilà venu le temps de la présentation minutieuse de toutes les petites mains qui ont contribué à la bonne marche du festival. Les noms s’égrènent et les appelés l’un après l’autre montent sur scène, applaudis comme ils le méritent.
Ce soir, il me semble qu’on quitte les gradins plus lentement, que les échanges entre habitués se prolongent plus que de coutume  – il est vrai qu’il n’y aura pas de Plamon demain et que cet après-spectacle est le seul moment possible pour échanger les impressions, se dire «à l’année prochaine» – quel audacieux pari sur l’à-venir! à ne songer qu’à moi seule, je me dis que 2018 sera ma treizième édition sarladaise et que c’est là un ordinal bien funeste mais… dois-je être superstitieuse? – et se souhaiter une bonne continuation d’ici là. D’ici là! rien moins qu’une parenthèse d’un an! que pensera-t-on de ce laps, long vu d’aujourd’hui mais qui ne sera plus rien lorsqu’on se retrouvera comme cette année et les précédentes à l’entrée de l’un ou l’autre des lieux de représentation?


Le 67e festival des jeux du théâtre de Sarlat aura lieu du 19 juillet au 4 août 2018.
Du jeudi au samedi, comme cette année. Des dates qui commencent de resserrer beaucoup la parenthèse…

 

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Publié par Yza - dans Sarlats
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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 12:37

Des bribes-bibelots de peu, verroteries textuelles que pourtant je ne parviens pas à jeter d’un clic à la corbeille ni, lorsqu’elles traînent à l’ancienne sur des bouts de papier ou gisent demi-mortes en des pages de vieux carnets tout encombrés et conservés plus par négligence ou répugnance pour les actes définitifs (=balancer au vide-ordures...) que par authentique souci de garder, gribouillées et à peine déchiffrables au point que je n’en comprends plus d’abord le sens – orientation et signification confondues – et qu’il me faut bien tâtonner pour enfin lire, et entendre dans la foulée, quelque chose (mais alors chacun des multiples ânonnements que je murmure en butant sans cesse avant de retrouver ce que je pense être la phrase initiale est à son tour signifiant, signifiante aussi leur somme quoique différemment, et cet ensemble constitue in fine une constellation tout en replis mystérieux ponctuée d’éclats brillants, sans qu’il y ait à la clef de «texte» abouti dont je puisse retirer quelque fierté; non: juste cela, des mots, des phrases qui, j’ose le croire, enserrent un peu de l’instantanéité du geste scriptural auquel je prête des vertus d’emprisonnement cosmique tout en étant, dans le même temps, convaincue de sa radicale impuissance à saisir quoi que ce fût de signifiant (et significatif!) précisément. Et cette sensation douloureusement aiguë, aussi, qui perdure et s’étale invasive, de ne pouvoir longtemps me passer de lui alors que je le sais incapable de jamais atteindre ce but que tacitement je lui assigne: arrêter dans ses entretissages de signes un peu de temps et de sens – rien qu’un peu, une bribe, une épéhémérité fragile comme une nanoseconde de verre qui filerait à une vitesse supralumineuse…


Sont-ce d’authentiques retrouvailles, de véritables renouements avec l’«écriture» que ces enfilades de mots jetées là comme un cri primal, écriture quasi automatique si je fais abstraction des ratures que le traitement de texte non seulement rend invisibles mais efface et pousse au-delà de toute mémorisation possible – en efface jusqu’à l’infime trace sauf à aller fouiller dans des recoins insoupçonnés du disque dur où, assurent les geeks bien informés, tout peut se retrouver, y compris les contenus de toutes les corbeilles successivement vidées (à ce que je crois avoir appris de l’un ou l’autre épisode des Experts cyber ou d’une quelconque série policière où la moindre enquête donne nécessairement lieu à de plus ou moins longues considérations numériques…) ‒ et des contrôles orthographiques élémentaires (je veux dire jetées là sans autre objectif que de soulager un vouloir-dire et ne cherchant pas à «rendre compte» de quoi que ce soit, sans que je me demande à aucun moment «comment commencer» comment poursuivre et conclure – comment construire)? Vais-je grâce à elles qui finalement me sourient parce qu’elles témoignent d’une impulsion poussée à son terme et que, de cela même, je me croyais devenue incapable, parvenir à écrire ce que j’ai laissé en jachère pendant des mois, voire des années (et s’il n’y avait les chiffres qui énoncent sans appel l’écoulement des mois, des ans et en bornent le cours comme les stèles aujourd’hui de plastique qui signalent les distances au fil des routes, que saurais-je de temps qui passe, sinon qu’il est un tas de cendres grises et fumantes – puantes – sans cesse grossissant?) de telle manière que cela ne sente pas son mauvais raccommodage couturé de remords embarrassés? Et quand bien même je en serais plus apte qu'au fragment, à l'écumage de miettes de sens par miracle prélevées et sauvées de la benne à oublis, du vaste désordre des brouillons? Ce sauvetage-là, si minuscule et infime fût-il, ne vaut-il pas que je m'y consacre? À l'évidence si puisque à bien y réfléchir je n'ai lâché la bride à ces circonvolutions qu'à seule fin de justifier un vague rassemblement de briberolles revenues à l'improviste du fond des décombres.

La Bibliothèque

Voici quelques semaines j'apprenais que Jacques Damade fêtait les 25 ans de sa maison d'édition. J'avais découvert ses livres au tout début de mon activité de chroniqueuse et les avais beaucoup aimés. De là une belle interview (dont je ne croyais pas retrouver la trace suite à des aléas numériques lointains mais qui est bel et bien encore là), puis des liens d'amitié, un suivi aussi étroit que possible de ses publications dont il me faisait gracieusement parvenir un exemplaire de chaque... jusqu'à ce que s'étiole ma capacité à écrire au point que longtemps j'ai continué à recevoir des livres, à les lire avec délectation bien que je ne leur offrisse plus l'écho que l'éditeur était en droit d'attendre de moi. Par honte d'être ainsi muette, j'ai peu à peu délaissé les signatures, les rencontres... sans perdre tout à fait de vue cette belle entreprise éditoriale. Alors, cet anniversaire allait-il redémarrer la machine? Pas même: tout au plus le regret de mes engouements non écrits s'est-il aiguisé. Puis en ce dimanche 16 juillet, à la faveur du feuilletage intempestif d'un cahier vieux de cinq ans ces lignes perdues entre des notes et des gribouillages peuplant la page dans tous les sens (dans lesquelles je glisse aujourd'hui un peu du liant qui leur manque indéniablement):

Les rééditions de La Bibliothèque: elles relèvent des textes anciens de leurs pages jaunies et fragilisées par leur grand âge, pour leur en offrir de plus fraîches qui rendront à ces œuvres leur corps, leur plénitude littéraire bien mieux qu'une banale «édition moderne» car il ne s'agit pas seulement de rendre aisément lisible des textes relégués, devenus rares, mais, aussi, de «faire objet», de créer un livre qui se tienne par le papier de ses pages, sa reliure, sa couverture, la perfection de sa typographie… Toutes celles que j’ai lues, et les ouvrages originaux pareillement car La Bibliothèque en publie aussi (originaux dans tous les sens du terme: des primo-publications, avec du caractère, du style, un esprit…) me font l’effet d’appartenir à une littérature de déambulation, où je me suis aventurée comme on muse dans un jardin…

De cette brève, je suis allée en quérir une autre, moins brève mais tout aussi peu aboutie et vieille de… dix ans, rien que ça! que j’avais ébauchée à l’occasion de la sortie d’un recueil d’articles d’Alexandre Dumas constitué par Claude Schopp, Mes chasses – une publication immiscée à petits bruits dans la tonitruante «rentrée littéraire» 2007, qui m’avait inspiré ces micro-jets jugés trop «micro» à l’époque pour pouvoir être mis en ligne à l’époque:

À contre-saison et parce qu'il n'est rien de meilleur, en ce foudroyant «septembroctobre», que de rompre avec les «grands romans de la rentrée», attachons-nous  avec délices au cru d'automne que propose Jacques Damade, qui rapproche son rythme de publication de celui des saisons : un recueil d’articles sur la chasse signé Alexandre Dumas, édité, annoté et préfacé par Claude Schopp, Mes chasses.
Ce livre aux senteurs automnales, entre ragots, lièvres et perdrix, fleure bon l'art de raconter «à la Dumas»: art feuilletonnesque qui sait suspendre le récit, servir des dialogues hachés en menus pointillés, et glisser où il faut le trait riant pour épicer une anecdote. Il est aussi représentatif d'un certain art d'éditer, il porte la patte éditoriale de Jacques Damade, une trace à suivre non pas en forêt mais sur les étals des libraires ou ici, en ligne.
Dans le sillage de ces Chasses, il faut à tout prix arpenter le catalogue de La Bibliothèque, où l’on glane à tout bout de page des livres qui se lisent comme on respire les effluves dorés des feuilles mortes rendues aussi légères que poussière: l'esprit errant.

Alexandre Dumas, Mes chasses (édition établie, préfacée et annotée par Claude Schopp), La Bibliothèque, 2007 - 17,00 €.

Cela ne sent-il pas exagérément le rance que d'aller ainsi pêcher au fin fond d'un dossier fourre-tout logé dans l'arrière-boutique de son disque dur une ébauche, dont il a fallu encore éliminer les échardes, de dix ans d'âge? Sans doute et pourtant... quelque chose je crois y subsiste qui sache manifester mon attachement à cet éditeur, à sa maison, et faute de savoir le dire de neuf aujourd'hui ces petites choses anciennes peuvent faire l'affaire. Alors, oui... j'ai ramassé ces vieilles miettes mais au lieu de les jeter...  

Et voilà qu'en les rassemblant je débusque une autre ébauche, datée de 2013, commencée à la suite de ma lecture de l'anthologie L'Ange noir*... et que, bien sûr, je n'avais su finir. D'ailleurs, ce que j'en ai conservé ne dit presque rien de ce livre mais s'attarde plus volontiers sur l'ensemble du catalogue. Comme si déjà bien embarrassée à l'époque pour circonscrire mon propos à l'objet visé il m'avait fallu m'en approcher par circonvolutions... et procéder par une manière de travelling avant – interrompu net, au détour d'un égarement:

Le tout premier charme de ces livres, qui attire immanquablement le regard, puis la main avant même que d’en découvrir e contenu, c’est leur format – une main moyenne, bien à plat, les recouvre presque et ils sont en général de petite épaisseur, rarement plus de deux cents pages: ils sont faciles à tenir, on les a en main et, par là, plus près du cœur… – , et leur reliure, souple mais d’un fort papier qui a du corps, à larges rabats, arborant titre et nom d’auteur au fer, en caractères noirs, et un logo bien centré, lui aussi au fer et en noir – un carré calligraphié-chiffré dont on a bien du mal à saisir s’il s’agit d’un mot ou d’un simple graphisme. Suivent le nom de la maison précédé de celui de la collection, toujours au fer. On reconnaîtrait, de prime abord, AVE (salut au lecteur?) mais ce pourrait être LVE? ALE… petit jeu de déchiffrage auquel on a tout de suite envie de se livrer et dont on verra très bientôt que c’est à l’image de ce que j’ai envie d’appeler «l’esprit de la maison» - celui qui préside à la conception des livres mais peut-être aussi celui qui la hante, Jacques Damade m’en dira peut-être un peu plus là-dessus…

Avec ces livres on renoue avec le langage des couleurs, non pas forcément leur «symbolique» traditionnelle mais leur «charge de sens»: à chaque ouvrage sa couverture. Typographie, disposition, type d’impression: tout reste identique d’un volume l’autre mais varie le support – il n’y a pas que la couleur qui change, il y a parfois des effets de matière – ainsi la couverture de L’or et la nuit de Pierre Lartigue, d’un beau vert très végétal et d’une texture toilée qui évoque le tissage de la soie sauvage – bien de circonstance pour un texte – ni récit, ni essai: déambulation – qui voyage du côté de la Birmanie et du Cambodge avant de revenir aux Nymphéas de Monet…

Concernant l’une des dernières parutions, L’Ange noir, la couverture et d’un superbe violet foncé, lumineux et profond à la fois, dont je ne peux m’empêcher d’écrire qu’il exhale des senteurs d’alcôve et de boiseries vieilles, de pièce recluse mais luxueuse et calfeutrées de tentures. Un violet inséparables de dentelles noires et de voilettes – mais je m’égare…

* L'Ange noir. Petit traité des succubes (Rémy de Gourmont, Jean Lorrain, Jules Bois... Textes choisis et présentés par Delphine Durand et Jean-David Jumeau-Lafon), La Bibliothèque, coll. «Les Billets de la Bibliothèque», 2013 - 17 €.

J'étais partie pour compiler ici des briberolles de tous ordres et, en définitive, une exhumation fortuite en ayant amené deux autres, j'en arrive à venir presque à bout d'une seule intention (au moins une, fût-elle affligée d'un presque!):  non pas rendre à La Bibliothèque et à Jacques Damade l'hommage que je leur dois mais à leur adresser un vrai signe d'amitié. Quant aux autres bribes de mon bric-à-brac textuel – elles viendront, plus tard... à leur heure qui, à l'évidence, ne devait pas être celle-ci.

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 18:40

Lorsqu'un directeur artistique en poste depuis plus de vingt ans expose la programmation d'un festival à une spectatrice qui elle-même suit ledit festival depuis plus de dix ans, la présentation devient vite réticulaire et naît d’un mycélium se déployant  en des humus d'autant plus riches et profonds que les années s'accumulent... Le «pitch» est là pour chaque spectacle, tout aussi tiré au cordeau que celui publié dans le programme officiel, puis souvent cela glisse aux souvenirs, aux entrecroisements d'une édition l'autre...

Jeudi 20 juillet, 21 h 45, jardin des Enfeus.

La Peur (d’après la nouvelle de Stefan Zweig). Mise en scène d’Élodie Menant.

Où l’on retrouve Stefan Zweig, dont on avait vu en 2016 une adaptation théâtrale de son autobiographie, traduite en français sous le titre Le Monde d’hier… Et Élodie Menant, déjà venue à Sarlat au service de Zweig, en 2012 avec La Pitié dangereuse où elle incarnait Édith, une jeune fille paraplégique clouée dans un fauteuil roulant. Cette année Élodie Menant a adapté et mis en scène l’une de ses nouvelles, où le rôle principal est confié, ici, à Hélène Degy – dont Jean-Paul souligne qu’elle a été nominée aux Molières comme «Révélation féminine». La Peur est fondée sur une intrigue classique – une femme mariée a un amant et sa liaison est découverte par une autre femme qui entreprend de la soumettre à un chantage. Mais la manipulatrice pourrait bien ne pas être celle que l’on croit… et, aux dires de Jean-Paul, Éodie Menant a traité avec beaucoup de finesse la tension qui s’installe et confinerait presque au suspense hitchcockien…

Nous n’aurons hélas pas le plaisir de pouvoir discuter avec Élodie de son travail car sitôt après avoir joué à Sarlat, elle devra rejoindre Avignon où elle incarne Sarah dans la pièce de Michelle Laurence, Après une si longue nuit.

Vendredi 21 juillet, 21 heures, abbaye Sainte-Claire.

Afrika Mandela, de Jean-Jacques Abel Greneau. Mise en scène de Katy Grandi.

Le titre dit à lui seul ce dont il va être question: l’Afrique du Sud de Nelson Mandela, comment le pays a basculé de l’apartheid à la Nation Arc-en-ciel, comment celui qui a passé vingt-sept ans de sa vie en prison est devenu chef de l’État… Ces grandes pages d’histoire nous sont délivrées par la bouche d’un porte-parole de la mémoire de Mandela, qui se confie à une jeune journaliste. «Mais attention, précise Jean-Paul: ce n’est pas du théâtre documentaire! c’est une véritable œuvre dramatique, avec une très belle écriture, une très belle langue – et d’excellents comédiens.»

Samedi 22 juillet, 21 h 45, jardin des Enfeus.

Le Melon qui… comédie musicale de Jean-Luc Annaix.

«Comme je te l’ai annoncé tout à l’heure, poursuit le directeur artistique, la dominante de cette année est musicale. Jean-Luc Annaix est un grand spécialiste de la comédie musicale et dirige une compagnie basée à Nantes. C’est un habitué de Sarlat: il y a présenté de très beaux spectacles – Et Dokk, donc, s’en vint sur Terre…, Un songe d’une nuit d’été… mais il est vrai que parfois, c’est un peu moins convaincant. [Jean-Paul penserait-il à cette conférence chantée donnée en 2009, dont je garde un assez morne souvenir?] Là cette fable est particulièrement réussie: on nous raconte l’histoire d’un chapeau melon en butte aux menées d’un groupuscule, l’Ordre du Melon, voué à interdire le port du chapeau melon à toute la société. Les artistes entrent en résistance, et partent à la recherche, notamment au paradis, de tous ceux qui ont érigé leur chapeau melon en emblème de la fantaisie, de la poésie: Laurel et Hardy, Charlie Chaplin, Annie Fratellini… C’est une comédie musicale, mais l’on y voit aussi des marionnettes, du théâtre d’objets… »

Dimanche 23 juillet. Journée des auteurs, abbaye Sainte-Claire.

18 heures: Une femme à Berlin. Mise en lecture: Jean-Paul Tribout.

Ce texte, qui se présente sous la forme d’un journal anonyme et a été publié pour la première fois aux États-Unis en 1954, retrace le quotidien d’une Berlinoise au moment de la chute de Berlin, en 1945. Ce n’est qu’en 2003, à la faveur d’une réédition, que l’on découvrira l’identité de l’auteur. En 1945, au moment de l’occupation de Berlin par les Russes, elle a une trentaine d’années…
Jean-Paul Tribout:
Les civils ne pouvaient pas quitter la ville et l’on estime que quelque cent mille femmes ont été violées, en général plusieurs fois et par plusieurs hommes car, c’est bien connu, en période de guerre la femme est considérée comme un butin. Au fil de son journal, on comprend combien ce qu’elle traverse est différent d’un viol individuel; on la voit aussi mettre en place une stratégie pour se préserver: tâcher de se rapprocher assez d’un officier qui serait à même de la protéger des autres et de lui donner accès à des conditions de vie acceptables – la situation des femmes berlinoises est telle qu’elles forgent un terme spécifique signifiant «coucher pour manger»… C’est, d’une certaine manière, le journal de sa survie que tient cette femme, tout en élargissant son propos à des questionnements plus larges. Par exemple, couchant pour manger, elle se demande si elle peut être considérée comme une prostituée, et de là ce qu’est la prostitution; elle s’interroge, aussi, sur le rapport à la langue: elle se dit notamment qu’il est plus facile de supporter des exactions commises par des hommes dont on ne comprend pas la langue car, ceux-là proférant sons non compris, ils ne peuvent être considérés comme des humains et l’on endure mieux des sévices infligés par des non-humains. Mais elle-même ayant beaucoup voyagé, elle parlait un peu le russe, ce qui bien sûr l’a notablement aidée. J’ai fait de ce journal une petite adaptation destinée à la lecture, dont j’ai confié l’interprétation à Caroline Maillard, la comédienne qui joue dans Vient de paraître. Et si l’accueil du public est bon, j’irai jusqu’à la mise en scène.

19 h 30: apéritif et assiette périgourdine.

21 heures: Adolf Cohen, de Jean-Loup Horwitz.

Adolf Cohen est l’histoire d’un homme qui, né avant la Seconde Guerre mondiale dans une famille juive non religieuse, est baptisé Adolf par des parents alors bien loin de se douter que ce prénom allait bientôt se retrouver fort chargé… Ses parents sont déportés, il est adopté par une famille catholique puis, dans les années 50, il part en Israël où il tombe amoureux d’une jeune musulmane… On voit que le héros est confronté de plein fouet à quelques-uns des bouleversements tragiques qui ont déchiré le xxe siècle mais, malgré tout et bien qu’elle pose des questions identitaires on ne peut plus sensibles, cette pièce reste très humoristique.

L’on aurait dû voir cette pièce l’an passé, également en seconde partie de cette même Journée des auteurs mais il avait fallu la déprogrammer à la dernière minute à cause d’un deuil qui avait de frapper l’auteur. C’est Isabelle de Botton, figurant d’ailleurs dans la distribution d’Adolf Cohen, qui avait assuré le remplacement, en venant interpréter un émouvant seul-en-scène – une évocation «poéticautobiographique» de sa famille et de son parcours où étaient aussi posées des questions identitaires, doublées de considérations quant à la condition féminine distillées à petites touches pleines de tendresse, intitulée alors Moïse, Dalida et moi puis reprise en septembre dernier au théâtre de la Bastille sous un titre autrement plus explicite: La Parisienne d’Alexandrie.

Lundi 24 juillet, 21 h 45, jardin des Enfeus.

L’Affaire de la rue de Lourcine, d’Eugène Labiche. Mise en scène de Patrick Pelloquet.

Plus trace de gravité ici, avec ce Labiche monté de manière extrêmement dynamique par un Patrick Pelloquet très inspiré par le slapstick américain et qui a mandé un musicien bruiteur pour ponctuer le spectacle de ses créations sonores un peu comme dans un dessin animé et qui demeure sur scène tout au long du spectacle.
Patrick Pelloquet, un habitué de Sarlat et qui, lors de son dernier passage en 2015, nous avait offert un Serment d’Hippocrate signé Louis Calaferte, très drôle mais qui n’était pas de la comédie pure: l’humour y grinçait et il y avait de la satire en texte qui pouvait jaunir le rire. Une pièce qui a été reprise au début de 2017 au Théâtre 14.

Mardi 25 juillet, 21 heures, abbaye Sainte-Claire.

Racine, ou la leçon de Phèdre. Conception, mise en scène et interprétation: Anne Delbée.

Jean-Paul Tribout:
Voilà un spectacle qui ne va probablement pas faire l’unanimité – c’est une manière assez déjantée de fréquenter Racine: en effet, le parti pris de cette pièce est de présenter Racine comme un voisin de palier, que la narratrice côtoie depuis une cinquantaine d’année… Il y a des moments d’une très grande audace qui risquent de bousculer le spectateur mais l’on sent chez Anne Delbée un tel amour de Racine que ça force le respect, et je me suis dit qu’il fallait absolument programmer ce spectacle, en me doutant bien que les discussions à Plamon promettaient d’être vives…

Mercredi 26 juillet, 21 h 45, place de la Liberté.

Ivo Livi, ou le destin d’Yves Montand, d’Ali Bougheraba et Cristos Mitropoulos. Mise en scène de Marc Pistolesi. A obtenu le Molière 2017 du meilleur spectacle musical.

Jean-Paul Tribout:
Comme pour Afrika Mandela, le titre dit tout. La vie et la carrière d’Yves Montand sont retracées en flash back à partir de sa mort. À travers le destin individuel du petit immigré italien venu en France avec sa famille pour fuir le fascisme et qui devient, à travers son parcours artistique et ses engagements politiques, l’emblème d’une certaine France, c’est une sorte de destinée achétypique qui se dessine. C’est très réussi sur le plan dramatique, les comédiens chanteurs sont d’excellents interprètes qui, d’ailleurs, ne chantent pas que des chansons de Montand: beaucoup sont des créations originales écrites tout exprès pour le spectacle.

Cette évocation d’Yves Montand me fait aussitôt penser à celle de Brassens qu’avait présentée, en 2012, Michel Arbatz: Chez Jeanne. La Jeunesse de Brassens. L’on y découvrait l’enfance et la trajectoire du chanteur jusqu’à sa première scène parisienne et nous le faisait quitter au seuil de la renommée – une biographie superbement mise en récit dont je conserve un merveilleux souvenir, une «existence scénique» poétique et pleine de grâce doublée d’une façon de chanter délectable qui restituait Brassens sans chercher à l’imiter.

Jeudi 27 juillet, 21 h 45, jardin des Enfeus.

Lettres à Élise, de Jean-François Viot. Mise en scène d’Yves Beaunesne.

À partir de 1917, on sait qu’il a circulé entre le front et l’arrière environ quatre mille lettres par jour. Jean-François Viot, un auteur belge, a puisé dans ce fonds la matière d’une correspondance fictive mais intégrant des passages authentiquement écrits, entre Jean-Martin, un instituteur auvergnat parti à la guerre, et sa femme Élise. Au fil des lettres on perçoit l’évolution des sentiments, la manière dont chacun, du côté où il se trouve, tâche de préserver l’autre – le soldat ne disant pas jusqu’au bout les horreurs du front, l’épouse masquant son inquiétude et ses moments de désespoir.

Pour cette pièce, une commande de la compagnie des Baladins du miroir créée en 2014, Jean-François Viot a obtenu cette même année le prix littéraire du Parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles.

Vendredi 28 juillet.

19 heures, jardin des Enfeus
L’Envol de la fourmi, fantaisie funambulesque pour poules et clown de Johanna Gallard. Mise en scène d’Aèll Nodé Langlois (spectacle jeune public).

Jean-Paul Tribout:
Venue pour la première fois l’an passé, Johanna Gallard avait remporté un franc succès avec L’Île sans nom et nous l’avons donc réinvitée. Elle danse toujours sur son fil mais cette fois avec des poules, qu’elle a d’ailleurs eu, paraît-il, bien du mal à dresser pour qu’elles daignent se perche  sur le fil…

Que ni les membres du Parti animaliste ni les grands veilleurs de la cause animale point ne s’émeuvent: il est pris grand soin des poules et celles-ci sont, à ce que m’explique Jean-Paul, des quasi-divas dont les conditions d’hébergement ont au préalable été dûment stipulées jusque dans les moindres détails : elles doivent bénéficier d’une surface gazonnée, de cages aux dimensions précises qui seront placées à l’ombre, sous de petits chapiteaux… Osons écrire qu’elles seront traitées… comme coqs en pâte sans quoi elles refusent paraît-il de travailler.

21 h 45, place de la Liberté
Monsieur de Pourceaugnac, comédie-ballet de Molière et Lully. Mise en scène de Raphaël de Angelis.

L’argument est des plus plus convenus: un barbon a pour projet de marier sa fille à un gentilhomme de province morne et ennuyeux, lequel bien sûr n’a pas les faveurs de la belle qui a les yeux tournés vers un autre soupirant, et tout l’enjeu de l’intrigue va consister à faire capoter le mariage, à quoi vont s’employer une suivante et un «homme d’intrigue». Voilà une comédie qui n’est pas réputée être la meilleure de Molière ni la plus subtile tant les ressorts comiques sont jugés grossiers et caricaturaux – c’est une farce, où l’auteur, selon certains critiques, s’avère bien peu regardant quant aux moyens de faire rire (par exemple en recourant à la caricature usée – déjà! - du provincial benêt face aux Parisiens…). Rappelons à toutes fins utiles que Monsieur de Pourceaugnac est une commande, faite à la troupe de Molière pour divertir une assemblée de chasseurs et que le spectacle a dû être monté en une quinzaine de jours…) Mais c’est surtout une comédie-ballet comme on en raffolait à la cour de Louis XIV, emmenée par la brillante musique de Lully…

Raphaël de Angelis était déjà venu à Sarlat en 2013, pareillement au service de Molière, avec un spectacle de tréteaux qu’avait accueilli le jardin du Plantier: La Jalousie du barbouillé et Le Médecin volant, deux pièces courtes donc difficiles à jouer isolément qui étaient réunies en un seul spectacle. Servi par un dispositif scénique simplissime – un drap blanc tendu en fond de scène – et un bel usage des masques dont je devais apprendre qu’il était nourri de deux traditions particulièrement inspirantes pour le metteur en scène ‒ celle, italienne, de la Commedia dell’arte et celle, japonaise, du théâtre nô ‒ le jeu farcesque de comédiens formidablement dynamiques avait suscité force rires et applaudissements chez un public ravi. La comédie-ballet qu’il présente cette année est d’une tout autre ampleur et le metteur en scène convoque, opportunément, les grands moyens: instruments anciens pour interpréter les compositions de Lully, marionnettes et personnages de carnaval pour accompagner les comédiens dans leur jeu. C’est ainsi la place de la Liberté qu’il investit, un espace à la juste mesure de ce qu’il a imaginé – et du large public que ne manquera pas d’attirer le nom de Molière.

Samedi 29 juillet, 21 h 45, jardin des Enfeus.

Chacun sa vérité, de Luigi Pirandello. Mise en scène d’Odile Mallet et Geneviève Brunet.

Signe particulier: les metteuses en scène sont sœurs jumelles, plus qu’octogénaires, toutes deux veuves d’un comédien – Jean Davy pour Odile, Georges Descrières pour Geneviève. «Toutes deux sont beaucoup venues à Sarlat dans les années 60, 70, mais elles continuent à monter des spectacles sans désemparer, et n’hésitent pas à rester sur le plateau jusque très tard dans la nuit quand le réglage des lumières l’exige, rapporte Jean-Paul Tribout avec une pointe d’admiration dans la voix. J’ai vu le spectacle au théâtre du Nord-Ouest, je l’ai franchement apprécié et comme je n’avais encore jamais programmé Pirandello, je me suis décidé cette fois-ci car, mis en scène par ces deux femmes formidables, ça vaut vraiment le détour.»

Cette pièce en trois actes, créée en 1917 et écrite d’après une nouvelle que Pirandello avait publiée en 1915, se situe dans une petite ville italienne, où un nouveau fonctionnaire, M. Ponza, vient d’être nommé. Il arrive avec sa femme et sa belle-mère, et loge cette dernière dans un petit appartement à quelque distance du sien. Très vite la rumeur se répand que M. Ponza séquestre sa femme, et qu’il empêche sa belle-mère de voir sa fille. De son côté, M. Ponza va régulièrement voir sa belle-mère qu’il semble traiter avec beaucoup d’égards, et explique à la ronde qu’elle est folle. Quant à la belle-mère, elle dit à qui veut l’entendre que son gendre est fou… Chacun groupe ainsi autour de lui ses partisans. Mais qui de l’un ou de l’autre dit la vérité?...

Dimanche 30 juillet, 21 h 45, place de la Liberté.

Le Cid, de Pierre Corneille. Mise en scène de Dominique Serron.

Rodrigue, Chimène, don Diègue, ô vieillesse ennemie… sans doute peut-on faire l’économie d’un résumé de cette pièce-phare de notre littérature, dont presque tout le monde a en tête au moins un vers entier. Mais l’on soulignera, parmi les partis pris de mise en scène adoptés par cette compagnie venue de Belgique, L’Infini théâtre, ce choix d’avoir inséré des intermèdes musicaux – tango et flamenco – qui,  selon Jean-Paul, s’intègrent parfaitement et ne font nul ombrage aux vers cornéliens. Et puis celui, aussi, de montrer sur le plateau la théâtralité en train de se construire: les costumes, les accessoires sont là, les comédiens au début comme en phase d’échauffement puis qui peu à peu entrent en incarnation.

À ces mots je pense à Romeo et Juliet mis en scène par Vinciane Regattieri (vu en 2013) mais Jean-Paul me ramène, plutôt, vers Hamlet 60 (mis en scène par Philippe Mangenot, vu en 2014) – sans doute l’«être» du spectacle tient-il des deux, et d’autres encore auxquels je ne pense pas faute de les avoir vus? Toujours est-il que ma curiosité est éveillée, et augmentée par la petite visite que j’ai faite sur le site de la compagnie, à la page du Cid

Lundi 31 juillet, 21 heures, abbaye Sainte-Claire.

Une nuit de Grenade, de François-Henri Soulié. Mise en scène de Jean-Claude Falet.
En partenariat avec le centre culturel de Sarlat.

Cette nuit est celle qui commence au soir du 18 août 1936, dans le bureau du gouverneur franquiste de la place. Face à lui, le compositeur Manuel de Falla (1876-1946) qui, venant d’apprendre l’arrestation de son ami Federico Garcia Lorca et le sachant menacé de mort, a décidé de tout tenter pour le sauver. Non par réelle affinité idéologique mais au nom de la liberté artistique, par essence incompatible avec la dictature. «La confrontation est tendue, le dialogue d’une grande intensité. Et même si nous savons comment cela s’est fini pour le poète, nous n’en sommes pas moins happés par le suspense qui s’instaure», conclut Jean-Paul qui à l’évidence a beaucoup aimé cette pièce dont l’auteur, vivant à Montauban, est un homme de théâtre aux multiples casquettes devenu il y a peu auteur de polar avec un premier roman publié au Masque intitulé Il n’y a pas de passé simple – un roman «très écrit» selon Jean-Paul qui, au moment de notre rencontre, était en train de le lire. Quant à la compagnie qui s’est emparée d’Une nuit à Grenade, la compagnie Label Étoile, elle est basée Mont-de-Marsan.

Mardi 1er août, 21 h 45, jardin des Enfeus.

La Poupée sanglante (d’après le roman de Gaston Leroux). Comédie musicale de Didier Bailly et Éric Chantelauze. Mise en scène d’Éric Chantelauze.

Jean-Paul Tribout:
C’est, au sens propre, une «comédie musicale de poche»: le spectacle a été créé au théâtre de la Huchette, à trois comédiens plus un pianiste. Une telle approche peut surprendre quand on connaît le roman, et si l’on a vu le feuilleton télévisé de la fin des années 70 avec Yolande Folliot, Jean-Paul Zenacker... mais c’est très bien interprété, très bien chanté, et l’on passe vraiment un excellent moment.

Ayant encore en tête toutes fraîches les images de ce feuilleton qui a enchanté mon enfance (ô le magnifique Gabriel...) saurai-je m’en détacher assez pour ne plus voir que ce spectacle?

Mercredi 2 août, 21 heures, abbaye Sainte-Claire.

Le Cas Martin Piche, de Jacques Mougenot. Mise en scène de Hervé Devolder.

Ni Hervé Devolder ni Jacques Mougenot ne sont des «primo-invités» au Festival: le premier était venu en 2011 avec Jupe courte et conséquences, une pièce dont il signait et le texte et la mise en scène, le second avait présenté L’Affaire Dussaert en 2007 dont il était aussi l’interprète puis était revenu en avec son frère François en 2009 pour interpréter La Cigale et la fourmi, une libre appropriation de la fameuse fable de La Fontaine qu’ils avaient cosignée.
Jean-Paul Tribout:
Ce Cas est un spectacle extrêmement amusant qui met en scène deux personnages: un psy confronté à un patient envoyé par sa femme, lasse de le voir s’ennuyer sans cesse. Le seul moment où, manifestement, il ne s’ennuie plus c’est quand il dort – de fait il n’en profite pas vraiment… C’est un divertissement proche du théâtre de l’absurde, très fin et fort bien interprété.

Jeudi 3 août, 21 h 45, Jardin des Enfeus.

Vient de paraître, d’Édouard Bourdet.

En 1927 déjà – date de création de la pièce – le Goncourt était un prix suffisamment fameux pour être satirisé sous les traits d’un «prix Zola», convoité par les grands éditeurs parisiens et, parmi eux, Julien Moscat, que l’on découvre au début de la pièce à quelques heures de son attribution. Fébrile, mais certain de l’obtenir grâce à son auteur vedette, Maréchal – et d’ailleurs se comportant comme si c’était chose faite. Ce n’est que justice: il s’est démené comme un beau diable, a négocié tous azimuts pour s’assurer les voix des «jurés qui comptent». Mais un inconnu survient, humble déposeur de manuscrit qui vient gripper les rouages. Peu importe: un éditeur de l’envergure de Moscat sait réagir vite et parer au plus inattendu de telle manière qu’une situation sur le point de lui échapper vire in fine à son très grand avantage…
Je ne doute pas de revivre ici, agrémenté des variantes inhérentes au plein air, le délectable moment qui avait égayé ma rentrée en octobre dernier au Théâtre 14… 

Vendredi 4 août, 21 h 45, jardin du Plantier.

Il était une fois… le Petit Poucet, de Gérard Gélas (d’après le conte de Perrault). Mise en scène d’Emmanuel Besnault.

Jean-Paul Tribout:
Ce n’est pas du tout une adaptation du conte de Perrault: l’auteur entreprend d’imaginer ce qu’est devenu Poucet après que le conte le laisse à son destin. On le retrouve donc vieux, qui a passé toute sa vie à raconter son histoire – celle que tout le monde connaît grâce à Perrault – mais n’en est plus guère capable parce qu’il perd un peu la tête… Alors ce sont ses serviteurs qui raccommodent les trous de mémoire, à l’aide des souvenirs qu’ils ont conservés des innombrables récits sempiternellement recommencés de leur maître. C’est un spectacle musical très bien conçu, parfaitement adapté aux conditions particulières imposées par le jardin du Plantier et véritablement à même de ravir les publics de tous âges.

Samedi 5 août, 21 h 45, jardin des Enfeus.

31, comédie musicale de Gaétan Borg et Stéphane Laporte. Mise en scène de Virginie Lemoine.

L’on prend ici, au son du piano, l’histoire à rebours de quatre amis qui ont  l’habitude de se retrouver tous les ans pour fêter ensemble la Saint-Sylvestre. Ce 31 décembre 1999 pourtant, l’ambiance n’est pas formidable… de là s’engage un questionnement sur ce qui fonde l’amitié, l’amour, et qui pousse les quatre amis à revivre rétrospectivement chaque 31 décembre qu’ils ont passé ensemble depuis qu’a débuté leur relation.
J’imagine qu’il y aura certes de l’allégresse mais aussi une bonne dose de nostalgie comme toujours quand on commence à regarder dans le rétroviseur mais, lorsque Jean-Paul conclut en disant «C’est le spectacle le plus gay du Festival», je comprends qu’il y autre chose  à comprendre que la simple gaîté suscitée par un spectacle «très joliment chanté et joué». Quelque «question de genre» dans l’air du temps...?

Le temps que dura cette évocation de la toute prochaine édition du festival sarladais, ponctuée d'innombrables souvenirs et échos remontés à fleur de phrases comme autant de bulles chamarrées, j'eus le sentiment étrange d'être blottie au cœur d'une bulle transmonde, dont les parois translucides étaient mille Sarlat chacun à l'heure du Festival tandis qu'à l'extérieur Paris, amuï, pesait de tout son poids de concrétude ici-et-maintenant. Ici et de multiples ailleurs se juxtaposant – mélange troublant ravivé par cette longue et lente phase de mise en écriture et dont la saveur persistante me dit, lancinante, que décidément le Festival toujours m’appelle…

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 16:59

Du 20 juillet au 5 août 2017, le plus ancien festival de théâtre français après Avignon revient pour une 66e édition...

Cette année encore, grâce à la générosité amicale de Jean-Paul Tribout qui une fois de plus aura consenti à  m'accorder de son temps, j'ai pu bénéficier d'une présentation du Festival qui dépasse le cadre du seul programme publié (prêt déjà depuis janvier, et rendu public dès la fin d'avril, que l'on peut bien évidemment découvrir en ligne sur le site du Festival).

Au moment où nous nous sommes rencontrés – le dimanche 7 mai 2017 – le verdict des urnes présidentielles n’était pas encore tombé; le temps était maussade, froid, comme la chape de doute qui planait sur les cœurs de tous ceux qui redoutaient une flambée d’extrémisme de droite. Réconfortante lumière dans cette poix grisâtre que cette conversation autour du programme du 66e Festival des Jeux du théâtre de Sarlat qui «est en marche», résume plaisamment Jean-Paul dès nos premiers échanges, et se porte aussi bien que possible «malgré les difficultés habituelles de financement mais avec heureusement les soutiens qui se maintiennent et, cette année, nous avons même reçu une aide supplémentaire du département, eu égard au caractère patrimonial du festival – une aide précieuse, bien évidemment, mais qui ne saurait compenser le désengagement de l’État. Quant à l’ADAMI, elle reste cette année encore en retrait – mais il faut souligner qu’elle est aux côtés du Festival depuis plus de vingt ans, les pauses qu’elle s’octroie dans son soutien sont assez compréhensibles. Espérons cependant que la pause s’interrompra l’an prochain…» Et puis… n’a-t-on pas coutume de dire que le théâtre est, par définition, «en crise»? Ce n’est pas toujours facile à vivre mais l’on apprend, concède Jean-Paul, à faire beaucoup avec peu de moyens et ce dur apprentissage permet d’être armé pour la traversée des tourmentes…
Cette année, donc, le festival revient, fort de ces indéfectibles volontés qui ont à cœur de le perpétuer. À  la charnière de juillet et d'août il va réenchanter Sarlat, bien mieux qu’aucun programme politique ne réenchantera jamais le monde (sur ce coup-là tous font de la publicité mensongère…) grâce à son architecture propre qui fait son charme – un spectacle différent chaque soir pendant près de trois semaines en alternance dans trois des sites les plus emblématiques de la ville, soit la cour de l’abbaye Sainte-Claire, le jardin des Enfeus et la Place de la Liberté, avec, comme de coutume, un pas de côté au Jardin du Plantier pour le traditionnel spectacle de tréteaux, sans oublier tous les matins à 11 heures les Rencontres de Plamon, ce moment dense et riche d’échanges entre artistes et spectateurs. Autant de puissantes lignes-guides qui, ayant peu à peu acquis au fil des décennies leur tracé actuel que n’auront affecté que de menues inflexions – par exemple la tentative d’ajouter à l’affiche un spectacle de rue gratuit qui n’aura hélas vécu que trois éditions –, sous-tendent l’événement depuis assez longtemps pour donner aux habitués le sentiment profond que le Festival ne change guère alors même qu’il évolue et que sous les ans passés le visage garde entiers tous ses appas.

Sur un plan plus personnel, Jean-Paul m’annonce que la pièce qu’il a montée l’an passé et qui a ouvert la saison 2016 / 2017 au Théâtre 14 en septembre dernier, Vient de paraître d’Édouard Bourdet – une satire savoureuse de certaines pratiques éditoriales en vigueur dans les coulisses des grandes maisons à l’approche des prix littéraires –, a eu beaucoup de succès, et surtout un écho enthousiaste dans la presse auquel il ne s’attendait pas. Cela n’influe pourtant pas beaucoup sur la carrière du spectacle car, précise Jean-Paul, tout apprécié qu’il soit, «il se vend quand même moins facilement que Le Mariage de Figaro que l’on a joué plus d’une centaine de fois, ou que Monsieur chasse qui a dépassé les 165 représentations. Promouvoir un auteur quasi oublié aujourd’hui, de surcroît servi par une distribution sans comédien-vedette, est une tâche ardue.» Toujours est-il que Vient de paraître est à l’affiche de ce 66e Festival, rencontrant presque aussi opportunément l’actualité du livre qu’en début d’automne puisque personne – surtout pas les professionnels de la profession éditoriale, ceux-là mêmes qui sont brocardés par Bourdet – n’ignore que la rentrée littéraire commence de se préparer dès l’été et, avec elle déjà, les supputations – les tractations, diront les mauvaises langues complotistes – quant aux chances de tel ou tel ouvrage d’avoir tel ou tel prix.

Tandis que nous nous apprêtons à découvrir dans le détail chacun des spectacles programmés je m’enquiers, sous le coup d’un souvenir soudain, du sort d’un magnifique texte qui avait été donné en lecture l’an passé dans le cadre de la Journée des auteurs, Michel-Ange ou les fesses de Dieu, de Jean-Philippe Noël, dont il s’était d’emblée avéré que le texte était déjà fort savamment mis en scène (on entendit une bande son sans fausse note ni faux départ, entrées, sorties, déplacements semblaient réglés et n’avoir plus qu’à s’adapter aux espaces offerts…) – en effet nous expliqua-t-on à la fin de la lecture: «Il ne manque pour ainsi dire que le décor: cette pièce est en cours d’élaboration depuis longtemps mais personne ne se décide à la produire malgré les nombreuses lectures et les avis très favorables qu’elle recueille.» La pièce a enfin trouvé des producteurs et elle sera créée en janvier 2018 au Théâtre 14 – un heureux aboutissement auquel la lecture sarladaise n’est pas étrangère: celle-ci a attiré l’attention de plusieurs chefs d’entreprise de Poitiers, qui ont fait en sorte d’inviter la pièce dans leur ville. Ils ont réussi à convier à la lecture d’autres chefs d’entreprise poitevins, qui ont à leur tour été enthousiasmés… et tous ont finalement décidé de se grouper pour coproduire le spectacle en apportant chacun leur écot. Voilà une nouvelle qui me réjouit d’autant que cette lecture avait été l’une de mes plus fortes émotions sarladaises de 2016…

Cette année, souligne d’emblée Jean-Paul, le programme comporte une forte proportion de spectacles musicaux – cinq sur dix-huit, ce qui correspond à peu près à un tiers: une note tenue certes mais cela ne surprend guère car le comité du Festival donne toujours belle place à la musique, n’hésitant pas à inviter des spectacles purement musicaux comme Corps à cordes du Quatuor, ou bien plus hybrides mais où la musique règne comme Delicatissimo! de La Framboise frivole.
«Pas plus que les autres années nous n’avons eu l’intention d’organiser la programmation en fonction d’un thème décidé au préalable, ou d’une tonalité que nous aurions voulu donner , mais comme cela se produit très souvent, le croisement des différentes contraintes impose des choix qui, un peu à notre insu, dessinent des dominantes plus ou moins évidentes.»

Une dominante dont on ne peut s’empêcher de penser qu’elle est particulièrement opportune même si non intentionnelle : elle apporte une légèreté et un élan bienvenus en des temps qui, bien qu’ «en marche!» restent âpres pour beaucoup et risquent hélas de le rester… Bientôt la billetterie ouvrira – dès le 3 juillet : voir ci-après l’annonce du Comité – très vite viendra l’ouverture… janvier / juillet, à peine une halte ce 7 mai puis cette longue traversée avant que vienne là cette présentation – ô ce temps, toujours en excès de vitesse et qui jamais n’est mis à l’amende...

Annonce officielle
Le comité d’organisation du 66e Festival des jeux du théâtre de Sarlat vous informe que la billetterie du festival ouvrira ses portes le mercredi 28 juin, à l’Hôtel Plamon, rue des Consuls, pour les adhérents et partenaires du Festival. Le grand public pourra réserver ses places à partir du lundi 3 juillet.

Du 28 juin au 19 juillet, l’équipe du Festival vous accueillera tous les jours, sauf le dimanche et le 14 Juillet, de 10 heures à midi et de 15 heures à 18 heures.

Du 20 juillet au 5 août, les spectateurs pourront louer leurs places tous les jours de 10 heures à 13 heures et de 15 heures à 19 heures.

Réservations par courrier:
Festival des Jeux du théâtre
Hôtel Plamon
Rue des Consuls
24200 SARLAT

Par téléphone, dès l'ouverture des locations:
05 53 31 10 83

(à suivre...)

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 18:06

Lucrèce Borgia est de ces figures historiques dont la littérature s’empare et qu'elle pare de telle manière que leur être littéraire supplante dans l’imaginaire collectif la personne réelle. Si «Lucrèce Borgia» est un nom qui à lui seul évoque une théorie de crimes au point d’affliger celle qui le porte d’une affreuse «difformité morale», sans doute faut-il l’imputer, pour l’essentiel, à la pièce que lui a consacrée Victor Hugo même s’il est vrai que la légende noire s’est attachée à la famille Borgia dès le XVIe siècle. Au regard des historiens d’aujourd’hui pourtant, la fille naturelle de Roderic Borgia, devenu pape sous le nom d’Alexandre VI, serait davantage une grande protectrice des arts qu’une criminelle aux mœurs éhontément dissolues… Mais l’on sait la fascinante puissance du verbe hugolien, invariablement envoûtant qu’il soit versifié ou en prose, dramatique, romanesque, ou développant un propos militant. On sait aussi le pouvoir du théâtre, et il n’y a rien d’étonnant à ce que le premier au service du second ait engendré une femme de drame qui prenne si facilement le pas sur la femme historique quoi qu’en disent les historiens.


Fervente empoisonneuse, adultère, présumée incestueuse: telle est la Lucrèce du drame hugolien. Mais ce n’est pas la banale monstration de ces noirceurs d’âme qui intéresse le poète et le motive à écrire sa pièce: il entend compléter Le Roi s’amuse d’un second volet dont il écrit dans sa préface qu’il a ses origines «au même moment, sur le même point du cœur», les deux formant une «bilogie […] qui pourrait avoir pour titre Le Père et la Mère». Ce sera Lucrèce Borgia : l’on y voit dépeinte une femme d’une grande beauté mais affectée de la «difformité morale la plus hideuse, la plus repoussante, la plus complète» en qui il va instiller «un sentiment pur, le plus pur, écrit-il toujours dans sa préface, que la femme puisse éprouver»: l’amour maternel, capable de rédimer tous ses crimes. Voilà donc Lucrèce poursuivant de fêtes en dîners Gennaro, son fils illégitime qu’elle a abandonné à la naissance et à qui elle souhaite désormais manifester son affection. Gennaro, élevé par un couple de modestes pêcheurs, a grandi dans l’ignorance de l’identité de sa mère puis est devenu «capitaine aventurier». Ainsi va-t-elle masquée et travestie car elle se sait haïe de tous, et de lui en particulier qui, vouant à sa mère inconnue une dévotion toute de tendre révérence, exècre la Borgia sans modération: Voilà donc son exécrable palais! Palais de la luxure, palais de la trahison, palais de l’assassinant, palais de l’adultère, palais de l’inceste, palais de tous les crimes, palais de Lucrèce Borgia! s’écrie-t-il à la scène 3 de l’acte I.


La Lucrèce hugolienne est tour à tour exhalaison de haine pure – par exemple lorsqu’elle fomente avec son éminence grise Gubetta un plan pour se venger de l’affront que lui ont infligé les compagnons de Gennaro au premier acte – et tout amour quand elle s’adresse à son fils – un amour autrement sincère et profond que celui dont, au deuxième acte, elle feint d’envelopper son époux afin de lui arracher la liberté de Gennaro. Mais quel que soit le versant de sa nature révélé par les circonstances elle demeure ardente, jusque dans ses détresses, jusque dans ses désespoirs et jusque dans ses plus humbles plaintes. Cette femme aux reliefs moraux si aiguisés, si tranchants et vibrant toute de passions est magistralement incarnée par Frédérique Lazarini qui parvient à exprimer par les seules modulations de sa voix, de ses intonations, toutes ces variations et la radicale opposition des émotions les plus paroxystiques. Son langage corporel vient à l'appui mais sa voix reste le véhicule majeur de ces terribles plissements d'âme: rauque; grinçante, comme charriant du sable raclé des profondeurs et que l'on dirait d'une abominable sorcière lâchant ses imprécations tels des crachats toxiques lorsqu'elle campe la cruelle, la vengeresse gonflée de haine, au contraire douce et lisse, soyeuse presque – une voix-cocon ‒ quand elle s'adresse à Gennaro et tâche de lui dire sa tendresse. Et quand Lucrèce touche les tréfonds de la détresse la comédienne sait blanchir sa voix jusqu'à la quasi extinction sans cesser d'être audible – quelle admirable maîtrise! Mais soyons juste: les autres comédiens ne sont pas en reste d'excellence, chacun joue superbement sa partie, et tous méritent d'être salués bas.

Ces comédiens remarquables évoluent sur un plateau nu, nu entièrement et il le restera du début à la fin du spectacle où l’on ne verra surgir que peu d’objets: de parcimonieux accessoires dont la présence est rendue indispensable par le texte – tel le plateau supportant le flacon d’argent et le flacon d’or, l’eau pure et le poison, ou bien l’ample corbeille emplie des bouteilles qui arroseront le souper fatal – et de brefs éléments de décor – un banc des plus rudimentaires à l’acte I où gît endormi Gennaro, un fauteuil curule à l’acte II où s’assoit le duc Alphonse d’Este, un banc encore au dernier acte mais avec dossier et accoudoir, de métal apparemment, et ornementé. À quoi il faut ajouter une curieuse structure grillagée montée sur roulettes apparaissant au début de l’acte III où se tient encagée la princesse Negroni: des éléments dont je me suis dit qu’ils véhiculaient très certainement une symbolique sous-jacente sans que je puisse la déterminer.


Cet espace sans décor n’en est pas vide pour autant et les comédiens ne sont pas les seuls à l’habiter: les lumières le peuplent quasi charnellement tant elles y jouent un rôle primordial, qui excède de loin celui qui leur est d’ordinaire assigné – éclairer ce qui seul doit être montré; donner une teinte aux ambiances, cerner en particulier un personnage à un moment-clef de l’intrigue... Ici elles parlent véritablement, tiennent un discours chromatique très riche dont l’essentiel s’écrit en variations colorées sur le grand écran blanc tendu en fond de scène mais dont quelques «mots» s’échappent en effets singuliers, appuyant ici un geste, là une attitude, ailleurs un visage d’où sort une parole fatidique...
À cette richesse font écho les costumes, somptueux et parlant eux aussi leur part de langage symbolique – les robes de Lucrèce surtout dont elle change d’un acte l’autre. Témoignant d’une grande recherche, ils signalent clairement deux époques, la Renaissance et le XIXe siècle, l’une étant celle de l’action et dont Lucrèce, le duc d’Este, Rustighello et Gubatta portent la marque, l’autre celle de l’auteur au moment où il écrit, dont Gennaro et ses compagnons arborent les couleurs.  
Costumes et lumières: une prodigalité visuelle et symbolique à la fois tangible et immatérielle qui foisonne à l’unisson des paroxysmes sans pour autant leur opposer d’obstacles comme ferait un décor trop «meublé» ‒  les objets parlent certes en silence à l’instar des lumières et des étoffes mais ils ont une force de corps que n’ont pas ces dernières et dont la densité risque de parasiter, ou de gauchir, le jeu des comédiens. Ainsi le choix de dénuder le plateau permet-il une totale expansion des voix et des gestes – de l’être jouant des comédiens – qui, ici, font merveilleusement exister les abîmes et saillances de l’âme que le verbe hugolien a portés à l’incandescence.

Dans cette belle cohérence pourtant, un hiatus, et de taille - du moins à mes oreilles: la musique. Pourquoi ces sonorités électonisantes? Elles disent une époque, des lieux à quoi rien ne correspond sur le plateau – plus exactement je devrais écrire que cette musique a éveillé dans mon imaginaire, assis sur des intertextualités qui me sont propres, des images qui n'avaient pas le moindre rapport avec ce que le texte, les comédiens, le décor me racontaient... Aux déclenchements de la bande-son je pensais anticipations intergalactiques, univers robotisés... or je n'ai pas vu que les rôles de Lucrèce Borgia avaient été confiés à des comédiens censés incarner des droïdes ou des humanoïdes standardisés, créatures que je ne peux m'empêcher d'associer au type de musique choisi pour accompagner le spectacle. Encore n'est-ce là qu'une considération de pure subjectivité.Mais la musique a, selon moi, un autre défaut: souvent elle est lancée ou interrompue hors de propos. Si, la plupart du temps, elle habille les noirs, assure un lien d'ambiance d'une scène à l'autre, soutient la teinte émotionnelle d'un échange ou d'un silence, il arrive qu'elle démarre ou s'arrête sans justification narrative, voire qu'elle recouvre les répliques.

Dommage... sans ce hiatus, j'aurais rangé cette représentation parmi mes meilleurs souvenirs théâtraux...

 

Lucrèce Borgia, de Victor Hugo.
Mise en scène:

Henri Lazarini et Frédérique Lazarini, assistés de Lydia Nicaud.
Avec :
Emmanuel Dechartre, Louis Ferrand, Hugo Givort, Clément Heroguer, Pierre-Thomas Jourdan, Marc-Henri Lamande, Frédérique Lazarini, Kelvin Le Doze, Didier Lesour, Adrien Vergnes.
Lumières :
Cyril Hamès
Éléments scéniques :
Pierre Gilles
Musique :
John Miller
Durée du spectacle :
1 h 40.

Jusqu’au 1er juillet 2017 au Théâtre 14.
20, avenue Marc Sangnier – 75014 PARIS
Réservations : 01 45 45 49 77 du lundi au samedi de 14 heures à 18 heures.
Représentations : mardi, vendredi et samedi à 20h30 ; mercredi et jeudi à 19 heures ; matinée samedi à 16 heures.

 

 

 

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 05:52

Les Universités populaires du théâtre sont nées en 2012 à l'initiative de Michel Onfray et de Jean-Claude Idée, avec l’ambition de ramener au cœur de la pratique théâtrale des textes où la réflexion philosophique est l'invitée d'honneur, fût-ce sous les atours de la comédie, afin d’éveiller les consciences. C’est autre chose que de châtier les mœurs par le rire  ou d’édifier les foules: il s’agit, sur le fond, d'amener les spectateurs, l'esprit délié par le seul plaisir d'assister à une représentation et rendus à une agilité de pensée jubilatoire, à réfléchir, à mettre en branle leur sens critique. À cet effet, l’équipe des UPT organise chaque année une saison regroupant autour d’un thème une série de «leçons-spectacles» ‒ un genre théâtral en soi, dont je ne saurais dire si le concept est propre aux seules UPT, que l’on peut décrire ainsi: de petites formes courtes, «mises en espace» plutôt que véritablement mises en scène, parfois arrêtées au stade de la lecture, et toujours données «encadrées», c’est-à-dire précédées d’une rapide situation du texte qui peut être théâtral ou non, dû à un auteur contemporain ou pas (ce dont il traite, les circonstances de son écriture...), puis closes par une discussion avec les spectateurs – qui seront représentées dans plusieurs salles partenaires à travers la France et la Belgique, soit isolément, comme cela avait été le cas au festival de Sarlat qui avait programmé en 2013 la lecture de Parce que c’était lui de Jean-Claude Idée, soit en grappe comme au Théâtre 14 à Paris qui accueille chaque année le «Festival de leçons-spectacles des UPT».


Outre ces particularités de nature des textes et des représentations proposés, l’aspect majuscule de ces saisons universitaires est la gratuité des spectacles, qui sont ainsi rendus «accessibles» dans tous les sens de cet adjectif. Voilà une forme idéale de théâtre engagé, qui ne sert aucune idéologie mais œuvre au mieux-être intellectuel de tous. Ni les gens de théâtre ni le public ne s’y sont trompés: d’année en année le succès des UPT grandit – davantage d’artistes, de salles partenaires, de spectateurs…En cinq ans, non seulement le nombre de leçons-spectacles dispensées au cours d’une saison a doublé mais l'on peut désormais se procurer des Cahiers plus ou moins annuels et le texte des pièces, tous publiés par les éditions Samsa, vendus en ligne sur le site de celles-ci, et sur les lieux de chaque représentation.

La saison 2016/2017 explore la «complexité des rapports entre philosophie et politique». Cette thématique a bien sûr été choisie en lien avec les échéances électorales majeures qui scandent la période à travers le monde. Les neuf leçons-spectacles programmées au Théâtre 14 en offrent une illustration variée, traversant les époques depuis Socrate à l’immédiat aujourd’hui en passant par les XVIIIe, XIXe, XXe siècles:

Lundi 8 mai
17 heures
La Barre, cou coupé, de Christian Petr. Mise en espace: Jean-Claude Idée. Avec Mathieu Alexandre, Caroline Bertrand, Valérie Drianne, Benjamin Thomas.
19 heures
Aujourd'hui le monde, de Christian Petr. Mise en espace: Jean-Claude Idée. Avec Mathieu Alexandre, Frédéric Almaviva, Caroline Bertrand, Annette Brodkom, Valérie Drianne, Benjamin Thomas, Simon Willame.
21 heures
miMésis, montage d'après Rousseau, Marivaux, Proust, Ellis, Roth, Reinhardt... Mise en espace: Jean-Pierre Dumas. Avec Jean-Pierre Dumas, Karelle Prugnaud, Mathieu Métral, Lymia Vitte.

Mardi 9 mai
17 heures
La Proposition, d'Hippolyte Wouters. Mise en scène: Carlotta Clerici et Anne Coutureau. Avec Christophe Barbier, Anne Coutureau.
19 heures
Lettre ouverte à M. le futur président de la République - Conte de Noël, de Gérard Gélas. Mise en espace: François Brett. Avec Franck Etenna.
21 heures
Korczack, la tête haute, de Jean-Claude Idée. Mise en espace de l'auteur. Avec Emmanuel Dechartre, Katia Mirant...

Mercredi 9 mai
17 heures
La Résistance et ses poètes, d'après Pierre Seghers. Avec Frédéric Almaviva, Annette Brodkom, Jacques Neefs.
19 heures
Le Dictionnaire philosophique portatif, de Voltaire. Mise en espace: Jean-Claude Idée. Avec Mathieu Alexandre, Annette Brokdom, Yves Claessens, Jacques Neefs, Simon Willame...
21 heures
L'évasion de Socrate, d'Armel Job. Mise en espace: Jean-Claude Idée. Avec Jacques Neefs, Alexandre von Sivers, Simon Willame...

 

Eu égard aux principes directeurs des UPT, aux ambitions pédagogiques annoncées, l’on peut être certain que la programmation de ce festival a été mûrement pensée et construite pour fonctionner comme un tout, chaque leçon-spectacle se répondant l’une l’autre, toutes ayant entre elles des relations de contiguïté assez étroites pour que l’architecture d’ensemble fasse sens en elle-même – mais chacune pourvue en même temps d’une autonomie suffisante pour pouvoir être représentée isolément et porter ses propres fruits. Le sens profond de ces trois journées m’échappera cependant puisque je n’ai assisté qu’à une représentation – Le Dictionnaire portatif de philosophie de Voltaire.

Sur la scène, un dispositif réduit au minimum habituel aux lectures: des chaises alignées face au public et, dans un coin, hors jeu si l'on veut mais pas tout à fait, une chaise encore, avec une table. Là s'installera Jean-Claude Idée qui assumera la part pédagogique: d'abord prononcer l'introduction – un bref rappel des positions de Voltaire, une exposition à grands traits des modalités d'écriture de ce Dictionnaire dont la rédaction s'est étalée sur quelque quinze années et, pour clore ce liminaire, une citation de la préface mentionnant que le texte ne requiert pas une lecture suivie –, puis assurer les liaisons entre chaque interprétation – petit commentaire touchant à l'entrée qui vient d'être jouée, annonce de la suivante, justification éventuelle du choix opéré pour la succession des extraits – et, enfin, rapide conclusion avant que d'entamer la conversation avec les spectateurs...

Avec pour station initiale l'âme et pour terminus la vertu, Jean-Claude Idée nous fit parcourir une sélection d'entrées non pas à sauts et à gambades comme eût dit Montaigne mais en restant fidèle à l'ordre alphabétique intimé par la forme du dictionnaire élue par Voltaire, prenant soin d'expliquer la logique qui a sous-tendu ses choix. Par l’entrelacs de l’exposé et du jeu, cette architecture est habile à servir la pédagogie. À moi qui ne connaissais pas le Dictionnaire portatif, elle a beaucoup apporté, et plus commodément qu’une immersion dans une édition savante. Surtout, faisant entendre, juxtaposées, la voix «exposante» de Jean-Claude Idée qui était celle d’un guide, et la voix «jouante» des comédiens, elle donnait à sentir tout au fond de soi ce qui distingue ces deux voix et, de là, à apprécier combien est grand  le pouvoir de la voix «jouante». D'autant plus perceptible, ce pouvoir, qu'ici la voix «jouante» brillait sans l'appui mélodique des décors, de la gestuelle, voire de l'environnement sonore qu'offre une mise en scène pleine et entière. Et sans doute le mystérieux miracle du théâtre tient-il, pour l'essentiel, dans la puissance de cette voix «jouante» qui fait si bien sonner les cristaux secrets d'un texte.

Avant d'arriver au Théâtre 14 cette adaptation du Dictionnaire philosophique portatif n'avait été lue en public que trois ou quatre fois; elle s'est donc dévoilée en ses tout premiers états. C'est un spectacle à géométrie variable, a expliqué en substance Jean-Claude Idée au cours du débat qui a suivi la lecture: d'une part les entrées ne sont pas toujours les mêmes à être  interprétées, elles peuvent changer en fonction de l'actualité mais aussi des réactions des spectateurs, du lieu où l'on joue, du contexte... D'autre part, selon sa réception, les suggestions qui pourraient émaner des différentes rencontres, il est possible que la lecture débouche sur un spectacle abouti, sur la forme duquel, d'ailleurs, rien n'est arrêté. Jean-Claude Idée imagine même que pourrait être monté une sorte de récital à la carte, où les comédiens s'en remettraient  au public pour le choix des entrées.


 

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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Aux Manettes...

  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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