Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 17:20

J’avais aimé Zoon, et Êtres de chair – les créations de Nathalie Pubellier et de sa compagnie L’estampe représentées l'an passé au théâtre du Lierre. J’avais aimé aussi l’extrait de Manège vu lors de la présentation de saison du Lierre le 17 octobre et, surtout, trouvé passionnante la démarche suivie par la danseuse-chorégraphe qui souhaitait aborder dans sa pièce les différents aspects d’une relation de couple: elle s’est appuyée sur le fameux ouvrage de Roland Barthes, Fragments du discours amoureux (paru en 1977 aux éditions du Seuil). Elle en a prélevé six figures ("Altération", "Loquèle", "S’abîmer", "Vouloir-saisir", "Errance" et "Ravissement"), qui définissent autant de situations psychologiques. Elle les a utilisées pour imaginer des postures et des chorégraphies construisant, in fine, une pièce pour deux danseurs et un musicien qui, en plus de jouer sur le plateau la musique du spectacle, s’immisce à sa façon – à la fois distanciée et insistante – entre l’homme et la femme qui se cherchent, s’attirent, se rejettent, se rejoignent et se rejettent encore – s’aiment et se haïssent. Manège.

 

Manege.jpg

 

Et déception pour moi. Non parce que la pièce s'est installée d’emblée dans une lenteur qui dure et des gestuelles assez ordinaires – marcher les bras ballants, avancer tête basse et un peu voûté, les mains dans les poches. Mais parce que de bout en bout, quelles que fussent les postures des interprètes – écartés les uns des autres, rapprochés, étroitement embrassés ou chacun dans son coin de plateau – et les vitesses auxquelles ils évoluaient, il m’a semblé que leurs mouvements étaient sans rapport avec la musique, pourtant aux rythmes très marqués
Il y eut d’abord de la percussion pure – le musicien frappe la caisse sur laquelle il est assis. Puis une musique électronique syncopée, aux pulsations répétitives et puissantes que l’on aurait dit sortie d’une boîte techno et, pour finir, un duo de piano et de trompette où les notes, jouées très distinctement, deviennent chacune percussion et marque rythmique ponctuant la langueur de la mélodie. Tous ces types de musique ont en commun d'être fortement rythmés. Mais pourquoi avoir choisi des musiques aux arêtes rythmiques aussi vives pour n’y pas accrocher les mouvements...? La musique s'est entendue comme un simple élément décoratif – fileuse d’ambiance qui tisse sa propre toile sans que les danseurs s’y prennent à aucun moment ni ne s’y opposent de façon suffisamment convaincante pour que leur jeu puisse paraître en symbiose avec elle.


Cet écart entre musique et danse que j’ai perçu déjà m’a gênée. Mais ce qui m’a le plus ennuyée est cette sensation obsédante que les danseurs n’étaient pas là, qu’ils bougeaient en étant comme absents à eux-mêmes: le pas trop souvent était quotidien – de ces pas que n’importe qui peut faire alors qu’il existe, je pense, une façon chorégraphique de poser un pied devant l’autre pour signifier la marche ordinaire, comme il y a une façon théâtrale de dire des banalités qui distinguera celles-ci de la conversation ordinaire. Et les gestes m’ont paru manquer de conviction, de substance... empreints d’une sorte d'inconsistance – et ce n’est pas une question de lenteur: même quand le rythme s’accélérait, que les enchaînements de postures se précipitaient, le jeu m’a semblé sans relief. Parce qu'il y a des lenteurs et des immobilités intenses, comme il y a au théâtre des rôles muets éloquents; ainsi suffit-il à certains comédiens de se tenir sur un plateau, sans bouger ni prononcer le moindre mot, pour dégager quelque chose de si puissant que leur seule présence traverse les spectateurs de part en part – c’est alors chez ces derniers un bouleversement de tout l’être à la croisée obscure de la psyché et du corps. Hier soir rien du spectacle ne m’a atteinte – comme si les interprètes avaient dansé in abesentia, sans générer la moindre décharge d’énergie. Je me suis dit que la pièce n'était peut-être pas tout à fait aboutie... Déception, donc.

 

 Et quand un spectacle me déçoit, j’interroge toujours ma propre perception. Ne suis-je pas à la merci de blocages ou d’aversions mal définis qui, à mon insu, se dressent en muraille entre la pièce et moi? N’y a-t-il pas en moi quelque vice d’entendement qui fasse obstacle à une saine réception de tel ou tel type de spectacle, tel ou tel type de texte – par exemple ici n’ai-je pas été victime, sans m’en rendre compte, d’un vieil a-priori à l’égard de Roland Barthes dont je n’ai jamais pu comprendre un traître texte malgré plusieurs tentatives de lecture et une conscience bien nette de la haute littérarité de son écriture, ou encore du profond désintérêt que je me connais pour ce qui est des problématiques du couple et de la relation amoureuse? Sans doute, oui… cela a-t-il eu son influence. Je ne pense pas cependant que ces interférences toutes personnelles aient été cause de ce que j’ai eu continuellement la nette impression que les mouvements des interprètes n'étaient pas liés à la musique comme ils auraient dû l'être, et que les danseurs étaient à la surface d’eux-mêmes, qu’ils ne dansaient pas de tout leur corps et de tout leur cœur….
Mais, quel qu’il soit, le ressenti d'un spectateur est-il jamais autre chose qu’une pure subjectivité n’engageant que lui et les traînes confuses de son histoire?


Manège
Conception et chorégraphie:
Nathalie Pubellier – à partir d’un choix de textes établi par Pascal Hugues
Création musicale:
Izidor Leitinger
Interprétation:
Nathalie Pubellier, Patrice Vallero, Izidor Leitinger
Lumières:
Patrick Debarbat
Costumes:
Bruno Jouvet
Réalisation du film:
Hélène Chambon
Durée du spectacle :
1 heure
Pour accompagner la pièce un film est projeté dans le hall du théâtre où l’on découvre de visu les textes qui ont sous-tendu la création de Manège.

 

NB - Dans le hall du théâtre, découvrez les peintures et dessins que Jannick Chiraux a réalisés en suivant les répétitions de la compagnie L'Estampe.


Représentations données du mercredi 24 au dimanche 28 novembre 2010 au Théâtre du Lierre.
22 rue du Chevaleret

75013 Paris

Repost 0
Publié par Yza - dans Chroniques
commenter cet article
17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 12:32

Cache-poussière

 

Chaque jour je songe à ces pages délaissées, où plus rien n’est écrit que des bribes parce que chaque jour se répète en moi ce même refrain d’impuissance et de vacuité. C’est une vraie douleur que de ne pas pouvoir écrire, que de ne plus être capable de mettre les mots en adéquation avec ce que l’on ressent alors même que, de cette "traduction", on a longtemps fait l’ordinaire de sa joie… S’agit-il de "chroniquer" un livre, d’évoquer une émotion, une chose vue? Il me semble que, l’un après l’autre, les mots tracés tombent et se brisent au bord du sens que j’essaie vainement d’exprimer – tel le pied glissant sur le trottoir qui précipite le marcheur à terre.

 

Je ne sais plus user du langage autrement que de manière ustensilaire. Le "passe-moi le sel" de l‘écriture. Rien qui vaille une incursion dans cet espace que je me suis ouvert, croyant avoir quelque disposition pour autre chose que de l’ustensilaire. À force de ne plus le visiter, il finira par ressembler à ces villes fantômes que l’on voit si souvent dans les westerns, parcourues par des bourrasques de vent roulant des buissons crevés dans des volutes de poussière et de sable sec.

 

Oh, je pourrais y publier régulièrement un "petit quelque chose" histoire de ne pas le laissser mourir tout à fait – par exemple suivre les traces de Jean-Claude Lalumière qui, depuis peu, met en ligne sur son blog des "Fragments biographiques". De petites phrases faussement simples, qu’un je-ne-sais-quoi intensifie et qu’un commentateur a comparées à celles de La Minute de monsieur Cyclopède – en effet je trouve à ces fragments quelque chose qui rappelle le visage impassible de Pierre Desproges. Mais je n’ai pas comme lui la maîtrise de la brièveté juste, et encore moins l’art – car c’en est un – de rendre signifiants deux ou trois termes judicieusement associés qui se suffisent à eux-mêmes au milieu d’une page blanche. Bloguer ainsi quotidiennement serait, en ce qui me concerne, une feinte, un gros mensonge que je me raconterais – croire que je peux "écrire"… Or je n’ai jamais apprécié la feinte.

 

Alors tant pis. Vogue le désert. Et ses dunes. Et ses tempêtes qui dessèchent, poussant devant elles les pages vides: cela au moins est l’authentique reflet de mes aptitudes véritables et de ce à quoi aboutissent mes intentions scripturales…

 

breve_17nov2010.jpg

Repost 0
9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 18:51

Danser. Glisser. S'éteindre. Mourir

Ainsi passent les jours. Et la vie.

 

Qu'y peuvent les rires sinon sonner creux?

 

Repost 0
7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 18:20

Ciel de suie – couleur d’abîme, relents de suffocation: la pluie colle à l’âme comme une glu obsédante.
Le tapotement de ses gouttes sur la vitre ressemble à la course vaine des doigts du mourant sur son drap.
Bruit qui hante
Lacère
Ravive des angoisses éteintes...

La pluie fait pleurer les statues, creuse au coin de leurs yeux figés des sillons de larmes qui achèvent leur ruine.
Au sol elle noie tout.
La pluie désespère
et brouille les heures qui prennent un goût fétide – nausée !

Mais il n’y a qu’elle pour répandre sur le bitume luisant la fête vive des reflets volés aux néons multicolores
et donner aux passants renfrognés l’air de danser à la pointe de leurs propres pas – au creux des flaques devenus funambules, tenus entre ciel et terre  par un fil de verre.

Mirages entre deux gris que la prochaine éclaircie effacera.

 

jour-de-pluie.jpg

Repost 0
1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 17:41

Longtemps la vision aura flotté aux marches de la pensée, intermittente et vague mais obsédante. Toute frangée de mots évanescents qui jusqu’alors ne l’avaient pu fixer…

Un long couloir obscur et droit tendu vers un point de fuite si lointain qu’il en est presque invisible
Des statues de pierre le peuplent
Lisses, et blanches, et nues – aussi parfaites que le silence
Dressées à l’angle de la nuit et des mutités arides elles sont les stèles de mes mots introuvés
Elles prêtent corps à mes déserts

Aux abîmes forés en moi qui souvent me font crier sans bruit et étouffer jusqu’aux plus nocturnes désespoirs
De leurs yeux vides – elles si blanches dans la ténèbre du couloir, plus vertigineux qu’un vortex – elles murmurent l’éternité
Mais la pierre comme la chair se corrompt, s’érode et finit en poussière. 

 

Il n’y a pas d’éternité.

 

statue-muette.jpg

Repost 0
23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 12:02

L’ancien entrepôt de la SNCF dans lequel la compagnie du Lierre a élu domicile dès 1980 est encore debout – promis à la démolition mais encore là, noble et fragile vétéran pansé dans ses bâches comme un guerrier rafistolé qui refuserait de déposer les armes. Le lierre est un emblème de ténacité; c’est l’une des raisons pour laquelle cette plante a donné son nom à la compagnie de Farid Paya et, au seuil de la nouvelle saison théâtrale qui s‘est ouverte le dimanche 17 octobre, on voit que l’adéquation entre le symbole et la démarche de la compagnie est plus étroite que jamais… Car la situation du théâtre du Lierre n’a connu aucun changement significatif depuis qu’a été lancée la pétition de soutien – tout au plus les courriers de sympathie se sont-ils accumulés en nombre, certains émanant de spectateurs anonymes, d’autres de personnalités éminentes du monde du spectacle, des médias, même de la sphère politique. Mais si ces témoignages d’appui sont légion, rien en revanche n’a bougé du côté des décisionnaires réels, des détenteurs effectifs du pouvoir de vie ou de mort sur les artistes. Rien : ni octroi de subventions qui permettrait un retour à un niveau de financement acceptable, ni rejet affirmé – l’incertitude est totale. La compagnie du Lierre n’est même pas certaine, à ce que j’ai compris, de pouvoir disposer d’un bâtiment à la prochaine rentrée.

 

Pourtant la vie théâtrale est loin de s’être éteinte à l’intérieur de ce vénérable édifice qui affiche courageusement les stigmates du temps et de la pollution, telle une coquille triste aux traits marqués de visage "qui a vécu" que les fières constructions maintenant sorties de terre, au lustre conquérant, semblent  vouloir humilier puis engloutir. Pour frêle qu’elle paraisse, cette coquille est en fait un ultime îlot de résistance – la présentation de saison 2010/2011 en témoigne; et si l’on n’est plus simplement appelé à rêver au moins est-on invité à croire en tous les possibles. C’est d’espoir qu’il est question – non pas d’un espoir si nébuleux que l’on a du mal à le faire sien mais d’un grand espoir, d’un espoir résolument optimiste et festif. J’en veux pour preuve tout cela: les deux compagnies qui devaient poursuivre le résidence au Lierre, L’Estampe et À fleur de peau, sont toujours là, les Atelierres entament comme si de rien n’était leur deuxième année de travail sur le bonheur, et l’ensemble des spectacles présentés cette saison s’articulent autour de l’amour – un thème qui sied particulièrement au Lierre: lors de notre première rencontre, Farid Paya m’apprenait qu’ en persan, "lierre" se dit eshghe, un dérivé de eshgh qui veut dire "amour".
La compagnie du Lierre ne se borne donc pas à mettre en pratique l’adage "le spectacle continue": elle engage une véritable profession de foi en la vitalité de l’art vivant. Même si la programmation est restreinte à sept spectacles, même si Farid Paya ne propose cette année ni pièce nouvelle ni reprise – l’on comprend aisément que les difficultés traversées ne lui laissent guère de disponibilité pour se consacrer sereinement au travail dramatique.

 

saison10-11_Lierre.jpgS’il y a restriction au niveau de la programmation – et il faudra jouer serré pour n’en rien rater car chacun des sept spectacles à l’affiche ne seront représentés qu’à quatre ou cinq reprises – les actions pédagogiques menées par la compagnie du Lierre ne sont en rien entravées. Des stages, destinés aux professionnels ou aux amateurs, des conférences, des rencontres hors les murs sont proposés tout au long de l’année, et l’université Paris-Diderot, partenaire du Lierre pour l’organisation des Rencontres chorégraphiques européennes universitaires amateurs, sera à nouveau aux côtés de Farid Paya pour les Rencontres 2011. Il n’est pas jusqu’à la tradition de la répétition publique qui ne soit respectée et deux, déjà, sont inscrites au calendrier: la première, le jeudi 4 novembre, permettra de découvrir le "chantier en cours" de la compagnie L’Estampe et la seconde, le lundi 29 novembre, d’assister à une séance de travail de la compagnie À fleur de peau.


Survivre avec éclat, dans la joie de créer et de partager avec le public – et adresser ce faisant un cuisant pied-de-nez aux pouvoirs publics qui le poignardent dans le dos: telle est l’attitude du théâtre du Lierre. Et l’on en eut un joyeux témoignage le dimanche 17 octobre, lors de la présentation de saison.

 Celle-ci, construite comme d’habitude par les extraits des spectacles à l’affiche, était cette année conçue comme un "parcours déambulatoire": au lieu d’être invités à prendre place dans la grande salle pour voir s’égrener dans leur ordre chronologique de petits bouts de pièces suivis – ou précédés – d’une intervention des membres de la compagnie créatrice, les spectateurs durent se rassembler en trois groupes distincts, chacun déterminé par la couleur du dépliant-programme remis à l’entrée et dirigé par un "guide" qui s’identifiait en brandissant son propre dépliant et que l’on devait suivre comme d’autres en leur temps avaient suivi le panache d’Henri IV.

Blanc, vert, mauve. Trois couleurs pour trois itinéraires différents articulés autour de trois espaces: la salle de répétition où l’on découvrait le théâtre de l’Enfumeraie et la compagnie Tabula Raza, le hall d’entrée où étaient projetées des vidéos des compagnies Blicke et À fleur de peau, puis la grande salle enfin, où les trois groupes convergèrent après qu’eurent été joués les derniers extraits de Manège et de Cendres pour écouter une brève lecture de textes liés à l’amour. Et quand chaque compagnie eut tour à tour livré en quelques mots l’essentiel de ses origines, de ses intentions et de ses façons de travailler, Farid Paya clôtura l’après-midi en évoquant bien sûr la situation du Lierre mais en insistant surtout sur les spectacles de la saison et sur le rôle de chacun de ceux qui forment l'équipe du Lierre. Puis tout s’acheva dans les délices d’un buffet japonais, assaisonné du bruit chaleureux et vivant des conversations…

 

Outre que cette habile mise en scène témoignait de l’état d’esprit propre au théâtre du Lierre – inventivité, convivialité, ouverture aux publics amateur et professionnel – elle eut le mérite d’entre-montrer quelques endroits du théâtre demeurés étrangers à beaucoup de  spectateurs qui n’ont jamais encore assisté aux répétitions publiques – on passe des portes et on traverse des couloirs qui donnent l’impression de pénétrer une intimité, un derrière-les-tentures habituellement dérobé aux regards, a fortiori aux visites…

 

 

Les spectacles de la saison 2010-2011

 
Du 24 au 28 novembre
Manège (danse contemporaine) par la compagnie L’Estampe
Chorégraphie de Nathalie Pubellier – pièce pour deux danseurs et un musicien
Se proposant d’explorer le thème de l’amour et d’évoquer les relations de couple, Nathalie Pubellier a construit un spectacle à partir des Fragments du discours amoureux de Roland Barthes. Elle a choisi six des figures scrutées par le philosophe auxquelles elle donne corps dansés – un homme et un femme incarnent ces jeux incessants d’attirance-répulsion, de séduction-rejet qui sous-tendent le rapport amoureux à l’intérieur d’un univers sonore créé par le musicien Izidor Leitinger, qui interprète la pièce au même titre que les deux danseurs, Patrice Valero et Nathalie Pubellier.


Du 15 au 19 décembre
Villa. Fantaisie onirique, précédée de Ça s’appelle reviens (danse/théâtre) par la compagnie À fleur de peau
Chorégraphie Denise Namura et Michael Bugdahn
La compagnie À fleur de peau reprend la pièce créée en 2010, inspirée par les œuvres du compositeur Heitor Villa-Lobos – Villa, fantaisie onirique – et y adjoint une version courte de la pièce en cours de création, Ç a s’appelle reviens, qui aborde l’ambivalence de la présence et de l’absence. Toujours avec cette subtile instillation d’humour dans la gestuelle qui vient rehausser la dimension poétique et émouvante des chorégraphies.

 

La programmation se poursuit en dansant avec la compagnie Blicke, née en 2002 de la rencontre entre Virginia Heinen et Enrico Tedde. Tous deux sont chorégraphes et ont été formés à l’école de Pina Bausch. Tandis que le travail de Virginia porte l’empreinte du théâtre celui d’Enrico est davantage orienté vers la métaphore – leurs deux approches se complètent admirablement. La compagnie propose deux spectacles. Le premier, Romanze, est un duo qui explore simultanément la relation de couple et la figure chorégraphique du porté. Le second, L’Eterna Girandola, s’intéresse à la girouette, aux mouvements giratoires qui conditionnent les aléas de la vie…
Du 12 au 15 janvier 2011
Romanze. Chorégraphie de Virginia Heinen
Du 19 au 21 janvier
L’Eterna girandola. Conception, mise en scène et chorégraphie d’Enrico Tedde

Du 2 au 6 mars
Électre (d’après Sophocle et Hugo von Hofmannsthal) par le Théâtre de l’Enfumeraie
Mise en scène de Pascal Larue
À voir les comédiennes pieds nus, vêtues de robes aux plissés serrés couleur terre par-dessus des jupons blancs et portant des demi-masques, bouger et chanter en chœur accompagnées par un violoncelle chants émouvants et puissants, qui pénètrent loin dans le corps on comprend tout de suite qu'il y a une étroite parenté entre cette approche de la tragédie et celle que défend Farid Paya. En un court extrait, j'ai cru voir se disperser autour des comédiennes, comme sortis des plis de leurs robes, le sable et le soleil d'une Grèce ancienne ancrée dans les mythologies intimes de chacun...
La pièce proposée par Pascal Larue et sa compagnie mêle la tragédie de Sophocle et celle qu'écrivit Hugo
von Hofmannsthal en 1905. Il y eut au départ une admiration profonde pour cette dernière, mais le metteur en scène estimait que le rôle du chœur était trop réduit le chœur dont le rôle dramatique est, pour lui, essentiel. Alors, pour retrouver le chœur, il est revenu à Sophocle et a opéré la fusion entre les deux œuvres.

Je me souviens de la superbe réussite à laquelle était parvenu Claude Bonin en réunissant La Thébaïde de Racine avec l’Antigone de Sophocle. Je me souviens aussi de l’impressionnante mise en scène que Stanislas Nordey avait imaginée pour l’Électre d’Hugo von Hofmannsthal. Et fascinée par le petit extrait vu ce dimanche, je crois qu'après l'avoir vu, je garderai longtemps le souvenir du spectacle du théâtre de l'Enfumeraie. D'ailleurs, rien que le nom de la compagnie...
Elle s’est professionnalisée en 1982. Basée à Allones, à proximité du Mans, la compagnie occupe le théâtre de Chaoué – une ancienne grange devenue lieu d’intense vie théâtrale où elle élabore ses créations, accueille d’autres compagnies, anime des stages de formation… Comme au Lierre. Ce ne sont là que d’infimes bribes d’une longue, riche histoire dont les grandes lignes sont écrites sur le site de l’Enfumeraie. En les parcourant vous apprendrez, aussi, l’origine de ce nom si évocateur.

 

Du 23 au 27 mars
Une fable sans importance – ou l’importance d’être Oscar Wilde (théâtre/musique) par la compagnie Tabula raza. Texte de Charles Decroix, mise en scène de C. Weill
Cette pièce de théâtre-cabaret a été écrite autour d’Oscar Wilde – la locution prépositionnelle est importante: elle contient toute la spécificité de la démarche de la compagnie qui, intéressée par l’œuvre et la destinée d’Oscar Wilde, s’est demandé comment et pourquoi il était devenu un personnage culte. Guidée par ce questionnement, elle a imaginé un spectacle dont le héros est un jeune homme d’aujourd’hui plutôt désabusé qui ne sait pas quoi faire de sa vie. Jusqu’à ce qu’un voyant lui révèle qu’il est la réincarnation d’Oscar Wilde… "En fait, Oscar Wilde a été le premier people", dira le comédien qui incarne… la réincarnation de Wilde. "Et il faut savoir qu’aujourd’hui en Angleterre, il a été pardonné par la reine mais pas réhabilité", précisera-t-il, montrant ainsi combien est singulier le sort de l’écrivain, qui méritait donc bien une pièce de théâtre!
À en juger par l’extrait joué au Lierre, l’ambiance promet d’être assez déjantée : l’on a d’abord assisté à un épandage au sol d’objets hétéroclites, puis "Oscar Wilde" s’est lancé dans une tirade conséquente tout en essayant de se pendre avec le cordon d’alimentation d’un sèche-cheveux – sèche-cheveux qui, dans ses mains, devient une arme à feu grâce à laquelle il semble avoir la ferme intention de se faire sauter la cervelle…

Du 27 avril au 1er mai
Cendres (théâtre corporel) par la compagnie Le Corps sauvage
Création de Gilles Coullet
Bruits curieux… Sur la scène, une forme indéfinissable – un sac? – est agitée de soubresauts. Un corps arachnéen, longiligne et musculeux, émerge peu à peu de la poche de tissu qui se déchire bruyamment – nudité magnifique et presque absolue qu’un cache-sexe couleur chair rend somptueusement pudique: ne se perçoit ainsi que la lente pureté du mouvement. Une main se dégage, puis le bras… et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le corps du danseur se révèle, se redresse et s’étire en une admirable gestuelle qui l’apparente aussi bien à l’oisillon sortant de sa coquille qu’à l’insecte parfait déchirant son cocon ou encore au serpent glissant en reptations fluides. Le tissu gît au sol comme la peau morte d’un animal venant d’achever sa mue – le corps qui se meut alors semble expérimenter les possibilités toutes neuves que son nouvel état de développement lui offre. L’environnement sonore est étrange, constitué de bruits que l’on n’identifie pas vraiment et qui renvoient tous à quelque chose d’élémentaire – des forces, des circulations d’énergies… Un peu comme si ce corps nu et mouvant incarnait un point corporel ancré au-delà des origines effectives de la vie.
Ce spectacle de Gilles Coullet est le fruit de recherches conduites autour du thème des cycles vitaux – vie, mort et régénérescence – qui ont tout naturellement croisé la figure mythologique du phénix, d’où le nom de Cendres. Ce sera la première fois que l’artiste se produira à Paris; pour l’occasion, il interprètera une version régénérée de ces Cendres. L’on peut dire que Gilles Coullet pousse jusqu’au bout des bruits son travail corporel; pour créer ses environnements sonores, il enregistre lui-même les sons qu’il va chercher un peu partout, des abords de l’Etna… jusqu’aux tréfonds de ses entrailles: il raconte qu’il n’a pas hésité à absorber, à jeun, six oranges à la file pour, ensuite, coller sur son ventre un micro ultrasensible afin de capter les rumeurs de la digestion...


Du…
Euh, non… Il n’y a plus de date indiquée après celle-ci. Il reste un blanc au bas du programme. Mais la saison ne s’achève pas ainsi, nous a-t-on assuré. Ce blanc est en réalité une surprise. Et comme toute surprise qui se respecte elle réclame le silence – "Nous ne vous en dirons donc pas davantage aujourd’hui..." Vous voulez vraiment savoir ce qu'il y a à la fin? Eh bien il n’y a rien d’autre à faire que de suivre Le Lierre spectacle après spectacle jusqu’au bout – jusqu’à ce que ce coin d’ombre soit éclairci. Et puis il y a toujours le site du théâtre dont la consultation régulière s'impose pour connaître précisément les dates et heures des stages, conférences… et autres événements ponctuels.

 

Théâtre du Lierre
22 rue du Chevaleret
75013 Paris
Tél. : 01 45 86 55 83


Repost 0
Publié par Yza - dans Chroniques
commenter cet article
14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 16:10

Formes et murmures, blancheur et lumière comme en un sanctuaire.

Sommeil des choses derrière les parois vitrées

Comme autant de corps déposés/disposés avec soin dans un vaste mausolée de verre.

 

 

De Constantin Brancusi je ne savais à peu près rien en dehors des pages, lues il y a bien longtemps, que lui consacre Man Ray dans son Autoportrait*. Et encore n'avais-je de ces pages qu'un très vague souvenir – celui d'un artiste peu accessible, sauvage, vivant en ermite dans son atelier-logis de Montparnasse, qui réparait lui-même son toit parce que les couvreurs se font trop longtemps attendre et qui avait pour table un cylindre de plâtre qu'il nettoyait après un repas en le frottant avec une brosse d’acier dur. Quant à ses œuvres j'en avais une idée plus vague encore – un visage, peut-être, ou l'une de ses "colonnes sans fin"... images entraperçues je ne savais plus où.

 

nega_brancusi.jpg

 

Cela a dû germer quelque part à mon insu, toujours là sans que je m'en rende compte et, le 8 octobre dernier, je suis entrée dans l'atelier Brancusi situé juste en face du centre Beaubourg.
Le texte du dépliant mis à la disposition du public, rédigé par André Avril, m'apprenait que le bâtiment, conçu par Renzo Piano, accueillait une reconstitution de l'atelier du sculpteur conformément à ses dernières volontés: en 1956, un an avant sa mort, il a cédé à l'État français son atelier et ce qu'il contenait à la condition expresse que le Musée national d'art moderne s'engage à le reconstituer tel qu'il se présenterait le jour de son décès.

C'est que, pour Brancusi, l'objet d'art n'est pas "la sculpture" mais la sculpture dans son environnement – le socle ou le piédestal fait partie de l'œuvre, et l'espace autour d'elle avec les autres objets qui l'occupent. Il concevait son atelier comme une œuvre globale, où comptent comme éléments de composition les vides entre les choses, les outils... tout ce qui se trouve – n'hésitant pas à déplacer ceci, à replacer cela pour parachever l'harmonie qu'il avait en tête. L'atelier, donc, est œuvre, et pareillement autour de lui l'édifice de Renzo Piano. L'un et l'autre fonctionnent en totale symbiose et forment à leur tour, ainsi unis, une œuvre d'art.

 

L'architecte italien a imaginé un jeu savant de parois de verre et de murs pleins pour circonscrire l’atelier proprement dit – trois salles comme sous globe, communiquant l'une avec l'autre par des ouvertures ménagées dans les murs qui, elles aussi,  dessinent des figures et créent des perspectives prenant leur part dans l'orchestration formelle de l'ensemble. Trois salles préservées des visiteurs mais malgré tout offertes à leur regard:  l'on ne pénètre pas l'atelier, on le contemple en circulant le long d'une allée-déambulatoire dallée de gris. La teinte beige des murs du bâtiment-contenant résonne avec le gris du sol et magnifie la blancheur intérieure de l'atelier, resplendissante sous l'effet de la lumière tombant à sec des verrières ouvertes dans le plafond. Tant de blancheur, comme une large corolle déployée buvant avidement la clarté pour en mieux nourrir les objets qu'elle ceint... Dans cet enclos immaculé ils sont figés à la place que leur a assignée l'artiste pour qu'ils jouent, immuablement, la symphonie de formes, de matières, de textures et d'états qu'il a écrite: ébauches, moulages, plâtre brut, marbre veiné, pierre polie, visages stylisés, géométries abstraites, tronçons de matériaux non dégrossis, bois brut ou verni mais fendillé, socles de verre où reposent des masses métalliques aux courbes parfaites, aussi lisses que des miroirs, sculptures en cours ou venues à terme et outils de sculpteur... Pour disparate que paraisse cet ensemble, il en émane une fascinante harmonie; les contrastes sont jeux d'échos et non oppositions – le bois répond d'un ton au métal poli et d'un autre au marbre luisant et lisse mais sans discordance aucune et des réponses également harmonieuses s'énoncent entre ces visages épurés posés comme des offrandes sur leur piédestal et les géométries répétitives des "colonnes sans fin" et des "grands coqs".

 

atelier_brancusi.jpg

 Éternisées dans une clarté travaillée comme une sculpture et mêlant à la lumière naturelle celle de petits projecteurs – tout paraît étudié pour optimiser les effets des incidences lumineuses et rendre visibles leurs plus infimes variations, tel le surgissement, au beau milieu de l'après-midi, de cette tache de soleil qui, en venant effleurer la surface d'un "grand coq" de pierre polie, lui donne l'apparence veloutée et rosée d'un épiderme humain les choses semblent dormir et en même temps se livrer à de longs conciliabules. Elles se parlent, cela ne fait aucun doute, tranquillement derrière leurs murs de verre. L'on voit sans pouvoir atteindre ni déranger: ambivalence géniale qui préserve le spectateur de tout sentiment d'effraction. Le regard ne sera pas voyeur en cet espace ecclésial...

Figés, les objets? Mais en une immobilité est un peu fallacieuse – il suffit que l’on incline la tête d’un côté ou de l’autre, que l’on se décale d’un pas, que l’on s’accroupisse ou que l’on se hausse sur la pointe des pieds et toute la configuration se trouve bouleversée. Les fluctuations sont infinies qu’imposent aux choses vues les mouvements de celui qui regarde. Et puis il y a les troubles du verre – ces reflets changeants qui caressent sans s’y arrêter sa transparence… La fixité apparente s’avère, en réalité, mobile et insaisissable.

 

Peu avant que je m’en aille, l’atelier s’est vidé de ses visiteurs. Dans le déambulatoire, j’écoutais revenir le silence et voyais disparaître de la surface du réel les rides dont l’avaient affligée les allées et venues chuchotantes des passants. M’apparut alors, brusquement, l’incongruité des éclats verts que lance, dans cette ambiance beige-blanc-gris, la signalétique lumineuse indiquant à intervalles réguliers les issues de secours à gagner en cas d’incendie. À cette égratignure visuelle fit écho – là encore concomitance inattendue produisant son effet – l'incursion soudaine du frottement d’un balai que l'on maniait, dans le jardin clos attenant, pour chasser les feuilles mortes. Infimes perturbations. On guette quelque chose sans savoir quoi, on se dit que... et seule advient l'interruption du balayage métronomique. Histoire mort-née. Sauf si...
Je suis enfin sortie. Avec l’absolue certitude que d'autres visites suivraient.

 

C'était, le 8 octobre, la première fois que j'entrais dans l'atelier Brancusi. J'y suis retournée deux jours plus tard parce que les sensations très diverses, et profondes, riches, que j'avais éprouvées étaient comme autant d'histoires en suspens qui exigeaient d'être poursuivies sinon conclues – une confusion étrange, des mots pressés, marmonnés en un langage inconnu qui bourdonnaient à mes oreilles. Et je sentais qu'il me fallait les entendre à nouveau pour tenter de les comprendre un peu.

Aujourd'hui, quelques jours après ces deux visites rapprochées, tout au désir de revenir là-bas, je me demande comment j'ai pu m'abstenir si longtemps de franchir le seuil de cet Atelier alors même que je suis souvent de passage à proximité du centre Beaubourg et que l'entrée est libre. Si la réponse m'échappe, cela ne signifie pas qu'il n'y en a pas: je suis sûre que c'est une question de "juste moment" – comme il y a en photographie "l'instant décisif" cher à Cartier-Bresson: j'ai en effet l'intime conviction que chaque acte accompli est l'aboutissement d'une série complexe d'innombrables convergences qui s'agencent en une implacable cohésion. Si j'ai découvert l'Atelier Brancusi le 8 octobre 2010 et pas avant, c'est parce que les éléments de ma vie qui y ont conduit mes pas sont arrivés à convergence ce jour-là précisément. Et peut-être aussi parce que ce jour-là déterminera d'autres convergences. Ou peut-être pas...

 

* Man Ray, Autoportrait (traduit de l'anglais Etats-Unis par Anne Guérin), Actes Sud coll. "Babel", 1998, 528 p. – 11, 50 €.

 

Atelier Brancusi – Centre national d'art et de culture Georges Pompidou.75191 Paris cedex 04. Tel.: 01 44 78 12 33

Accès: Piazza du centre côté rue Rambuteau. Ouvert tous les jours de 14 heures à 18 heures sauf le mardi. Entrée libre.

Repost 0
12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 17:12

 vignette-breve-12-octobre-2Vaine traque...

 

C’est à la fois jouissif et douloureux – sempiternel paradoxe – que d’entendre sans cesse au fond de moi surgir des mots qui s’agitent en tous sens, s’assemblent et se repoussent en des valses désordonnées mais refusent parfois de quitter la place, s’imposant avec des mines péremptoires et l’air de dire "C’est de nous dont tu as besoin pour écrire ta pensée", alors qu’ils sonnent aussi faux, aussi creux que leurs voisins. Les mots justes se dérobent encore...


Quand je suis lasse de les poursuivre en vain, je me détourne d’eux pour l’image. J’essaie, alors, de "prendre" des photos, peut-être même d’en "faire", avec recherche et intention. Il arrive que cela marche. Et que j’en éprouve de la satisfaction.
C’est rare. Trop pour avoir jamais l’esprit en paix.

Repost 0
5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 17:09

Chaque jour qui s’écoule cède un peu de sa lumière aux ténèbres, jusqu’à ce qu’advienne la plus longue nuit de l’année – c’est l’automne.
Le ciel prend l’habitude de se plomber, les arbres se défont de leurs feuilles, on traverse la journée comme on regarderait un grand œil aux paupières lourdes être gagné par la torpeur d’un sommeil prochain – c’est l’automne.

Et tandis que la nature est occupée à s'endormir, le macrocosme éditorial est en pleine ébullition pour cause de "rentrée littéraire", une tradition établie depuis plusieurs décennies qui se caractérise par un afflux de livres tout juste sortis des presses dont beaucoup arborent un flamboyant bandeau "rentrée littéraire" comme si être publié entre août et octobre valait en soi sceau de qualité. Accompagnant cette déferlante, l'entêtante musique de fond des "prix littéraires" dont les jurys, bien avant de proclamer leurs lauréats, alimentent les médias de leurs "première sélection", "deuxième sélection" et autres "sélection finale", histoire de rester dans l'actualité jusqu'à ce que les résultats "tombent", avec plus ou moins de retentissement médiatique.

 

Bon an mal an ce sont plusieurs centaines de romans – pour évoquer cette seule catégorie livresque – qui paraissent pour la rentrée. Quelques-uns se tiendront longtemps sous les feux des projecteurs ou s’exhiberont des semaines durant en grand format au fil d’affiches géantes placardées ici et là, d’autres en revanche resteront sous silence parce que leur auteur n’est pas starifié à l’égal d’un Michel Houellebecq ou d’une Amélie Nothomb, ou bien parce que personne ne prend la peine de clamer haut et fort le bien qu’il en pense, ou encore parce qu’aucun jury ne l’a retenu dans ses présélections. Qui sera à la lumière et qui dans l'ombre: ce n’est pas toujours, loin s’en faut, la qualité littéraire qui décide… 

À l’hôtel de Massa, siège de la Société des Gens de Lettres, on ne se préoccupe pas de ces tapages ostentatoires. Les membres de cette prestigieuse association, tous écrivains eux-mêmes, consacrent une grande partie de leur temps à la défense des droits de leurs pairs et travaillent avec une égale ardeur à promouvoir les talents manifestes. Certes par l’attribution de nombreux prix et bourses mais aussi par l’organisation régulière de soirées publiques offrant une visibilité appréciable aux auteurs dont les ouvrages auront été remarqués par ces lecteurs avisés et sensibles dont le jugement n’est obscurci par aucun parasite d’ordre commercial ou médiatique. Et pour les Gens de Lettres, l’automne littéraire a les teintes virides des émergences prometteuses, décelées dans la profusion des nouveautés du moment.

 

Img_soireeSGDL2.jpg
La saison des événements ouverts au public en effet s’ouvre, d’ordinaire, par une "soirée premiers romans" et la rentrée 2010 n’a pas échappé à la tradition: le mercredi 29 septembre ils étaient cinq "primo-romanciers" rassemblés dans la salle Billetdoux autour de Jérôme Dayre, libraire à Atout livre à Paris. Cinq auteurs d’âges divers ayant chacun un parcours atypique, un rapport à l’écriture singulier – mais ayant tous en commun une passion pour la littérature inscrite en eux depuis leur plus jeune âge et qu’ils ont diversement assouvie… jusqu’à ce que prenne corps leur premier roman.
Avant que Jérôme Dayre n’entame le tour de table des invités, Pierrette Fleutiaux, présidente de la Commission des affaires littéraires de la SGDL, a longuement présenté les livres et leurs auteurs par une allocution extrêmement écrite – qu’elle a d’ailleurs lue plutôt que dite – où était tissé un lien conduisant d'un roman à l'autre et qui ressemblait à un itinéraire de voyage allant du fleuve à la mer en passant par les montagnes et la campagne… L’on était, déjà, pris par la main et entraîné.
Au cours de la soirée, il ne fut que peu question de la vie des auteurs; l'on parla surtout des romans
de leur genèse de leur construction, du point de vue narratif adopté – et de la façon dont le désir d'écrire a cheminé en chacun. Le propos fut littéraire et c'est véritablement la posture d'écrivain qui, à bien y regarder, fut au centre des échanges. Aussi dois-je préciser que les indications biographiques incluses ci-après proviennent toutes des notices rédigées par la SGDL et mises à la disposition du public à l'entrée de la salle.

 

Lionel Salaün a organisé sa vie de manière à se préserver toujours du temps pour écrire. Passionné par le blues, par le cinéma américain, il a peu à peu découvert qu’au-delà de la musique et des films il y avait des gens, une véritable "épaisseur humaine" et, tout naturellement, il a situé son premier roman au bord du Mississippi, dans un village du Missouri. Il paraît, à en croire Jérôme Dayre, que le texte a le rythme du blues et, aussi, celui du fleuve…

Lionel Salaün, Le Retour de Jim Lamar, Liana Lévi, septembre 2010, 232 p. – 17,00 €


Douna Loup – son nom de plume en témoigne
a pour la nature des inclinations qui, croisées avec une pulsion fictionnelle profondément ancrée en elle, ont abouti à ce roman étrange écrit à la première personne et dont le narrateur est un ouvrier qui consacre ses loisirs à la chasse. Il aime la traque en forêt, les réunions-bière avec ses amis chasseurs et voit, un jour, sa vie bouleversée par la découverte d’un cadavre. Mais là où vous attendriez un polar, on vous promet… quelque chose d’autre.

Douna Loup, L'Embrasure, Mercure de France, septembre 2010, 155 p. – 14,20 €


Karin Albou est scénariste et réalisatrice. Mais l’écriture scénaristique a des exigences qui frustrent ses désirs littéraires, et l’image lui semble impuissante à traduire certaines émotions. Elle a donc transposé en roman son moyen métrage Aïd el Kebir – c’est devenu La Grande fête. Dans une famille de la campagne algérienne, on prépare au mariage Hanifa, une jeune fille de 16 ans. Elle est amoureuse... mais pas de l’époux qu’on lui destine. Et puis elle a un secret bien lourd à porter, qui refait surface quand on trouve un cadavre d’enfant sur la plage. Tout en sensualité, le roman restitue certaines traditions en même temps qu’il brosse de beaux portraits humains.
Karin Albou, La Grande fête, Jacqueline Chambon, août 2010, 168 p. – 18,00 €

 

Lorsqu'il a fallu décider d'une voie à suivre pour ses études, Thomas Heams-Ogus a dû choisir entre littérature et sciences, son goût pour ces deux domaines que l'on tend à opposer étant d'égale force. Ayant estimé qu'il lui serait plus facile de se ménager du temps pour écrire des livres pendant qu'il étudiait les sciences il suivit donc un cursus qui fit de lui un enseignant-chercheur titulaire d'un doctorat en biologie sans que son attrait pour les Lettres faiblisse pour autant. Et lorsqu'au détour d'un essai historique traitant des années fascistes en Italie il lit une petite phrase, une toute petite phrase concernant des Chinois emprisonnés avec d'autres victimes de la répression mussolinienne mais au sujet desquels il ne dénichera pratiquement pas d'informations supplémentaires, c'est le déclic – l'amorce romanesque était là...

Thomas Heams-Ogus, Cent seize Chnois et quelques, Seuil, août 2010, 127 p. – 15,00 €

 

Claudie Hunzinger, elle, a étudié les beaux-arts puis s'est orientée vers une existence campagnarde qu'elle a relatée dans un livre paru en 1973. Dès les années 80, elle entame une recherche plasticienne autour du livre, de l'écriture arts plastiques, nature et langage sont à la base de son travail. Son premier roman ne puise à aucune de ces sources. C'est une fiction, mais entièrement construite à partir de lettres que se sont échangées, dans les années 30, sa mère et une de ses amies une amie très proche avec qui elle a vécu une relation très intense. Indirectement autobiographique puisque l'auteur a grandi en écoutant sa mère lui parler de cette amie, c'est un texte qui interroge la notion de "roman", d'engagement politique ou sentimental, autant que le statut du souvenir et de la mémoire dans le récit au-delà des thèmes plus fondamentaux que sont l'émancipation féminine et le contexte pour le moins troublé de l'entre-deux-guerres.
Claudie Hunzinger, Elles vivaient d'espoir, Grasset, août 2010, 252 p. – 19, 00 €

 

J’imagine sans peine la consécration qu’a dû représenter, pour tous ces "primo-romanciers", d’être distingués par d’autres écrivains puis réunis en ce lieu emblématique qu’est l’Hôtel de Massa. Être ainsi isolé des quelque sept cents romans publiés cet automne vaut déjà récompense. Puissent, dans la foulée, quelques prix leur échoir…

En ce qui me concerne, j’avoue n’avoir pas été convaincue par les extraits qui ont été lus. Au lieu de m’attirer vers les livres, les lectures m’ont cette fois détournée d'eux, brisant net la curiosité qu’avaient d’abord allumée les présentations puis le dialogue avec les auteurs. Presque tous les passages m’ont fait entendre des traits d’écriture qui m’ont déçue. Il m'a semblé déceler beaucoup de formules récurrentes dans le passage décrivant le hammam à travers le regard d’Hanifa qui n’avaient pas la grâce de la figure de style; puis j’ai eu le sentiment que le narrateur-chasseur de Douna Loup filait un peu lourdement la métaphore de la forêt-femme… Quant à la voix du jeune Billy (le narrateur du Retour de Jim Lamar), à laquelle l’auteur a opportunément donné les tonalités d’un niveau de langue oral et relâché qui convient, en effet, à un jeune campagnard du fin fond du Missouri – elle n’est pas de celles que j’apprécie en littérature. J’ai en revanche trouvé très belles les phrases lues par Claudie Hunzinger mais son "histoire de femmes" ne m’attire nullement. Restent les Cent seize Chinois et quelques de Thomas Heams-Ogus… J’ai été sensible aux phrases courtes, écrites en un présent qui m’a paru être d’éternité, dont est fait l’extrait que l’auteur avait choisi de lire. Et puis cette façon d’exploiter un infime point resté mystérieux dans une page d’histoire par ailleurs abondamment commentée et analysée m’a séduite. Alors, oui, ce livre-là, peut-être…


Mais au fait, que valent ces impressions superficielles générées par quelques phrases saisies à la volée en regard des avis émis par un collège de VRAIS écrivains relayés par un libraire passionné, qui tous ont lu les livres avec une minutie bienveillante et ont reconnu en eux des écritures de valeur? Rien, évidemment…

 

 

Soirée "Premiers romans" organisée le mercredi 29 septembre à 19h30 dans la salle Billetdoux de l'Hôtel de Massa  – 38 rue du Faubourg-Saint-Jacques 75014 Paris – présentée par Pierrette Fleutiaux, présidente de la Commission des affaires littéraires de la SGDL, et animée par Jérôme Dayre, de la librairie Atout livres (203 bis, avenue Daumesnil 75012 Paris. Tél.: 01 43 43 82 27)

 

NB Je profite de cette chronique pour répercuter les dates auxquelles vous pourrez rencontrer Lionel Salaün en librairie – informations glanées dans La Lettre du square, le bulletin mensuel que diffusent par voie électronique les éditions Liana Lévi:


– Le 9 octobre à 17h30: librairie L'Echappée Belle à Sète (7 rue Gambetta)

– Le 12 octobre à 19 heures: librairie La Voie aux chapitres à Lyon (4 rue Saint-Jérôme, 7e arrondissement)
– Le 13 octobre à partir de 17 heures: librairie L'Odyssée - Rêves de mots à Lyon (66 rue Duguesclin, 6e arrondissement)

– Le samedi 16 octobre au Mans, dans le cadre de la 25e Heure du Livre, il participera à un débat, à 16h45: "La représentations des Etats-Unis dans la fiction française"

– Le 26 octobre à 19h30: au Bistro des Tilleuls à Annecy (13 chemin des Prairies)

– Le 28 octobre à 19 heures: librairie Le Livre écarlate à Paris (31 rue du Moulin Vert, 14e arrondissement)

– Le 6 novembre à 15 heures: librairie Decître à Chambéry (75, rue Sommeillier).

Repost 0
Publié par Yza - dans Chroniques
commenter cet article
29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 11:35

couv_manhattan-nocturne.jpgIl était une fois… Il était des milliers de fois… Les premiers mots d’une histoire qui, à peine commencée, va sombrer dans le néant avant que l’on en sache la fin. Ou bien au contraire qui dès ses balbutiements bouleverse de fond en comble votre vie… Les histoires, Porter Wren sait ce que c’est; il en brasse des dizaines chaque jour – des petites, des grandes, des tragiques qui vont faire pleurer dans les chaumières ou des bien raides qui vont émoustiller les esprits… De ce que l’on appelle les "faits divers" il fait sa nourriture quotidienne. Travail oblige: il est chroniqueur dans un journal new-yorkais et trois fois par semaine il a sa rubrique. Sa matière première: les menus faits que récolte pour lui Bobby Dealy, parmi lesquels il choisira le moins banal, ou celui dont il est sûr que les chaînes de télévision ne se sont pas emparées ou encore celui qui sera corroboré par des témoins complaisants.

 

Porter Wren vit confortablement, il est marié à une chirurgienne de renom, son couple se porte à merveille, et il est père de deux enfants adorables. Cerise sur le gâteau: il habite au cœur de Manhattan une ferme d’autrefois, miraculeusement préservée. Il passe une bonne partie de son temps à remuer les vases de la société mais sans laisser les éclaboussures boueuses tacher sa petite existence tranquille.
Jusqu'au jour où il se rend à une réception à laquelle il n’avait pas envie d’aller… Parce que bien sûr il faut un point de rupture pour que le roman puisse exister, cette réception va marquer le début d’une série d’embêtements qui, d’abord, ont les traits fascinants d’une superbe jeune femme, Caroline. Soit, Porter est marié, et fidèle, mais là… l’opération séduction est un total succès pour Caroline. Il est vrai qu’elle a quelque chose à demander: elle est la veuve d’un jeune cinéaste prodige, Simon Crowley, mort de façon assez mystérieuse et elle voudrait que Porter reprenne une enquête classée par la police. Et puis il y aurait une cassette à retrouver – Simon filmait sans arrêt le monde autour de lui et conservait précieusement tous ses enregistrements vidéo
sait-on jamais, ça peut toujours servir pour le prochain film… Affaire simple en apparence qui devient vite très compliquée: la mystérieuse cassette est utilisée pour faire chanter Hobbs, le propriétaire du journal pour lequel travaille Porter. Et le puissant homme entend bien récupérer ladite cassette. De plus, en la cherchant, le journaliste exhume une autre cassette révélant l’identité d’un tueur de flic et qui, elle aussi, sera convoitée. Mais au-delà de ces cassettes, des objets concrets que l’on cherche tous azimuts, on voit que le véritable enjeu du roman est dans la façon dont les êtres tâchent de se posséder les uns les autres. 

 

De l’esquisse brossée en quelques lignes concernant un vague passant dans le récit au souvenir lointain courant sur plusieurs pages qui complète et affine le portrait de l’un des principaux personnages, les histoires annexes se multiplient qui viennent sans cesse gauchir le déroulement de l’intrigue première. Mais celle-ci s’en trouve enrichie plutôt que troublée. La ligne narrative, noueuse comme un tronc d’arbre boursouflé de loupes, est aussi tourmentée que le sont les protagonistes. Et pour corser encore ces perturbations un peu monstrueuses, un jeu complexe de reflets inversés s’établit entre les personnages – Caroline la sulfureuse manipulatrice vs Lisa l’épouse avisée et sage; Hobbs l’homme d’affaire colossal vs Simon, l’artiste malingre… doublé d’échos résonnant d’un lieu à l’autre – la "ferme" de Porter Wren, le repaire de Ralph Benson et l’immeuble où a été trouvé le corps de Simon, qui ont en commun leur accès particulièrement difficile.
De seuils en seuils franchis en secret, tout ici se joue aux lisières, géographiques, morales ou légales. Porter Wren qui, par ses chroniques lui assurant travail et salaire, a fait des transgressions et perversions en tout genre la matière même de l’ancre qui le retient à quai de la normalité sociale… Porter Wren qui expérimente dans sa propre vie ce que signifie "passer la frontière"… À lui seul il symbolise la porosité des mondes et incarne ce fameux "point de bascule" que tout un chacun peut connaître, sans lequel il n’y aurait pas de chroniques de faits divers… ni de romans. Peut-être est-il également la métaphore du romancier, posté entre réel et fiction, qui scrute et observe puis tire de ce qui l’entoure de quoi écrire ses histoires…

 

Des quatre romans de Colin Harrison que j’ai lus, Manhattan Nocturne m’apparaît comme le plus étrangement construit avec ces innombrables micro-histoires accrochées au récit principal comme des anatifes à leur décombre flottant, et ces personnages qui fonctionnent en reflets inversés les uns des autres; c’est aussi celui que j’ai trouvé le plus dérangeant, à cause des scènes érotiques qui sont à la fois très nombreuses et très développées mais surtout à cause de la manière dont la scrutation – celle du chroniqueur à l’affût de l’information, de l’homme concupiscent, de la femme cherchant à séduire et à dominer, du cinéaste-voyeur obsessionnel… – est mise au service de manipulations psychologiques retorses, sordides. Le regard, dans ce roman, est presque toujours embué de poussières sulfureuses, ou assombri par la douleur et la misère. Les seuls personnages à n’avoir pas de soufre dans les yeux ni de cendres sont les enfants de Porter Wren, et sa femme…

 

Le titre original est identique à celui de la traduction française. Or il semble qu’en anglais, le mot nocturne ne recouvre que l’acception musicale du terme français. Si tel est bien le cas, on mesurera alors l’ironie de la formule: l’ambiance du roman n’a rien de la mélancolie douce qui d’ordinaire caractérise les "nocturnes", et si l’on devait associer une musique à ce roman, ce ne serait certainement pas les Nocturnes de Chopin!

 

 

Colin Harrison, Manhattan nocturne (traduit de l’anglais – États-Unis – par Christophe Claro), 10/18 coll. "Domaine étranger", juin 2008, 420 p. – 7,90 €.

Repost 0
Publié par Yza - dans Chroniques
commenter cet article

Présentation

  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
  • Contact

Aux Manettes...

  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

Recherche

Articles Récents

  • Voir ou ne pas voir...Chercher à voir ou pas...
    . .. ou les scories d'une sortie photo ratée – ratage relatif puisqu'il en sort ce qui suit. Dimanche 8 octobre. La lumière est belle sous les gris en tumulte du ciel parfois liserés d’un mince rehaut de clarté jaunâtre. Le temps est calme, à peine froissé...
  • In extremis
    Plus que quelques heures avant que soit irrémédiablement (vous entendez? —diablement! et en effet c’est bien de malignité qu’il s’agit quand s'évoque l'implacabilité du temps passant) consommé ce dernier jour de septembre et rien encore n'a été déposé...
  • Rétro-journal sarladais en ... épisodes
    ÉPISODE 2 Vendredi 4 août18 heures. Dans une heure débutera la représentation au Plantier. La chaleur est écrasante et le ciel d’un bleu obstiné, têtu. Le soleil, à 19 heures, sera encore assez haut pour faire taire les ombres qui pourtant s’allongent...
  • Petite pensée déprimée
    Trouver le chemin qui mène du percept, ou de la pensée, au texte puis en couvrir la distance de bout en bout… cela m’est chaque jour plus difficile. Et je ne fais guère plus que rêver mes phrases au lieu de les écrire – rêvées, encore intangibles, elles...
  • Rétro-journal sarladais en … épisodes
    La 66e édition du Festival des jeux du théâtre de Sarlat s'est achevée le samedi 5 août. Dès le lendemain s'esquissait quelque chose qui semblait bien se tenir au long d'une ligne d'écriture qui ne demandait qu'un peu de constance pour se réaliser en...

Pages