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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 10:56

aff-expo-photovision-2013-TMe replongeant à l'occasion de ce billet dans cette rubrique que j'avais ouverte voici plus de deux ans, je me rends compte qu'y figure un seul texte – et je ne prends qu'aujourd'hui la mesure de la déshérence dans laquelle je l'ai laissée. Alors que j'ai rempli des pages de notes, de bribes diverses touchant à ma pratique photographique… Réfléchissant beaucoup – mais concrétisant peu – je me suis abusée moi-même, imaginant que ces réflexions si fort pensées, et partagées de-ci de-là au gré de bavardages impromptus, avaient été dûment finalisées, rédigées, mises en ordre puis en ligne ici. Mais non: tous ces articles traitant du "filet noir", de la raison pour laquelle, adepte indéfectible de la photographie argentique noir et blanc (la couleur, seulement de temps à autre à titre expérimental, pourrais-je dire) je possède malgré tout un compact numérique dont j'aime à me servir, etc. n'existent qu'à l'état embryonnaire, telles des larves dont le développement serait interrompu, les empêchant ainsi d'atteindre jamais le stade d'insecte parfait – et, par là, les préservant de décevoir en n'étant pas conformes à la "perfection" que suppose ledit état…

Curieusement, je rouvre le ban aujourd'hui, à l'occasion de ce même concours qui m'avait incitée à créer cette rubrique fin 2010, ce même concours auquel j'ai participé l'an passé mais dont rien n'a filtré dans ces pages. La matière est lourde et dense qui s'est accumulée en tant de mois. Et ce geste en soi de vouloir rattraper ce qui a été manqué en écrivant cette laborieuse "introduction", de regarder loin derrière avant de consentir à tourner ses yeux vers l'à-venir – ce geste en soi mériterait scrutation. Mais ce n'est pas là le lieu de s'y livrer.

Retour, donc, aux moutons d'argent… 

 

Du 4 au 22 février 2013, le centre culturel Madeleine Rébérioux de Créteil* accueillera la quatrième exposition des photographes amateurs du Val-de-Marne.

J'avais découvert cet événement lors de sa deuxième édition, au moment où était diffusé dans le magazine de la ville l'appel à participation, en novembre 2010, juste après m'être inscrite au cours que donne Jean-Philippe Jourdrain à la MJC Créteil-Village afin de me remettre au tirage guidée par un professionnel. Ayant eu la joie de voir deux de mes images sélectionnées puis celle, ensuite, de parvenir à réaliser, efficacement secondée il est vrai par Jean-Philippe, des tirages honorables sur papier baryté (voilà qui répond, avec plus de deux ans de retard, à la question que je me posais à la fin du seul et unique texte écrit ici), et enchantée de l'ambiance qui avait régné lors de l'après-midi consacrée au décrochage des photographies – échanges passionnants, vifs et enthousiastes des participants présents, réunis autour d'une collation, thé et petites friandises, aussi chaleureuse que les conversations… j'avais renouvelé ma candidature pour l'édition suivante et cette année encore, j'ai soumis cinq images au choix du jury. Trois ont été retenues; elles ont toutes été tirées sous le regard attentif de Jean-Philippe, encadrées et déposées au centre culturel, n'attendant plus maintenant que le jour du vernissage, prévu le samedi 9 février à 18 heures.

 

inv-vernissage-photovision-.jpg Ce n'est pas tant la satisfaction purement narcissique de compter une nouvelle fois parmi les exposés qui me pousse à revenir sur cette manifestation mais plutôt la série de réflexions, de fond ou plus personnelles, qu'elle amène. Sans compter les quelques commentaires qu'appellent certaines particularités du règlement. Quelques mots tout d'abord de présentation générale: l’exposition Photovision 94, qui se tient chaque année, à quelques variations près, au mois de février, réunit des photographies choisies un peu en amont, en décembre, par un jury qui, dès l’été, lance un appel à participation aux photographes amateurs résidant en Val-de-Marne (le concours est à eux seuls réservé) en leur proposant un thème dont le libellé ouvre maintes voies d’interprétation ("Intimités" en 2012, "Abstraction urbaine" en 2011 et, cette année, "Faisons un rêve") mais en leur laissant une entière liberté quant à la technique – numérique ou argentique, couleur ou noir et blanc. Pour proposer ses images – pas plus de cinq par personne – on peut les envoyer par courriel ou déposer des tirages sur place; c’est là une commodité notable: pas besoin de faire réaliser des tirages d’expo avant de savoir si l’on est ou non sélectionné. Autre particularité notable: participer à la sélection, et à l’exposition si ses images sont choisies, n’implique pour le candidat le versement d’aucune cotisation. En revanche, il revient aux élus de financer les tirages définitifs et leur encadrement, lequel doit répondre à des critères de dimension et de présentation clairement posés dans le règlement afin d’assurer un minimum de cohérence visuelle à l’exposition – mais ces critères laissent, tout de même, une certaine latitude: ainsi la taille de l’image, la couleur de la marie-louise sont-elles laissées à la seule décision du photographe du moment que sont respectées les prescriptions concernant le cadre proprement dit.

 

Jusque-là rien ne distingue vraiment ce concours de ses pairs, fussent-ils thématiques. Reste cette clause, présente depuis la première édition en 2010 et plutôt inhabituelle pour ce que je sais des concours photographiques: "Chaque photographie doit IMPERATIVEMENT [le mot est ainsi, en capitales et en gras dans le texte, c’est dire l’importance que les organisateurs accordent à cette spécification] être accompagnée d’un texte narratif ou poétique, représentatif de la relation du photographe à cette photo. (…) Seules les photographies accompagnées d’un texte seront proposées pour sélection."

Je me souviens avoir discuté de cela assez longuement avec Jean-Philippe et que ce point précis du règlement avait suscité chez lui une forte réticence: il percevait cette "obligation textuelle" comme une sorte de gadget, une superfluité injustifiée car, selon lui, une photographie doit toucher par ses seules qualités visuelles, étant bien entendu que ces qualités ne relèvent pas à proprement parler de la "perfection technique" mais de la force signifiante qu'acquiert une image grâce aux choix opérés par le photographe (équilibre ou déséquilibre des volumes, contraste ou au contraire "fondu" des teintes et des valeurs, harmonie ou dysharmonie de la composition, etc.). Lorsque, pour préciser son sentiment, il se référa à ces "œuvres d'art" si hermétiques qu'elles ne prennent un semblant de substance qu'à travers les gloses dont on les entoure, leur auteur figurant en général au premier rang de ces glosateurs bavards, suivi de près par la cohorte des "critiques" pro- ou -anti qui, par leurs cris d'orfraie ou d'enthousiasme contribuent pareillement à substantifier une chose vide, je compris qu'il ressentait ce texte demandé comme une béquille susceptible de maintenir debout une photographie qui, sans lui, serait par trop bancale.

 

Si je partage l'exécration de Jean-Philippe pour ces "œuvres" ne valant que par les discours que l'on tient sur elles – que le peintre Pierre Souchaud a qualifié, lors d'un colloque auquel j'ai récemment assisté, de crème fouettée discursive – et si moi aussi je pense qu'une photographie doit ne prendre sens que par ses qualités proprement… photographiques, je ne crois pas que le texte exigé des participants aux concours Photovision puisse être rapproché d'aussi près de la "chantilly verbale" à laquelle s'est référé Pierre Souchaud. Pour moi, loin d'être une facilité, il ajoute au contraire une difficulté à l'exercice photographique car les participants ne doivent pas se contenter de proposer de "bonnes" images, attrayantes d'un point de vue techniques et esthétiques, et en adéquation au thème de l'exposition, il leur faut AUSSI se montrer capable de verbaliser une impression, une idée, puis d'écrire cela de telle manière que le texte entre en résonance avec l'image mais pas seulement: le texte doit pouvoir se lire, s'apprécier seul comme un "objet littéraire". L'image de son côté doit avoir assez de puissance signifiante pour se contempler isolément. Le texte n’est pas une béquille ni l’image; ni l’un ni l’autre ne sont convoqués pour pallier les défauts de l’autre: un poème étincelant ne relèvera pas une photo médiocre ni une photo pesant son poids de sens un texte maladroit. Ce n'est pas tout: les deux associés doivent in fine offrir un ensemble qui, par les liens tissés entre ses deux phases, fasse sens. Mais alors peut-être conviendrait-il de ne pas présenter l'exposition Photovision 94 comme "photographique" et de trouver un nom qui évoque convenablement les "textimages" exposés…  


La contrainte textuelle imposée aux participants a de plus la vertu de les obliger à dépasser le "geste photographique", à l'envisager au-delà de ses composantes propres, techniques et esthétiques. Le photographe est contraint de réfléchir, au pourquoi de la prise de vue d'abord et, ensuite, au pourquoi de son choix de telle image pour répondre au thème proposé – ce qui suppose une réflexion quant au rapport entretenu avec ce thème. Participer aux concours Photovision 94 implique que l'on sache ne pas se contenter d'une pratique intuitive de la photographie et permet donc, j'en suis convaincue, de gagner en lucidité.

 

Je ne suis pas certaine quant à moi de m'être améliorée mais j'ai en tout cas compris que j'avais tendance à photographier de façon 'littéraire" – je veux dire par là que j'appuie rarement sur le déclencheur parce que je perçois une belle lumière, ou des rencontres de lignes, de masses, de volumes qui puissent à l'intérieur du cadre imposé par mon format d'appareil, le 24x36, constituer une composition intéressante. Mais plutôt parce qu'une "chose vue" engendrait en moi, à des degrés plus ou moins affleurants de ma conscience, un mot, une phrase, voire une micro-histoire qui m'enthousiasmaient. D’où une déception quasi systématique lors de la révélation de l’image latente au laboratoire: n’ayant pas obéi à des réflexes purement photographiques – dont je manque d’ailleurs cruellement faute de pratique assez intensive – qui m’eussent amenée à bien paramétrer mon appareil lors de la prise de vue, je ne retrouve, une fois le film développé et l’image tirée, qu’une photo ratée, techniquement piètre – zones de netteté mal placées, exposition lamentable, composition sans intérêt – et qui, pire, ne me restitue rien de l’impulsion littéraire qui avait suscité mon geste.
Plus lucide quant aux fondements réels de ma démarche, je n’en suis pas pour autant meilleure photographe – au contraire: j’ai plutôt le sentiment, au fil des années, de me "déméliorer"… Plus je me sens pencher vers ces "déméliorations" plus je deviens réticente à prendre mon appareil quand je devrais, pour espérer rompre ce cercle vicieux, m’en emparer le plus souvent possible et tenter des expériences qui m’entraînassent loin de ces inclinations littéraires inappropriées à la photographie, et pourvoyeuses de tant de déceptions…  
 

 

 

* Centre Socioculturel Madeleine Rebérioux - 27 avenue François Mitterrand, 94000 Créteil.
Tél: 01.41.94.18.15
Métro: ligne 8, terminus Pointe du Lac
Bus: 393 – K, arrêt "Pointe du Lac". 117, arrêt "Côteau".

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