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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 15:48
Des Flamands, des Flamands, des Fla, des Fla des Flamands......

formi, formi, formi fomidables!

Pourquoi ce nom de Framboise Frivole?
Peter: Parce que nous faisons de la musique sans fraise. Euh, pardon… de la musique française!

Cette explication… n’est pas tout à fait la bonne* mais, improvisée dans le feu des échanges plamonais au lendemain de la représentation, elle donne le la de ce qu’est Delicatissimo: à première vue concert classique donné par un violoncelliste et un pianiste en grande tenue, entrecoupé de quelques interventions discursives, cela dérape dès les premières minutes (le morceau joué en ouverture est annoncé comme le Concerto à une fois [entendez: voix] de Saint-Preux…) et vire au sketch comique mais d'un genre unique: les calembours sont verbaux et musicaux, ils jaillissent à la vitesse d'un feu de mitraille mais, loin d’être gratuits, chacun énoncé ou joué pour lui-même, ils sont sertis dans une mise en scène flamboyante et s’égrènent le long d’une narration très construite. Bon, soit… un peu délirante cette histoire d’archet caché dont il s’agit de retrouver la trace grâce à un Journal secret tenu par Maurice Jarre mais enfin, c’est un récit – qui au passage revisite drolatiquement l'épisode de l’Arche(t) de Noé, croisé avec certaine Arche perdue ‒ soigneusement architecturé dont on tient fermement le fil du début à la fin, en dépit des fortes turbulences calembouriennes et de la luxuriance d'effets lumineux splendides, qui, rehaussés de fumées et dignes des meilleurs spectacles de grande illusion, tendent à subjuguer l'attention.

Les références musicales sidèrent par leur nombre et par la diversité des registres, des domaines auxquels elles sont puisées: les airs, thèmes et mélodies viennent autant des compositions classiques que des chansons de variété, empruntent aussi aux musiques de film et même au "degré zéro de la ritournelle", l'onomatopée – quatre notes résonnent, à peine le temps d'être entendues, reconnaissables entre toutes pour les amateurs de cartoons: le" rire" de Woody Woodpecker! Textuellement, le spectre est tout aussi large, et les jeux de mot arpentent toute la gamme des subtilités, depuis le niveau"almanach Vermot" jusqu'aux effets les plus poético-surréalistes en passant par des clins d'oreille à cette arrière-zone de la "culture" qu'est la publicité – l'on entend passer les slogans de Leroy-Merlin et de L'Oréal...

Outre qu'elles sont très nombreuses, et diverses, ces références sont convoquées à très, très grande vitesse et il faut une extrême agilité d'esprit pour les saisir, jouir ainsi de leur plein impact. Quoique... écrivant cela je ne suis pas tout à fait juste: le spectacle n'est pas seulement rapide, étourdissant, il est rythmé, très finement rythmé – car les deux concertistes-chanteurs sont aussi d'excellents comédiens et ils prennent le temps de jouer, de raconter l'histoire.

Delicatissimo est un bijou à tous points de vue – construction, virtuosité musicale et textuelle, effets visuels… Au point que le comique, pourtant omniprésent, m’est devenu secondaire au regard des merveilles émerveillantes: j’ai certes beaucoup ri, mais l'admiration jubilante pour la polyvirtuosité de Bart et de Peter le disputait sans cesse à l’envie de rire – et gagnait la partie. Un état de corps et d’esprit au fond tout aussi cathartique, et nirvanesque, que la franche hilarité. Quant à risquer des comparaisons avec quelque autre formation, ou type de spectacles… Impossible à mon avis: je crois bien que La Framboise Frivole est unique, hors catégorie – qu’elle joue seule dans sa cour artistique.

* La veille un festivalier avait déjà posé la question et Bart, alors seul présent, avait répondu que le choix s'était fait de manière assez... hasardeuse: à ses débuts voici plus de trente ans, la formation n’avait pas de nom et, tâtonnant entre plusieurs propositions, l'on s'était finalement arrêté sur une expression flamande dont la consonance plaisait et qui correspond, à la lettre, au français "framboise frivole". Si je ne me trompe pas dans mes notes et souvenirs...

Retenues de Plamon...
... quelques clefs ouvrant sur leur méthode de travail qui ont achevé de me confondre d'admiration.

- Il y a en tout quelque 230 références musicales tous genres confondus, et plus d'une centaine de "sutures" qu'il a fallu écrire pour que le glissement d'un air à l'autre se fasse comme s'il s'agissait d'une seule partition... J'imagine le degré de maîtrise qu'il faut avoir de l'écriture musicale (et de l'interprétation, bien sûr) pour parvenir à de telles transfigurations.

- En écoutant leurs formidables jongleries verbales, et qui plus est ancrées dans les replis les plus franco-français de l'univers référentiel, on a du mal à se figurer que Bart et Peter ne sont pas français. Pourtant, ils ne sont même pas francophones! Tous deux sont flamands et néerlandophones. Ils écrivent d'abord leurs spectacles en flamand puis traduisent les textes en français, et élaborent leurs jeux de mots en se basant sur les proximités de sonorités. Cela leur donne, dit Peter, une liberté que n'a pas le francophone qui peut être "bridé" parce qu'il connaît le sens des mots. Eux l'ignorant, ils ont plus de latitude pour s'amuser musicalement avec le langage. Et puis ils étaient leurs jeux de quelques recherches sur la Toile, recourent parfois au traducteur automatique, dont les versions sont souvent d'un bizarre des plus comiques... qu'ils utilisent à l'avantage de leur spectacle. Ils peaufinent enfin leur écriture en échangent avec des francophones. Sidérante méthode, dans laquelle je vois l'exacte correspondance avec la brillante exubérance de leur show.

- Chaque effet est testé, testé encore, ajusté au millimètre et revu si besoin en fonction des réactions du public. Ainsi nous racontèrent-ils qu’ils avaient essuyé un "blanc" là où ils attendaient des éclats de rire lors de la première représentation de la version française de Delicatissmo, en Alsace: à un moment ils imitent le chant du coucou qu’ils déclinent en plusieurs versions selon l’origine présumée de l’oiseau – par exemple le coucou berbère fait couscous, couscous… ‒ et, parmi les coucous internationaux, s’en trouvait un chinois qui avait pour chant un mot flamand désignant les fameux beignets de crevettes servis dans les restaurants asiatiques. En Alsace, ce chant sino-flamand n’a manifestement rien évoqué au public et personne n’a ri… De questionnements en investigations, Bart et Peter ont finalement naturalisé alsacien le coucou problématique et, désormais, l’on entend chanter choucrout’, choucrout’… au fond des bois francophones et ensuite résonner les rires attendus.

- Chaque spectacle existe en néerlandais et en français. Il ne s'agit bien évidemment pas d'une simple transposition d'une langue à l'autre: il faut procéder, pour chacune, à tout un ajustement de références. Ils écrivent et tournent d'abord la version néerlandaise puis travaillent ensuite à la version française. Quand celle-ci commence à tourner, ils entament l'écriture du spectacle suivant. Ainsi la polyvirtuosité des artistes se prolonge-t-elle dans leur façon de travailler, de créer, de répéter… Elle trouve même son écho dans le formidable piano de Bart. Un piano à queue apparemment classique mais couplé à un ordinateur et permettant, outre de jouer du piano de façon tout à fait "normale", d’exploiter toutes les ressources d’un synthétiseur, et mille autres choses comme, par exemple, d’être commandé via un iPad – possibilité qui, d’ailleurs, donne matière à une série de numéros et gags époustouflants. Un piano Yamaha – la précision n'est pas anodine: cela ajoute du sel à certain numéro de moto, même s'il s'agit de la Harley chère à Bardot!

DELICATISSIMO
De et avec Peter Hens (chant, violoncelle) et Bart Van Canegem (piano et chant).
(À qui il faudrait ajouter le créateur lumière et l'ingénieur du son Nous sommes quatre en tout, ont expliqué Peter et Bart – eux aussi, à l'évidence, virtuoses dans leur domaine respectif).
Durée:
1h40

Représentation donnée le vendredi 25 juillet au Centre culturel.

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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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