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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 16:48

... le pied de Lierre qui avait pris racine voici presque trente ans dans ces anciens entrepôts de la SNCF devenus, grâce au courage et à l’engagement d’une compagnie menée par Farid Paya, un lieu théâtral… qui fut bien plus qu’un théâtre. Le bâtiment sera démoli en juillet, l’on a amputé de trois dates l’ultime spectacle, Cendres – un solo chorégraphique de Gilles Coullet – mais la traditionnelle "exposition dans le hall du théâtre" restera visible jusqu’au 13 mai. C’est un ensemble de photographies argentiques noir et blanc, tirées sur papier baryté, dont certains petits formats laissent apparaître une infime langue de couleur, collée ou découpée, rappelant que l’artiste, Marie Bécheras, est aussi plasticienne. D’ailleurs, elle a nommé son exposition "Matière à… " Elle l’accompagne d’un petit texte mi-prose mi-poésie qui ne manque pas de… grain, par lequel elle tâche de cerner ce que photographier, et regarder, veut dire pour elle. Texte et photographies se soutiennent: ils sont, ensemble, "matière d’exposition".

 

billet_TN.jpg

 

Ce bref répit, qui court jusqu’au 13 mai, a un goût amer. Au Lierre, on ne s’est pas bercé d’illusion: les deux seules représentations accordées à Gilles Coullet les 27 et 28 avril ont été de vraies soirées de clôture, tristes évidemment mais festives malgré tout – il y avait foule, et l'on aura été "Lierre jusqu’au bout". En-cas et boissons circulaient tandis que spectateurs et artistes bavardaient, l’on pouvait encore acheter des livres, des DVD, ou bien se contenter de partir avec, en souvenir, l’une ou l’autre des affiches de spectacle qui étaient offertes.


Artisan-comédien-pédagogue, qui a travaillé la théâtralité du mouvement, le mime, la danse Buto et contemporaine, le chant... s'est formé à l'Anatomie pour la Voix - les Abdos sans risques… et a assisté Farid Paya pour ses cinq dernières créations au Théâtre du Lierre à Paris: ainsi se présente Joseph Di Mora. Il est un des piliers de l’équipe du Lierre et il sera un des derniers à quitter ce navire que les pouvoirs publics ont indignement sabordé sans mettre à flot aucune chaloupe de secours pour accueillir ses occupants… Lors de la première soirée de clôture, dans un hall bondé où flottait le joyeux brouhaha des conversations pleines de l’enthousiasme qu’avait suscité le fascinant, le merveilleux solo de Gilles Coullet, il a gravi les premières marches d’un des escaliers menant aux bureaux et a soudain demandé un peu de silence: il tenait à dire quelques mots pour saluer la mémoire de ce lieu qu’il va bientôt falloir quitter après l’avoir vidé de ce que trente années de vie intense toute vécue sous le signe de la création théâtrale et de l’ouverture au public auront déposé dans chaque recoin.

Personne ne s’y attendait, et lui non plus je crois jusqu’à ce qu’une impulsion subite lui fasse prendre le stylo et griffonner à la hâte, sur un bout de papier récupéré au fond de quelque poche, une petite allocution simple et belle, comme tout ce qui vient du cœur, qui fut très applaudie. Et redemandée le lendemain…
Avec son autorisation – et de menues retouches de son cru – je la transcris ici; il m’a semblé que c’était une façon juste de fleurir les derniers jours du Théâtre du Lierre, 22 rue du Chevaleret à Paris…

 

Bonsoir,
Un théâtre doit avoir une âme. C’est difficile à expliquer et cela prendrait du temps. Mais si on construit de nouveaux bâtiments culturels, en recherchant le confort matériel, ces lieux ne peuvent avoir ce même charme qu’ont ces endroits en partie improvisés qui sont marqués par le passé.
C’est pourquoi ici, ça n’a pas été refait avec des dorures, comme un majestueux écrin sculptural – l’âme, disais-je, en aurait disparu!
On n’a pas cherché à cacher la transpiration des ouvriers qui ont travaillé dans ces anciens ateliers de la SNCF car les murs ont conservé les rides, les espoirs, les souffrances de cette vie antérieure pour traverser les années et vibrer dans ce lieu théâtral. C’est pour ça que ce théâtre s’est adapté à tant de situations difficiles – c’était fonctionnel et humain en même temps.
Ici, on n’a pas besoin de grands décors; les murs et l’acoustique originels du bâtiment suffisent à ouvrir l’imaginaire du public. C'est le battement de cœur créatif, que l'on découvre en prêtant soigneusement attention au lieu – au genius loci, ou "génie du lieu".
Meri à tous ceux qui ont fait de ce lieu singulier "le théâtre du Lierre".
Vive le théâtre du Lierre…

 

Joseph Di Mora

 

"Matière à..." Exposition de phtographies argentiques noir & blanc de Marie Bécheras, visible jusqu'au 13 mai 2011 dans le hall du Théâtre du Lierre, 22 rue du Chevaleret - 75013 PARIS



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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 09:10

visuel-sarlat-2011TNDu lundi 18 juillet au vendredi 5 août 2011 aura lieu le soixantième festival des jeux du théâtre de Sarlat.

Voilà une de ces échéances décimales que l’on aime à célébrer. On la pressentait; elle approchait... et déjà en 2010 la question avait été posée aux organisateurs: "Comment allez-vous marquer le coup?" À quoi il avait été répondu que rien n’était encore décidé mais qu’il était à peu près certain qu’il n’y aurait pas de grosses dépenses exceptionnelles – les contraintes budgétaires sont telles que, pour faire briller plus haut une soixantième édition, il aurait fallu restreindre les moyens consentis aux autres éditions, et cela n’était satisfaisant pour personne. C’est un sacré défi que de vouloir commémorer un anniversaire, mais sans être dispendieux ni avoir l’air de déshabiller Pierre et Paul pour offrir à Jacques de la soie… La conférence de presse qui s’est tenue le 11 avril dernier laisse supposer que le gant sera relevé avec talent et intelligence.


Il n’y aura pas de feux d’artifices ni de fêtes somptuaires, mais une exposition retraçant l’histoire du festival qui occupera la salle du Peyrou du 15 juillet au 4 août, et l’on s’apprête à publier un livret spécial compilant documents et photos glanés auprès de témoins de tous ordres qui ont suivi le festival d’année en année. Quant au programme… Chaque année il fait de son mieux pour qu’il soit attrayant et il ne croyait pas possible de "faire mieux que mieux". Pourtant si, Jean-Paul Tribout, directeur artistique chargé de la programmation, a fait encore mieux que de coutume, justement en ne se départant d’aucun des principes qui fondent l’esprit du festival et en composant son "menu" comme il en a l’habitude quand les circonstances invitaient à tomber dans l’ostentatoire… Ainsi a-t-il concocté une "assiette" plus sarladaise que jamais, toute brillante de cet enthousiasme déployé pour réunir en un chœur harmonieux vedettes et artistes moins connus, pièces fameuses et textes oubliés, auteurs contemporains et stars classiques, grands spectacles et petites formes, théâtre pur et théâtre musical, metteurs en scène pondérés dans leurs approches et d'autres beaucoup plus audacieux...


Le programme est déjà en ligne sur le site du festival. Je me bornerai ici à ajouter pour chacun des vingt et un spectacles à l'affiche, outre quelques commentaires qui pourraient me venir à l'idée, ce petit zeste apéritif que leur a donné Jean-Paul Tribout en ayant toujours à portée de phrase l’anecdote ou le mot qui personnalise une présentation – et sauf indication spéciale, toutes les citations lui sont empruntées…


Lundi 18 juillet. Jardin des Enfeus
Au moment de la nuit. D’après La Nuit et le moment de Crébillon Fils, et Le Pain de ménage, de Jules Renard. Mise en scène par Nicolas Briançon.
Chacun de ces textes aborde, à sa façon, la question de la relation de couple. Nicolas Briançon a imaginé que les deux personnages en train de se livrer aux jeux de la séduction dans la pièce de Crébillon Fils étaient les mêmes que ceux du Pain de ménage, quelques années plus tard. Ils se sont mariés chacun de leur côté et se retrouvent par hasard pendant les vacances tandis que leurs conjoints respectifs sont ailleurs… Pour improbable qu’elle puisse paraître, cette fusion entre des textes émanant d’auteurs aussi différents, et éloignés dans le temps, fonctionne paraît-il à merveille – dixit Jean-Paul Tribout…


Mardi 19 juillet. Abbaye Sainte-Claire
La Dame au petit chien. Texte de Claude Merle, d’après Anton Tchekhov. Mise en scène d’Anne Bouvier.
Question de séduction encore avec cette adaptation théâtrale d’une nouvelle de Tchekhov où, dans une station balnéaire, un homme et une femme entament par jeu une liaison amoureuse qui évolue en passion. Gaëlle Merle est Anna, mariée à un homme qu’elle n’aime pas, Jean-Pierre Bouvier est Dimitri, riche banquier passionné d’opéra et séducteur impénitent.
Au vu de la distribution, un vieux souvenir remonte... Jean-Pierre Bouvier en visite au collège où je terminais ma troisième, après une représentation de Ruy Blas. Il y tenait le rôle-titre. Le ver de terre amoureux d’une étoile (V. Hugo) avait admirablement parlé et de la pièce, et de son travail de comédien. Sa conviction et sa présence avaient su capter l’attention de toute une classe…

 

Mercredi 20 juillet. Place de la Liberté
Éclats de vie. D'après des textes d'auteurs classiques et contemporains. Mise en scène et interprétation: Jacques Weber.

L'on voit régulièrement à Sarlat des comédiens se risquant seuls en scène pour interpréter des textes non théâtraux puisés à diverses époques et montés en mosaïque – je me souviens en particulier de Jean-Marie Sirgue qui a joué Les Konkasseurs de kakao l’an dernier, et de Pierre Lafont qui, en 2007, se faisait guider par les demandes des spectateurs pour établir son florilège textuel. Spectacles intimistes par excellence n’exigeant pas de dispositif scénique très lourd, ces pièces, que goûte surtout un public d’amateurs avertis, sont idéales pour des espaces à petite jauge comme la cour de l’abbaye Sainte-Claire. C’est pourtant sur la grande scène de la place de la Liberté que seront joués ces Éclats de vie, un spectacle que Jacques Weber a créé voici quarante ans et qu’il améliore, qu’il travaille, qu’il recrée sans cesse depuis… Le pari est sans doute osé que de compter sur un "seul-en-scène" pour remplir des gradins capables d’accueillir 1200 personnes… Mais cela avait très bien fonctionné l’an dernier – le public s’était pressé pour aller voir Francis Huster interpréter sa version de La Traversée de Paris, de Marcel Aymé – et le pari sera probablement gagné à nouveau cette année car la notoriété de Jacques Weber, à l’instar de celle de Francis Huster, s’étend bien au-delà du cercle des seuls habitués des théâtres. Et puis il y a son talent particulier, son rapport exceptionnel à la langue française… À coup sûr les spectateurs seront très nombreux…

 

MmeRaymonde_TN.jpgJeudi 21 juillet. Jardin des Enfeus
Madame Raymonde exagère. Texte et mise en scène de Philippe Bilheur et Denis d'Arcangelo.

Madame Raymonde est une femme assez spéciale – c’est, en, fait, un monsieur… Entendez par là un personnage incarné par Denis d’Arcangelo et que Jean-Paul Tribout situe entre Betty Boop et Pauline Carton… voilà ce qui s’appelle trouver les mots pour éveiller sinon l’intérêt immédiat du moins la plus grande curiosité. Si l’on ajoute que le spectacle a été inspiré à ses auteurs par une rencontre avec Arletty, l’appât est complet…


Vendredi 22 juillet – Place de la Liberté
La Comédie des erreurs. Texte de William Shakespeare, mise en scène de Dan Jemmett.
L’on avait été privé de Shakespeare l’an dernier par un violent orage qui avait eu la très mauvaise idée d’éclater juste avant la représentation de La Nuit des rois et de ne pas se calmer assez tôt pour permettre malgré tout aux comédiens de jouer. Le souvenir un peu amer de cet incident a peut-être sa part dans le désir qu’a eu Jean-Paul Tribout de réinscrire très vite le nom de Shakespeare au programme mais, cette fois, par le biais d’une pièce bien moins connue que La Nuit des rois. La Comédie des erreurs repose sur un thème souvent exploité par le théâtre depuis l’Antiquité: les confusions et quiproquos provoqués par la gémellité. Déjà emplie de fantaisie par son auteur, nul doute que, montée par Dan Jemmett – metteur en scène anglais désormais installé en France et réputé pour être le grand déconstructeur de Shakespeare (Aurélien Ferenczi dans un article paru sur le site de Télérama)
la pièce va certainement décoiffer, et pas qu’un peu…

Samedi 23 juillet. Jardin des Enfeus
L’Or. D’après Blaise Cendrars, mise en scène de Xavier Simonin.
Son nom n’apparaît pas, mais sa patte y est: Jean-Paul Tribout a participé au montage de ce spectacle; d’ailleurs Xavier Simonin est l’un de ses compagnons de route, que l’on avait vu dans Nekrassov puis dans Donogoo. On retrouve également l’harmoniciste Jean-Jacques Milteau – l’harmonica, instrument emblématique de la ruée vers l’or, s’imposait pour accompagner musicalement l’histoire de Johan August Suter, qui a quitté sa famille pour aller faire fortune en Californie…


Dimanche 24 juillet – Place de la Liberté
Don Juan. Texte de Molière, mise en scène de Francis Huster.
Ce Don Juan-là commence en 1951, en Avignon: Jean Vilar et ses comédiens apprennent par la radio que Louis Jouvet vient de mourir. Ils décident alors de monter son Don Juan. Cette pièce, qui sera donc un emboîtement de mises en abyme, n’est pas encore un spectacle abouti quand a lieu la conférence de presse; il est en cours de préparation et la distribution n’est pas arrêtée. Par là elle est emblématique de la démarche du comité organisateur qui, faute d’avoir suffisamment de moyens pour produire des spectacles, montre son courage et sa volonté de soutenir les artistes en prenant chaque année le risque d’inviter des pièces en cours de montage. Certes, on a là un auteur vedette, un texte vedette, un comédien-metteur en scène vedette qui coiffera ses deux casquettes pour rendre hommage à deux monstres sacrés du théâtre français – Louis Jouvet et Jean Vilar – et l’on pensera que la prise de risque est tout de même minime. Mais il ne faut pas oublier qu’en matière de spectacle vivant, rien n’est jamais assuré et qu’un cumul de grands noms ne garantit ni une qualité optimale, ni un engouement du public…


laboetie_TN.jpgLundi 25 juillet. Abbaye Sainte-Claire
Discours de la servitude volontaire. Texte d’Étienne de la Boëtie, mis en scène par Stéphane Verrue.
Ce discours a été écrit aux environs de 1546. Il résonne continument à travers les siècles, comme tous les textes fondateurs de la pensée, ou de la sensibilité qui, quelle que soit leur ancienneté, demeurent de tous temps intelligibles et porteurs de sens. La lumière qu’il jette aujourd’hui sur l’état de la pensée et de la réflexion en France justifie pleinement qu’un homme de théâtre s’en soit emparé pour l’adapter à la scène. Et comme son auteur est natif de Sarlat, mettre ce spectacle à l’affiche s’imposait… plus que jamais cette année où le soixantième anniversaire du festival incline à saluer un peu plus bas que d'habitude la ville qui est son berceau à travers l’une de ses grandes figures littéraires.

 

Mardi 26 juillet. Jardin des Enfeus
Derniers remords avant l’oubli. Texte de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Julie Deliquet.
Jean-Luc Lagarce,
mort prématurément du SIDAcompte aujourd’hui parmi les auteurs contemporains les plus joués en France. Il a écrit ce texte en 1989. On y sent néanmoins l’empreinte d’un esprit que l’on associe généralement à la grande époque contestataire de Mai 68 – cette tendance qu’ont certains à tenter l’aventure d’un mode de vie en marge des conventions qui régissent la société moderne. La pièce se situe à la campagne, dans une ferme qu’un trio d’amis – une femme et deux hommes – avait achetée plusieurs années auparavant pour y vivre ensemble. Vint un moment où le groupe a éclaté. Un seul des trois est resté à la ferme, les deux autres sont partis et ont fondé une famille chacun de leur côté. Puis ceux qui sont partis reviennent: il faut vendre cette maison acquise en commun. Est-ce "rentrer dans le rang" que de remettre ainsi en question ses choix passés? C’est, en tout cas, faire le deuil de ses rêves de jeunesse, estime Jean-Paul Tribout. C’est une pièce qui nous concerne tous et qui, personnellement, me touche beaucoup… conclut-il avant de souligner la qualité de jeu des comédiens.

 

Mercredi 27 juillet. Abbaye Sainte-Claire
Jupe courte et conséquences. Texte et mise en scène d’Hervé Devolder.
Sans doute est-ce là une de ces petites perles, discrètes et que l’on n’attend ni par son titre ni par le nom de son auteur ou de ses interprètes, qui émaillent toujours l’affiche du festival sarladais; une de ces pièces vers laquelle on n’irait pas spontanément mais qui, ainsi offerte, tente indiciblement et que l’on est enchanté, en quittant sa place, d’avoir découverte. D’ailleurs le directeur artistique dit avoir été très agréablement surpris par ce très joli spectacle et en être sorti comme s’il avait dégusté une coupe de champagne… À partir du regard que pose un monsieur sur la jupe d’une jeune femme qui passe commence une sorte de jeu, nullement libidineux ni machiste mais relevant des virevoltes de la séduction – thème omniprésent cette année semble-t-il…

 

Cap-fracasse-long-TN.jpg


Jeudi 28 juillet. Jardin des Enfeus
Il capitano Fracasse. D’après Théophile Gautier, texte et mise en scène de Jean-Renaud Garcia.
À partir du roman célébrissime de Théophile Gautier, Jean-Renaud Garcia a écrit une adaptation en vers, qu’il met en scène avec chants et musique – jouée avec des instruments du XVIIe siècle. Ce réjouissant divertissement de cape et d’épée, qui sera véritablement "chez lui" à Sarlat et dont diverses versions parcourent l’histoire du festival, sera créé le 24 mai prochain au Théâtre 14 Jean-Marie Serreau (20 avenue Marc Sangnier - 75014 Paris. Contact réservation: 01.45.45.49.77). Le spectacle a son site, au bout de ce lien.

 

Vendredi 29 juillet. Centre culturel, salle Paul Eluard
Mot à mot. Spectacle jeune public écrit par Anne Kellen et mis en scène par Jean-Daniel Laval.
L’on voit tous les ans des spectacles "tout public", accessibles aux enfants autant qu’attrayant pour les adultes – par exemple les pièces de tréteaux jouées au Jardin du Plantier, auxquelles s’ajoutent des adaptations scéniques de grands classiques comme Le Tour du monde en 80 jours ou Les Voyages de Gulliver. Mais il y avait plusieurs années que les tout-petits n’avaient pas eu un moment théâtral qui leur fût particulièrement destiné. Avec Mot à mot, un spectacle à la fois amusant et intelligent qui travaille sur le mot et l’image qui dure moins d’une heure de façon à être visible par des enfants à partir de 3 ans, le comité du festival renoue avec cette heureuse tradition et contribue ainsi à faire naître chez les spectateurs de demain de belles envies de théâtre. Le centre culturel, après de longs travaux, est à nouveau disponible; cela permet d’offrir deux spectacles le même jour – celui-ci proposé à 17 heures, et un second en soirée, cette fois pour les adultes…

 

celine_TN.jpgVendredi 29 juillet. Abbaye Sainte-Claire.
Dieu, qu’ils étaient lourds! D’après Louis-Ferdinand Céline. Mise en scène de Ludovic Longelin.
Programmer un texte de Céline, l’un des auteurs français les plus controversés
au point que Frédéric Mitterrand a dû retirer son nom de la liste des pesonnalités dont on allait en 2011 commémorer l’un ou l’autre anniversaire – n’a pas été sans poser des difficultés… Je comprends que cela puisse choquer certaines personnes, explique Jean-Paul Tribout. Car le moins qu’on puisse dire est que politiquement, Céline a été une véritable ordure à certains moments. Mais en dépit de ses actes et attitudes les plus révoltants, il reste un écrivain qui a révolutionné la littérature. C’est finalement cette dimension-là du personnage qui l’a emporté: on verra donc à Sarlat une pièce tirée d’un des derniers textes de Céline, Les Entretiens avec le professeur Y. dans lequel il évoque ce que sont pour lui l’art, l'écriture, les écrivains...

 

Samedi 30 juillet. Jardin des Enfeus
Les Femmes savantes. Texte de Molière, mise en scène d’Armand Delcampe.
Nous voilà de retour chez les classiques, tant au niveau de l’auteur et du texte, que du metteur en scène – j’écris cela en songeant au travail qu’il avait réalisé sur un autre grand classique moliéresque, Tartuffe ou l’imposteur, vu l’an dernier à Sarlat, et je ne crois pas qu’il y ait à redouter un spectacle par trop déconcertant à force d’outrances et de prétentions au modernisme. Quant à la pièce elle-même, j’ai encore toute fraîche à l’esprit la version qu’en avaient donnée Arnaud Denis et les Compagnons de la Chimère, et je suis très curieuse de lui confronter celle d'Armand Delcampe…

 

Dimanche 31 juillet. Abbaye Sainte-Claire
Journée SACD. Deux spectacles entrecoupés par la conviviale Assiette périgourdine avec un seul billet.
À 18 heures, Bruno Tuchzer interprète sa propre adaptation d’Une mort moderne: une conférence du Dr Storm, un texte de l’auteur suédois Carl Henning Wijkmark qui traite, de manière corrosive, des rapports entre le monde politique et celui de la santé. Dans cette conférence, le Dr Storm se propose de résoudre de nombreux problèmes, et ceux qui se posent en France actuellement – comment combler le trou de la Sécurité sociale, favoriser l’emploi des jeunes, régler les problèmes de la dépendance… - y trouvent paraît-il leur solution. On comprend pourquoi le comité du festival a eu envie de programmer cette lecture…
À 21 heures, David Lescot, dramaturge, comédien et musicien, interprète un de ses textes intitulé La Commission centrale de l’enfance, écrit en souvenir des vacances d’été qu’il a passées dans les colonies estivales mises en place sous cette appellation par les organisations juives communistes de France après la Seconde Guerre mondiale.


affiche_Che-TN.jpgLundi 1er août. Jardin des Enfeus
Le Crépuscule du Che. Texte de José Pablo Feinmann, mis en scène par Gérard Gelas.
La situation dramatique est, de prime abord, quasi fantastique puisque l’argument de la pièce est un face-à-face entre Che Guevara en train de vivre ses dernières heures en octobre 1967 – il va être exécuté au matin – et un journaliste d’aujourd’hui qui est venu l’interroger avec, en tête, tout ce que légende, mythification et médiatisation ont construit autour de lui. Il ressort de cette étrange confrontation un regard inédit sur un personnage charismatique et une réflexion sur ce qu’est une révolution, pourquoi elle échoue… Toutes questions qui demeurent intemporelles.
Le spectacle a été créé en 2009 au théâtre du Chêne noir à Avignon.

 

 

Mardi 2 août. Abbaye Saint-Claire
Don Juan. Texte de Molière, mis en scène et interprété par Laurent Rogero.

De la place de la Liberté à l’abbaye Sainte Claire, des mains du metteur en scène vedette venu de Paris à celles du jeune artiste installé en Aquitaine – Laurent Rogero et sa compagnie, le groupe Anamorphose sont basés à Bordeaux: la pièce de Molière voyage entre deux pôles opposés pour mieux dévoiler aux spectateurs sa richesse et la diversité des appropriations qu’elle permet. En programmant deux versions de Don Juan la même année, le comité du festival invite très clairement les spectateurs à oublier qu’ils "connaissent l’histoire" et qu’ils ont tout à gagner à scruter la façon dont elle est racontée… 

 

Mercredi 3 août. Jardin des Enfeus.
Vol au-dessus d’un nid de coucou. Adaptation de Dale Wasserman d’après un roman de Ken Kesey, mise en scène de Stéphane Daurat.
Au seul énoncé du titre, nous serons nombreux à nous souvenir du film de Milos Forman, devenu culte, avec Jack Nicholson et Louise Fletcher. Nous serons sans doute beaucoup moins nombreux à savoir que le film est tiré d’un roman – le premier que publia l’écrivain américain Ken Kesey (1935-2001), figure importante du mouvement psychédélique – et qu’il y eut, bien avant l’adaptation pour le grand écran, une transposition théâtrale de ce même roman, écrite par Dale Wasserman. C’est elle que met en scène Stéphane Daurat, de la compagnie Caravane: très sensible aux résonnances qu’a aujourd’hui ce texte datant des années 1960, il lui a semblé qu’il était de nature à divertir tout en renvoyant chacun à sa propre histoire, à son expérience et au monde dans lequel il vit. Et s’il a eu envie de monter cette pièce, c’est en songeant qu’elle pouvait nous inciter à lutter contre toute forme d’oppression par l’énergie libératrice qui s’en dégage (propos adaptés de la "note d’intention" de Stéphane Daurat, publiée sur cette page du site de la compagnie Caravane).

 

cabaretastro_TN.jpgJeudi 4 août. Jardin du Plantier
Cabaret Astroburlesque. Écrit et conçu par Dominique Paquet et Patrick Simon, mis en scène par Patrick Simon.
Avec ce spectacle s’opère une petite plongée dans l’histoire du festival: Dominique Paquet est la fille de Raymond Paquet, un des premiers metteurs en scène invités à Sarlat – il a présenté, en 1953, un Impromptu de Sarlat, d’après Molière. De plus, Dominique Paquet et sa compagnie, le groupe 3.5.81, sont des habitués du festival – ils ont récemment régalé les festivaliers avec Au bout de la plage, le Banquet en 2006 et Le Ventre des philosophes en 2008. Et puis la pièce, créée à l’occasion de la Fête de la science et mêlant chant, danse, mosaïque textuelle… est emblématique des grands principes qui guident les organisateurs: mêler les genres, et instruire le public tout en l’amusant. Jouée au Plantier, elle incarnera cette année la tradition sarladaise qui épingle tous les ans à son programme un spectacle de tréteaux.


Vendredi 5 août. Jardin des Enfeus
Fatrasie ou la fabuleuse histoire de Louis Leroy. Écrit et mis en scène par Pierre Leriq.
Pierre Leriq est un artiste au parcours un peu particulier, qui fait maintenant du théâtre… électro-rock… Pareille présentation faisant suite à une brève explication de ce qu’est la fatrasie, on se doute que le spectacle doit en effet être un joyeux fatras – il faut imaginer la musique d’Erik Satie associée à un défilé de majorettes… Jean-Paul Tribout, en disant de cette Fatrasie qu'elle est déjantée, jouée avec une énergie magnifique, nous convainc d’avance de l’inscrire dans notre "carnet de festival", histoire d’être sûrs de quitter ces trois semaines flamboyantes dans la joie et l’humeur allègre, point trop tristes de voir le rideau tomber jusqu’à l’été suivant…  

 

Voilà, le programme est dressé. Sur le papier, tout est parfait. Reste à espérer que rien ne vienne empêcher l’un ou l’autre spectacle d’être joué. Que la billetterie affiche très souvent "complet". Et que le calendrier des comédiens et compagnies invités soit assez clément pour qu’aucune réunion de Plamon ne se tienne in absentia… Car ces rendez-vous matinaux sont des moments privilégiés d’échanges et l’on est toujours un peu triste, un peu déçu lorsqu’en arrivant Jean-Paul Tribout annonce que, pour cause de présence requise en d’autres lieux les comédiens du spectacle donné la veille ne viendront pas et que ceux de la pièce du soir, contraints d’arriver sur le tard dans la journée, seront eux aussi absents. Il est ainsi arrivé quelquefois au directeur artistique de se retrouver seul maître de cérémonie. Mais cela n’a jamais nui à la qualité des réunions plamonaises: quelles que soient les circonstances et les difficultés, Jean-Paul Tribout se montre d’un talent égal pour animer les conversations, apporter des informations, distribuer à chacun la parole, piqueter d’humour ses propos et, avec lui, on ne risque pas d’entendre les dialogues jouer les soufflets trop vite sortis du four…


Maintenant, le plus dur est à faire: réfléchir et choisir – pour cela les festivaliers potentiels ont du temps devant eux puisque la location n’ouvrira au public que le lundi 27 juin (les membres actifs de l’association organisatrice bénéficieront, eux, d’une petite longueur d’avance et pourront louer leurs places dès le 22 juin). Mais au fait… pourquoi choisir? Pourquoi ne pas se laisse tenter par un semi-marathon théâtral et voir TOUS les spectacles? Ce serait une belle façon, pour le spectateur amateur, de souffler ces soixante bougies sarladaises et d'adresser aux organisateurs le remerciement qu'ils méritent pour le fabuleux travail qu'ils accomplissent d'une année l'autre…

 

Le président Jacques Leclaire, les membres du Comité et Jean-Paul Tribout ont présenté le programme de la soixantième édition du Festival des jeux du théâtre de Sarlat lors de la conférence de presse qui s’est tenue le lundi 11 avril 2011 à 18 heures à la salle Molière de Sarlat.

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 08:44

Revue avec vue

 

Il y aura eu un an le 5 mars que Pascal Garnier a disparu. Plus d’un an, donc, aujourd’hui… Je n’ai pas vraiment réalisé. La date anniversaire a coulé, comme noyée dans les autres jours, diluée et n’existant pas davantage qu’eux. Ce n’est certainement pas de l’indifférence, encore moins une forme larvée d’oubli – plutôt une sorte de déni car il n’est pas un jour sans que je pense à lui, à sa voix, à ses mots à la fois désabusés et pleins d’indulgence pour les hommes et la vie même si pas toujours estimables ni généreux; pas un jour sans que me reviennent à l’esprit ses regards qui m’ont tant marquée à chacune de nos rencontres. C’est lui que je vois quand mes yeux se lèvent vers le dessin que m’a offert sa femme Nathalie et que j’ai voulu compagnon quotidien, encadré juste au-dessus de mon bureau. Ce petit homme chapeauté, contemplatif, le menton posé sur une main: il n’y a pas, pour moi, de meilleure incarnation des questionnements humains – ces questionnements douloureux, ou vains, qu’à travers ses romans et nouvelles il sème dans le cœur des lecteurs et abandonne à leur sagacité. Et puis il y a cette phrase qui ne me quitte pas, prononcée par un des personnages de  Lune captive dans un œil mort: Tu vois, on peut imaginer mille choses, c’est encore autre chose qui arrive… elle bat en brèche cette fichue habitude que j’ai d’anticiper, d’essayer en pensée de configurer le futur comme pour m’habituer par avance au goût amer qu’il aura forcément. Une manière de mithridatisation, inopérante évidemment – ce que la phrase de Pascal Garnier, impitoyable vigile, se charge de me rappeler.
Il en a écrites beaucoup d’autres, de ces phrases-coins, drôles ou sombrement lucides, qui se sont fichées au fond de moi dès que je les ai lues; je les sais, je les sens là présentes et pourtant je suis incapable de les citer quand je voudrais en convoquer les mots dans le feu d’un instant, le doigt sur la couture du souvenir.

 

couv1_breves93-TN.jpgLes hommages qui le saluent depuis sa disparition ne cessent de montrer à quel point il a été important pour quantité de gens, au-delà du cercle des très-proches – du simple lecteur occasionnel qu’il aura touché par un de ses livres à l’ami fidèle l’ayant accompagné durant de longues années en passant par l’un ou l’autre de ces acteurs culturels qui l’auront côtoyé pendant quelques heures à l’occasion d’un salon, d’une lecture ou d’une séance de dédicace.
Parmi ces hommages, celui que lui a rendu la revue Brèves* sans attendre qu’il y ait anniversaire: dès septembre 2010 paraissait le numéro 193, très sobrement intitulé "Vue imprenable sur Pascal Garnier", dont la conception avait été confiée à Hubert Haddad.

 

Pouvait-on rêver meilleur maître d’œuvre On sait combien il excelle à servir les artistes qu’il estime. Ici, chaque mot de son éditorial a la perfection sonore d’un la cristallin; et l’un après l’autre, les uns avec les autres ils composent un texte bref, splendide, adamantin… où m'ont paru portés à leur meilleur les traits les plus typiques de l’écriture haddadienne – art de la périphrase et de la métaphore, propension aux références et aux citations, périodes amples et savantes côtoyant des phrases faussement simples… En moins de trois pages, Hubert Haddad brosse un portrait net, précis, émouvant, de l’homme autant que de l’écrivain, et de son style, de son univers fictionnel – il me semble qu’il atteint l’être même de Pascal Garnier, par exemple en le qualifiant de flâneur professionnel épouvanté de chaque instant perdu qui cachait d’incurables perplexités sous un humour joyeusement patibulaire […] mais il faut lire l’éditorial dans son intégralité pour entendre pleinement cette justesse ontologique. Et plus encore que l’éditorial, c’est le numéro tout entier qui transmet une sorte d’"essentiel de Pascal Garnier". Depuis le titre, réécriture de celui d’un recueil de l’écrivain publié en 1995 chez Zulma – Vue imprenable sur l’autre – qui est aussi reflet parfait du contenu jusqu’au choix des pièces du "dossier", chacune prenant sens de celles qui la jouxtent et leur conférant sens en retour: tout est pertinent, tout concourt à faire comprendre et voir aussi bien qu’à émouvoir.

 

Ainsi m’a-t-il semblé qu’avoir encadré le petit corpus de nouvelles de Pascal Garnier par "L’un dans l’autre" et "Vis-à-vis" met implicitement en évidence l’infinitésimale étrangeté présente dans tous ses textes qui, sous une apparence de réalisme un peu nu, provoque à la lecture un trouble singulier. Car chacune repose sur un motif des plus classiques de la littérature fantastique: la première retrace la rencontre tragi-comique du narrateur, écrivain, avec le personnage du roman qu’il est en train d’écrire; dans la seconde, empruntant au Portrait de Dorian Gray autant qu’au "Portrait ovale" (l’une des Nouvelles histoires extraordinaires d'Edgar Allan Poe), s’opère une dérangeante osmose entre le quotidien d’un homme devenu le modèle d’un peintre, le portrait que celui-ci réalise, et l’univers mental de l’artiste. "Motifs classiques"? Allons plus loin: ce sont de véritables clichés. Mais les nouvelles en elles-mêmes sont, d’abord, "du Pascal Garnier": pareille caractérisation suffit à oblitérer tout autre tentative de rattachement à un genre ou à un registre littéraires.

 

Je n’avais, jusqu'alors, lu que des romans de Pascal Garnier, ce numéro de Brèves m'a révélé son talent de nouvelliste. Je retrouve dans ses récits brefs une même précision d’écriture, une même adéquation du déroulement narratif à la dimension du texte avec, peut-être – brièveté oblige? – une plus grande densité à la page de phrases inoubliables. Par exemple celle-ci, page 67 ("Vis-à-vis"), où le modèle interroge le peintre: […] Pourquoi n’avez-vous utilisé que du noir, aujourd’hui? À quoi l’artiste répond, en riant: – Mais parce que les hommes, à l’instar des photos, se révèlent dans le noir! ou encore celle-là, franchement drôle, à propos du prénom Luc, page 12 ("L'un dans l'autre"): C’est un prénom assez banal et assez encombrant, à cause de l’anagramme.
Quant aux témoignages, ils constituent un panachage de contributions très variées mais dans toutes, qu’il s’agisse d’une analyse critique comme en ont écrites Jean Claude Bologne et Georges-Olivier Châteaureynaud, ou du "journal de bord" d’une rencontre tel que tenu par Dominique Baillon-Lalande, se perçoit la vibration d’une émotion sincère. Chacun de ces témoins a son style, bien affirmé et presque toujours délectable derrière nombre de noms que je ne connaissais... que de nom (Lalie Walker, Francis Mizio...), j'ai découvert des plumes mais tous s’expriment avec une sensibilité aiguisée. Chaque texte a un son unique, et compose pourtant avec les autres un chœur parfait.

 

Pour une revue, un magazine, un journal… c’est chose courante que d’honorer la mémoire d’un artiste disparu en publiant un numéro spécial tout à lui consacré, où sont groupés un spicilège de ses œuvres, des témoignages "autour" de sa personne et de son travail, des repères biographiques et une bibliographie, exhaustive ou non. Il n’y a donc rien que de très classique dans la composition de ce numéro de Brèves. Pourtant il en émane une présence, artistique certes mais humaine et charnelle aussi. Pascal Garnier est , comme soudain évoqué. Cette présence si singulière, bouleversante, vient sans doute davantage de l’architecture générale du numéro que de la seule qualité des divers éléments réunis – textes, œuvres, contributions…: de leur magistral agencement naît la force du tout. Lorsque l’on veut faire du feu, il ne suffit pas d’avoir en main deux silex et une brindille, encore faut-il savoir les frotter pour qu’il y ait embrasement. Pour donner aux lecteurs cette "Vue imprenable sur Pascal Garnier", Hubert Haddad a non seulement rassemblé de beaux silex et des brindilles bien sèches, il les a maniés avec l’art d’un pyrotechnicien de génie. On ne s’étonnera pas que ce maître ès feux en ait appelé à la pyrotechnie d’images en noir et blanc pour définir l’un des aspects du style de Pascal Garnier…



* La revue Brèves, "anthologie permanente de la nouvelle", a été créée en 1981. Publiée par L'Atelier du gué, elle paraît quatre fois l'an; alternant numéros spéciaux consacrés à un thème, un pays, une aire culturelle ou linguistique, à un écrivain ou autre personnalité du monde de la nouvelle et livraisons courantes dans lesquelles on peut lire des nouvelles évidemment mais aussi des interviews, des portraits, des notes et dossiers critiques, etc., elle offre un espace de rencontre et de découverte unique aux lecteurs aussi bien qu'aux auteurs – amateurs ou confirmés – et à tous ceux qui se sont donné pour mission de promouvoir la nouvelle.
L'on peut se la procurer en ligne,  via cette page de l'espace dédié à l'édition indépendante lekti- écriture.com.

 

Brèves n° 193, septembre 2010. "Vue imprenable sur Pascal Garnier": textes et dossier préparés par Hubert Haddad. ISBN : 2-913806-14-8, 144 pages, format 22x12 cm. 12 euros. Éditeur : L'Atelier du Gué.
Sommaire

Éditorial d’Hubert Haddad – Six nouvelles de Pascal Garnier dont une inédite, à paraître en 2012 chez Zulma: "L’un dans l’autre", "Glacière", "Le Commerçant", "Old up", "Les Pigeons de Fervaques", "Vis-à-vis" – Amis et proches témoignent… – Biobibliographie – Reprise d’un entretien avec Serge Cabrol, paru dans la revue Encres vagabondes – Pascal Garnier peintre, cahier de reproductions noir et blanc suivi d’un texte de Nathalie Ange-Garnier et Gilles Morales.

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 02:52

Mettre à la portée du plus grand nombre les connaissances les plus diverses, depuis leurs bases jusque dans leurs développements les plus complexes, cela s’appelle "vulgariser"; c’est une démarche qui se généralise et se répand, que ce soit à travers les livres, les émissions télévisées, ou les informations diffusées sur la Toile; l’on ne compte plus les séries documentaires ou pédagogiques prétendant initier "les nuls" à des domaines allant de l’astrophysique au jardinage bio en passant par l’holmésologie, tel ou tel idiome parlé aujourd’hui dans le monde ou ayant été parlé jadis… et mille autres spécialités justement hyperspécialisées que l’on ne désespère pas de rendre accessible au premier profane venu.
N’ayant pas de culture générale particulièrement étendue, n’étant par ailleurs spécialiste de rien, je suis néanmoins curieuse, et dotée d’une belle appétence pour la découverte, pour l’assimilation de savoirs nouveaux. Je suis donc fort aise de pouvoir accéder aussi facilement à ces œuvres de vulgarisation, dont quelques-unes m’ont donné ce sentiment merveilleux de comprendre, comme autant d’évidences, des choses pour moi difficiles dont j’ignorais tout auparavant. J’en déduisais aussitôt que le travail de "mise à portée" avait été correctement mené – sans songer qu’aux yeux des initiés ces textes ou ces émissions que je jugeais remarquables étaient sans doute truffés de lacunes, voire d’inexactitudes.


petites-lecons-TN.jpgTout cela pour dire que je n’ai pas la moindre prévention quant à la vulgarisation et que j’estime éminemment précieux de pouvoir s’informer sur à peu près tout selon son désir. Mais la vulgarisation devient gênante quand, pour aboutir à une accessibilité maximale, on consent à des approximations douteuses, à des simplifications excessives ou, pire, à des inexactitudes. Je ne me permettrai pas d’écrire que ces défauts gâtent le livre que je souhaite évoquer: je l’ai acheté justement parce que je suis ignare en sa matière – le grec ancien, que je n’ai pas étudié à l’école alors que je l’aurais pu, et que j’ai persisté à négliger plus tard, bien que disponible et mûre intellectuellement pour l’aborder. Pourtant, j’ai eu très vite le sentiment vague mais tenace que quelque chose ne fonctionnait pas dans ces Petites leçons sur le grec ancien, mince Livre de Poche d’environ 150 pages dont s’était emparée ma main errant sur l’étal d’un libraire tandis qu’elle explorait sans chercher. Je l’avais saisi sur la foi du nom prestigieux tracé sur la couverture, Jacqueline de Romilly – au côté d’un autre, Monique Trédé, que je ne connaissais pas. La lecture de la quatrième de couverture prolongea mon geste, qui se trouva affermi par ces quelques mots de l’avant-propos: C’est des qualités exceptionnelles de cette langue qu’il sera ici question, non pour en enseigner les formes et les règles mais pour en dire les beautés. Une intention perçue comme une gageure… et qui acheva de m’inciter à acheter le livre.


La déception fut au rendez-vous et je n’ai pas dépassé la quatrième de ces huit petites leçons. Un malaise s’était installé, d’autant plus pesant que je ne parvenais pas à localiser ce qui me troublait et m’indisposait. C’était une sensation constante que l'on énonçait les choses comme si l’on sautait des haies, que des articulations essentielles manquaient, que des portes ouvertes étaient enfoncées… et j’ai fini par interrompre ma lecture. Maintenant, avec le recul, j’identifie deux ou trois de ces pierres sur lesquelles j’ai buté. Par exemple cette affirmation figurant page 25, dans le premier chapitre intitulé "L’étrange vitalité d’une langue morte": Aujourd’hui bien des œuvres de notre littérature s’inspirent de la Grèce. La Grèce, ses mythes, ses héros, sont encore à la mode… Bizarre formulation: comment des éléments fondateurs, consubstantiels à notre terreau culturel ce que sont, je crois, ces mythes et héros – pourraient-ils être (ou ne pas être) "à la mode", c’est-à-dire soumis aux caprices d’un engouement ou d’une désaffection passagère et superficielle? Ils sont en nous et forment notre sensibilité, fût-ce à notre insu. En revanche, la façon dont on ranime – ou enterre – à telle ou telle époque mythes, héros, artistes du passé peut bien en effet relever de la "mode". Ou de diktats idéologiques...


Une autre étrangeté dans ce livre censé faire aimer les beautés du grec ancien m’a gênée: je ne vois nulle part reproduit l’alphabet qui sert à le transcrire, et tous les mots grecs sont écrits en caractères latins. N’est-ce pas les trahir, et les offrir sous une forme bâtarde qui n’est pas celle d’origine et qui n’est pas encore une traduction? Prétendrait-on pareillement faire aimer le chinois sans en montrer un seul idéogramme? Que l'on transcrive en alphabet latin pour une meilleure compréhension, je veux bien puisque justement le livre est destiné aux non-hellénistes. Mais pourquoi n'avoir pas systématiquement indiqué la graphie d'origine à côté de la transcription? Etait-ce trop compliqué sur un plan technique? Si tel est le cas, l’on aurait alors dû le préciser, et au moins proposer un tableau des caractères grecs pour que le lecteur ait présente à l’œil cette géométrie scripturale si particulière.
Quant aux développements touchant à la syntaxe, à la morphologie, là encore j’ai été gênée… Notamment de ce que les auteurs, quand il est question de généalogie linguistique, se réfèrent à l’indo-européen comme à n’importe quelle autre langue attestée – per exemple en écrivant des huit cas de l’indo-européen, le grec n’en a conservé que cinq (p. 45) – alors qu’il s’agit d’une langue entièrement hypothétique, reconstruite très partiellement qui plus est sur la base des multiples parentés repérées entre plusieurs langues parlées ou ayant été parlées dans une aire géographique allant des rives de l’Atlantique et de la Baltique jusqu’aux confins de l’Inde. Le grec fait en effet partie, comme le sanskrit, le persan, les langues slaves, germaniques, romanes… d’un vaste ensemble appelé "indo-européen commun" ou, parfois, "proto-indo-européen", dont rien à ce jour ne prouve l’existence: l'on n'a encore découvert aucune trace matérielle de ce "proto-idiome", aucun témoignage écrit – et pour cause puisque, s’il a jamais été parlé, il l’aura été aux temps préhistoriques soit… avant que l’homme invente l’écriture. On suppose qu’il a été parlé simplement parce qu’il y a des indices dans des langues attestées d’un probable "ancêtre commun". Or ce statut hypothétique n'est jamais spécifié; le terme "indo-européen", tantôt adjectif, tantôt substantif, renvoie aussi bien à la famille de langues, tout à fait concrète, qu'à l'idiome théorique la confusion est de taille.


D’autres formulations m’ont dérangée, à propos des procédés de formation de mots nouveaux par exemple, mais je n’arrive toujours pas à cerner où, et pourquoi, naît le malaise… En tout cas, je ne recommanderai certainement pas cet ouvrage pour stimuler chez un profane un quelconque attrait pour le grec ancien.
En ce qui me concerne, je me souviens d’avoir senti se lever en moi un tel attrait – que je n’ai pas prolongé par l’étude, fainéantise oblige – en écoutant les comédiens de la compagnie Demodocos* dire un chant de l’Odyssée en alternant des passages en français et des passages en grec ancien. Ils énonçaient les vers en respectant les scansions, la mesure des syllabes, et s’accompagnaient d’instruments touaregs – proches, dit-on, des instruments en usage dans la Grèce antique. Ils mimaient un peu – pas tant que cela… Et moi, je comprenais tout ce que je voyais et entendais alors même que je ne connaissais pas un traitre mot de la langue d’Homère. La compréhension se situait à un niveau non intellectuel, en deçà de l’entendement – c’était magique et je les aurais volontiers écoutés dire ainsi l’Odyssée tout entière…

Jacqueline de Romilly & Monique Trédé, Petites leçons sur le grec ancien, Le Livre de Poche, janvier 2010, 160 p. – 5,50 €.


* La compagnie Demodocos, sous la direction de Philippe Brunet, maintient vivants le théâtre, la poésie, le chant antiques à travers de nombreux spectacles. Elle est à l’origine des Dyonisies, un festival intimiste et chaleureux organisé chaque année à Paris, au couvent des Cordeliers, à la charnière des mois de mars et d’avril.

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 16:39

Tous les jeudis à certaines exceptions près suivant le calendrier – Marie-Annick emmène ses élèves en divers lieux de Paris qui changent d'une semaine l'autre. Du musée à l'atelier d'ébéniste en passant par les maisons muséales d'artistes ou d'écrivains: l'éventail est large et le cours offre souvent une opportunité unique de franchir des portes d'ordinaire fermées au public, par exemple quand il est donné dans le fournil d'un boulanger... En général dispensés en début d'après-midi, à partir de 14h30, les cours sont parfois déplacés tôt en matinée pour répondre au souhait d'un artisan ou d'un commerçant qui, sans cela, ne serait pas en mesure d'accueillir le petit groupe d'artistes en herbe et son professeur.
Dans cette diversité surgissent des récurrences; les propositions de Marie-Annick semblent alors se regrouper en îlots thématiques, soit qu’elle conduise ses élèves en des sites différents mais de même type – musées, églises, jardins… – soit qu’elle invite à travailler, au fil de plusieurs séances, autour d’un vaste sujet, tel "l’homme au travail". L’on perçoit, dans le programme du premier trimestre 2011, trois grands axes: les maisons d’écrivain (Victor Hugo et Balzac), les musées (Cernuschi, Carnavalet, Petit Palais) et les églises.

 

dessin-stetienne-du-mont.jpgAinsi le jeudi 17 mars, le rendez-vous était-il fixé à l’église Saint-Étienne-du-Mont.

L'intention première de Marie-Annick était de confronter ses élèves à ce qui la sidère tant quand elle entre dans une église: le contraste entre l'immensité de l'espace circonscrit par l'enveloppe architecturale et la petitesse de ce qui est disposé à l'intérieur – chaises, bancs, œuvres d'art, objets cultuels... Mais à Saint-Étienne-du-Mont, justement, ce contraste-là ne se ressent pas avec autant d'acuité qu'ailleurs: l'imposant et magnifique jubé qui sépare le chœur de la nef occupe une telle place et attire tant l’œil par la richesse de ses ornementations que la vastitude intérieure de l'édifice, trop habitée, s'en trouve rompue. Comment tâcher de dessiner quelque chose que l'on aura sans doute du mal à percevoir...

Elle modifia donc son sujet, tout en restant dans le champ du contraste: "Observez dans le décor les rapports entre les parties nues et celles comportant beaucoup de détails, puis cherchez à créer une harmonie dans votre dessin entre ces éléments. Ou bien intéressez-vous à l'opposition entre ce qui est clair et ce qui est foncé".

 

Deux élèves étaient présents: Jean-Pierre, qui met à profit sa retraite pour pratiquer plus intensément un art qui l'a toujours passionné; ses premiers cours avec Marie-Annick lui ont été offerts en guise de cadeau d'anniversaire. Heureux de ce qu'ils lui apportaient, il a continué à les suivre une fois épuisé le forfait initial et cela dure depuis trois ans. Alexandre, lui, est un jeune homme à la croisée des chemins... Retour d'une période d'étude à l'étranger, mais pas encore engagé dans la vie professionnelle, il renoue avec le dessin qu'il avait quelque peu délaissé en quittant le lycée. Sans doute inspiré par sa mère qui est elle-même élève de Marie-Annick, il s'est inscrit à ses cours.

Tous deux allèrent s'installer dans la galerie dite "du cloître du charnier", pensant être plus tranquilles pour travailler car, dans la nef proprement dite, les visiteurs étaient nombreux dont les conversations chuchotées bruissaient à l'entour de leurs pas et, de plus, l'on répétait sous le jubé une pièce de théâtre - j'appris plus tard qu'il s'agissait d'Esther, de Racine: il devait y avoir une représentation le 31 mars. Las: les groupes de touristes s'aventuraient aussi jusque dans la galerie, menés par des conférenciers prolixes... Jean-Pierre et Alexandre cependant dessinèrent fort bien: le premier s'intéressa à la dentelle métallique ornant les portes qui séparent la galerie du reste de l'église, le second aux motifs colorés d'un vitrail cernés par le plein d'un mur nu. Chacun utilisa un médium différent: Jean-Pierre le crayon noir, parfait pour restituer les motifs profus et fins de la grille de métal, Alexandre le crayon aquarelle qui laisse sur le papier des couleurs brillantes comme si la lumière filtrée par le vitrail s'y était écoulée.

 

saint-etienne-fin-cours 3


 Minutie du travail, effort de fidélité au réel... Jean-Pierre et Alexandre avaient bien compris le sujet mais, à l'évidence, sans oser s'affranchir de l'imitation. Et, à la fin du cours, lorsque vint le moment du bilan, Marie-Annick montra une autre voie... Après avoir demandé à Jean-Pierre s’il lui permettait de dessiner directement sur sa feuille de papier – ce qu’il accepta avec un plaisir manifeste: "Mais alors n’oubliez pas de signer ce que vous aurez fait!" – elle prit en main le carnet de croquis où il avait reproduit, avec beaucoup d’application, la fine dentelle de métal qui avait monopolisé son attention puis commença à dessiner… Crayonnant d’un geste alerte, gommant çà et là, louvoyant autour du dessin de Jean-Pierre ou bien le prolongeant d’un trait rapide et sûr, elle expliqua en peu de temps qu’il était possible de répondre au sujet proposé en s’écartant de l’imitation pure et montra, par son tracé, comment inventer à partir d’un réel donné sans trahir celui-ci. Comment, entre autres, exprimer le côtoiement du vide et du plein non pas en reproduisant au détail près le morceau de réel qui le donne à voir mais en signifiant ce côtoiement par des oppositions de densité, obtenues grâce à des crayons de différentes duretés, ou bien par juxtaposition, en jeux contrastés, de tracés légers et plus appuyés… De la sorte, ce sont les moyens propres à la technique que l’on a adoptée, bien plus les motifs dessinés en eux-mêmes, qui deviennent porteurs de sens.

 

"Dessiner c’est choisir", dit souvent Marie-Annick. S’il importe en effet de bien regarder et, dans un premier temps, de voir le plus précisément possible ce qu’offre le réel, c’est en choisissant que l’on devient véritablement créatif – par exemple en ne prélevant que quelques éléments, ou bien en ajoutant quelque chose que le réel n’apporte pas, ou encore en reconfigurant les agencements que l’on a sous les yeux…
Regarder, voir, puis réinterpréter. Tels sont les trois "fondamentaux" que je sens se dégager au fil des cours – des "fondamentaux" si essentiels qu’ils sous-tendent bien plus que l'art du dessin.

 

Pour mémoire: Marie-Annick enseigne à l’atelier Grenelle (7 rue Ernest Psichari – 75007 Paris. Tél.: 01.47.53.97.54). Vous pouvez aussi la joindre directement au 06.85.67.25.44.

 

 

NB On invente, on réinterprète aussi en photographiant, sans même recourir aux trucages ni aux photomontages. Il y a déjà réinterprétation lors du cadrage, qui "prélève" un bout de réel. Et la réinterprétation se radicalise encore si l'on travaille en noir et blanc quand la réalité est en couleur. Comme un dessin, la prise de vue repose sur des choix – que vais-je inscrire dans mon cadre? Quelle vitesse d’obturation, quelle ouverture de diaphragme vais-je choisir? Sur quel élément vais-je effectuer ma mise au point?... Toutes questions auxquelles je réponds en fonction de mon intention photographique. Comme un dessinateur, ou un peintre, choisit son support, sa technique, selon son projet.
La réinterprétation déjà manifeste, telle une donnée d'origine, se dépasse, bien souvent, au moment de la monstration de l’image – tirage, impression, publication en ligne, etc. – et ce par des procédés si simples, tels le recadrage ou l’accentuation du contraste, qu’en y recourant on songe rarement combien on transforme son image originelle. Pour illustrer ce petit texte, j’ai voulu placer une image en guise de "lettrine" en face du nom de l'église; selon moi, elle devait indiquer celle-ci, où avait lieu le cours, soit par un détail immédiatement reconnaissable qui n’appartînt qu’à cette église-là, soit en montrant l’édifice dans son ensemble. N’en ayant aucune à disposition qui me satisfît, je décidai d’utiliser la photo que j’avais prise de la façade croquée par Jean-Pierre, juste avant qu'il entre dans l'église. Mais… il y avait dans l’image d'origine – elle figure dans l’album "Avec Marie-Annick_1" sous le titre "saint-etienne-fin-cours1" – quelque chose qui me gênait… Alors je l’ai recadrée, de façon à l’inscrire dans un rectangle lisible verticalement, j’ai un peu poussé le contraste pour que le tracé noir ressorte puis j’ai fait pivoter l’image à 180°, replaçant ainsi la façade dans son orientation réelle. Ce faisant, j’escomptais que l’image initiale, dont la signification me paraissait – et me paraît encore, même avec trois semaines de recul – un peu vague, acquière une signification plus immédiate en rendant identifiable au premier regard l'église Saint-Étienne-du-Mont tout en suggérant, par l'aspect même du croquis, qu'il était question d'un cours de dessin. Ai-je un tant soit peu réussi?...

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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 11:41

Qu’il puisse y avoir autant de gens capables de voter pour le Front national me révolte et me donne envie de vomir. Comment peut-on décemment, sauf à être de faible trempe, influençable et réduit à la sottise par la peur, apporter sa voix à un parti qui, pour ce que j’ai pu entendre de son discours électoral, ne fait qu’agiter des épouvantails de manière obsessionnelle et quasi pathologique, aligne les lieux communs de la pire démagogie, et garde le silence sur l’école, la culture, les arts, la responsabilisation des consommateurs et la protection de l’environnement?
Comment peut-on décemment prêter l’oreille, sauf pour tâcher de les combattre et de les prendre en défaut sur le terrain même de leurs arguments fallacieux, à des gens dont les propos ont pour seul objectif d'actionner les leviers de toutes les peurs chez ceux à qui ils s’adressent? Un être humain effrayé est capable de tout sauf de réfléchir de façon sensée et l’on sait que la peur est la mère des plus basses réactions humaines – repli sur soi, haine de l’Autre, paranoïa et, au bout de tout cela, violence et velléités meurtrières. Susciter la peur est un procédé diaboliquement habile: en maniant des propos effrayants, parfaitement calculés mais qui, à l'examen, s'avèrent n'avoir d’autre consistance que celle d’une propagande assez grossière, les candidats du Front national coupent court au peu de sens critique dont pourraient disposer les gens et se dotent ainsi des meilleurs atouts pour s’acquérir des voix qui leur seront données par réflexe, mais évidemment pas par réflexion.


Je ne vois, autour de ce parti, que bêtise et lâcheté.
Lâcheté: à plusieurs reprises au fil des mois, hors contexte électoral, j’ai vu dans des reportages télévisés des citoyens exprimant leur intention de "voter FN" mais refusant d’apparaître à la caméra autrement que floutés et avec leur voix trafiquée. Ça s’appelle "avoir le courage de ses opinions"… Lâcheté aussi du côté des candidats, qui ne s'affichent pas en personne sur leurs placards électoraux mais s'avancent masqués derrière le portrait souriant de Marine Le Pen, comme s'ils avaient honte de leur étiquette.
Et bêtise: il y en a de beaux exemples dans les propos des candidats, c’est un fait. Mais les sommets sont à trouver dans l’attitude des électeurs, tel cet homme interviewé au journal de 20 heures, qui lui au moins a daigné s’exprimer à visage découvert: il habite une petite ville de dimension telle que les élus de proximité sont connus de leurs administrés, du moins de nom. Il votera pour le Front, parce que "ça ne peut plus durer". Pourtant il ignore qui est le candidat! Il ne l’a jamais vu en campagne – pas de serrages de main au marché ni meetings racoleurs – le nom ne lui dit rien, et il ne sait même pas à quoi il ressemble puisque ses affiches ne portent qu’un nom, sans photo. Mais ce brave homme va voter pour ce fantômatique candidat sur la seule foi de son label frontiste...

 

Comment ne pas s’offusquer de cela? Je ne puis ici m’empêcher de penser à ce que disait mon prof de philo – un enseignant atypique, qui ne m’a guère initiée aux classiques de la philosophie mais a énoncé en cours d’année quelques considérations marquées au sceau d'un bon sens si manifeste qu'elles sont devenues pour moi comme des valeurs-étalons en matière de raisonnement – à propos du suffrage universel. C’était pour lui, si je me souviens assez bien de ses paroles pour ne pas les trahir, une aberration parce que ce système permet à tout le monde de voter à condition d’être majeur, de nationalité française et inscrit sur les listes électorales alors que prendre part à l'élection des dirigeants d’un Etat demanderait, au moins, d’avoir un minimum de connaissances quant à l’organisation du pouvoir et de savoir mesurer les enjeux de chaque scrutin. Il pensait en conséquence que le droit de vote ne devrait être accordé qu’aux citoyens ayant satisfait à une sorte d’examen de passage qui attesterait de leur savoir civique et de leur capacité à écouter, à analyser un programme politique. Cela me semble extrêmement judicieux. Non pas élitiste mais hautement raisonnable et cela participe de cette idée qu’une société fonctionne sainement quand elle fait bonne part à l’éducation et à la diffusion des savoirs. Je souscris pleinement à un tel point de vue; pourtant, si je devais passer cet examen civique, je serais recalée! J’ignore tout de notre Constitution, je ne sais pas comment fonctionne l’Etat et je ne suis pratiquement jamais les campagnes électorales tant j’y sens d’hypocrisie et de démagogie. Je n’ai donc, objectivement, aucune compétence pour voter. Pourtant je vote; à chaque occasion qui m’est donnée je vote parce que j’ai des convictions et que pouvoir voter m’apparaît comme un bien trop précieux pour n’en pas user. Ce faisant j’ai une influence, même infinitésimale, sur le sort politique du pays alors que je suis une parfaite ignare… et ma conscience n’est pas très à l’aise avec cela. Mais il ne tient qu’à moi de l'apaiser, cette conscience, et de m’éduquer: les outils ne manquent pas pour cela; ce n’est qu’une question d’effort personnel.


Je n’ai pas épuisé ma rage contre ce parti et la sottise de ceux qui le soutiennent. Mais je ne sais plus comment la canaliser par l’écriture. Alors je me tais.
Je préfère tourner mes pensées vers tous ceux qui se battent pour que l'art existe et que vivent les artistes.
Vers tous ces bénévoles qui luttent pour réconforter les démunis, pour que se transmettent savoirs et savoir-faire, pour promouvoir le livre, la lecture et tous les instruments d'éveil des âmes et des coeurs. 

Vers tous ces fous qui, contre vents et marées, travaillent à préserver le patrimoine, à sauver ce qui raconte l'histoire de l'humanité et entretient sa mémoire.

Vers tous ces courageux qui sans désemparer et partout dans le monde viennent aider les écolo-engagés essayant de trouver des solutions pour produire mieux et sans dommages.

Vers tous ceux qui, en dépit de ce qu'ils voient, montrent par leurs actions, leurs paroles, leurs gestes, qu'ils ne désepèrent pas tout à fait du genre humain.


C'est de leur côté que se trouve la lumière. Certainement pas chez les frontistes. (Quand je pense qu'au début des années 1930, "frontiste" se rapportait à l'union des partis de gauche contre le fascisme... Quel retournement de sens, tout de même!)

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 10:09

La présentation de saison au Lierre, en octobre dernier, m’avait donné un avant-goût des plus prometteurs d’Électre mise en scène par Pascal Larue, fondateur du théâtre de l’Enfumeraie. J’avais alors visité le site internet de la compagnie et j’y avais découvert l’histoire de son nom cendreux, celle du lieu, des gens, des spectacles… Tout cela fort agréablement conté, avec style et chaleur. C’est une très belle histoire, comme toutes celles qu’écrivent les gens réunis par une passion commune pour une certaine forme d’art et une même éthique artistique. Pour avoir assez longuement parcouru cet espace en Toile, que je range parmi les mieux conçus et les plus conviviaux, j’avais une petite idée de ce qu’était le Théâtre de l’Enfumeraie avant d’assister à l’une des cinq représentations d’Électre données au Théâtre du Lierre au tout début du mois de mars.

Mais justement: loin de combler ma curiosité ce que j’avais découvert avait aiguisé mon intérêt. Voir le spectacle le décupla. Je sollicitai donc une rencontre avec Pascal Larue qui trouva le temps de m’accorder une bonne heure d’entretien. Ce fut un bonheur que de l’écouter parler, raconter de sa voix claire et allègre avec, à tout moment, un trait d’humour qui fait fuser le rire. Je ne suis pas sûre de savoir transmettre cela à l’écrit car transcrire est forcément trahir, quelque effort que l’on fasse pour tâcher d’être fidèle, autant qu’au sens des mots, à la texture d’une voix et à ses inflexions qui en sont la sève. Mais au moins ce qui suit donnera-t-il à connaître un peu de ce théâtre sarthois où se cristallisent une conception de la culture et du spectacle vivant qui mérite un large écho.


 

Portrait_P-Larue.jpgLa petite histoire du Théâtre de l’Enfumeraie
Pascal Larue :
Le théâtre de l’Enfumeraie s’est fondé il y aura bientôt trente ans, en 1982. Nous sommes implantés à Allonnes, une sorte de banlieue ouvrière du Mans, et nous y animons le théâtre de Chaoué, un lieu qui tire son nom du quartier où il se trouve. Allonnes est une cité qui a émergé dans les années 1960, pour accueillir les travailleurs des usines Renault situées sur l’autre rive de la Sarthe; c’est aujourd’hui une ville qui a été sinistrée, à la suite des différentes crises qui sont survenues au fil des années. Nous n’avons pas bougé de là depuis notre implantation: c’était dès le départ un choix que de s’installer là où la culture n’était pas présente et de faire en sorte que nos spectacles soient accessibles à tous – l’entrée est libre: les gens ne paient pas pour entrer, il n’y a pas de billetterie. Les spectateurs qui le peuvent donnent quelque chose en sortant, selon leurs moyens. C’est comme ça pour tous les spectacles. Ce n’était pas très courant à l’époque, même si aujourd’hui ce genre de démarche est davantage "à la mode". Tout ça pour dire que notre souci a été dès nos débuts d’aller vers les publics pour qui la culture ne semble pas importante, encore moins indispensable et essentielle. Nous pensions – dans les premiers temps avec une conviction militante un peu idéaliste – qu’en procédant ainsi nous allions changer le monde… Maintenant, nous avons compris que si nous nous n’étions pas changés, c’était déjà très bien ! Parce qu’en allant dans des endroits plus riches, où s’exerce un pouvoir plus grand, où les institutions ont davantage de place et où il y a davantage de mensonge, on peut très facilement perdre son âme. Pinter décrit très bien les lieux de ce genre dans ses pièces… À Allonnes, en face de notre théâtre, nous avons les Restos du cœur, des tours HLM… nous savons dans quel monde nous sommes ; nous ne pouvons pas perdre contact avec la réalité ni croire que nous sommes des artistes à l’abri dans leur tour d’ivoire – nous ne pouvons pas nous perdre dans notre image d’"artiste", ce n’est pas possible!
À l’instar de beaucoup d’autres compagnies, nous avons été victimes des coupes budgétaires de l’État dès 2002, à la suite d’une première réforme qui a réduit le nombre des compagnies conventionnées. Dans notre banlieue, nous n’offrions pas grand intérêt pour les politiques, et on nous a déconventionnés en nous disant qu’on pouvait toujours formuler des demandes d’aide au projet. Ce que nous avons fait, sans jamais rien obtenir… Mais nous avons eu la chance de conserver le soutien du Conseil régional, du Conseil général et de la ville d’Allonnes – le premier a été à droite puis est passé à gauche, le deuxième est dominé par l’UMP, et Allonnes est une municipalité communiste: indépendamment de leurs orientations politiques, les institutions locales ont compris l’étendue et l’importance de notre travail – parce qu’en trente ans, nous avons quand même accompli un gros travail, d’animation, d’incitation à la création, etc. Je ne dis pas que leur soutien ne s’est pas fragilisé ces derniers temps – les problèmes financiers touchent tout le monde et ces institutions ont, elles aussi, plus de difficultés à nous aider – mais, pour l’instant, aucun écho ne nous est parvenu comme quoi on allait nous couper les vivres… Et puis il y a si longtemps que la DRAC ne nous accorde plus de subventions pour créer que nous avons eu le temps d’apprendre à fonctionner sans elles… Et nous avons une autre chance: en tant que "ville en difficulté", Allonnes bénéficie d’une aide de l’ANRU [Agence nationale pour la rénovation urbaine - NdR] et notre théâtre – une vielle grange de quatre-vingts places qui n’a jamais été réhabilitée depuis son ouverture – fait partie de la dernière tranche de réhabilitation programmée. Cela signifie qu’un budget a été voté et que l’État va financer 80% des travaux. Notre théâtre va donc pouvoir être rénové, et agrandi – mais je croise les doigts parce qu’avec la crise, tout peut être finalement annulé. Je suis presque désolé d’évoquer ces perspectives de rénovation ici, au Lierre… Je pense que ce théâtre est victime des circonstances – je veux dire que, s’il n’y avait pas ces chantiers de reconstruction, si le lieu n’était pas promis à la démolition, la compagnie aurait très probablement pu poursuivre ses activités, avec sans doute moins de moyens financiers, mais elle n’en serait pas là où elle en est aujourd’hui. Je crois que les institutions ont profité d’une situation: puisqu’il y a démolition, il y a un bouleversement et les forces qui veulent casser ce qui est en place ont une brèche où s’engouffrer. Je suis presque sûr que les choses se passeraient de la même façon pour nous si notre grange devait être démolie – mais les enjeux politiques ne sont pas du tout les mêmes à Allonnes et dans le 13e arrondissement de Paris…

 

De l’Enfumeraie au Lierre
Pascal Larue :
Pour moi ça a été très vite une évidence que ce spectacle-là [Électre - NdR] était fait pour ce lieu-là – le théâtre du Lierre. Si nous devions jouer Électre à Paris, ça ne pouvait pas être ailleurs qu’ici parce que ce spectacle est en parfaite harmonie avec ce que défend cette compagnie, avec son éthique et ses conceptions artistiques. Comme nous, le Lierre conçoit des spectacles qui donnent leur part au chant et à la danse autant qu’au texte, qui ont vocation à mêler plusieurs formes artistiques, et dont la beauté repose sur la puissance des comédiens à engager totalement le corps dans tous les domaines. Cette orientation fait partie de l’identité du lieu et des recherches de Farid, elle est partagée par les artistes qu’il invite. Ce n’est pas très surprenant: Farid et moi venons du même socle; nous avons été formés tous deux à l’école Lecoq mais ce n’est pas au cours de cette période que nous avons réellement fait connaissance; mes premiers contacts véritables avec le théâtre du Lierre remontent aux années 1990. À cette époque Alloal, qui a longtemps accompagné Farid, est venu plusieurs fois chez nous animer des stages de voix, destinés aussi bien aux comédiens amateurs qu’aux professionnels du coin. Et parmi les artistes que nous accueillons régulièrement en résidence il y a la compagnie À Fleur de peau, elle aussi en compagnonnage de longue date au Lierre (une petite parenthèse pour préciser ici que notre salle est un "lieu d’aide à la création", c’est-à-dire que nous n’avons de mission de diffusion – nous ne nous en sommes pas donné; nous ne programmons pas de spectacles déjà prêts comme le fait le Lierre mais nous accueillons des gens qui viennent créer leur spectacle chez nous : nous les hébergeons, nous assurons leurs repas pendant leur période de résidence qui va de deux semaines à trois mois et ils créent leur spectacle au théâtre de Chaoué). Denise Namura et Michael Bugdahn [les fondateurs de la compagnie de danse contemporaine À Fleur de peau - NdR] sont de très grands amis et, lorsque nous avons monté Électre, il y a trois ans, j’ai dit à Denise que, si nous décidions de faire tourner le spectacle, et qu’il doive se jouer à Paris, ce ne pouvait être qu’au Lierre. Nous ne faisons pas tourner tous nos spectacles; nous avons une salle qui est presque toujours pleine, et un public fidèle. Je ne cherche donc pas trop à vendre mes spectacles ailleurs. Par exemple nous avons repris Électre pendant trois saisons et à chaque fois il y a eu du public; il n’y avait donc, pour moi, aucune raison d’aller jouer la pièce ailleurs… Mais les comédiens ont parfois besoin de rencontrer d’autres gens, de se produire dans d’autres lieux, d’autres contextes – c’est vrai que sortir de son cadre habituel est assez stimulant, ça régénère… et tout le monde, à l’Enfumeraie, a eu envie qu’Électre s’exporte. Voilà comment nous sommes arrivés au théâtre du Lierre – mais ce n’est certainement pas une démarche opportuniste! Deux ans se sont écoulés avant qu’ils nous fassent venir; la décision a été longue à prendre, sans doute parce que la compagnie était prise par d’autres préoccupations, en particulier ce conflit avec les institutions qui les subventionnent. Et j’aurais pu contacter d’autres salles à Paris – d’autant que ce n’est pas au Lierre qu’il faut se produire en ce moment si on veut se gagner les faveurs des décisionnaires qui ont des sous (rires). Mais comme je me fous de cet aspect des choses, nous avons décidé, avec l’administrateur, que nous n’irions pas démarcher d’autres théâtres et que si on venait à Paris, ce serait au Lierre. Pas ailleurs.

 

Electre-TN1.jpg

 

Pour aller d’Électre à Électre
La pièce montée par le théâtre de L’Enfumeraie, bien qu’intitulée Électre, est un assemblage de plusieurs pièces portant ce titre. L’essentiel du texte provient de la tragédie de Sophocle et de celle d’Hugo Von Hofmannsthal. S’y glissent des extraits de Sénèque, et un final signé Pascal Larue… Cette mosaïque est le résultat d’une longue et profonde réflexion personnelle, qui a accompagné un cheminement théâtral lui aussi inscrit dans la durée.
Pascal Larue :
L’histoire d’Électre me fascine depuis très longtemps. Et puis ce mythe a un parcours assez étonnant: ses origines remontent, en gros, à quelque cinq siècles avant Jésus-Christ puis, après Sénèque, on n’en entend plus parler. Il disparaît littéralement des tablettes jusqu’à l’aube du XXe siècle et là il resurgit… De manière incroyable: dans toute l’Europe, partout où se répandent les théories de Freud, de grands écrivains s’emparent du mythe – Hofmannsthal, Duras, Sartre, Pasolini… et Yourcenar mais chez elle, ce n’est pas Oreste qui tue: au moment du tuer sa mère il est lâche (il lâche la hache) et c’est Électre qui ramasse la hache et qui tue. Ce n’est pas la fille qui est lâche, c’est l’homme: ça c’est Yourcenar (rires)! En y regardant bien, on voit que la résurgence du mythe d’Électre correspond à une période historique où la religion est battue en brèche, où l’on remet en question l’existence de Dieu, et du coup, avec la suppression d’un "divin" transcendant, la place des femmes reprend tout son sens. Le combat des femmes devient lisible, visible et possible. Cette coïncidence entre l’émergence d’un combat féministe, le relâchement de l’emprise du divin sur la conscience humaine et la résurgence du mythe d’Électre m’a beaucoup questionné; et à travers de nombreuses lectures, j’ai fini par comprendre que derrière le mythe, c’est l’avènement d’une justice qui n’est plus divine mais humaine qui est raconté. Et cette justice-là est un des outils principaux de la démocratie dans la société moderne… Quand, en 1905 en France, l’État se sépare de l’Eglise, cela signifie que c’est la justice des hommes qui prévaut. Quand on va au bout de l’histoire avec Sophocle – parce que la tragédie d’Électre n’est que le premier volet d’un ensemble plus vaste, l’Orestie – on assiste au jugement d’Oreste, qui ensuite est caché par Athéna dans son temple. Les Érinyes, les déesses de la vengeance qui ont armé le bras d’Oreste pour qu’il tue sa mère, maintenant arment d’autres bras, ceux des servantes de Clytemnestre, pour venger la reine. Et elles assiègent le temple d’Athéna. Celle-ci, pour mettre un terme au cycle des vengeances, annonce que les dieux se retirent de l’affaire et donnent aux hommes le pouvoir de juger les leurs: il y aura désormais un droit basé sur une jurisprudence, selon laquelle un crime sera jugé par une cour, qui établit les lois. On ne se venge plus. Ce droit sera incarné par des juges, des sages acceptés par toute la population qui rendront des décisions incontestables. Les Érinyes acceptent la solution d’Athéna parce qu’elles sont persuadées qu’Oreste sera condamné – le matricide est un crime tellement horrible qu’il ne peut en être autrement. Mais Athéna manipule les sages athéniens qui vont être nommés juges pour qu’ils absolvent Oreste, et celui-ci est acquitté. Parce que tuer la mère quand celle-ci a tué le père n’est pas illégitime. En d’autres termes, une reine n’a pas le droit de se débarrasser de son mari même si celui-ci a commis des crimes particulièrement horribles, par exemple sacrifier sa propre fille comme Agamemnon l’a fait avec Iphigénie. Donc si on lit bien le texte de la jurisprudence, on entend bien l’exclusion des femmes du politique (rires)… On institue la démocratie et la justice des hommes mais pas pour tout le monde et surtout pas pour les femmes. D’ailleurs, dans la Grèce antique, elles n’avaient pas le droit d’aller au théâtre. Et les rôles féminins étaient joués par des hommes.
Comme cette histoire d’Électre me fascine depuis longtemps – je ne sais pas pourquoi… Il y a un mystère entre Électre et moi; peut-être des comptes à régler avec ma mère, qui était prof de français-latin (rires)… Cette blague mise à part – qui n’en est peut-être pas une (rires) – j’ai donc beaucoup travaillé sur les différentes versions d’Électre, j’ai fait de nombreuses recherche autour de ce qui, finalement, est une histoire de famille… mais je crois que mon intérêt s’est véritablement cristallisé quand j’ai commencé à enseigner le théâtre aux élèves des classes L3 [classes de l’enseignement secondaire préparant au bac option théâtre - NdR] d’un lycée du Mans. J’ai fait ça pendant dix ans; dans ces classes, en général, il y a une forte majorité de filles; il faut donc trouver des pièces avec suffisamment de rôles féminins intéressants pour pouvoir les faire jouer, et il n’y en a pas tant que cela… Vous avez par exemple La Maison de Bernarda Alba, de Garcia-Lorca… et Électre. Ce travail a accru mon intérêt pour ce motif de "la jeune fille et la mort", qu’on retrouve d’ailleurs chez plein de grands poètes. De plus, nous étions à l’époque en pleine émergence du mouvement punk et il y avait beaucoup de jeune filles très punk au lycée – et je trouve qu’Électre est punk d’une certaine façon: comme chez ces jeunes, il y a de la révolte chez elle, une très grande colère sans doute mal placée, mais qui se justifie. Pour Électre, c’est No Future. D’ailleurs chez Hofmannsthal, elle vit pour tuer sa mère et elle meurt après le crime. Elle est tellement refermée sur son deuil, sa vengeance qu’on ne peut pas l’aimer. En revanche, j’ai de l’empathie pour Clytemnestre, même si elle est complètement folle…
J’ai d’abord monté la pièce de Sophocle dans son intégralité. Puis je me suis intéressé plus spécialement aux scènes qui confrontent Clytemnestre et Électre – j’ai ainsi réalisé un montage de toutes les scènes mère-fille tirées de toutes les versions d’Électre disponibles, celle qu’en ont donné Sartre, O’Neill, Yourcenar, etc. Ensuite j’ai animé deux stages pour des comédiennes professionnelles, toujours autour de la figure d’Électre, dont un portait sur la pièce de Hofmannsthal, et je me suis rendu compte que cette pièce racontait autre chose. Je ne me suis pourtant pas décidé à la monter… Peut-être parce que je trouvais que cette pièce, tout en apportant une grande modernité au mythe, était trop ancrée dans l’optique freudienne et que c’était trop réducteur de limiter ce mythe à l’enjeu d’un conflit mère-fille. Peut-être aussi mon hésitation venait-elle de ce que Hofmannsthal évacue le chœur, ce personnage théâtral très à part, qui me fascine et que j’ai découvert pendant ma formation à l’école Lecoq. Le chœur, et le conteur, sont les deux personnages fondateurs du théâtre et pour moi ils représentent un peu son essence: dans un spectacle de conte, il y a toute la simplicité originelle du théâtre et derrière cette simplicité pour moi il y a le chœur. À l’Enfumeraie, tous les comédiens sont conteurs et tous ont dans leur répertoire des programmes de contes avec un musicien. Le chœur est fascinant parce qu’il incarne cette idée qu’on peut parler ensemble d’une seule voix. Ce n’est pas tellement moderne ! Et cela n’a pas forcément bonne presse partout… Par exemple, j’ai beaucoup travaillé en Russie du temps de l’URSS et là-bas, parler d’une seule voix n’avait pas une image très positive… En revanche, aujourd’hui et dans notre pays, je trouve que ça a du sens de penser que nous ne sommes pas que des voix individuelles et qu’à un moment donné il est important de savoir s’accorder autour d’idées complexes parfois contradictoires, de s’unir pour défendre ensemble des points de vue différents… C’est ainsi qu’a germé l’idée de fusionner les textes de Sophocle et de Hofmannsthal, de mettre dans le même pot l’ancien qui permettait de réintroduire le chœur, et le moderne qui apporte au mythe son actualité. Et puis je me suis aperçu que cette fusion avait d’autres avantages: je pouvais mettre en regard deux identités féminines, les servantes de Clytemnestre que met en scène Hofmannsthal, et les femmes mycéniennes qui accompagnent Électre, que l’on entend chez Sophocle. Cela enrichissait le chœur et cette idée de fusion est restée. Elena Rossi, qui est l’auteur de la nouvelle traduction de la pièce de Hofmannsthal dont je me suis servi – encore inédite mais qui devrait sortir aux éditions de l’Arche – partageait ce point de vue et elle m’a aidée à faire le montage textuel; nous avons même rajouté des morceaux de Sénèque pour que l’histoire d’Iphigénie soit plus présente et que la reine en devienne plus sympathique – car nous avions envie que le spectateur ait de l’empathie pour elle.
Aux mots de Sophocle, de Sénèque et d’Hugo von Hofmannsthal s’ajoutent, à la fin, ceux de Pascal Larue…
Ces quelques lignes que j’ai écrites sont davantage un épilogue qu’un final. Elles résument un peu la part de l’histoire qu’on ne joue pas – parce que tous ces écrivains qui ont récrit le mythe d’Électre au XXe siècle l’ont ramené dans notre modernité freudienne en le dénaturant d’une certaine façon: alors que pour les Grecs il était hors de question de jouer Électre isolément, les modernes ont fait, de ce qui n’est qu’un épisode de l’Orestie, le cœur d’une pièce autonome pour mettre en exergue cette idée que les filles veulent se débarrasser de leur mère et que les fils ont besoin de la tuer. Ils oublient le jugement final dans lequel Électre a disparu et Oreste remis sur le trône. La loi du Père triomphante. Du coup ça devenait intéressant pour moi de questionner la deuxième partie de cet épisode qu’on ne raconte plus… Ce jugement qui exclut les femmes de la vie politique… surtout en ne faisant jouer que des femmes.

 

Au bout des choix scéniques: un formidable brassage culturel
Pascal Larue :
En effet, on voyage beaucoup à travers les cultures dans ce spectacle – surtout les cultures orientales… C’est un peu notre façon de répondre à la mondialisation et de donner à cette pièce un caractère universel. Nous n’avons pas voulu nous situer dans une pseudo reconstitution de la Grèce antique, ça ne veut rien dire… et nous n’avons pas davantage cherché à "faire moderne" – c’est une démarche qui aboutit en général à une espèce de kitsch que je ne supporte pas. Le spectacle reflète cette grande diversité d’influences auxquelles on est soumis aujourd’hui… Ainsi avons-nous, par exemple, intégré des chants bulgares, bretons, japonais… avec en plus par moments des onomatopées et de la vocalise pure – comme quand Électre chante au début: c’est une plainte, qu’on a improvisée ensemble. Puis nous avons puisé dans les Mystères des chants bulgares – ce sont des chants traditionnels très étranges, avec des sonorités qu’on n’entend nulle part ailleurs et qui célèbrent les événements de la vie quotidienne: le travail, les mariages, les naissances, les morts… Les femmes bulgares chantent encore comme ça aujourd’hui, a capella, en chœur, et c’est sans doute ce qui se rapproche le plus de la façon dont on chantait dans l’Antiquité. Nous avons enfin choisi des chants funèbres puisque la pièce raconte un deuil. En France la tradition du chant dans les rites mortuaires s’est complètement perdue mais elle persiste dans beaucoup de régions du monde, et nous avons travaillé à partir de cette pluralité. En Albanie, en Corse, ce sont les hommes qui chantent pour les funérailles, en Tunisie, et dans la plupart des pays d’Asie, comme l’Indonésie, ce sont les femmes qui entonnent les lamentations funèbres – le dernier chant, quand Oreste monte sur le trône, est indonésien.

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Parmi toutes ces références on note une forte empreinte japonaise, dans le décor en particulier avec cette façade de palais ressemblant fort aux cloisons de papier de riz des maisons nippones. Et Oreste, quand il apparaît à la fin de la pièce mû par trois longs bâtons, renvoie au bunraku, l’art des marionnettistes japonais – Japon toujours, même si son costume et son masque parlent du Kerala.
Pascal Larue :
Cet aspect japonisant du décor m’est apparu tout de suite une fois qu’il a été réalisé, mais ça ne m’avait pas sauté aux yeux pendant la conception; nous essayions surtout de travailler autour de tout ce qui est "couleurs primaires "; avec une forte dominante de rouge puisque c’est une tragédie. En y réfléchissant, je me dis que ce n’est pas un hasard si le Japon a ainsi surgi du travail que j’ai mené avec le régisseur-décorateur après avoir imaginé le schéma général du décor: s’il y a aujourd’hui une société capable de comprendre dans sa chair, dans son corps, dans sa culture profonde la tragédie, c'est-à-dire cette verticalité de la relation entre les dieux et les hommes, c’est la société japonaise. Ce sens du tragique est sans doute répandu dans d’autres pays, particulièrement dans l’ensemble de l’Extrême-Orient, mais il me semble que c’est au Japon qu’il est le plus aigu. Je ne pense pas que l’on rencontre ailleurs une spiritualité qui fasse ainsi du tragique sa colonne vertébrale, qui se situe dans cette verticalité tendue où le corps de l’acteur est une caisse de résonance des forces qui le dépassent… et s’il y a un endroit au monde où le théâtre continue à perpétuer cette tradition-là, c’est le Japon. Ce que je dis là n’est absolument pas une justification intellectuelle : cette prise de conscience du lien avec la culture japonaise n’est venue qu’après coup; on est d’abord dans l’action, on fait puis, après, on réalise qu’en effet, tel ou tel élément "est japonisant"…

 

De la musique à la méthode de travail en général…
Pascal Larue :
J’ai très vite choisi le violoncelle comme instrument d’accompagnement. J’ai donné quelques indications générales et c’est la musicienne, Sabine Ballasse, qui a composé les morceaux. Au départ il ne devait y avoir qu’un seul violoncelle. Puis Camille, l’une des comédiennes qui incarnent le chœur, m’a dit qu’adolescente elle avait fait du violoncelle – ce que j’ignorais quand je l’ai recrutée: elle me l’a appris au moment où je lui ai dit qu’il y aurait une musicienne sur scène. Alors j’ai revu mon choix, je lui ai dit qu’elle allait devoir se remettre à son instrument, et voilà pourquoi il y a deux violoncellistes dans le spectacle! Et si j’ai travaillé sur une traduction de l’Électre de Hofmannsthal encore inédite, c’est aussi à la suite d’un enchaînement de hasards au terme duquel, d’ailleurs, la traductrice est devenue une collaboratrice à part entière pour le montage de la pièce… Ces surgissements me fascinent et me confortent dans cette idée que ma façon de travailler doit rester artisanale. Si on s’efforce de tout prévoir à l’avance, comme un général en campagne, et qu’on dirige les comédiens comme des petits soldats, finalement on tue la création. Il faut laisser les choses survenir et ne pas aborder son travail de mise en scène avec trop d’idées arrêtées. Quand les choses doivent se faire, elles se font…

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 11:58

carte-de-voeux-lierre-2011C'est essentiellement parce que le lierre est une plante entêtée que Farid Paya et sa compagnie l’ont choisie pour emblème et lui ont emprunté son nom. Et l'opiniâtreté est un des grands traits de caractère qu'ont en commun les gens du Lierre. Il n'est qu'à voir la manière dont ils traversent les difficultés depuis que leurs subventions ont diminué, leur effort tendu à l'extrême pour poursuivre leurs activités jusqu'aux derniers soupirs de leur théâtre, promis à la démolition et qu'ils devront quitter à la fin du mois d'avril sans savoir encore où ils pourront aller. Mais ils se seraient fort probablement passés d'une telle opportunité de témoigner de leur obstination à survivre – un peu de baume à leur sort ne serait pas mal venu... Or aux dernières nouvelles – Farid Paya s'efforce de communiquer régulièrement un "état des choses" aux amis du Lierre – rien n'est arrêté; le Lierre est victime d'un désaccord de fond entre la Ville de Paris et l'État au sujet du Nouveau Théâtre. La Ville comptait sur l'État pour en co-financer le fonctionnement. L'État, ne voulant pas contribuer au financement d'une initiative de la Ville, justifie son désengagement en arguant que le travail du Lierre n'est pas d'une qualité suffisante... La Ville de Paris quant à elle persiste à ne pas vouloir confier la direction du Nouveau théâtre au Lierre alors même qu'elle n'a pas de solution fiable pour assurer le fonctionnement du lieu. Il semble cependant qu'elle étudie la possibilité de "reloger" la compagnie du Lierre dans le Nouveau théâtre en lui conférant le statut de compagnie "en résidence de création", ce qui lui permettrait de continuer à travailler.

En lisant la dernière lettre de Farid Paya, d'où sont tirées ces informations et ces citations, je sens l'indéfectible espoir qui l'anime. Et je suis de plus en plus admirative devant ce combat que lui et sa compagnie mènent depuis si longtemps, avec la dernière énergie. Pourtant, leur face-à-face avec des institutions dont la logique décisionnelle demeure bien peu compréhensible, ressemble davantage au choc d'un pot de terre contre un pot de fer qu'à la lutte de David contre Goliath... Il n'en reste pas moins qu'à l'intérieur de cet édifice qui bientôt ne sera plus, et que l'on dirait plus fragile depuis que, tel un stigmate infamant, lui est apposé le sinistre panneau "Permis de démolir", la vie théâtrale se poursuit. Avec éclat et vitalité. Comme si ces murs devaient demeurer debout pour toujours et continuer d'abriter l'antre d'un théâtre vivant, chaleureux, tout à son public...
Outre la réduction drastique imposée à la programmation de la saison 2010-2011,
ce conflit entre le Théâtre du Lierre et les institutions a eu pour effet d'empêcher la compagnie de Farid Paya de travailler sereinement et de monter ne serait-ce qu'une reprise.

Des ondes presque identiques à celles émanant des spectacles conçus par le Lierre ont cependant envahi, cinq soirées durant, ce théâtre encore-debout-mais-plus-pour-longtemps – quand le théâtre de l’Enfumeraie offrit au public, du 2 au 6 mars, la version du mythe d’Électre qu’a élaborée le metteur en scène Pascal Larue en revisitant de fond en comble quelques-uns des plus grands textes qui s’en sont nourris. L’on retrouvait dans cette Électre la tragédie antique pareillement ressuscitée par un spectacle à la puissance dionysiaque qui mêle au texte le chant et la musique, qui métisse une multitude de références culturelles dans ses décors et ses costumes, et qu’habitent des comédiennes dont le moindre déplacement ressemble à une chorégraphie.

 

Electre-TN-affiche.jpg

"Métissage" est sans doute le mot clef sur lequel reposerait toute tentative de description du spectacle. Du texte aux costumes en passant par les chants et le jeu: tout est brassage. L’on entend pour l’essentiel des morceaux de Sophocle et d’Hugo Von Hofmannsthal mais s’y ajoutent, aussi, des bribes de Sénèque et un final écrit par Pascal Larue lui-même; des chants se lèvent en plusieurs langues et virent parfois à la vocalise pure ou aux modulations d’onomatopées; les costumes s’inspirent pêle-mêle des armures de samouraï, du folklore slave, de la tenue d’un prince kéralais; le décor évoque le Japon… En dépit de cette diversité l’harmonie règne – rien ne fait hiatus. Le multiple est ici facteur d’unité; du fait qu’aucune référence précise ne peut s’imposer à l’esprit, c’est l’universalité du mythe qui est mise en lumière. Et la pièce aurait tout aussi bien pu avoir pour titre Électres

Décor, costumes, lumières… Tout dans la mise en scène est époustouflant de luxuriance maîtrisée. À cela s’ajoute l’interprétation remarquable des comédiennes. Leur jeu est d’une grande intensité, comme si le moindre de leurs gestes, de leurs regards, de leurs mots s’originaient au plus profond de leur être. Qu’elles chuchotent ou hurlent, chantent ou parlent, dansent ou gisent immobiles: elles saturent l’air d’un formidable courant d’énergie qui ne cesse de circuler entre le plateau et le public, qui saisit le spectateur tout entier et l'immerge dans ce qui se joue, l'entraîne et le porte du début à la fin jusqu'à le laisser pantois, telle une souche ballotée par la tempête que la vague abandonne enfin sur la grève à marée descendante.

 

Faite de sable, de cendres et de sang liés ensemble par la verticalité du cri parti des tréfonds de l’âme humaine pour s’élever vers le cosmos des dieux tandis qu’il devient chant: la tragédie d’Electre, telle qu’interprétée par le théâtre de l’Enfumeraie, se détache de ses origines antiques pour recréer un "essentiel humain" qui transcende les époques, les inspirations littéraires et les aires géographiques. Mais par les brassages mêmes dont la pièce est constituée qui expriment l’universalité de l’histoire, la tragédie retrouve ses racines.

Du deuil qui ne s'accomplit pas au crime qui se fomente et se commet, de la lamentation funèbre à l'hymne au sang - de bout en bout la mort est là. C'est une tragédie: quoi d'étonnant à ce que le funèbre y soit à ce point éclatant? La compagnie de l'Enfumeraie en tout cas réussit à en faire retentir la sombre splendeur avec une puissance rare.

À l'intérieur de ces murs agonisants, quelques semaines avant la fermeture définitive du Théâtre du Lierre, cela avait une poignante résonnance... 

 

 

Électre
d'après Hugo von Hofmannsthal
Traduction et adaptation:
Eleonora Rossi
Adaptation et mise en scène:
Pascal Larue
Avec:
Pauline Barbotin, Camille Behr, Odile Frédeval, Annie Hamelin Virginie Picard, Sonia Rugraff, Ania Svetovaya
Musique (composition et interprétation au violoncelle):
Sabine Balasse
Création lumière :
François Verron 
Conception décors :
Éric Minette
Conception costumes :
Agnès Vitour
Durée :
1h40
   
 

Représentations données du 2 au 6 mars 2011 au Théâtre du Lierre, 22 rue du Chevaleret – 75013 Paris.
Ces représentations étaient accompagnées d'une exposition de photographies réalisées par Jerzy Piwowarczyk, un artiste pluridisciplinaire venu de Pologne, compagnon de longue date de l'Enfumeraie et qui désormais s'exprime essentiellement par la photo. L'oeil toujours aux aguets et le boîtier à portée de main, il saisit dans la nature des détails qui le frappent et qu'il enferme dans le cadre de son viseur. Son sens aigu de la composition plastique transforme ainsi des bribes de hasard en véritables tableaux. Ceux que l'on a pu voir dans le hall du théâtre du Lierre trois semaines durant, obtenus à partir d'écorces d'arbres et de morceaux de bois, recréaient de fascinants visages qui n'étaient pas sans rappeler les masques dont on use au théâtre.


NB - Cette pièce est l’une des rares que la compagnie de Pascal Larue exporte hors les murs de sa grange-théâtre implantée à Allones, dans les proches environs du Mans. Créée en 2009, elle sera reprise cet été pendant le festival "off" d’Avignon, du 8 au 31 juillet, tous les soirs sauf les lundis à 22h30 au théâtre Présence Pasteur. Si vous envisagez d’être avignonnais le temps du festival, prévoyez dans votre agenda une place pour aller voir cette Électre-là – prévoyez même que vous y reviendrez malgré tout ce qu’il y aura à voir; c’est un spectacle qui exerce une telle attraction et qui pénètre si profond dans l’âme qu’il est difficile de se contenter d’une seule représentation.

 

Lire ici l'entretien avec Pascal Larue.

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 12:16

affiche_serments-indiscrets.jpgDamis, jeune homme des mieux tournés et des plus agréables, a été promis à Lucille, jeune fille non moins délicieuse. Les deux futurs époux ne se connaissent pas. Mais leurs pères, Ergaste et Orgon, sont les meilleurs amis du monde: ce projet de mariage n’a d’autre but que de donner à leur amitié le doux prolongement d’une union de leurs deux familles. Ni Damis ni Lucille ne sont engagés ailleurs, et tous deux ont à cœur d’obéir aux volontés paternelles – d’autant que les pères, de leur côté, ne consentent au mariage que si cela s’accorde aux inclinations de leurs enfants. Pour ne rien gâter, Damis et Lucille se plaisent dès le premier regard. Il leur faudra cependant cinq actes pour enfin admettre qu’ils s’aiment et que le mariage ne leur répugne point… Pas d’obstacle là-dedans, ni matériel, ni social, ni même sentimental et pourtant les deux promis vont tergiverser, argumenter, se mentir et "raffiner" indéfiniment, au point que Orgon et Ergaste, décidément fort attentionnés, vont envisager de marier Damis à Phénice, la sœur de Lucille, pensant ainsi contenter tout le monde et son père.

Pendant ce temps, comme souvent dans les pièces de Marivaux, en arrière-plan de l’intrigue des maîtres s’écrit une histoire ancillaire: Frontin le valet de Damis et Lisette la suivante de Lucille s’avouent leur inclination partagée tout de go.


Peut-être est-ce pour signifier combien la situation est en définitive peu conflictuelle que le plateau a été cerné par-derrière et latéralement par un assemblage de tentures entre les pans desquels les comédiens entrent et sortent: pas de mur en dur, pas de portes ni de fenêtres non plus mais des rectangles lumineux dessinés par simple effet d’éclairage. Fluidité des obstacles, évanescence des zones de passage: l’intrigue est, fondamentalement, "légère". Tout comme la drôlerie, d’une extrême finesse, concentrée dans la vivacité des reparties, dans la saveur du verbe marivaldien et le sel des répliques.
"Légèreté" est aussi le terme qui vient à l'esprit pour qualifier le décor, dépouillé et apaisant avec son chromatisme gris perle que les lumières porteront au blanc quasi pur lors du dénouement et que rehausse subtilement l'habillage rouge profond d'un piano. En dehors de cet instrument, dont la facticité est discrètement affirmée, rien autre que des masses gris pâle à peine veinées que l'on identifie tout de suite comme des pierres – des pierres de diverses tailles sur lesquelles les personnages vont s'asseoir ou prendre appui: on est à la fois au jardin et au salon, à la fois sur une scène de théâtre et dans un tableau de genre tels qu'on les affectionnait au XVIIIe siècle. Tout cela est suggéré, comme un trait dans une esquisse suffit à laisser deviner la figure entière. Si le décor est dénué d'indices chronologiques et joue plutôt sur la signification symbolique de ses éléments, les costumes
féminins en revanche renvoient manifestement au Premier Empire avec leur taille haut placée sous la poitrine et marquée par un ruban sous lequel l’étoffe souple et claire de la robe tombe librement. Le XIXe siècle se retrouve aussi, mais à son autre extrémité, dans le choix de la musique: il n'y a pas d'accompagnement musical pendant les dialogues mais l'on passe d'un acte au suivant le temps d'un un noir partiel au son d'un piano égrenant comme des perles les notes rondes et brillantes d' "Idylle", l’une des Dix pièces pittoresques d’Emmanuel Chabrier (1841-1894).

 

Anne-Marie Lazarini, à l'évidence, a opté pour le brassage chronologique – un mélange qui, brouillant les références, confère à la mise en scène une dimension atemporelle. Cette "a-temporalité" procède d'un faisceau de petits signes tracés avec autant de discrétion que d'élégance, de finesse. L'on apprécie cette approche, qui ne cherche pas à toute force à insérer un texte ancien dans un contexte contemporain mais qui ne se borne pas non plus à le monter comme une banale "pièce en costume".

 

Il faut bien avouer que l’on finit par s’ennuyer un peu à écouter ces jeunes gens développer à longueur de dialogues des arguments spécieux frôlant plus souvent qu’à leur tour la mauvaise foi, à les voir entrer et sortir puis revenir et repartir comme s'ils jouaient à cache-cache. N’était la langue brillante et les reparties délectables, l’intérêt se soutiendrait à grand-peine au-delà du troisième acte. Mais un texte savoureux n’est pas tout et, si on le goûte ici de bout en bout, c’est essentiellement parce qu’il est superbement porté par les comédiens. Frédérique Lazarini en particulier campe une formidable Lisette dont elle fait entendre, avec beaucoup de subtilité vocale, toute la gamme des émotions et des humeurs, tour à tour fébrile, pétulante, humble, directive, séductrice… De très belles interprétations, donc, mais celle d’Isabelle Mentré m'a tout de même déçue: incarnant Phénice, elle articule exagérément ses syllabes telle une élève studieuse redoutant de n’être pas entendue, alors que son jeu, fort heureusement, n’a rien de laborieux ni de forcé.

En outre excellemment servie par la mise en scène d’Anne-Marie Lazarini, d’une exemplaire sobriété et qui joue davantage sur la suggestion que sur la signification ostentatoire, la pièce devient, sur la scène des Athévains, un plaisant moment de théâtre tout entier voué au texte qui honore véritablement la langue allègre et fine de Marivaux.
Reste cependant à se demander ce que ces serments-là, tels qu’ils se prêtent et se reprennent dans cette pièce, nous offrent aujourd’hui au-delà de l’agréable dégustation littéraire… Pour ma part en tout cas, je n’ai entendu aucune de ces étranges résonnances qu'elle pourrait avoir avec l’esprit contemporain. Mais je compte peut-être parmi les malentendants… 

 

 

Les Serments indiscrets
Comédie en cinq actes de Marivaux
Mise en scène:
Anne-Marie Lazarini assistée de Bruno Andrieux
Avec:
Jacques Bondoux, Cédric Colas, Frédérique Lazarini, Isabelle Mentré, Julie Pouillon, Dimitri Radochévitch et Arnaud Simon
Costumes:
Dominique Bourde (avec la collaboration de Anne-Marie Underdown et Sophie Heurin)
Décor et lumières:
François Cabanat, avec des sculptures de David Dreiding
Bande sonore:

Idylle, d'Emmanuel Chabrier, interprété par Pierre Barbizet
Durée:
Environ deux heures, sans entracte
Création Les Athévains

 

Jusqu’au 24 avril 2011 au théâtre Artistic Athévains – 45 bis rue Richard Lenoir, 75011 Paris. Tél.: 01.43.56.38.32

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 17:49

zulma-20ansTN.jpgLes éditions Zulma fêtent cette année leur vingtième anniversaire. En vingt ans s'est écrite une histoire cohérente mais riche en changements dont les plus marquants sont peut-être ceux intervenus en 2006 quand a été adopté le principe d’un catalogue unique d’où était effacé le cloisonnement des collections en même temps que les livres étaient dotés d’une maquette radicalement modifiée. Restent inchangés la fabrication irréprochable qui allie recherche esthétique et qualité des matériaux comme de l’assemblage, le soin apporté à l’établissement des textes, une certaine idée de ce que sont la littérature, les livres, les écrivains, les libraires… et les lecteurs. 

Pour marquer ces deux décennies d'existence ont été conçues des boîtes d'un genre nouveau, à paraître tout au long de l’année [qui] mettront en valeur sept auteurs phares de la maison, mais aussi les nouveautés et une cinquantaine de titres de notre fonds. Pour avoir vu de près deux d'entre elles lors de la soirée-lecture organisée à l'occasion de leur parution à la librairie parisienne Tropiques*, je puis témoigner qu'elles n'ont rien à voir avec le trop banal "coffret", ce simple surcroît d'emballage dont on revêt à la hâte des livres histoire de leur donner un faux air de cadeau luxueux – et, surtout, de forcer à l'achat groupé... Non, rien de tel ici: outre qu'elles sont esthétiquement réussies et qu'elles paraissent avoir, à la prise en main, une excellente tenue, ces boîtes se justifient pleinement par leur contenu même...

 

L'on présentait, ce soir-là, les Nouvelles du jour et de la nuit d'Hubert Haddad, soit un ensemble de nouvelles réparties dans deux boîtes de même dimension et contenant chacune le même nombre de livres – cinq – ayant tous un nombre de page identique – 128. Autant pour le jour que pour la nuit – l'intitulé réclamait cette symétrie parfaite. En quoi la "mise en boîte" est-elle plus pertinente qu'une présentation traditionnelle en recueil? Parce qu'elle est, dans ce cas précis, la métaphore du projet éditorial et de l'attention particulière que les éditions Zulma vouent au livre en tant qu'objet. boite-la-nuitHH.jpg

Ces Nouvelles ainsi présentées sont le fruit d'un projet qualifié de "complètement fou" par l'éditrice, Laure Leroy. Fou... en tout cas colossal: il s'agissait d'explorer un vaste corpus d'une soixantaine de nouvelles – la quasi totalité de celles qu'a écrites Hubert Haddad jusqu'à présent – et de choisir parmi elles celles qui allaient pouvoir entrer dans la nouvelle architecture imaginée à l'occasion de ce vingtième anniversaire. La nouvelle, à la fois entité autonome et partie d'un ensemble – le recueil – se prête particulièrement bien à un tel jeu de déconstruction-reconstruction... D'autant plus que l'auteur est de ceux estimant qu’un texte ne doit pas être figé définitivement dans la forme qui lui a été donnée lors de sa première parution et qu'il peut (doit?) être remanié lorsqu'un éditeur prévoit de le rééditer. Aussi tâche-t-il de revoir chacun des siens lors de leur réédition, leur apportant, à chaque fois, l’empreinte qui lui semble s’imposer du fait des années passées et des inflexions qu’a connues sa façon d’écrire. Ce sont toujours des retouches qui laissent intact l’essentiel du texte: il ne s’agit pas de le récrire de fond en comble, juste d’inscrire en lui la trace du passage du temps et de donner écho dans la substance écrite au changement d’habillage qui, en général, accompagne toute réédition. Et en effet, un livre relu étant, pour le lecteur, une nouveauté, une redécouverte, pourquoi ne serait-il pas envisagé par son auteur pareillement comme une œuvre nouvelle à la faveur d’une réédition? 

 

L'on a donc pioché çà et là des pièces éparses, que l'on a extraites de leur contexte pour les insérer dans une toute nouvelle configuration. Et face à ces boîtes, le lecteur aura, sans doute,  une impulsion de lecture répondant au geste qu'ont accompli de concert l'auteur et l'éditeur - piocher un livre, puis un autre, et les replacer dans la boîte à son gré... mobilité des éléments, persistance de l'ensemble.
Le jour, la nuit, des textes anciens repris et dotés d'un nouvel éclat, le temps passé et celui qui s'annonce... Tout cela s'est retrouvé symbolisé dans la nouvelle qu'Hubert Haddad, avec un merveilleux sens de l'à-propos, avait choisi de lire: "Janus à pile ou face", sortie de la boîte diurne. Si à la seule écoute je n'ai pas su bien saisir les tenants et les aboutissants de l'histoire – la voix d'Hubert Haddad, peu à peu hantée par les mots, décolle, génère au fil de la lecture son propre univers et l'on est davantage gagné par un charme qu'invité à suivre un récit – j'ai retenu un nom, Daisy Junk (mais puis-je me fier à mon ouïe?). Rythme, scansion... Et une théorie d'être bizarres – une femme à barbe? deux faux frères siamois? Beaucoup de mystère au bout du compte, et une immense envie de l'éclaircir, en tête à tête avec le texte...

 

La nuit était douce et, après avoir agréablement bavardé une fois la lecture achevée, j’allai à pied des Tropiques jusqu’à l’enfer (Rochereau). Dans ma tête résonnait, avec le bruit de mes pas et la rumeur de la rue, ce nom de Daisy Junk et, en orbite, quelques-unes des créatures étranges dont j'avais cru capter la présence. Je ne savais plus très bien quels avaient été le cours de l’histoire et son fin mot – tout cela s’était un peu égaré dans cette sorte de vague hypnose où plonge toute voix habitée par ce quelle lit, à laquelle avait succédé la vivacité des conversations entre l’artiste et son public. Mais j'avais aussi la certitude que tout se décanterait  lorsque je m'aventurerai dans le texte à l’amble de ma propre lecture. Reste qu'un moment d’intimité avec "Janus à pile ou face", pour qui n’a qu’une tête et quand bien même il serait doté de nombreux visages, risque d'offrir quelques difficultés… 

 

* La librairie Tropiques se décline en deux boutiques se faisant face, de part et d'autre de la rue Raymond Losserand. Elle offre à la littérature jeunesse son espace, et réserve à tous les autres domaines du livre le magasin principal, où avait lieu la lecture. Il n'est pas très grand et, si l'on n'a guère de latitude pour muser entre les présentoirs, on y est suffisamment à l'aise pour s'attarder, regarder, prendre entre ses mains tel ou tel livre qui pourrait intéresser. Et l'aménagement est habile qui, malgré le nombre d'ouvrages proposés et la diversité des catégories, laisse l'ensemble accessible aux regards avec, çà et là, d'habiles mises en valeur. Bien sûr en séparant quelques livres de la masse mais aussi par la pose d'un bandeau vert affichant "coup de cœur du libraire" qui permet d'attirer l'attention sur un livre sans qu'il y ait besoin de lui assigner une place hors de son rayon. Et ce bandeau n'est pas un artifice visuel: seuls y ont droit les livres effectivement lus, et appréciés, par les libraires et dont ils peuvent longuement parler avec quiconque engagerait le dialogue à leur sujet. Ce ne sont pas forcément des "nouveautés"; ce sont simplement des œuvres de qualité qui méritent d'être défendues en dehors des cadres trop étroits qu'impose l'actualité. Et puis il y a le jardin! C'est paraît-il l'unique librairie parisienne qui puisse se targuer d'avoir un jardin De ce que j’en ai aperçu nuitamment je le devine petit, mais il s'est avéré suffisant pour accueillir une table, des chaises, et laisser à quelques personnes le loisir de converser confortablement en grignotant, un verre à la main…

Elle est tenue par trois libraires dont Dominique Mazuet, avec qui j'eus le plaisir de converser un peu ce soir-là. J'avais justement repéré, discrètement mis en évidence dans son rayon par son bandeau vert, un livre publié par Zulma en janvier 2009 - la première traduction française du roman de David Toscana, El Ultimo lector. Ce fut un régal que de l'écouter parler de ce "coup de cœur" et, si je n'avais pas eu ce livre dans ma bibliothèque, je serai repartie avec sans même l'ouvrir ni le feuilleter tant il avait été convaincant. Sans emphase mais d'une voix posée et sûre, s'exprimant avec autant de clarté qu'un professeur mais avec la simplicité chaleureuse d'un ami tâchant de partager son enthousiasme, Dominique Mazuet a magistralement présenté le roman, me détaillant ses singularités littéraires sans rien vendre de la "mèche" que l'on doit garder secrète pour ne pas briser la curiosité. Il me semble bien que j'ai croisé là une des incarnations du "libraire idéal"

 

 

Soirée lecture organisée le jeudi 10 février à 19 heures autour des Nouvelles du Jour et de la Nuit d'Hubert Haddad, à la Librairie Tropiques – 63 rue Raymond Losserand, 75014 Paris

 

Hubert Haddad, Nouvelles du jour et de la Nuit. Deux boîtes, Le Jour, et La Nuit, comprenant chacune cinq livres de 128 pages:

* Le Jour: "Le Cabaret de la mère folle", "Le Souffle de l'Agone", "Le Soleil des scorpions", "Un été vaudou", "Le Jardinier et le faux nègre".
* La Nuit: "L'Inconnu du terminal Beaufor", "Juliette avant la nuit", "Le Robot mélancolique", "Le Prince d'automne", "Le Langage des fleurs".


 

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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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