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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 18:57
65e édition du festival des jeux du théâtre de Sarlat (II)

Pour de trop nombreuses mauvaises raisons, l’article est resté là, en souffrance d’achèvement, béant comme la bouche muette de qui ne trouve plus ses mots, depuis le crépuscule de juin – j’avais pourtant bon espoir de déployer les détails des dix-huit spectacles proposés avant l’ouverture de la billetterie, le 1er juillet dernier. Les circonstances en ont décidé autrement, qui me tiennent même éloignée de Sarlat pour la première semaine de festivités. J'avais cependant commencé de méditer sur quelques aspects frappants de la programmation, dont vous n'ignorerez plus rien en consultant cette page. Et je m'apprêtais à effeuiller les soirées l'une après l'autre, au gré des petits "plus" dont Jean-Paul Tribout avait enrichi chacune de ses présentations lorsque nous nous étions rencontrés, le 5 juin – mais mon élan s'est arrêté net et, avant que je reprenne le fil de cet article que je ne voulais pas laissé rompu malgré la quasi-fin du mois de juillet...

Il y a eu Nice. Puis ces trois jours de deuil national, qui s'achèvent en même temps que débute le Festival. Et l'acmé de ces journées en crêpe noir, la minute de silence nationale observée aujourd'hui 18 juillet à midi, qui aura coïncidé avec la fin de la première "Rencontre de Plamon" de cette année.

Déjà, à de petits indices, j'avais bien senti que cette 65e édition portait, profonde, la marque des attentats de novembre 2015, de janvier 2016, et de ces atteintes répétées, à travers le monde, à la dignité humaine. Ainsi Jean-Paul Tribout avait-il, pour la première fois depuis qu'il m'accorde le privilège de l'interview annuelle, souligné lui-même quelques "fils rouges thématiques" liant certains spectacles – par exemple la question de la condition féminine, ou celle des altérophobies de toutes sortes... – tandis que, jusqu'alors, il avait eu plutôt tendance à tempérer sa responsabilité de directeur artistique dans ces "résonances de fond" perçues par les spectateurs et à mettre leur surgissement sur le compte de conjonctions opportunes nées davantage des inévitables compromis entre contraintes et disponibilités que d'une volonté délibérée de rendre voisines certaines pièces...

Et puis ce constat, aussi, qu'il n'y avait pas a priori de spectacle témoignant d'une trop perturbante radicalité dramatique – comme si l'âpreté du monde bouleversé dans lequel nous évoluons en ce moment exigeait que fût laissé aux spectateurs un minimum de "confort théâtral", afin que puisse s'épanouir pleinement une réflexion sur les problèmes essentiels que ne manqueront pas de susciter des spectacles comme Le monde d'hier de Sefan Zweig (19 juillet), Les Pieds tanqués de Philippe Chuyen (21 juillet), Retour à Reims, d'après Didier Eribon (23 juillet), Tabou, de Laurence Février, où l'on entend la plaidoirie de Gisèle Halimi (28 juillet), Et pendant ce temps, Simone veille, de Corinne Berron, Hélène Serres, Vanina Sicurani, Bonbon et Trinidad (1er août)... Sans oublier Swing Heil de Romuald Borys (25 juillet), L'Homme dans le plafond, de Timothy Daly (26 juillet) ni Adolf Cohen, de Jean-Loup Horwitz (31 juillet, 2e partie de la Journée des auteurs).

Enveloppant subtilement ces pièces d'une gravité fondamentale que certaines néanmoins drapent d'un voile d'humour, des spectacles pour rire et seulement pour rire – Le Voyage de monsieur Perrichon, d'Eugène Labiche (24 juillet), Un fil à la patte, de Georges Feydeau (3 août) ou pour rêver – L'île sans nom de Johanna Gallard (27 juillet).

Ce jeudi 18 juillet, c'est Philippe Torreton qui ouvre le festival – un comédien dont on connaît la voix puissante et les engagements affirmés, une envergure à lui seul qui, de plus, partage la scène avec Edward Perraud, un percussionniste de très grande renommée. Le spectacle s'intitule... Mec! et a été écrit d'après des textes d'Allain Leprest (1954-2011). Nul doute que ça va claquer...Je m'étais dit, en commençant d'écrire cet article il y a presque un mois, que ça ne manquait pas de sel d'ouvrir un festival où en effet la condition des femmes est bien présente par un spectacle 100% "mec". Mais aujourd'hui cette considération me paraît bien futile.

Pour avoir, par le passé, vu différentes militances s'inviter au Festival avec art, à-propos et force néanmoins – notamment les intermittents, en 2014, qui ont réussi à instruire les spectateurs de leurs difficultés, à les convaincre du bien-fondé de leurs revendications sans jamais interrompre ou perturber une représentation – je sais que le 65e Festival des jeux du théâtre sera un de ces remparts contre la barbarie que seuls peuvent dresser les arts et la culture car ce sont eux, et tout ce qu'ils tiennent sous leur ailes, qui fondent notre humanité. En allant au théâtre, en écoutant de la musique, en contemplant un tableau, en lisant un livre, on est bien plus droit, et debout face à la barbarie qu'en prêtant allégeance à l'un ou l'autre de ces aboyeurs et attiseurs de haine qui, hélas, ne manquent pas de se réveiller à l'odeur du feu et du sang..

Non, aller au spectacle, à Sarlat ou ailleurs, ne relève pas du déni de réalité et ce n'est certes pas reléguer les victimes dans l'arrière-fond de ses pensées: c'est au contraire s'affirmer en tant qu'être humain, compatir dignement en refusant de moutonner dans la haine et l'invective.

Il ne reste pas grand-chose de pertinent, aujourd'hui, dans ce que m'avait inspiré le programme et la couverture du livret imprimé. Pourtant... après avoir longtemps hésité, je laisse en place ces prémices échouées là: il y est question de Shakespeare.

La première surprise que j'ai éprouvée en feuilletant le programme est de constater qu’il n’était pas là… malgré l’illustration, on ne peut plus allusive, qui orne la couverture du fascicule. Alors qu'on commémore le 400e anniversaire de sa disparition, il n’y a pas à l’affiche l’ombre d’une présence shakespearienne, pas même sous la forme d’une (presque) adaptation ou d’un hommage à la manière, par exemple, de l’étonnant Hamlet 60, mis en scène par Philippe Mangenot, que l’on a vu en 2014… Il ne faut voir là nulle intention de se montrer rétif au courant dominant, à "ce-qui-se-fait-partout", non, la raison de cette absence est toute simple; elle est inhérente aux facteurs qui contraignent la programmation sarladaise: «Je n’ai vu aucune pièce de Shakespeare qui aurait été susceptible de venir à Sarlat cette année, et personne ne m’en a signalé que j’aurais pu inviter», m’explique Jean-Paul Tribout. Mais, au fond, sa célébration ne peut-elle tenir dans cette seule manifestation purement graphique? Par le truchement d'une couronne, d'un crâne, d'une nuit étoilée il est immédiatement évoqué en renvoyant à ses œuvres les plus connues; il est ainsi établi en figure tutélaire de tout le festival. Cet habile travail d'illustration, éloquent au premier regard, montre combien William Shakespeare est devenu emblématique du théâtre occidental. Et témoigner aussi simplement de cette imprégnation culturelle, par une sorte de clin d'oeil de connivence, est peut-être, en définitive, une révérence plus profonde adressée au «Grand Will» que de banalement programmer l'une ou l'autre de ses pièces. j'ajouterai, enfin, que cet hommage subtil est en fraternité avec les nombreux spectres qui hantent son œuvre...

Molière en revanche – lui dont je pensais, avant de me replonger dans les anciens programmes qui ont in fine démenti cette conviction, qu’il formait avec Shakespeare un duo d’invités permanents au Festival – est bien présent, à travers deux de ses pièces les plus fameuses (L’École des femmes, le 20 juillet et Les Fourberies de Scapin le 2 août) et, peut-être, les plus jouées, lui dont on ne célèbre rien cette année mais qui n’a nul besoin de commémoration d’aucune sorte pour tenir continument son éminente place dans notre culture.

65e édition du festival des jeux du théâtre de Sarlat (II)
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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 02:50
65e édition du festival des Jeux du théâtre de Sarlat (I)

Pour sa 65e édition, le festival de Sarlat se porte plutôt bien...

L’an passé, lors de plusieurs «Rencontres de Plamon», l’expression avait fusé, à la faveur de l’une de ces brèches qui de temps à autre s’ouvrent au-delà des spectacles dont on parle pour aller vers des considérations plus générales: «Cette année, le festival arrive à un tournant de son histoire.» Un tournant… chaque fois que ces mots surgissent dans l’évocation d’un parcours, qu’il s’agisse d’une personne ou bien d’un événement, il est difficile de ne pas entendre, derrière, l’ombre d’une menace. Et, en effet, ce qui devait infléchir à coup sûr l’histoire du festival avait de quoi inquiéter. D’une part 2015 marquait la dernière contribution de la DRAC au budget de l’événement – un abandon progressif amorcé trois ans auparavant – et, d’autre part, l’occupation de la place de la Liberté pour trois représentations était remise en question de manière plus radicale que de coutume. Il ne fallait plus seulement faire face à la grogne pressante des cafetiers et des commerçants de la place qui, le temps que les gradins tiennent l’espace, sont privés de leur terrasse ou de leur pas de porte et voient ainsi s’échapper une partie de leur clientèle car un nouveau problème se profilait: le contrat de location qui liait le comité du festival à la société fournissant les gradins arrivait à échéance et il ne pouvait être reconduit qu’à la condition que les matériels soient entièrement rénovés, or cela impliquait une hausse des tarifs qui dépassait beaucoup trop largement le budget du festival. Les représentations sur la grand-place allaient-elles donc disparaître? C’eût été la solution la plus simple, qui de plus permettait de dénouer sans ambages les conflits avec les commerçants, mais, aussi, la plus douloureuse: offrir au public des spectacles en ce lieu emblématique de Sarlat fait partie de l’identité du festival; n’en plus avoir la possibilité revenait à défigurer l’événement.
Plusieurs alternatives parmi lesquelles il allait falloir trancher à court terme furent vaguement envisagées: compenser le renoncement à la grand-place par un aménagement du site des Enfeus (installation de gradins plus grands et plus confortables, doublée d’un agrandissement de la scène) permettant d’accueillir plus de spectateurs et des spectacles exigeant plus d’espace; un maintien festivalier sur la place mais sous une autre forme que celle des grands spectacles spacivores (par exemple des pièces de tréteau, analogues à celles qui se jouent au jardin du Plantier)… Dans l’expectative et un peu inquiète bien que l’existence même du Festival n’ait pas semblé devoir être menacée, j’avais quitté Sarlat le cœur triste comme tous les ans quand s’achève cette parenthèse d’effervescence théâtrale délicieusement euphorisante mais, cette fois, lourd d’une ombre supplémentaire. Et puis je ne pouvais m’empêcher de songer que Jacques Leclaire en 2014, et Jean-Paul Tribout en 2015, avaient chacun fêté leur vingt ans d’implication dans l’organisation du festival, le premier en tant que président du comité, le second au poste de directeur artistique. Ces échéances décennales étaient-elles de nature à aiguiser davantage l’angle de ce «tournant»?
Dans les semaines qui suivirent la clôture du festival, je vis avec plaisir reprendre l’habituel égrènement des moments cruciaux rythmant les préparatifs de l’édition à venir : convocation de l’assemblée générale, établissement puis annonce du programme 2016, invitation à la conférence de presse et, enfin, réception dans ma boîte à lettres du livret de présentation… où je découvris que l’on donnait à nouveau « Carte blanche à Jean-Paul Tribout », que le président Leclaire avait été réélu, et qu’il y avait toujours trois représentations données sur la place de la Liberté – trois « grands spectacles », comme d’habitude… Agréablement surprise, je me demandai néanmoins comment avait été négocié ce «tournant» qui, in fine, semblait n’avoir pas modifié le visage du festival, dans les traits duquel, en outre, je n’apercevais pas de stigmates attestant de souffrances budgétaires aggravées : toujours dix-huit spectacles se partageant les mêmes lieux (abbaye Sainte-Claire, place de la Liberté, jardin des Enfeus, jardin du Plantier), une «Journée des auteurs», les «Rencontres de Plamon» chaque matin à 11 heures… Je retrouvais dans les pages du programme ce paysage théâtral qui m’est si cher et auquel je m’attache davantage d’une année sur l’autre depuis maintenant dix ans.


J’eus le fin mot du mystère à la faveur de l’interview que Jean-Paul Tribout m’a accordée le dimanche 5 juin – un rendez-vous lui aussi inscrit dans «l’habituel égrènement» des préparatifs festivaliers d’une habituée qui n’a presque jamais pu assister aux conférences de presse, et qu’honore avec une invariable gentillesse le directeur artistique en dépit de ses multiples obligations.
Jean-Paul Tribout:
On a en effet conservé trois spectacles sur la place de la Liberté, mais avec des gradins de seulement 600 places au lieu de 1200. Ça mange moins d’espace et, du coup, les étals des commerçants et les terrasses des cafés peuvent rester en place pendant la semaine où les gradins sont montés. De la sorte leur chiffre d’affaires sera préservé, et les spectateurs pourront, eux, continuer de profiter, à trois reprises durant le festival, du cadre formidable que constitue la place.
Cette solution de compromis, la meilleure semble-t-il car elle satisfait à peu près à égalité toutes les parties, a cependant un coût:
Avec une jauge réduite de moitié, nous ne pourrons plus faire de bénéfices avec les spectacles de la grand-place. Mais il est vrai que nous avons très rarement accueilli 1200 spectateurs ; la moyenne de remplissage s’est toujours établie entre 500 et 800 places, malgré quelques exceptions mémorables, par exemple en 2015 avec La Vénus à la fourrure* ‒ on a vendu tous les billets, et comme les producteurs avaient consenti d’importants efforts pour que le comité puisse offrir le spectacle aux festivaliers, les bénéfices ont été appréciables. Pareille aubaine ne pourra plus se produire avec cette jauge réduite, mais encore une fois, nous ne remplissions que très rarement ces 1200 places. La perte de bénéfice ne sera, en définitive, pas si massive que cela.

Je m’avise aussi, in petto, qu’en cas de repli forcé au Centre culturel pour cause d’intempéries, tous les spectateurs sans exception pourront être déplacés et que le comité n’aura pas de billets à rembourser…
Sur le plan financier – ce «fil du rasoir» si prompt à trancher net la récurrence d’un événement dès lors que l’un ou l’autre subventionneur déclare forfait – la situation n’est pas aussi catastrophique que pouvaient le laisser redouter ces temps de disette culturelle.
Jean-Paul Tribout:
Certes, je pourrais répéter, comme tous les ans, que nous n’avons jamais assez d’argent pour faire ce que nous voulons, et inviter tous les spectacles que nous aimerions proposer aux festivaliers mais, dans l’ensemble, nous n’avons pas trop à nous plaindre du budget: la DRAC s’est retirée, préférant accorder ses aides aux structures permanentes, comme le Centre culturel, par exemple, mais en contrepartie, la ville et le département ont augmenté leurs subventions – la perte est donc en partie compensée. De plus, cette année, l’ADAMI a reconduit son partenariat avec le festival – mais elle se retirera l’année prochaine, adoptant, ainsi, un soutien par intermittence. Et comme les artistes invités sont toujours aussi généreux, et disposés à rogner sur leurs cachets pour que leurs pièces puissent venir à Sarlat, nous avons réussi à dégager de petites économies grâce auxquelles nous avons pu inscrire à l’affiche un spectacle supplémentaire, à destination du jeune public…


Avant d’entamer l’exploration au jour le jour du programme [que l'on peut d'ores et déjà découvrir ici, en notant que la location sera ouverte au public dès le 1er juillet], un mot sur les activités de Jean-Paul Tribout : les deux derniers spectacles qu’il a montés et dans lesquels il joue, Monsieur chasse! et Le Mariage de Figaro, poursuivent une carrière itinérante au gré de dates disséminées un peu partout dans l’Hexagone; au début du mois de juillet, il lira des textes de Voltaire au 21e Festival de la correspondance de Grignan, dont le thème est «Lettres d’exil» ‒ cette lecture, orchestrée par Didier Brice (un comédien avec qui il a déjà travaillé et qui est venu à Sarlat plusieurs fois) s’intitule Voltaire: «Je me suis fait libre». Cinquante ans d’exil. Enfin, il prépare une nouvelle pièce qui ouvrira la prochaine saison au Théâtre 14 – la première aura lieu le 5 septembre –, dont les répétitions venaient tout juste de débuter quand nous nous sommes rencontrés: Vient de paraître, une comédie en quatre actes d’Édouard Bourdet (1887-1945), créée en 1927 au théâtre de la Michodière et qui a connu, alors, un énorme succès – elle aurait été jouée plus de six cents fois… Mais il n’y a pas eu de reprise depuis, sinon sous forme d’adaptations audiovisuelles: deux dramatiques pour la télévision dans les années 1960, et un film, en 1949, réalisé par Jacques Houssin, avec Pierre Fresnay. Édouard Bourdet, durant l’entre-deux-guerres, fut avec Henri Bernstein le principal auteur de théâtre de boulevard; il fut aussi, entre autres, administrateur de la Comédie-Française pendant le Front populaire. La pièce la plus connue de cet auteur aujourd’hui oublié est Le Sexe faible (1929). Une autre de ses œuvres est fameuse, mais sous la forme de son adaptation cinématographique: Fric-Frac, le célébrissime film réalisé en 1939 par Paul Lehman, avec Fernandel, Michel Simon et Arletty.


«Vient de paraître, m’explique Jean-Paul Tribout, est une satire du monde de l’édition: on y apprend comment on “fabrique” un prix littéraire, comment on empêche un auteur de l’avoir… c’est un aperçu assez sociologique sur ce milieu très particulier – d’autant plus intéressant que les choses n’ont pas beaucoup évolué depuis les années 1930, à ce qu’il me semble! On est dans le registre de la “comédie de salon”: on ironise sur les mœurs, c’est vif, rapide, on ne rit pas aux éclats et il n’y a pas beaucoup de mots d’auteur comme chez Guitry mais c’est très bien écrit. Je crois d’ailleurs que c’est l’écriture qui m’a donné envie de monter cette pièce, et puis aussi le fait que je n’avais encore jamais mis en scène de comédie de salon. Ce sera donc une première, et j’aurai le plaisir de retrouver, dans cette aventure, la plupart des comédiens qui me suivent habituellement…»

Et comme si tout cela ne suffisait pas à son bonheur d’homme de théâtre passionné et engagé, Jean-Paul Tribout doit aussi s’occuper du dossier «Avignon off» pour le compte de l’ADAMI, dont il est le vice-président – c’est-à-dire qu’il sera présent dans la Cité des Papes au plus fort de l’affluence, avant de venir prendre ses quartiers en Périgord pour des journées festivalières dont on sait combien elles sont trépidantes...

* La Vénus à la fourrure, de David Ives. Mise en scène: Jérémie Lippmann. Avec Nicolas Briançon et Marie Ghislain.
Le dimanche 26 juillet 2015, ce spectacle venait clore la série de représentations données place de la Liberté.L'on y avait vu l'avant-veille le Dom Juan de Molière mis en scène par Arnaud Denis (que j'avais vu au Théâtre 14 et qui se jouait pour la dernière fois, avais-je appris le lendemain) et le mercredi 22 Beaucoup de bruit pour rien, de Shakespeare, que Hervé van der Meulen avait transposé en 1918. Deux spectacles merveilleux, formidablement interprétés, qui avaient en occupé l'espace d'une manière exceptionnelle et suscité l'enthousiasme du public... La Vénus à la fourrure avait été, à mes yeux, l'apothéose de cette suite de trois représentations: les deux comédiens avaient, par leur formidable talent, servi avec brio une pièce fascinante (qui, rappelons-le, n'adapte pas le roman de Sacher-Masoch mais interroge le jeu même de l'acteur, la frontière ténue qui sépare le personnage de la personne, les effets de miroir qui peuvent troubler, jusqu'à la confusion, les postures du comédien et du metteur en scène, etc.) - par leur seul jeu, ils étaient parvenus à habiter l'entièreté d'une scène immense, occupée par un décor impressionnant: une sacrée performance pour un duo. Mais en outre, ils avaient su tirer parti de la configuration de la place, avaient réussi à intégrer dans leurs déplacements son immédiate périphérie... La grand-place avait été magnifiée par le spectacle qui, en retour, avait reçu de cet environnement rare une dimension hors de pair. L'osmose avait été totale, comme elle l'est assez peu souvent, et je m'étais dit alors que si c'était en effet la dernière fois que la grand-place servait d'écrin à un spectacle du festival, ç'avait été là une inoubliable soirée d'adieu.
Un "adieu" dont je sais maintenant que ce n'était qu'un au-revoir...

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