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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 17:25

De si loin revenus...

 

Jour après jour
lente désertification du savoir-dire
jusqu’au retrait à blanc de toute écriture
quand à portée de mots se pressent tant de réflexions
qui se dispersent plus éphémères qu’escarbilles
sans que la moindre phrase ait pu emprisonner l’une d’elles dans le fin réseau des structures signifiantes pour enfin la fixer.


L’on m’a dit un jour qu’à vouloir retenir – emprisonner, donc, fixer… – on perdait cela même que l’on voulait garder et qu’il fallait simplement accompagner sans agripper.
C’est bien, je crois, "accompagner", et non "retenir" que de chercher à dire autour de l’une ou l’autre étincelle entraperçue; chercher à dire, par quelque moyen, c’est prendre pied dans le monde et, quand vient à manquer le pouvoir-dire, on perd cet ancrage fragile. Ne subsiste plus que le sentiment de voir le sens se dérober et d'être, soi, coupé de ce que le monde met à portée quand l’âme impuissante, en état de détresse, ne pense plus qu’à petits coups précipités, chaotiques, désordonnés, comme un nageur épuisé sur le point de se noyer.

Voilà donc longtemps que je ne vois devant moi rien autre qu'une ligne d'aridité comme on dit "ligne d'horizon" - cette zone nue et dépouillée que les écrivains traversent sous le nom de "syndrome de la page blanche" et qui fait dire à certains qu'ils "écrivent dans la douleur" - mais il faut selon moi entendre que c'est l'impossibilité d'écrire qui est douloureuse, tandis que le "retour des mots", lorsqu'il survient, procure une joie telle qu'elle vaut la souffrance causée par l'abyme de la vacuité paginale…

 

lignaridite.jpg


À chacune de ces traversées d'aridité, de totale sècheresse scripturale, surgissent dans ma mémoire telles des stèles de basalte depuis que je les ai lus – soit presque un an pour le plus récent – deux livres de Carlos Liscano, L'Écrivain et l'autre paru en janvier 2010, et Le Lecteur inconstant suivi de Vie du corbeau blanc*, paru, lui, en septembre 2011. Celui-ci m'a semblé être la suite du précédent, l'auteur continuant de scruter sa paralysie de plume et d'interroger son état d'écrivain, de romancier, les circonstances, aussi, de l'émergence de sa vocation dont il ressort qu'elle est bien antérieure aux années qu'il a passées en prison. Années sur lesquelles il s'attarde, examinant de près ce qu'a été son incarcération, et son rapport à la littérature durant cette période. Lisant ou écrivant, il s'agissait pour lui de s'affranchir un peu, mentalement, de ses terribles conditions de vie – de se maintenir vivant. On comprend pourquoi les textes qui ont pris forme alors n'évoquent ni la prison ni la torture puisqu'il lui fallait au contraire s'en éloigner du mieux qu'il pouvait.

 

Comme dans L'Écrivain et l'autre, le texte se présente en morceaux numérotés, de longueurs variables. Le voile continue de se lever sur ce qu'a vécu Carlos Liscano en prison, sans autre filtre que celui interposé par les années écoulées et le travail d'écriture qui distancie de toute façon l'émotion attachée au souvenir que l'on tâche d'enserrer dans du texte. Outre l'écriture c'est la lecture qui est questionnée. Et, parfois, l'introspection est en retrait, le fragment fixe des choses vues, de petits éclats d'extériorité (le temps qu'il fait, l'état du jardin…). Toujours se perçoit cette volonté d'échapper à la paralysie de plume en accrochant l'écriture à tout ce qui peut la susciter, fût-ce à l'état le plus élémentaire. Mais ici Carlos Liscano ne se contente plus de surmonter la panne en écrivant coûte que coûte et sur ce qui se présente, il se donne un but proprement littéraire, que lui suggère la lecture justement: après avoir lu une nouvelle de Tolstoï qui, écrit-il, [l']a fait rire, il entreprend de la réécrire de différentes façons. Ce travail commence au fragment 18 et, dès lors, jusqu'au dernier, numéroté 66 et annonçant la fin dudit travail, Le Lecteur inconstant sera comme le journal de cette entreprise littéraire, avec ses blancs et ses embellies, dont le fruit est donné à lire en seconde partie, Vie du corbeau blanc.

 

lecteur-inconstant_TN.jpgTexte étrange que celui-ci, qui m’a d’abord rappelé certaine Histoire d’un Merle blanc d’Alfred de Musset, pièce que j’avais vue en 2010 au théâtre du Ranelagh, mise en scène par Anne Bourgeois et interprétée par Stéphanie Tesson – merle et corbeau, l’un et l’autre oiseaux noirs de plumage se travestissant en blanc histoire de passer pour ce qu’ils ne sont pas. À partir de l’argument de la nouvelle de Tolstoï – un corbeau qui avait entendu dire que les pigeons étaient fort bien nourris se peignit en blanc et vola jusqu’au pigeonnier […] – Carlos Liscano écrit une formidable épopée allégorique dont le héros est un corbeau hâbleur, qui se lit comme un patchwork, admirablement composé et cousu, de morceaux écrits "à la manière" des plus grands textes de la littérature mondiale – par exemple un long passage façon Odyssée homérique traduite par Leconte de Lisle… C’est à la fois jubilatoire, magistralement façonné… et difficile à lire, comme le sont en général les textes relevant de l’exercice de style, caractérisés par une haute virtuosité technique et sous-tendus par une vaste érudition. C’est en tout cas un beau geste éditorial que d’avoir ainsi publié ces étonnantes variations albacorbéennes après les fragments introspectifs où se lit, entre autres évocations, leur genèse: le lecteur a ainsi entre les mains, en même temps qu’une œuvre littéraire de haute volée, une sorte de "rapport de travail" intimiste et émouvant.
Je serais curieuse de savoir, aujourd’hui, si cet exercice d’écriture – exercice de survie, m’a-t-il semblé – a permis à Carlos Liscano de retrouver la voie de la création romanesque. Peut-être en Uruguay de nouveaux textes ont-ils paru qui sont en cours de traduction? Je l’espère… 
 

 

* Carlos Liscano, Le Lecteur inconstant suivi de Vie du corbeau blanc (traduit de l’espagnol – Uruguay – par Jean-Marie Saint-Lu et Martine Breuer), Belfond coll. "Littérature étrangère", septembre 2011, 370 p. – 21,30 €.

 

 

 

Bougonnements

 

Les "rentrées littéraires" automnales - je précise "automnales" parce qu'elles se bissent de "rentrées de janvier", moins retentissantes et jetant sur les étals des libraires des quantités moindres d'ouvrages – m'ennuient chaque année davantage, en dépit des merveilleuses découvertes que chacune d'elles m'aura offertes. Toujours la même course au bord de la perte de souffle pour "couvrir" le plus de "nouveautés" possible, tâcher de ne pas passer sous silence les poids lourds qui ont de toute façon l'avantage des campagnes publicitaires et en même temps de faire honneur aux auteurs méritants hélas écrasés par les vedettes… Et toujours les mêmes déplorations quant à la trop grande abondance de publications simultanées – trop de livres tue les livres! – aux médiocrités qui noient les perles, etc., etc. Je m'écarte en général de ces brouhahas, non pour dénigrer un "présent" qui serait forcément plus lamentable qu’un "autrefois" idéalisé mais parce que je suis lasse de ces sempiternelles récriminations qui encombrent et obstruent ce goulet que sont, dans les calendriers éditoriaux, ces deux mois si aisément abouchables en un seul néologisme, "septembroctobre", qui s'accommoderait bien d'une extension en novembre, là où se bousculent les prix. Hors ce que les circonstances me glissent entre les mains, je lis selon mes dilections, au risque de passer à côté de bijoux frais parus mais en me disant que si lesdits bijoux doivent croiser mon chemin je les lirai de toute façon, l'heure venue, fût-elle loin de la "date de sortie en librairie".

Morne plaine ne saurait durer sans que se profile un relief et, en 2012, l'habituelle platitude de septembroctobre aura au moins eu cet attrait d'être troublée par "l'affaire Millet" qui, quoi qu'on en pense, a ce mérite d'amener du mouvement, surtout des questionnements et des intranquillités.

 

Feux mourants

 

Elle ne fait plus guère de bruit cette "affaire"… Deux ou trois choses encore me restaient sur le cœur qu'il me fallait exprimer…

Des deux côtés les arguments me semblent faussés: on a attaqué l’écrivain en exigeant son départ de la maison où il officie en tant qu’éditeur quand ce n’est pas son travail d’éditeur qui est contesté mais les idées qu’il répand dans certains de ses livres, et lui se défend en lançant qu’à travers lui c’est la littérature qu’on vise alors que ce n’est ni son style, ni la façon dont il écrit qui est critiquée mais, encore une fois, les idées qu’il répand.

L’a-t-on mal compris? peut-être, mais un écrivain qui publie se dessaisit, d’une certaine façon, de ses livres; il les offre au public et, ce faisant, encourt le risque d’être mal lu, mal interprété – c’est un risque inhérent au fait même de "publier". Et si parler d’un livre sans l’avoir lu est parfaitement déshonnête de la part des journalistes qui se sont laissé aller à cette erreur déontologique, cette "réception" fait, elle aussi, partie des risques liés à la publication. Toujours obnubilé par ce souci d’être compris, M. Millet ne se contente pas d’attendre du public qu’il lise au moins l’intégralité des dix-huit pages que je suppose maintenant enfouies sous des monceaux de bois vert, et qu’il fasse l’effort de recontextualiser celles-ci dans l’ensemble du volume qui commence par un essai intitulé Langue fantôme: il recommande fortement de lire… les trois livres qu’il a publiés simultanément! S’il voulait absolument que ces trois textes ne pussent pas être lus séparément, il aurait dû ne sortir qu’un volume – sans garantir la lecture intégrale cela aurait au moins empêché l’achat "au détail". Ou alors s'entendre avec son éditeur pour que les livres ne sortent en librairie que réunis en trio par un bandeau portant la mention "Ne peuvent être vendus séparément".
L'on affirme que Richard Millet est "muselé", qu’on veut le réduire au silence, mais comment souscrire à cela quand on le voit invité de tous côtés pour s’expliquer? De plus, ses livres sont publiés et, mieux: les derniers, ceux-là justement qui sont au cœur de la tourmente, se vendent paraît-il fort bien – on se les arracherait, même… Que pensent donc du bâillon dont on veut, dit-on, recouvrir la bouche de Richard Millet les écrivains et journalistes qui, de par le monde, sont VRAIMENT bâillonnés et moisissent au fond d’une geôle parce que leurs écrits ont le triste privilège de déplaire aux autorités de leur pays?

 

NB - À la faveur de récents événements, les questions philosophiques, morales et/ou politiques autour de la liberté – d'expression et de création, de pensée, de culte… – et de la démocratie se sont taillé une très large place dans les médias et c'est tant mieux: n'est-ce pas la preuve par excellence que l'on dispose pleinement de cette liberté de réflexion, d'expression, d'observation et d'étude? Les prochains candidats à l'épreuve de philosophie du bac auront en juin, dans une actualité qui sera encore récente, un champ fécond où puiser leurs exemples et arguments pour peu, évidemment, qu'ils se voient proposer des sujets de dissertation ou de commentaire sur ce thème-là

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 14:09

Depuis le 21 juin les jours vont s’étrécissant, insensiblement, minute par minute grignotés par les nuits qui elles gagnent en longueur – en langueur, pourrait-on écrire… à une lettre près le sens glisse joliment. Mais on ne se rend compte de rien me semble-t-il tant qu’on est en juillet-août – même si l’on continue de travailler, même si, en congé, on reste amarré à sa résidence habituelle, et même si le ciel est maussade, il règne durant ces deux mois quelque indéfinissable clarté qui donne aux journées des airs riants et paresseux comme si le temps était au repos et traînait à s'écouler. Mais quand s’annonce septembre – quel coup de gong que le premier de ce mois! – soudain la compression des jours entre leurs blocs de nuit influe sur nos humeurs aussi sûrement que la lune commande aux marées; telles des couches géologiques veinées de minerai ils sont encore marbrés de beaux ensoleillements et de chaleurs douces, pourtant l'estivité s’en est allée qui allégeait tout sur son passage – on est "rentré".

 

RENTREE-2012.jpg

Renvois

 

Peut-on entendre "beaux jours" sans que frétillent des souvenirs gastronomiques? L’on quitte "son endroit" et l’on tâchera en même temps de rompre avec "sa bouffe", histoire d’accroître la distance entre "les vacances" et "la routine"; reste-t-on, contraint et forcé, attaché à son bouchot et l’on cherchera à s’en évader par la petite fenêtre que suffisent à ouvrir des aliments auxquels on n’est pas habitué. Une épice inconnue dégottée sans qu'on l'ait cherchée et voilà d’un coup déglacée la monotonie. Hors cette gastronomie réelle, qui caresse les papilles, flatte et émoustille les sens – tous et même l’ouïe qui, paraît-il, reconnaît un millefeuille réussi avant que le palais se prononce au son que produit une lame de couteau en mordant la première feuille de pâte… – et dont on s’efforce d’adorner ses vacances, il y a l’autre, la métaphorique, en général amère, désagréable: ces événements "qui ne passent pas", que l’on ne "digère pas", qui "restent sur l’estomac" ou s’arrêtent avant, coincés "en travers de la gorge" telle une arête de poisson vicieuse… De ce côté-là, ma carte estivale a été plutôt bien garnie, avec, en guise de hors d’œuvre, une écrasée de tendons accompagnée d’une compotée de ligaments qu'il m'a fallu ingurgiter après la rencontre malencontreuse de mon pied gauche avec le diable d’un livreur qui ne regardait pas où il allait et, donc, ne pouvait pas me voir arriver, moi qui n’avais pas non plus les yeux dirigés où ils auraient dû l'être. Couleur myrtille et format boudin charnu, longtemps mon pied est resté monstrueux, douloureux surtout – ce qu'il est encore. Quelle matière à réflexions œdipiennes que cet incident pour quelqu’un qui a le sentiment aigu de ne pas avancer, de boiter dans l’existence et de se perdre en questionnements vains quand la vie lui file entre les doigts à la vitesse grand V… Aucun doute: le livreur devait être une incarnation du Sphinx…


couv-bernanos_TN.jpgCe triste ragoût déjà fort indigeste a de plus été plombé par une "farce à la coquille" - une préparation qui aurait une belle place sur un menu de restaurant si son nom avait le moindre rapport avec la chair délicate du Pecten maximus, mais il est ici question de la coquille d’imprimerie laquelle, pêchée trop abondamment dans un texte, en gâte la lecture: cette bête-là est en effet une erreur d’impression – une lettre à la place d’une autre, un caractère manquant ou inapproprié, des bribes de mots ou de phrases mal ordonnés… bref, sont "coquilles" ces ébréchures qu’en principe on élimine grâce à une relecture attentive du texte avant de procéder au tirage définitif. Pas totalement bien sûr: le "zéro faute" n’existe pas davantage que le "risque zéro" en chirurgie, aussi y a-t-il une sorte de seuil de tolérance, une proportion d’erreurs que l’on admet parce que nul n’est infaillible, les correcteurs pas plus que quiconque. D’ailleurs, les coquilles passent souvent inaperçues quand ne sont en jeu qu’une ou deux lettres – un lecteur reconstruit toujours un peu ce qu’il lit et, du coup, rétablit la juste lettre sans s’en rendre compte (cette reconstruction inconsciente dépasse le simple "accommodement"; parfois, d'obscures forces s’en mêlent, latentes et inconnues, faisant obstruction ou, à l'inverse, amenant dans le texte des choses qui n’y sont pas et ne gisent que dans les tréfonds de celui qui lit…). Mais, trop nombreuses à s’accumuler au creux des phrases, elles peuvent rendre un passage incompréhensible. Avant de lire, cet été, l’édition Pocket du Journal d’un curé de campagne, je n’avais encore jamais été confrontée à de tels encoquillements. Espaces manquants entre deux mots, "é" à la place de "e"… les petites coquilles grouillent. Et puis d’autres fautes plus étranges se rencontrent: des "i" redoublés à la place d'un "n", un "$" quand aucun billet vert n'est en vue, des bottes toujours graissées qui sentent le stfif (sic), des sourcils que le mot prière fait froncâr (re-sic). Et puis cela (p.170): […] Je ne me méfais pas jadis f on s’habitue à ses yeux […].
 

Une relecture rapide aurait suffi à corriger les plus grossières coquilles qui n'a, à l'évidence, pas été faite. En cherchant sur Amazon un visuel de couverture que je puisse télécharger, je découvrais un édifiant commentaire signé Zitoune. Cet(te) internaute qui a manifestement lu la même édition "farcie" que moi m'apprend que cette version a été imprimée en Espagne, et qu'un autre tirage de la même maison mais réalisé par une imprimerie implantée en France est, lui, impeccable.

 

Comment peut-il y avoir, chez un éditeur, de tels écarts qualitatifs entre les tirages successifs d'une même œuvre? Mais surtout, comment cet éditeur, conscient du problème puisqu'il a rédigé un avertissement (visible sur Amazon en guise de "présentation" de l'édition Pocket), a-t-il pu mettre en circulation un texte à ce point encoquillé? C’est un véritable massacre littéraire, une trahison pure et simple à l’égard de son auteur, et un manque de respect à l’endroit du lecteur! Je veux bien qu'il y ait des circonstances explicatives (délocalisation, numérisation, que sais-je encore) mais elles ne sont en rien "atténuantes". Combien d'exemplaires ainsi "farcis" continuent-ils à se répandre à travers les étals? Combien passent de main en main par l'intermédaire des bibliothèques de prêt qui ont acheté ces éditions de poche? Trop, beaucoup trop… Stop! la VRAIE question est celle-ci: comment enrayer la diffusion de ces livres au texte si mal établi??? Puissé-je, en écrivant cela, y contribuer un peu.

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 12:28

img1_errances-juin2012.jpgBien que n’étant pas "chercheur", au sens scientifique et professionnel du terme, je n’en suis pas moins portée à m’interroger sans cesse. Étant par ailleurs assez paresseuse je me borne en général, quand la curiosité me taraude, à profiter des ressources de la Toile pour m’informer sommairement sur mille et un sujets. Tout en sachant que je consulte des articles de vulgarisation, donc par définition sujets à caution car vulgariser revient souvent à opérer des simplifications pouvant aller jusqu'à nuire à l'information que l'on prétend rendre accessible, et dont il convient en outre de se méfier parce que leurs auteurs ne sont pas toujours des spécialistes maîtrisant suffisamment leur domaine pour pouvoir en mettre sans trahison l’essentiel à la portée d’un large public. Je m'en contente cependant… Au fil de mes investigations je prends, à chaque découverte, conscience de mon abyssale ignorance – à chaque chose apprise et que je tâche de conserver avec soin en mémoire, mille autres se révèlent qui seraient à connaître et dont je ne soupçonnais pas l’existence…
Ignorante donc, et manquant des plus élémentaires bagages qui me permettraient de débattre avec pertinence de certains sujets – d’avoir cette attitude que l'on dit "constructive" – je réagis pourtant, parfois très violemment, quand cette ignorance que je sais être la mienne me donnerait pour seul droit celui de me taire et d’écouter ceux qui savent… Combien de fois je m’indigne à grands cris, ou applaudis à voix haute, seule dans mon coin devant tel livre que je lis, ou bien face à mon poste de télévision à l’heure des "journaux"… Pire: il m’arrive d’éprouver le besoin d’évacuer à la ronde ces bouillonnements, en conversant ou bien en les lâchant, une fois textuellement ordonnés, sur la Toile – et lorsque je me demande "Pourquoi? À quoi bon tous ces efforts de mots?" me revient une réplique que m’a un jour lancée tout à trac Marie-Annick, cette amie peintre et enseignante avec qui les rapports, pour être épisodiques et "tendance lâche", me sont néanmoins extrêmement précieux:  
– Mais pour te sentir vivante, bien sûr !"
Depuis, je n’ai plus guère de scrupules à "errer" de temps à autre en ces noires terres, d’où ce qui suit – dont la naïveté fera probablement sourire plus d’un visiteur… 


Ce que l’on nomme, par commodité et sans trop se soucier de nuances quand les philosophes, et plus généralement ceux qui se donnent pour mission de réfléchir ne voient dans ce terme qu’un écran dissimulateur – ce, donc, que l’on nomme "réalité" semble bien devoir se dérober à la définition. Le concept est glissant, infiniment: toute personne encline à s’interroger le sait qui, à chaque fois qu’elle discerne une réponse à une question se rend compte que la réponse en fait se démultiplie en questions qui elles-mêmes une fois résolues mènent vers d’autres questions – et cette progression vorticale, compte non tenu par ailleurs de l'instabilité des prétendues "réponses" dont l’assise est sans cesse bousculée par la survenue de nouvelles informations, ne s’interrompt qu’avec la mort de l’insatiable questionneur…

 

img2_errances-juin2012.jpg
Les extrémistes de tout poil – j’écris "de tout poil" car l’extrémisme est une inclination de l’esprit qui affecte aussi bien les politiciens que les religieux, les scientifiques, les philosophes… j’irais même jusqu’à penser que c’est une forme d'agressivité et, avec la haine de l’autre, la cupidité, l'une des dispositions humaines les mieux partagées (le bon sens étant lui au contraire, à l’instar de la générosité, de la compassion, du désintéressement… parmi les "choses du monde" les moins répandues) – ont pour habitude de procéder par simplifications outrancières. Voulant convaincre à tout prix, ils raccourcissent au seul profit de ce qu’ils prêchent les longs cheminements, souvent méandreux, que suppose toute pensée élaborée. Opérer de tels raccourcis expose à des contradictions au sein des discours qu’ils tiennent et des théories qu’ils émettent – cela ne les rebute nullement, et il est même probable qu’ils ne les perçoivent pas tant ils sont certains de véhiculer des "vérités absolues". Sans mesurer combien cela est aberrant: il est douteux qu’il existe aucune "vérité absolue"; la notion de "vérité" demeure très certainement relative et éphémère – la plupart de ce que l’on tenait pour vrai il y a quelques siècles, par exemple que la Terre était plate, et avec quelle conviction autoritaire puisque soutenir publiquement le contraire vous conduisait droit au bûcher, a cessé de l’être il y a longtemps…


Ils ne manquent pas les gens "cultivés", et à l’évidence détenteurs d’un vaste savoir qui, dans leurs écrits, leurs paroles, se montrent sinon extrémistes du moins grossièrement simplificateurs dans leur manière d’avancer des arguments pour défendre leur point de vue et/ou condamner celui de leurs "adversaires" – ceux qui ne pensent pas comme eux… Il me semble, de ma modeste position de grande ignorante, que l’extrémisme est antinomique avec l’érudition; que les véritables érudits sont, d’abord, très humbles devant la vastitude de ce que le monde offre à explorer. Une vastitude dont on aura par exemple un aperçu en parcourant simplement cet article sur Wikipedia à propos des particules élémentaires, où se lit ceci: […] électrons et quarks sont des particules élémentaires car ils ne son constitués d’aucune autre particules d’après l’état actuel des connaissances. Suivent néanmoins des classifications qui distinguent, parmi ces particules élémentaires au-delà desquelles on ne peut aller pour le moment, les fermions et les bosons… Qu’adviendra-t-il quand les physiciens auront détecté le boson de Higgs? D’ailleurs, peut-être n’est-ce pas lui qu’ils détecteront mais quelque chose qui fondera de nouvelles interrogations et bouleversera les conceptions actuelles de la physique des particules… J’ai beau n’y entendre goutte je trouve cela fascinant.


Lisant cela, ou d’autres textes vulgarisant les dernières découvertes intervenues dans tel ou tel domaine de connaissance, je me dis que la véritable posture du "savant" est le questionnement permanent – aussi n’est-on jamais savant, ce qui supposerait un état stable du savoir, mais toujours élève, en état constant d’apprentissage, l'esprit en éveil qui observe sans relâche, s’ingénie à tisser des liens entre toutes les données qu’il possède et, parfois, s’aventure jusqu’à tirer de cela des conclusions sans pour autant prétendre "répondre" car se percevoir sempiternel élève, c'est être convaincu qu’il n’y a de réponses ou d’explications que temporaires, chaque réponse ou explication étant à entendre comme la formulation de nouvelles questions… Posséder un savoir revient à être conscient qu’on ne sait rien parce que le savoir, outre qu’il est fragile et à tout instant remis en cause par ce que l’on découvre qui était inconnu auparavant, au lieu d’apporter une certitude, pousse à s’interroger davantage.

 

img3_errances-juin2012.jpg

Croit-on pouvoir originer l’univers dans le Big Bang? Mais avant? Qu’y avait-il? Peut-être n’y a-t-il pas d’ "avant"? Alors il convient de se demander si l’on peut, à l’échelle de la pensée humaine, concevoir un continuum en mouvement mais qui n’aurait, au rebours de ce dans quoi s’inscrit la destinée de chacun, ni commencement ni fin ? Et pourquoi le Big Bang? Veut-on répondre à cela "théologiquement" et affirmer que c’est "la volonté de Dieu" on n’en a pas fini pour autant avec le questionnement: pourquoi Dieu aurait-Il voulu le monde? et l’a-t-Il "voulu", pourquoi l’a-t-Il voulu ainsi – à condition bien sûr de se sentir autorisé à prêter à Dieu une "volonté". D’aucuns avancent que "Ses voies sont impénétrables" ce qui évidemment est un point d’interrogation déguisé.

Je ne suis pas "croyante", pas même férue de philosophie – les grands textes fondateurs de la discipline me sont toujours demeurés abscons –, en outre totalement dépourvue de connaissances religieuses je n’ai, en termes de spiritualité, que de vagues intuitions. Mais j’ai le sentiment qu’en appeler à "Dieu" – je n’ose même pas ouvrir la parenthèse qu’exigerait ce seul mot de "Dieu" et me résous à l’employer par facilité – a au moins cet avantage de laisser le monde relativement mystérieux et hors de l’entendement humain quand certains scientifiques se disent convaincus de pouvoir,,un jour, "tout" expliquer. Or je crois, au plus profond de moi-même, que l'humilité devant les mystères devrait fonder le rapport au monde de chacun. Cela ne veut pas dire renoncer à chercher et consentir à l’ignorance, mais au contraire continuer à explorer, à fouiller en profondeur avec l’intention inébranlable de trouver tout en sachant… qu’on ne trouvera que de nouvelles matières à questionnements.
La beauté du monde est là, dans les questions qu’il pose et non des les "réponses" trop souvent illusoires, fallacieuses et réductrices – surtout quand elles sont tenues dans des ensembles de statistiques ou des "modélisations" – que les hommes prétendent, dans leur insigne arrogance, apporter.

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 11:15

J’ai passé mon enfance blottie dans l’ombre bienveillante de vieilles personnes aimantes – grands-tantes et grands-oncles, grands-parents, arrière-grands-tantes – dont je ne pensais pas alors qu’elles étaient "vieilles" ou "âgées" mais qui, j’en étais convaincue, avaient toutes connu l’origine du monde, ce "point zéro" qui m’avait précédée de longtemps et dont, par définition, je ne pouvais rien savoir. Je n’avais aucune idée de ce que pouvait signifier être "vieux", ou "jeune" – il y avait simplement ceux qui avaient toujours été là, et moi qui avait manqué une partie de l’histoire. D’ailleurs je me dis, en écrivant ces lignes, que je n’ai vu vieillir, malgré leurs fatigues,  ni mes grands-parents, ni mes grands oncles ou tantes; un peu par déni évidemment, parce que percevoir chez les autres le progrès des défaites, si lent fût-il, fait résonner plus fort en soi les obsédants petits crissements des érosions inéluctables, mais surtout parce que ces personnes demeurent en mon cœur, envers et contre tout, comme les piliers du monde – du marbre: inaltérables en leur essence.
Quand mon grand-père disait dans le temps… j’imaginais celui des cavernes; j’étais persuadée qu’il avait partagé la vie de ces hommes préhistoriques dont j’avais vu des représentations dans quelque livre illustré et, tout naturellement, je le visualisais tel que je le voyais chaque jour, en chemise et bleu de travail – sa  "tenue de jardin" – mais en train d’attiser un feu au fond d’une grotte aux parois couvertes de peintures rupestres.
À ma grand-mère qui souvent me racontait son enfance à travers mille anecdotes dont nous riions beaucoup toutes les deux, je demandai un jour si elle se souvenait du Moyen Âge. C’était une évidence pour moi qui n’avais pas souvenance d’une époque d’où mes grands-parents fussent absents qu’ils devaient tout savoir de ces époques que je devinais lointaines et qui s’étaient déployées bien avant ma naissance.


J’ai désormais dépassé, et largement, l’âge qu’avait ma grand-mère quand je suis née. À bientôt cinquante ans je comprends combien est profond l’abîme que fore le passage des années – c’est un savoir qui n’est pas de pure intellection: mon corps tout entier me l’apprend comme si, au bout de chacune de mes terminaisons nerveuses, tremblait la longue litanie des jours évanouis. Cet abîme a la profondeur de l’effroyable distance séparant, des jours présents, les innombrables souvenirs qui m'habitent. Dans le même mouvement d’esprit, je comprends, aussi, combien est brève, insignifiante, la durée moyenne d’une vie humaine comparée à celle des siècles et des millénaires qui modèlent l’univers. Une durée infime valant poussière. Cette conscience des immensités cosmiques n’abolit pas l’atroce béance que je sens se creuser entre enfance et maturité– au contraire elle l’accentue, tout en la relativisant beaucoup…
Cet écart est un gouffre d’obsidienne, tangible et noir comme l’est cette pierre dure. Il s’ouvre entre le velours d’un grain de peau imperceptible et le drapé mou d’un épiderme flétri au teint cireux; entre une chevelure opulente dont on pouvait s’amuser à son gré – la teindre, la crêper, la couper ou la friser, la plier à tous ses caprices – et de maigres mèches grisâtres qui, en se raréfiant, disent la lente extinction des désirs…

 

vieille-histoire2_TN.jpg

Aujourd’hui, "jeunesse" et "vieillissement" – la jeunesse est pour moi chose révolue tandis que la vieillesse n’est encore que vieillissement: elle n'est pas un état clos mais un processus morbide dont la propagation commence tout juste, produisant de frêles balbutiements que, peut-être, un esprit plus inattentif que le mien, ou plus combatif, n’entendrait même pas… – "jeunesse" et "vieillissement", donc, ont à mes yeux des contours désormais bien définis, tracés par ce que me dictent mon corps et son histoire:
Être "jeune", c’est avoir la conviction que la vie restant à vivre durera l’éternité – assez longtemps en tout cas pour qu’on n’en imagine pas le terme et qu’on soit sûr de n’avoir pas à se hâter pour accomplir tout ou presque ce dont on rêve. Ce sentiment-là m’a quittée depuis bien des années mais, au fait, l’ai-je jamais éprouvé?
Vieillir, c’est sentir son corps se plier, rendre les armes sous les assauts de la fatigue; c’est avoir les sens émoussés, contempler dans le miroir un visage dont la peau s’avachit en liquéfiant les traits, au point de prendre au fil des jours l’aspect et la consistance d’un pont-l’évêque en partance…
Vieillir c’est aussi avoir le cœur las et l’âme dégoûtée de tout – être vieux c’est ne plus songer qu’à renoncer.

 

Ainsi peut-on être très vieux à vingt ans et avoir encore de la fraîcheur à quatre-vingts car l’âge se compte moins à l’aune des années vécues et des extinctions du corps qu’au nombre de lâchetés et de renoncements accumulés.

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 17:48

Une pensée pour Jacques Dutronc, avec deux heures de retard sur son éveil parisien…

Il est sept heures. L’immeuble s’éveille.
On est lundi matin. Lundi, jour majuscule de la semaine. Ça va "comme un lundi" – autrement dit: mal. Le week-end a laissé des traces. Soit il a été doux et l’on soupire après les instants de paix enfuis, soit il a été lourd et on ne l’a toujours pas digéré – les agapes dominicales encore sur l’estomac et, sur le cœur, la dispute avec Bobonne.

On la rouspétance au bord des lèvres. N’empêche: il faut se lever. On y met toute la mauvaise grâce que l’on peut. Les bébés braillent, les enfants râlent et piquent des colères, les mules de Madame martèlent le parquet, le rasoir de Monsieur ronronne grassement, plus longtemps que nécessaire… Les tuyauteries ronflent, toussent, crachent – elles ne sont plus de première jeunesse et n’apprécient pas que l’on veuille partout se doucher ou se baigner en même temps. Ici on claque les portes comme on s’envoie des injures; là on a cassé de la vaisselle – aux fracas succèdent les cris. Les chiens s’y mettent aussi sans attendre que leur maître ait fini d’engloutir ses toasts mal grillés et geignent jusqu’à ce que l’on attrape la laisse pour les sortir. La rumeur enfle, court d’un appartement à l’autre hachée de saccades, traverse les cloisons – à droite, à gauche, en dessus, en dessous… Le bâtiment est sorti de terre dans les années 70; les normes d’insonorisation n’étaient pas alors ce qu’elles sont aujourd’hui.
À tous les étages donc, dans tous les logements, ça remue, ça cafouille à grands bruits – on se prépare à affronter la journée. Sauf là, au cinquième… Dans le petit deux pièces de Mme Jeanne, il ne se passe rien. La lumière ne s’allume pas. La bouilloire ne siffle pas. La radio demeure muette.
Dans son lit la vieille dame a passé.
À l’aube, comme les condamnés.
Il est sept heures et moi non plus, je n’ai pas sommeil.

 

festin-du-matin.jpg

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 10:16

Avoir le cœur lourd de "vouloir-dire" qui ne se peuvent formuler – si lourd, jusqu’à la nausée, tel un œsophage empli d’un bol alimentaire perturbant qu’il ne parvient ni à régurgiter ni à propulser vers l’estomac.
Être envahie de mots en amas chaotiques à en vomir et ne pas pouvoir gerber – jeter en gerbe hors de soi un de ces jaillissements qui serait beau tout de même de son désordre et qui débonderait l’esprit de ses encombrements!

Rester là, juste au seuil de l’éjection, là où l’on souffre, là où rien ne se passe qui puisse soulager – nuages accumulés, stagnants, qui pèsent leur poids de plomb sans que l’orage crève.

 

chaos-desertiques.jpg
Et moi de cette ondée minuscule, de ces postillons devrais-je écrire, je me satisfais car ils viennent de me révéler ce que sont, la plupart du temps, les phrases infinitives…
On écrit à l’infinitif pour n’être pas dans son énoncé à part entière en tant que sujet, mais en disant malgré tout ce qui brûle d’être dit: les verbes convoquent une action sans qu’aucune personne soit engagée dans le procès exprimé. On tait le "je". Sans lui substituer un "il" ou un "on" qui ne signifieraient rien puisqu’il ne s’agit en réalité que de "moi aspirant à la parole". Mais "moi" ne s’assume pas, et c’est cela que disent les infinitifs: un "moi" qui se nie. C’est autre chose que la "non-personne" incarnée par "on" ou par une troisième personne à vocation anonyme.

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 10:50

Pour Marie-Annick et Alexandre, hôtes chaleureux qui ont su réunir, un soir, pas moins de vingt-quatre personnes. Beaucoup d’entre elles ne s’étaient encore jamais vues – toutes se sont souri comme si elles se connaissaient depuis toujours et, ensemble, elles ont contribué à rendre cette soirée joyeuse. Leur présence, leur façon d’être là en a été le ciment. De ce moment privilégié me sont restées des images, des sensations qui, deux semaines plus tard, sont encore vives – si vives que s’est imposée la nécessité d'en dire "quelque chose " et d'essayer de donner corps textuel à…

 

cette émotion insaisissable et singulière qu’ont fichée en moi Fadela, petit rayon de vitalité pure à elle seule; Guillermo et sa voix douce; Reinaldo, le sculpteur au visage hiératique comme celui d’une ancienne divinité; Angel le slameur resté muet sur son art mais qui m’a patiemment appris à prononcer le jota de son prénom, Angel dont le regard bleu si aigu m’a fascinée au moins autant que sa longue barbe blanche – neige et glacier; Carlos qui a raconté l’importance décisive qu’a eue pour lui une phrase dite par son père diminué – "Je veux me tuer pour ne pas mourir."

 

... ce plaisir que j'ai éprouvé à entendre l'espagnol se parler, se chanter tout autour de moi bien que je n'en comprisse rien car je ne suis pas hispanophone. Ne pouvant m'attacher au sens des mots je n'en ai plus écouté que leur musique. J'ai aimé ces sonorités moelleuses griffées par le jota, pleines de petites billes de bois qui roulent... et j'ai aimé les percevoir, intactes presque, dans le français que parlent les Hispaniques quand ils adoptent cette langue, par amour pour elle ou par égard pour leurs interlocuteurs francophones. 

 

enfin, à ce qui est, peut-être, le point origine de toute cette page: l'infime mouvement de tête par lequel Marie-Annick, interrompant sa conversation, m'a désigné d’un coup d’œil Nathalie P. assise et occupée à griffonner dans un carnet tout en poursuivant la discussion dans laquelle elle était engagée. Nathalie est poète; sans doute était-elle requise par des mots, des phrases soudain jaillis qui exigeaient d’être notés sans délai. Je n’ai tourné mon regard vers elle qu’un instant, mais la voir écrire à la volée sans se refuser à la vie ambiante m’a touchée – je trouvai admirable de pouvoir saisir ainsi ce que j'imaginais être de la graine de poème sans se retrancher du monde… Je suis à peu près sûre que le besoin de rédiger ces lignes-souvenir puis l’envie qui m’a saisie ensuite de les prolonger d’un petit vagabondage où la réalité vécue a subi quelques modifications – il n'y avait pas, le soir dit, de brouillard dehors et, dans les verres, pas que du vin … – procèdent uniquement de ce bref instant et du lent chemin qu’il se sera frayé en moi.


 

Brume, lumières, poème

 

Ce soir le ciel s’est ganté de blanc; il referme son poing de brume sur la ville qui s’endort, étouffant dans l’ouate son haleine sonore comme une berceuse éteint les derniers énervements d’un enfant. Dans les maisons pourtant la vie palpite… Ici l’on dîne, et rit. Là, des amis se sont réunis qui ne se sont pas vus depuis longtemps – une petite fête les lie pour quelques heures autour d’un buffet généreux, odorant et coloré. Quelques-uns s’embrassent, d’autres se donnent l’accolade des compagnons de longue date qu’une route pleine d’ornières a tenus ensemble, d’autres encore se serrent la main – ils ne se connaissent pas. Mais très vite les distances s’effacent: on se parle avec effusion – le cœur y est. Les conversations s’animent, se poursuivent au gré des groupes qui se forment, se défont, coulent en de nouvelles configurations, éphémères aussi et à leur tour rompues par le besoin d’espace de quelques danseurs tentés par la bossa et la salsa.
Les yeux sourient, piquetés de lumière; la gaîté brille dans les verres où rougeoie le vin dont on se délecte et que l’on va remplir à peine vidés. Rires au point de tige, bavardages – on picore, on grignote, on enfile les mots sans autre soin que celui dicté par la spontanéité… tout cela s’émiette dans l’étoffe légère de bruits et de couleurs qui s’est peu à peu déployée à travers le salon.

 

Une image soudain se détache dans ce drapé mouvant. Elle qui s’entretenait il y a à peine un instant avec deux de ses amis vient de s’asseoir dans un coin, un peu à l’écart. Elle a tiré de sa poche un carnet qu’elle feuillette lentement, elle s’arrête, revient en arrière, s’arrête à nouveau, puis commence à écrire – elle est poète: il lui faut dire, écrire, pour se sentir être et quelque chose a passé qui l’a traversée; elle doit le transcrire. Ses notes prises à la hâte retiennent maintenant en leur creux des fulgurances arrêtées. Parviendra-t-elle, plus tard, à les reconfigurer en poème? Peu importe: seul compte le geste d’écriture. S'’il est une juste traduction du ressenti, il la rendra pareillement vivante, qu’il demeure esquisse ou se développe en un poème abouti.

Il ne lui manquait plus que cette grâce des mots trouvés pour que son vin, mêlé aux amitiés ranimées, ait le goût de l'ambroisie.

   

Quand les derniers invités s'éclipsent, la nuit s'achève – bientôt l'aube poindra. Épars les restes du buffet, les assiettes et les verres vides telles les heures fugaces que disperse le temps… Mais l’éphémère, ce soir, a trouvé son maître: la femme poète qui a su "trouver les mots" pour en figer quelques secondes.

 

post-fete TN

 

 

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 18:21

en-vrac_nov-2011.jpgDes jours, et des jours de silence. Comme très (trop!) souvent, la panne. Non que je manque de matière: au contraire! ils doivent être au moins dix les sujets que je me promets de traiter dans ces pages. Seule me fait défaut la capacité à tirer de cette masse brute et compacte où s'agitent dans le désordre foules de pensées et de résonnances, un texte suffisamment organisé pour prétendre à un minimum de pertinence.

Rien de ce que j'ai pu aligner ces derniers temps n'a survécu à la corbeille plus de quelques heures. Peut-être mes lectures du moment, qui provoquent en moi de très intenses réflexions, font-elles obstacle à l'acribie sans laquelle je ne conçois pas d'écrire fût-ce trois lignes: je découvre l'œuvre d'Emil Cioran, le Précis de décomposition, et De l'inconvénient d'être né?
Mais, Malgré Cioran sont venues ces phrases qui, elles, ont passé le cap des quarante-huit heures de présence sur mon "bureau" – elles ne m'ont pas encore paru assez affligeantes pour être torpillées...

 

De saison...

Novembre au seuil de l’hiver mais encore mois d’automne
Ô ses journées rechignées si courtes entre deux crépuscules où la lumière biaisée étire les ombres jusqu’à la pâmoison,
qui ont souvent la pluie aux joues sous la frange grise du ciel
quand elles n’ont pas, noyées dans le brouillard, l’air mi-clos du regard rêveur pris dans les rets d’un sommeil inachevé.
Novembre aux senteurs douces de fenaison qu’exhalent les feuilles finissantes,
d’humus et de fruits mûrs,
– rondeurs aromatiques tour à tour craquant sous les tiédeurs exténuées des derniers moments ensoleillés puis avivées par les averses…
Fêtes olfactives égayant, comme les couleurs d’ambre doré des sous-bois,
Novembre au nom arrondi de marron chaud.

 

et loin de tout.

Si Dieu existe? Bien sûr qu’il existe! je viens d’en tracer les contours avec ces quatre signes – D-I-E-U. Et ce DIEU-là, le mot veux-je dire, est une invention humaine. Quant à ce qu’il est censé recouvrir… pour qui se prend donc l’homme pour prétendre cerner, distinguer, avec ses humbles moyens – le langage, le raisonnement – ce qu’il suppose être le principe dont procède l’univers qui le contient? je crois pour ma part que le "pourquoi" du monde à quoi "Dieu" répond, à la différence des innombrables "comment" dont la science résout chaque jour un grand nombre en en découvrant, ce faisant, de nouveaux plus mystérieux (je reprends ici le distinguo que Zola établit, dans Le Roman expérimental il me semble mais je me trompe peut-être, entre ces deux questionnements fondamentaux en attribuant aux scientifiques la mission de répondre au "comment" tandis qu’il abandonne aux philosophes le soin de répondre au "pourquoi"), relève d’une absolue transcendance – donc de "quelque chose" qui est hors de la portée humaine, radicalement non pensable et non connaissable, impossible à enfermer dans un mot. En conséquence de quoi je ne crois pas qu’il y ait une seule pensée philosophique, tout aboutie qu’elle soit, qui ait jamais, et qui pourra jamais, répondre à ce pourquoi. Si la réponse doit advenir – ce serait l’ultime connaissance, la seule qui vaille – j’incline à penser qu’elle se présente au moment précis et insaisissable où l’homme meurt, où il cesse d’être la créature finie ("finie" parce qu’un corps est constitué d’un nombre fini d’éléments) qu’il aura été durant sa vie physiologique car il faut n’être plus en butte à sa finité pour concevoir, percevoir l’in-fini. Ainsi, cette "connaissance" demeure définitivement intransmissible – elle est le dernier secret, le plus grand de tous, que chacun emporte dans sa tombe.

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 10:47

Septembre fait tomber l’été, et mûrir pommes, poires, figues, aussi les grappes violine ou vert d’eau accrochées aux vignes, comme tenues par les paumes grand ouvertes des feuilles vert ambré. Et les marrons d’Inde.
Chaque année ces jonchées de fruits ronds et luisants portant calotte blanche, dont beaucoup sont encore à demi prisonniers de leur bogue épineuse dévoilant sous sa peau verte une épaisse chair pâle , me renvoie au visage des bouffées d’enfance. Balades au bois de Vincennes en compagnie de ma mère… courses précipitées dans les tas de feuilles mortes rassemblées par les jardiniers – le plaisir de les entendre crisser-craquer et de sentir se lever, du désordre que je causais, des senteurs sèches de fenaisons… Et les marrons d’Inde.
C’était ma joie de fillette de remplir mes poches de marrons – mais avant il y avait celle que me donnaient la découverte puis le tri: une fois aperçu au sol le banc de fruits, je m’accroupissais pour pouvoir à loisir choisir les plus gros, les plus brillants. Comme j’aimais passer les doigts sur leurs rotondités lisses et douces… Je prenais les élus un à un, les faisant rouler longuement dans mon poing fermé avant de les enfouir dans ma poche. Une fois revenue à la maison, j’allai dans ma chambre tâcher de trouver un endroit bien douillet pour ranger mon trésor, certaine qu’il fallait du moelleux aux marrons pour qu’ils gardent leur belle mine. 

 

marron1_TN.jpg

Las… malgré toutes mes attentions, au bout de quelques jours il ne restait plus, au fond de la boîte que j’avais soigneusement garnie de coton, que de tristes boules noirâtres, desséchées, à la surface cabossée – rien qui rappelât, hors la petite calotte blanche, les gros fruits brun doré veinés parfois de noir et vernissés qui m'avaient ravie… La décevante expérience se répéta inlassablement à chaque récolte, quelque effort que je fisse pour protéger les marrons – même en les maintenant dans leur bogue ils finissaient par se ratatiner…

Leur brillance ternie et leur rondeur affaissée, ils n’avaient plus pour moi le moindre attrait – je pouvais les jeter: je ne voyais plus en eux qu’une morne défaite. Perdaient alors leur séduction ces mots que je faisais répéter, et répéter encore à ma mère – parce que j’avais eu un coup de foudre pour "rudement" la première fois qu’elle l’avait prononcé – lorsque je lui montrai mes trouvailles au sortir de mes poches:
« Dis, maman, ils ont comment, mes marrons ?
— Ils sont rudement beaux…


Aujourd'hui je me dis que c'est peut-être à force d'éprouver cette morsure amère en voyant se ternir toujours, et se renfrogner en si peu de temps, ces marrons que j'avais ramassés glorieux puis rangés avec tant de soin que s'est tôt inscrite en moi l'affreuse certitude que rien ne se peut préserver ni garantir de l'usure.

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 05:54

Il m’arrive rarement de relire les livres quand ils ne sont pas objets de travail. Parfois cependant j’en reprends certains, partiellement ou en totalité. Non pour goûter à nouveau ce qui en eux m’avait charmée – de toute façon je crois que chaque lecture est nouvelle et que rien de la première ne reviendra intact à la suivante – mais, la plupart du temps, parce qu’en les lisant la première fois, ils m’ont dit quelque chose que je n’ai pas pu entendre. Un brouhaha vague me reste en tête, masse obscure et inintelligible tournant sans cesse comme un aigle guignant une proie. De giration en giration, ce quelque chose se densifie, s’obscurcit encore – et me hante jusqu’à l’obsession. Alors je me replonge dans le livre fauteur de tourments, avec l'espoir d'identifier enfin cet oiseau bizarre au vol obsédant, et tâcher de le décrire parce que mon apaisement se gagne par la verbalisation.
J’ai lu voici plusieurs mois les deux romans qu’Isabelle Spaak a publiés en 2004 et 2006*; ils m’ont touchée, et beaucoup apporté – de la lumière, et une part d’ombre. Je les relis aujourd’hui pour tenter d’y voir mieux…

 

ca-ne-se-fait-pasTN.jpgÉclaircissements

Je me souviens d'avoir été très troublée par le mot "roman" apposé au titre de chacun des livres. Pour moi un roman est une fiction. Or j’étais en train de lire des textes autobiographiques, de surcroît écrits à la première personne et mentionnant des patronymes réels. Certes, je savais de longue date que l’on doit se garder de jamais confondre un "je" littéraire avec le "moi" de l'auteur: dans un texte à la première personne, "je" est narrateur, rien autre qu'un personnage à qui échoit la mission de raconter – ce, quelles que soient les ressemblances qu’il peut avoir avec l’auteur. Et je suis à peu près sûre que j'ai toujours eu en tête cette distinction tandis que je lisais. Mais ce mot "roman" ne laissait pas de m'intriguer; pourquoi "roman" plutôt que "récit autobiographique"? Ce que je me suis empressée de demander à Isabelle Spaak quand j’eus l’occasion de m’entretenir avec elle… à quoi elle m’a répondu: "Si je n’avais pas employé les vrais noms, vous ne m’auriez pas posé la question! J’ai été tentée de changer les noms. Mais comme on aurait de toute façon reconnu mon histoire, j’ai préféré ne pas les changer et donner la réalité telle qu’elle est."
Oui, son histoire personnelle transparaît sans masque, tout de suite reconnaissable. Il n’en reste pas moins que les deux textes sont des romans. Parce que ce sont des reconstructions, soigneusement écrites, et composées. Et puis elle ne rapporte pas les événements qui se sont produits: "Je brode" autour d’eux, dira-t-elle. Elle brode: le mot est magnifiquement juste; ses textes fragmentaires sont des dentelles littéraires, très ajourées, aux motifs finement dessinés. Pas des rapports de police. Une autre raison justifie ce terme de "roman", que je ne m’étais encore jamais formulée aussi nettement et qui m’est apparue quand, au cours de la conversation, alors que je comparais sa façon de portraiturer les membres de sa famille à celle d’un généalogiste s’efforçant de "retrouver" une personne à partir d’une photo, ou de lettres, elle rectifia mon point de vue:
"Un généalogiste cherche des faits précis, moi j’invente, ce que je décris c’est ma version des personnes, la façon dont je les ai perçues et qui n’a peut-être rien à voir avec les personnes réelles."

C’est, là, une démarche de romancier. Une authentique démarche de romancier… Comment donc avais-je pu douter d’avoir eu sous les yeux des romans?
De là j'en suis venue à me demander si le "récit autobiographique" en tant qu’étiquette textuelle a encore une place dans les catégories littéraires que les théoriciens se plaisent à déterminer. Et maintenant, forte de cette rencontre - avec les livres et avec leur auteur - je ne crois plus qu’en matière de prose littéraire il existe, hors les nouvelles, autre chose que des romans. Je ne crois plus qu’il faille distinguer entre "roman" et "récit autobiographique", "autofiction", "récit d’enfance", etc.: il n’y a selon moi qu’une vaste catégorie romanesque à considérer, où foisonne la diversité formelle, et dont les éléments se caractérisent par leur degré de fictionnalisation, plus ou moins élevé. Poussant cette conviction jusque dans ses extrémités, je serais presque tentée d’écrire qu’un biographe, quelles que soient la distance qu’il maintient avec le sujet de son travail, la qualité et l’abondance de la documentation sur laquelle il se sera appuyé, fera toujours œuvre "romanesque" plus que documentaire dans la mesure où son texte résultera non de la personne réelle dont il tâche de retracer la vie mais du "roman" que lui aura écrit intérieurement, d’abord en commençant à penser à son projet, puis en avançant dans ses recherches, enfin en polissant ses phrases…

 

 

Zones d'ombrepas-du-tout-mon-genreTN

Pourquoi ces deux livres me touchent-ils autant? Structure fragmentaire, textes tout en phrases simples, souvent elliptiques: sous de pareils atours, nombre de romans m’ont exaspérée et donné le sentiment que leurs auteurs, se bornant à lâcher sur le papier leur récit, avaient un peu oublié d’écrire. Ici rien qui ne sonne juste; quand une phrase se réduit à un mot ou deux, qu’elle est elliptique, ou infinitive, c’est une marque rythmique, comme en musique. Pas une tournure adoptée par facilité. En d’autres termes, il est clair qu’Isabelle Spaak possède un savoir-écrire qui a manqué aux auteurs dont les œuvres m’ont été insupportables.
Quant à l’émotion singulière que ces deux romans m’ont procurée, je ne puis avancer que des conjectures – dont celle-ci sera sans doute la plus inattendue: j’ai eu le sentiment d’y lire quelque chose de ma vie. Pourtant l’histoire personnelle d’Isabelle Spaak dont elle a fait la matière de ses livres n’a pas le moindre point commun avec la mienne. Mais j’ai retrouvé sous sa plume de quoi soupçonner que nous partagions une même façon d’être lié à une maison par des senteurs, des empreintes tactiles, une même façon de tout garder, et de rester profondément attaché à l’enfance. Je me dis aussi que, si un jour je consens à tenter, par l’écriture, d’évoquer cette enfance, devenue pesante parce que, heureuse et pleine de bonheurs, elle est désormais amère d'être si lointaine et à jamais révolue, je m’y prendrais probablement comme elle s’y est prise: par bribes et fragments, au fil d'un texte tout en solution de continuité. Je crois en effet que c'est la seule forme convenable; les souvenirs ne vivent pas en nous à l’état de récit mais comme autant de petites taches colorées, sombres ou lumineuses, qui ont chacune leur identité, leur caractère… Pour les ranimer, la forme écrite la plus adaptée me semble donc être le fragment. Il s’agit ensuit de savoir agencer ces fragments pour que, de leur succession, naisse un chant, comme du frottement de l'archet sur les cordes naît la mélodie du violon. Du seul talent de l'écrivain dépend que ce chant soit harmonieux... ou cacophonique.

 

* Ça ne se fait pas, éditions des Équateurs, 2004, 190 p. – 15,00 €  (prix Rossel 2004).

   Pas du tout mon genre, éditions des Équateurs, 2006, 144 p. – 15,00 €.

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