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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 13:00

Les Apéritifs de Plamon, outre qu’ils permettent au public de dialoguer avec les artistes, sont toujours l’occasion d’accroître ses connaissances dans un domaine ou un autre : il n’est pas une de ces rencontres matinales où je n’aie glané quelque information, insolite ou précieuse, qui m’ait enrichie au-delà de ce que j’étais venue apprendre sur telle ou telle pièce vue. Les échanges en effet s’étendent souvent loin à l’entour des textes, de leurs auteurs, des gens de théâtre qui s’y sont intéressés… et représentent une manne qu’il serait dommage de perdre. De plus, ces rencontres du matin ont un formidable pouvoir d’incitation – chaque année elles me poussent vers un ou deux spectacles auxquels je n’avais pas pensé assister. Je vais donc tâcher, autant que je le puis, de restituer un peu de leur riche matière au gré de souvenirs scrupuleusement fixés puis "quintessenciés", comme dirait Hubert Nyssen des écrits qu’il publie annuellement et qui reprennent le contenu de ses Carnets, remplis au jour le jour sur la Toile. Il me semble que le nom d’Esquisses conviendrait bien – ce nom me vient en souvenir des Esquisses viennoises de Peter Altenberg qu’avait interprétées Claude Aufaure voici trois ans à l’Abbaye Sainte-Claire.


Jean-Paul Tribout, expliquant pourquoi il a eu envie de monter Donogoo - lire ici la chronique de la pièce
La réponse est un peu la même pour tous les spectacles : il ya toujours une multitude de raisons ; parmi celles-ci, je citerai mon goût personnel pour l’exhumation de pièces oubliées ou de textes un peu secondaires et méconnus quand il s’agit d’auteurs connus – par exemple, s’agissant de Sartre, j’ai monté Nekrassov et pas Huis clos, et pour Jules Romains, j’ai préféré Donogoo à Knock. Cela dit, je ne suis pas archéologue et ce n’est pas seulement le côté "oublié" ou "méconnu" qui me guide. Je regarde aussi, en choisissant un texte, la possibilité de fabriquer du théâtre avec. Et après avoir hésité cet hiver entre plusieurs pièces, c’est Donogoo qui l’a emporté pour son aspect "machine à jouer" et son potentiel à rassembler une troupe d’acteurs qui vont s’amuser autour.

En ce qui concerne le degré d’adaptation par rapport au texte de Jules Romains :
Il n’y a pas un mot que vous avez entendu qui ne soit pas de l’auteur. En revanche je me suis permis quelques coupes, avec l’accord de l’ayant-droit de Jules Romains. Il y a tout de même un passage où je suis intervenu : la scène très rapide qui montre plusieurs candidats au départ en différents endroits du globe – San Francisco, Hambourg… – est entièrement écrite en français, et moi j’ai traduit deux échanges, l’un en anglais, l’autre en allemand. Mais lorsque l’on se retrouve à l’agence Meyerkohn, les personnages dialoguent vraiment en allemand dans le texte, "avec un fort accent sud-américain" souligne Jules Romains… Je tiens à préciser aussi que la femme voilée qui fait un passage au début, devant la Mosquée de Paris, figure bien dans le texte original.

Il y a entre Donogoo et Nekrassov comme un air de famille, dans la mise en scène mais aussi dans le ton, le type d’humour déployé…
Pierre Trapet :
Bien sûr… c’est le même metteur en scène, et un metteur en scène est comme tout autre artiste, il a son style.
Jean-Paul Tribout :
En effet, il y a forcément des proximités, des similitudes thématiques dans les pièces que je choisis de monter – par exemple les jeux d’apparition/disparition… Et comme j’aime bien Guignol, la comédie américaine aussi, mes mises en scène en sont imprégnées. Et puis je m’ennuie tellement au théâtre que lorsque je monte une pièce j’essaie toujours que ça aille vite (rires) !


Amélie Tribout, décoratrice, qui devait trouver une solution pour faire exister sur la scène pas moins de 23 lieux différents… :
Au lieu de dessiner des décors en grand que l’on change selon les besoins dans un grand espace, on les miniaturise, puis on les inclut dans un système de boîtes et l’on reprend à l’extérieur de la boîte, dans les accessoires, un petit élément de cette miniature – par exemple le cactus, le toit des petites maisons… On avait travaillé de façon un peu similaire sur Nekrassov, mais ici, au lieu que ce soient des espaces modulables, ce sont des boîtes dont on ouvre ou ferme les volets selon les besoins ; moi j’appelle ça des miniatures.
Michel Mourlet :
C’est un décor pochette-surprise.
Jean-Paul Tribout :
Le décor est une sorte de mensonge artistique…

Le petit film projeté pendant  le spectacle ?
C’est un court métrage que l’on a fabriqué tout exprès pour la circonstance, qui a été tourné en une journée en Picardie – ce n’est pas tout à fait les plateaux de Châtillon dont il est question dans le texte, mais bon… – puis qui a été vieilli artificiellement. On a écrit un petit scénario avec une première partie un peu didactique correspondant à l’exposé de Le Trouhadec, puis une seconde plus vivante correspondant au récit de Lesueur.

À propos de la musique…
Jean-Paul Tribout:
Elle a été composée par Jean-Jacques Milteau, jazzman et harmoniciste de renom que certains disent même d’envergure mondiale. C’est un ami ; il nous a permis de piocher dans son œuvre enregistrée pour composer la bande son, mais il a aussi écrit des morceaux originaux en direct exprès pour le spectacle. Et comme Jean-Jacques a des talents multiples, on peut aussi lui demander de faire les bruitages, une sirène de bateau, par exemple… La musique de Jean-Jacques Milteau est très importante parce quelle donne le rythme à la pièce et nous donne le rythme à nous autres comédiens.

Se concentrant sur les deux thèmes de la vérité scientifique et de l’univers financier, Michel Mourlet* se livra à un passionnant exposé dont il aurait été dommage de ne rien restituer :

Il faut distinguer entre la vérité scientifique et la théorie scientifique. Ce sont les théories qui sont constamment remises en question, non les faits établis qui constituent, eux, la structure même de la science. Les théories sont humaines, donc faillibles et ce dont parle Jules Romains, ici comme dans Knock, c’est de l’erreur scientifique. Concernant la pièce, je crois qu’il faut l’envisager sous l’angle particulier de cet univers qu’elle décrit, l’univers financier. Il me semble que la description qui en est donnée est valable pour tout système financier, qu’il s’agisse ou non d’une escroquerie. Un système financier repose, en amont comme en aval, sur la confiance et sur un projet – en amont il y a un projet à créer, en aval il faut le faire fructifier, et pour que cela marche il faut qu’il y ait foi, confiance en ce projet. Lorsque quelque chose grippe, tout s’effondre ; que ce soit honnête ou malhonnête, ça s’effondre de toute façon parce que la confiance n’opère plus. Jules Romains est sans doute parti pour sa pièce de la fameuse affaire de Panama – et d’autres affaires antérieures dont il a pu avoir connaissance. Ce principe de la confiance, à l’œuvre dans la finance, peut à mon avis être étendu à la science – dans Knock comme dans Donogoo, l’erreur scientifique est portée par la crédulité des gens, ce qui apparaît comme un des mécanismes mêmes de la société.
Et si l’on regarde l’ensemble de l’œuvre de Jules Romains – pas seulement ses pièces de théâtre – on constate qu’elle traite de ces grands mécanismes, à quoi il faut ajouter ses théories unanimistes. Jules Romains pensait que l’on pouvait dégager de grandes forces qui modulent les sociétés humaines – une conception qui était dans l’air de l’époque ; on en retrouve quelque chose par exemple chez le Belge Verhaeren. Et l’unanimisme consiste en l’étude de ces phénomènes. Pensant démontrer ce qu’est l’unanimisme, Jules Romains a écrit cette fresque romanesque de 27 volumes que plus personne ne lit, Les Hommes de bonne volonté – il faut dire que c’est assez ardu… Or cet ensemble repose sur une contradiction un peu gênante : pour montrer ce que sont ces grandes forces collectives, il a quand même mis en scène plus de six cents personnages, qui sont autant d’individualités… En définitive, je crois qu’on peut ramener la pensée de Jules Romains à une réflexion sur les pouvoirs qu’a l’imaginaire sur les mécanismes sociaux.

Au fil des interventions, ont aussi été dégagés quelques thèmes majeurs de la pièce – par exemple l’exploitation des crédulités, et la montée au pouvoir d’un homme, motif qui traverse l’œuvre de Jules Romains. En ce qui regarde Donogoo, c’est un thème très lié à l’époque d’écriture de la pièce ; on est en 1930, la référence à Hitler est claire : Lamendin est un ancien élève des Beaux-Arts, un architecte et un peintre raté. Un autre thème propre à l’époque est fugitivement convoqué, celui du savant fou, incarné par Ruffisque. Seront aussi soulignées différentes références qui colorent la mise en scène, notamment le western à travers les costumes et la musique ("L’harmonica est l’instrument des migrants, qui les suit d’est en ouest", dira Jean-Paul Tribout) et la bande dessinée.

Au fait… Qu’est-ce donc que ce nom Donogoo ?
Jean-Paul Tribout :
C’est "l’endroit où l’on ne va pas" qui, en anglais, donne do not go.
S’entend aussi un jeu sonore sur les gogos qui seront victimes du mirage.


* Michel Mourlet - romancier, essayiste, auteur dramatique, versé aussi bien dans la défense de la langue française que dans le Septième art, directeur éditorial, collaborateur à diverses revues et journaux... - suit le Festival de Sarlat depuis plusieurs années. Il apporte aux Rencontres de Plamon son érudition, son aisance oratoire... et ses points de vue qui jamais ne font la moindre concession au "politiquement correct". Il tient sur la Toile un Carnet de route.


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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 16:49
De dos, assise contre un pilier, une femme lit. On devine une silhouette élancée, un chignon dégageant la nuque, une robe noire à bretelles, des bas à couture et des sandales à hauts talons. Au loin et se rapprochant, une voix féminine fredonne. Apparaît une femme décontractée, chaussée de sandales plates qu'elle jettera vite, vêtue d’une robe noire moulante arrivant à mi-cuisse et dont la large encolure ronde a basculé d’un côté, dévoilant l’épaule. Elle porte un cabas coloré, a l’air de revenir de la plage. Le décor ? réduit à quelques objets – des chaises de métal aux pieds hauts, un accordéon, un lutrin… Une espace que d’abord les deux comédiennes hantent plus qu’elles ne l’occupent, quasi silencieuses si l’on excepte les fredonnements, ou une brève réplique lancée à la cantonade confirmant que oui, elles sont en pause. Puis, à partir du livre que la première est en train de lire s’amorce l’échange – moins un dialogue, lequel suppose que deux êtres se parlent, qu’une sorte de joute où deux êtres parlent. Énoncent. Ainsi commence le voyage croisé entre l’histoire de la condition féminine et les théories que Simone de Beauvoir a développées dans Le Deuxième sexe et les lettres passionnées qu’elle adressa, dans le même temps quelle écrivait son œuvre phare, à l’écrivain américain Nelson Algren, qu’elle aima en toute ardeur et qui le lui rendit bien, mais pour qui elle refusa néanmoins de quitter Sartre.

Avec beaucoup d’humour et de subtiles modulations de jeu sont mises en vis-à-vis les tendresses parfois un peu minaudantes de l’aimante et les raisonnements rigoureux de l’essayiste, laquelle ne craint pas de puiser dans la zoologie les informations les moins avenantes pour cautionner ses points de vue. Les textes sont habilement montés : Michelle Brûlé en a finement exploité les ressources pour composer ce spectacle, dans la trame duquel elle a glissé quelques rengaines chantées a capella ou bien accompagnées à l’accordéon qui apportent une délicate "couleur d’époque" et que le public a très probablement fredonnées intérieurement car elles comptent parmi les mélodies les plus connues. Vous souvient-il de la rue des Blancs-Manteaux ? Et de cette fillette qui croit qu’ça va qu’ça va durer toujours le temps des amours ? Pauvre fillette guettée par la ride véloce, la pesante graisse, le menton triplé et le muscle avachi !

Plus d’une heure durant, Michelle Brûlé et Odja Llorca conduisent ainsi d’un extrait à l’autre, puisant dans le cabas de l’une les ouvrages au fur et à mesure des besoins de la citation – livres ouverts sous les yeux comme pour une lecture ou bien déclamant le texte du haut de leur infaillible mémoire. Étendant leur espace de jeu au-delà de la scène, elles s’aventurent parfois dans les allées ménagées entre les sièges où le public est assis. Et il arrive que l’on quitte Simone de Beauvoir et ses amours pour voir, par exemple, l’une des deux femmes murmurer dans un téléphone portable des câlineries à sa fille – la condition maternelle, invitée sur scène, répond à ce qui en est dit dans Le Deuxième sexe.


Des passages issus de lettres écrites par Nelson Algren sont ajoutés au montage de textes – s’installe alors la conviction que l’on n’est plus dans la seule problématique de la femme aimante vue par une féministe, et que la teneur essentielle de la pièce est plutôt un questionnement sur la dépendance amoureuse et intellectuelle de l’être humain sans distinction de sexe. Il m’a semblé qu’étaient davantage pointés les méandres, les tortuosités et les contradictions de la passion que les aspects particuliers revêtus par celle-ci chez Simone de Beauvoir – ceux-ci n’en sont pas moins présents, mais traités de façon à ce qu’on les entende comme ayant valeur d’exemple, de motif illustrant un propos d’ordre général.
Si l’on suit avec beaucoup d'intérêt l’histoire tissée entre Simone de Beauvoir et Nelson Algren, plaisamment croisée avec la progression de la rédaction du Deuxième sexe en revanche on saisit mal ce qui se joue entre les deux personnages évoluant sur scène. Deux femmes d’aujourd’hui, nous dit-on – deux comédiennes en pleine répétition s’octroyant une pause. Mais qui sont-elles ? Qu’est-ce qui les unit – ou les sépare – en dehors de leur rapport aux textes de Simone de Beauvoir ?

Le talent des comédiennes est grand ; on apprécie de bout en bout la grâce ou l’affectation élégamment appuyées de leurs postures où s’inscrivent mille et une nuances de la séduction, leurs modulations vocales et leur façon de chanter, la manière dont elles juxtaposent les morceaux choisis de l’écrivain, mais les personnages qu’elles incarnent restent fuyants ; on a le sentiment d’être non pas face à des personnes individualisées mais à deux figures féminines, anonymes comme le sont les archétypes.
Autant qu’un écrivain, Michelle Brûlé et Odja Llorca font découvrir une ardente histoire d’amour qu’elles rehaussent agréablement par la résurrection, en arrière-plan et par chansons interposées, du Saint-Germain d’après-guerre. L’intelligence du montage et l’humour qui s’y déploie suffisent bien à tenir le spectacle. Alors, après tout, tant pis pour ces personnages fuyants…


La Ballade de Simone

Adaptation :
Michelle Brûlé
Mise en scène :
Nadine Darmon

Interprétation :
Michelle Brûlé et Odja Llorca
Durée :
1h20
Production Electron Libre, soutenu par la compagnie En Votre compagnie.

La représentation donnée à l’Abbaye Sainte-Claire le dimanche 19 juillet a été précédée d’un "café philo" animé par Michelle Brûlé. L’entrée était libre et gratuite, indépendante du billet d’accès au spectacle.


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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 13:37
Lamendin, peintre et architecte raté, recyclé dans les assurances, a des inclinations suicidaires. Il regarde le canal avec les yeux de qui est sur le point de sauter à l’eau. Il est dissuadé de son projet par un ami qui lui impose d’aller consulter un certain Ruffisque, un savant brésilien spécialisé dans la guérison des candidats au suicide. La thérapie appliquée fonctionne à merveille: le "suicidothérapeute" jette notre dépressif sur le chemin du professeur Le Trouhadec, en lui enjoignant de remettre sa vie entre les mains de cet homme. Le Trouhadec est un éminent géographe déchu : dans la somme qu’il a publiée au sujet de l’Amérique du Sud, il a minutieusement décrit une ville – Donogoo-Tonka – dont il est avéré… qu’elle n’existe pas et cela tache irrémédiablement sa carrière : cette erreur est devenue un obstacle rédhibitoire à son élection à l’Institut...

Lamendin alors surgit comme un miracle : à peine Le Trouhadec lui a-t-il confié son vœu le plus cher qu’il entreprend de trouver comment permettre au savant d’être élu à l’Institut. Lui vient l’idée de réparer l’imposture de la ville-qui-n’existe-pas… en la créant. Plus exactement, il va générer l’idée de Donogoo-Tonka ; il va faire naître cette ville dans les esprits en tissant autour de son nom tout un réseau de mensonges – par exemple de mirifiques possibilités d’investissements immobiliers assises sur de supposées ressources aurifères – qui vont constituer les fondements d’une "Société franco-américaine pour l’embellissement de Donogoo-Tonka", montée avec la complicité de Margajat, un banquier au moins aussi filou que lui… Le succès est foudroyant : des quatre coins du monde des migrants se mettent en mouvement pour aller à la conquête de ce nouvel Eldorado – que bien entendu ils ne trouvent pas. Il n’y a pas de ville ? Eh bien construisons-la ! C’est ainsi que les grugés se liguent pour faire sortir des sables Donogoo-Tonka… dont le profit retombera dans l’escarcelle des escrocs du premier jour. Le Trouhadec dans tout ça ? Il n’est pas le dernier à tirer de ce coup monté les marrons bien rôtis puisqu’il parvient là où il voulait aller : à l’Institut.

Qu’il s’agisse du gourou guérisseur pratiquant une pseudoscience assaisonnée d’ésotérisme, du géographe se voulant émérite mais ne regardant pas à l’exactitude de ce qu’il énonce, de l’homme d’affaires ou du banquier montant une gigantesque escroquerie reposant sur une pure invention : tous ces exploiteurs de la crédulité ne donnent guère à espérer du genre humain. Et leurs victimes pas davantage qui, tout à leur cupidité – ce qui en soi n’est pas reluisant – se ruent en terre étrangère pour s’y comporter en conquérants on ne peut plus méprisants envers les autochtones. Ce que montre la pièce du Jules Romains de l’humanité est consternant au possible. Mais en tant qu’œuvre dramatique, elle est extrêmement réjouissante, à la fois dans sa construction et dans sa tonalité, caustique, grinçante, éminemment drôle. Émaillée de considérations touchant au rapport des mots et des choses, ainsi qu’au pouvoir des désignations sur l’imaginaire, elle est colorée d’un comique de texte constant nourri de phrases percutantes telle celle-ci, empruntée à une réplique de Lamendin (que je cite de mémoire, n’ayant pas le texte à disposition) : Il existe un moyen très simple de résoudre les problèmes, c’est de ne pas les voir.

Jean-Paul Tribout et son équipe donnent de cette pièce une version tonique qui souligne avec bonheur les raccourcis abusifs et les abus de confiance outranciers dont usent sans vergogne les manipulateurs de tout poil. Accompagné d’une musique rythmée et enlevée que domine l’harmonica, dont les sonorités bluesy installent une ambiance couleur far west, le jeu des comédiens est rapide et vif sans être étourdissant : les saveurs du texte sont très soigneusement respectées et le spectateur a tout le temps de les percevoir.
 
L’intrigue est foisonnante et les moyens qu’elle exige sont à sa mesure : sont convoqués pas moins de trente personnages pour mener une action censée se dérouler en plus de vingt lieux différents. Cette abondance est restituée à la lettre alors même que la troupe ne compte pas tente comédiens et que les changements de décors sont limités grâce au génie de l’astuce qu’ont déployé le metteur en scène et la décoratrice – le premier en confiant plusieurs rôles à certains comédiens, lesquels endossent un costume distinct pour chaque personnage incarné, la seconde en concevant un système d’austères boîtes noires qui, tout au long de la pièce, dévoilent des  trésors selon que sont ouverts ou rabattus tel volet, tel battant…


Ce sont véritablement des malles magiques tant elles contiennent de choses en regard de leur volume – par exemple une forêt vierge tenue derrière une porte de placard, entrevue le temps d’une ouverture en coup de vent… Les accessoires abondent, et leur facticité affirmée renvoie autant à l’univers ludique de l’enfance qu’à la monumentale supercherie servant de ressort à la pièce.
Pendant presque deux heures, le rythme se maintient sans faiblir et les comédiens régalent le public d’une interprétation brillante qui, soutenue par une mise en scène habile, met en valeur le texte de Jules Romains. Pendant près de deux heures l’on est théâtralement heu-reux.

* Pour de plus amples développements autour de la pièce, voir les Esquisses plamonaises.


Donogoo
Texte de Jules Romains
Mise en scène :

Jean-Paul Tribout assisté de Xavier Simonin
Avec :
Jacques Fontanel, Jean-François Guillet, Eric Chantelauze, Patrick D’assumçao, Patrick Trapet, Laurent Richard, Xavier Simonin, Jean-Paul Tribout
Musique :
Jean-Jacques Milteau
Décor et accessoires :
Amélie Tribout
Costumes :
Aurore Popineau
Création lumières :
Philippe Lacombe
Durée :
1h50
Co-réalisation compagnie Sea Art et Théâtre 14

Représentation donnée le samedi 18 juillet au Jardin des Enfeus.

Après quelques dates de tournée, le spectacle s’installera au début du mois de novembre 2009 pour 48 représentations au Théâtre 14 - Jean-Marie Serreau – avenue Marc Sangnier, 75014 PARIS.

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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 11:52
Les Enfeus sinon rien…

Le 58e Festival des jeux du Théâtre de Sarlat s’est ouvert le 18 juillet sous de mornes auspices : depuis deux jours le ciel était renfrogné, tout gorgé de nues plombées. Après une courte période de chaleur torride, quelques averses bien senties ont crevé tandis que le thermomètre perdait, en moins de 24 heures, une bonne quinzaine de degrés… Il y avait donc matière à s’inquiéter de ces masses grises stagnant au-dessus de la Belle Périgourdine – nonobstant la beauté de leurs nuances qui, pour ravir un coloriste, restaient menaçantes aux yeux de qui avait pris un billet pour voir Donogoo au Jardin des enfeus : il n’y avait pas de repli possible au Centre culturel et, si la pluie devait se mettre de la partie, la représentation serait annulée. Fort heureusement les cieux furent cléments – faut-il en remercier les saints patrons des comédiens ? – et, timide d’abord, le bleu s’imposa pour enfin régner en maître jusqu’à ce que le spectacle s’achève.
Largement éclairci dès le milieu de l’après-midi, le ciel avait commencé de sourire aux membres du Groupe d’intervention globalement nul (GIGN) – la troupe qui, emboîtant le pas aux Grooms mais jouant en un seul lieu là où leurs prédécesseurs avaient déambulé dans toute la vieille ville, offrait cette année le spectacle gratuit inaugural. Pendant près d’une heure les quatre comédiens enchaînèrent leurs gags à chute au pied de la cathédrale Saint-Sacerdos et, à en juger par l’enthousiasme qu'on leur témoigna le lendemain aux Apéritifs de Plamon, aussi chaleureux que celui dont avaient été salués les Grooms l’an passé, cette récente initiative d'ouvrir le festival par un spectacle de rue gratuit est très appréciée - pour ne pas dire plébiscitée.
Cette réceptivité du public doit réjouir les organisateurs qui voient là récompensés leurs efforts permanents d'apporter d'une année à l'autre du mieux ou du neuf au festival.

Tout comme les Grooms, les quatre membres du GIGN méritent un coup de chapeau  particulier pour avoir su capter durablement l’attention d’une assistance mouvante alors même qu’ils jouaient dans un lieu par ailleurs investi de tous côtés par d’autres artistes, ajoutant cette performance à celle que représente déjà leur spectacle, confinant à la cascade.

Le GIGN - Groupe d'intervention globalement nul. Spectacle donné le 18 juillet à 17 heures place du Peyrou.
Création, mise en scène et interprétation: Carnage production.
Durée : environ 50 mn.
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