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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 14:00

Pour Patricia - alias LLT

 

Je ne l’ai rencontrée qu’une fois, peut-être deux quand, en 2004, elle avait rejoint l’équipe du Littéraire et que s’organisaient encore des "réunions de rédaction" – les chroniqueurs se retrouvaient toutes les cinq ou six semaines environ dans un café parisien autour du fondateur du site pour choisir, parmi les livres qu’on lui avait envoyés en service de presse, ceux dont ils allaient traiter. Par la suite, les réunions se sont raréfiées jusqu'à disparaître, mais nous sommes restées en contact suivi: j’avais alors pour tâche de relire et de corriger avant publication les articles mis en ligne sur le Littéraire et chacune de ses contributions était l’occasion d’un rapide échange de courriels, bien plus amicaux que "professionnels". Ses articles, parfaitement aboutis, étaient de ceux que j’appréciais le plus: les lire ne relevait pas du travail mais du pur plaisir – le lui ai-je assez dit, quand j’accusais réception de ses textes? Et puis il n’y avait jamais rien à reprendre, sinon de temps en temps une faute ici, ou là, qui ne pouvait être que d’inattention. J’aimais sa concision, l’expressivité qu’elle savait mettre dans ses phrases toutes simples pour dire combien un livre pouvait être important, amusant, passionnant… pour les jeunes lecteurs à qui il est destiné. C’était un bonheur de les mettre en ligne et je me disais qu’ils étaient de ceux qui faisaient honneur au Littéraire. 

 

Lorsque j’ai quitté le Littéraire, j’ai lu ses chroniques avec moins d’assiduité mais toujours avec le même plaisir – par goût pour sa plume de chroniqueuse car la littérature "jeunesse" n’est pas un sujet qui me passionne. Nos contacts ne se sont pas rompus pour autant; d’une part nous nous sommes "retrouvées" sur un autre site, k-libre.fr. Et puis elle m’a suivie sur mon petit coin de toile – ici même, épinglant régulièrement au bas de mes "Petites errances" ou de mes "Brèves d’un jour" des commentaires encourageants qu’elle signait LLT, son pseudo de BDblogueuse. Mais je doute d’avoir exprimé avec justesse dans mes réponses à quel point j’étais touchée de ce qu’elle, lectrice avisée, et femme d’écriture – elle a publié un receuil de textes divers, La Kermesse, aux éditions Le Bruit des autres –, ait de l'estime pour mes jetés de mots. Même quand elle ne commentait pas, je la sentais présente, là, à suivre mes pages comme par-dessus mon épaule.

 

Aujourd'hui, elle n'est plus là. Je n’entendrai plus, par commentaires interposés, ses encouragements, ses clins d’œil qui laissaient deviner ses inclinations artistiques – sa tendresse pour les sculptures de Brancusi, par exemple… Mais comme avant je continuerai de voir se lever à mes côtés, chaque fois que je publierai quelque chose en noires terres, l’image qu’elle s’était choisie pour avatar, et comme avant je continuerai à me demander, presque en lui parlant, "tiens, je serais curieuse de savoir ce que tu penseras de ça…"

J’étais très sensible à ses messages. Moi, de mon côté, je ne lui ai jamais écrit au sujet de son livre. Je ne lui aurai même pas offert cela, à elle qui m’a tant donné à travers ses commentaires, courts en général, mais denses, chaleureux, chargés pour moi d’un sens profond. Je sais bien qu’on ne se dédouane pas n’avoir été inattentif à quelqu’un en lui écrivant des oraisons funèbres et des hommages post mortem – ce ne sont donc pas ces quelques lignes qui compenseront mes torts et manquements. Pourtant je les écris malgré tout: je ne crois pas qu’après la mort on continue à avoir un œil sur les vivants et à pouvoir pardonner ou garder rancune mais, de cela, je ne puis être absolument sûre… alors peut-être que, de poussière d’étoile en vapeurs de monde, tout ça finira plus près de LLT que je ne saurais l’imaginer.

 

Patricia Châtel est décédée le jeudi 26 mai 2011.
"Des suites d’une longue maladie" comme on a coutume de l’écrire. Une maladie dont elle m’avait dit quelques mots par courriel, à propos de ses séjours à l’hôpital, des traitements, de ses phases de convalescence… Des messages directs et discrets d'où je sentais sourdre du courage, de la volonté, quelque chose aussi, m’a-t-il semblé, qui relevait de l’optimisme et de la joie de vivre. Le peu que j’ai perçu d’elle, à travers ses commentaires, ses messages, ses chroniques, et ce que m’ont dit deux de ses amis proches, Serge Cabrol et Brigitte Aubonnet*,  m’inspire une seule conviction:elle était ce que l’on appelle "une belle personne". 

 

* Fondateurs de la revue Encres vagabondes - où figure un bel hommage dans la rubrique "Infos".

 

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 10:55

11 mai 1981

Il fait beau – enfin, je crois me souvenir qu'il faisait beau. Un peu frais cependant: il est huit heures du matin, je suis en route vers le lycée. La veille au soir on a annoncé, à 20 heures précises, que François Mitterrand était élu président de la République. Je me rappelle avoir ressenti une espèce de joie incrédule, d'avoir eu le sentiment aigu que quelque chose d'exceptionnel, de sismique, venait de se produire. Je ne suis pas de ces adolescents précoces qui, dotés d'une conscience et d'une culture poltiques très affirmées, sont des militants zélés. Tout au plus ai-je quelque inclination partagée entre le rouge rosé et le vert. Mais enfin je suis euphorique. Hier soir, pourtant, je suis restée sagement à la maison et ne me suis pas précipitée à la Bastille pour fêter l'événement. Des camarades de classe y sont allés et ce matin ils racontent... Le journal Libération s'est parfumé à la rose.

Moi, tout en marchant ce matin du 11 mai, je ne comprends pas pourquoi, alors que la France est socialiste et chamboulée, le soleil, le vent, les heures qui passent... ont gardé le même goût.

 

rose_11mai.jpg

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 11:48

De 2010 à 2011 Le passage s’est fait au gris – à Paris et alentours, du moins.
Peu importe, au fond, l’état du ciel – clair ou pluvieux, brumeux, neigeux…
Une année finie aura toujours un air de ruine.
Et le tour de celle qui la suit viendra aussi de ne plus être nouvelle
De n'être plus que la cendre des jours consumés

 

1er-janvier-2011.jpg

 

Au-devant les friches de ces à-venir dont on ne sait rien
Il en ira ainsi jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’après.
Jusqu’à la fin de l’histoire – jusqu’au degré zéro du Temps:
La béance du Néant

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 12:32

Cache-poussière

 

Chaque jour je songe à ces pages délaissées, où plus rien n’est écrit que des bribes parce que chaque jour se répète en moi ce même refrain d’impuissance et de vacuité. C’est une vraie douleur que de ne pas pouvoir écrire, que de ne plus être capable de mettre les mots en adéquation avec ce que l’on ressent alors même que, de cette "traduction", on a longtemps fait l’ordinaire de sa joie… S’agit-il de "chroniquer" un livre, d’évoquer une émotion, une chose vue? Il me semble que, l’un après l’autre, les mots tracés tombent et se brisent au bord du sens que j’essaie vainement d’exprimer – tel le pied glissant sur le trottoir qui précipite le marcheur à terre.

 

Je ne sais plus user du langage autrement que de manière ustensilaire. Le "passe-moi le sel" de l‘écriture. Rien qui vaille une incursion dans cet espace que je me suis ouvert, croyant avoir quelque disposition pour autre chose que de l’ustensilaire. À force de ne plus le visiter, il finira par ressembler à ces villes fantômes que l’on voit si souvent dans les westerns, parcourues par des bourrasques de vent roulant des buissons crevés dans des volutes de poussière et de sable sec.

 

Oh, je pourrais y publier régulièrement un "petit quelque chose" histoire de ne pas le laissser mourir tout à fait – par exemple suivre les traces de Jean-Claude Lalumière qui, depuis peu, met en ligne sur son blog des "Fragments biographiques". De petites phrases faussement simples, qu’un je-ne-sais-quoi intensifie et qu’un commentateur a comparées à celles de La Minute de monsieur Cyclopède – en effet je trouve à ces fragments quelque chose qui rappelle le visage impassible de Pierre Desproges. Mais je n’ai pas comme lui la maîtrise de la brièveté juste, et encore moins l’art – car c’en est un – de rendre signifiants deux ou trois termes judicieusement associés qui se suffisent à eux-mêmes au milieu d’une page blanche. Bloguer ainsi quotidiennement serait, en ce qui me concerne, une feinte, un gros mensonge que je me raconterais – croire que je peux "écrire"… Or je n’ai jamais apprécié la feinte.

 

Alors tant pis. Vogue le désert. Et ses dunes. Et ses tempêtes qui dessèchent, poussant devant elles les pages vides: cela au moins est l’authentique reflet de mes aptitudes véritables et de ce à quoi aboutissent mes intentions scripturales…

 

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 18:51

Danser. Glisser. S'éteindre. Mourir

Ainsi passent les jours. Et la vie.

 

Qu'y peuvent les rires sinon sonner creux?

 

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 18:20

Ciel de suie – couleur d’abîme, relents de suffocation: la pluie colle à l’âme comme une glu obsédante.
Le tapotement de ses gouttes sur la vitre ressemble à la course vaine des doigts du mourant sur son drap.
Bruit qui hante
Lacère
Ravive des angoisses éteintes...

La pluie fait pleurer les statues, creuse au coin de leurs yeux figés des sillons de larmes qui achèvent leur ruine.
Au sol elle noie tout.
La pluie désespère
et brouille les heures qui prennent un goût fétide – nausée !

Mais il n’y a qu’elle pour répandre sur le bitume luisant la fête vive des reflets volés aux néons multicolores
et donner aux passants renfrognés l’air de danser à la pointe de leurs propres pas – au creux des flaques devenus funambules, tenus entre ciel et terre  par un fil de verre.

Mirages entre deux gris que la prochaine éclaircie effacera.

 

jour-de-pluie.jpg

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 17:41

Longtemps la vision aura flotté aux marches de la pensée, intermittente et vague mais obsédante. Toute frangée de mots évanescents qui jusqu’alors ne l’avaient pu fixer…

Un long couloir obscur et droit tendu vers un point de fuite si lointain qu’il en est presque invisible
Des statues de pierre le peuplent
Lisses, et blanches, et nues – aussi parfaites que le silence
Dressées à l’angle de la nuit et des mutités arides elles sont les stèles de mes mots introuvés
Elles prêtent corps à mes déserts

Aux abîmes forés en moi qui souvent me font crier sans bruit et étouffer jusqu’aux plus nocturnes désespoirs
De leurs yeux vides – elles si blanches dans la ténèbre du couloir, plus vertigineux qu’un vortex – elles murmurent l’éternité
Mais la pierre comme la chair se corrompt, s’érode et finit en poussière. 

 

Il n’y a pas d’éternité.

 

statue-muette.jpg

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 17:12

 vignette-breve-12-octobre-2Vaine traque...

 

C’est à la fois jouissif et douloureux – sempiternel paradoxe – que d’entendre sans cesse au fond de moi surgir des mots qui s’agitent en tous sens, s’assemblent et se repoussent en des valses désordonnées mais refusent parfois de quitter la place, s’imposant avec des mines péremptoires et l’air de dire "C’est de nous dont tu as besoin pour écrire ta pensée", alors qu’ils sonnent aussi faux, aussi creux que leurs voisins. Les mots justes se dérobent encore...


Quand je suis lasse de les poursuivre en vain, je me détourne d’eux pour l’image. J’essaie, alors, de "prendre" des photos, peut-être même d’en "faire", avec recherche et intention. Il arrive que cela marche. Et que j’en éprouve de la satisfaction.
C’est rare. Trop pour avoir jamais l’esprit en paix.

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 13:31

Les paupières pèsent – du soir au matin elles tirent devant les yeux un rideau de plomb et, sous elles, gigotent des images confuses auxquelles rien ne s’accroche qui ne soit fuyant.
À peine esquissées les pensées s’étiolent, meurent et se décomposent en une vase épaisse qui sédimente au fond de l’âme.


C’est un mal être torpide et nauséeux, une morne détresse qui n’est rien autre qu’un profond dégoût de soi mais a l’hypocrisie de se faire passer pour un désir d’ailleurs, une soif d’air nouveau qu’un voyage lointain pourrait étancher ! Senteurs inédites et horizon couleur litchi ne sont que des fards trompeurs – l’on étouffe pareillement aux antipodes qu’en son cadre familier lorsque le malaise est affaire de paix intérieure à conquérir.


Il arrive alors que la main s’ouvre comme se déploie dans la flaque d’eau stagnante la feuille morte et racornie.
Ouverte elle se tend – appel ? Prière ?
Mais est-elle seulement apte à recevoir

 

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 08:59

Épitaphe
Pour Nyssiah, chatte diaphane aux yeux intranquilles morte à Gourdon le 10 août 2010 fauchée par une voiture. Elle venait d’avoir six ans.


Petit animal vibratile toujours inquiet regard craintif, le corps en alerte prêt à détaler – qui ne s’apaisait que dans le sommeil…

Nyssiah à l’ossature si fine, à la silhouette si frêle que je l’avais surnommée in petto "ma dentelle de chatte"
Nyssiah dont les miaulements paraissaient souvent des déchirures tandis qu’elle posait sur moi des yeux que je trouvais implorants – mais que demandais-tu donc ainsi, que je n’ai jamais compris?
 

 

Vivras-tu neuf vies?

Je l’espère. Et surtout que l’une d’elles au moins t'apporte ce que la première ne t’a pas offert.

 

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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