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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 09:59

Partout, depuis mercredi, sur la Toile, dans les rues, à la une des journaux, sur les grand-places où les gens spontanément se rassemblent, partout de par le monde se lève cette bannière: en grandes capitales blanches sur fond noir: JE SUIS CHARLIE. Et en fin de journée j'ai vu pleuvoir au "20 heures" de France 2 une averse de dessins eux aussi envoyés de partout, percutants, justes, mais sans haine ni méchanceté malgré l'acte horrible qui les a suscités, comme l'étaient ceux que créaient les assassinés de Charlie Hebdo. Caustiques toujours, jamais méchants même si, parfois, on pouvait trouver qu'ils tapaient un peu fort sur ce qu'ils voulaient dénoncer. Un peu fort, mais pas vraiment à tort, il fallait bien le reconnaître dès lors qu'on se donnait la peine de réfléchir: sous la charge de la caricature ‒ c'est la loi du genre que de grossir le trait ‒ toujours la subtilité était à l’œuvre, une finesse qui au-delà du dessin, ou du texte-slogan qui claque et fait rire, obligeait à penser, à scruter le fond des choses. Longtemps j'ai été une fidèle lectrice de Charlie quand, phénix, il est re-né en 1992. Je l'achetais dès le matin et commençais de le lire dans le métro, souvent je l'achevais en marchant dans la rue et je riais, d'un rire tripal, sincère, libérateur... Ce que j'aimais dans Charlie? Lire ce que des gens de talent savaient faire à partir de faits et d'événements qui, moi, me mettaient simplement en colère sans que je sache aller au-delà de la petite indignation mesquine, sans cesse remâchée jusqu'à l'aigreur, et stérile puisque je n'esquissais pas le moindre geste utile d'engagement protestataire. Non seulement ils réagissaient et s'indignaient avec une acuité, une pertinence sidérantes mais en plus, ils transcendaient tout cela par l'HUMOUR. Et parvenaient à lever le poing sans haine. Quel tour de force, et cela me faisait jubiler.

Mais depuis bien des années je ne suivais plus vraiment Charlie. Tout au plus m'attardais-je à parcourir les "unes" en passant devant les kiosques, parfois je lisais, par-dessus le bras d'un voisin de voyage, dans le métro, le numéro qu'il avait entre les mains. Autant dire que je n'étais pas là et que je ne comptais pas parmi ceux qui permettaient à Charlie Hebdo de vivre par un acte vrai ‒ l'achat régulier, ou l'abonnement. Pourtant, je m'autorise à écrire que ce journal et ceux qui signaient articles et dessins faisaient partie de mon univers, de mes références. Je me souviendrai longtemps, je crois, de cette sensation bizarre qui m'a glacée mercredi quand je lus, dans les fils d'infos m'arrivant comme chaque jour par courriel, que "Charb, Wolinski, Cabu, Tignous et Honoré" comptaient parmi les douze morts de l'attentat. Un vide, une incrédulité... Comment cela pouvait-il être vrai? Eux qui se vouaient à faire rire de tout et même du pire sans jamais verser dans l'ignominie, et qui probablement devaient encore rire à la fin de leur réunion de rédaction en songeant aux piques qu'ils allaient planter dans leur premier journal de l'année... Mais il fallut bien se rendre à l'évidence: ces assassinats avaient bel et bien été perpétrés.

Moi je ne sais pas être juste avec ça, avec ce que j'éprouve, avec ce que cet attentat représente, implique... Pourtant quelque chose au fond de moi me pousse à épingler à mon tour la fameuse bannière non pas pour rejoindre le courant général mais parce que quelque chose dans mon cœur m'y pousse. Et pour conclure je voudrais saluer l'édito que Julien Védrenne a publié sur k-libre. Vibrant d'émotion, d'une grande tenue d'écriture malgré cela... Il y aura un après-7 janvier, écrit-il. C'est une évidence: le dessin satirique survivra, les dessins que l'on a envoyés le soir même de l'attentat le prouvent, et puis il a déjà survécu à d'autres horreurs historiques, mais il portera, pour longtemps, un brassard noir; et sa résonance a pris, définitivement, un degré supplémentaire de sombre profondeur. On satirisera toujours, oui, mais plus comme avant, de cela je suis, moi aussi, certaine.

Brassard noir
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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 13:29

D’où me vient donc cet infléchissement, cette défaite de tout l’être, ce ploiement intérieur qui courbe le corps et le plombe, sans qu’aucune douleur sensible, aiguë ou sourde mais persistante, se manifeste? Pas même une once de vraie fatigue qui puisse justifier cet abattement – sommeil excellent, travail sans excès, exercice physique modéré sans gêne particulière… Ce qui achève de me vaincre est de comprendre combien je me leurre en attribuant à cet état déliquescent telle au telle cause objective – l’impossibilité de terminer une chronique à laquelle j’accorde beaucoup d’importance, le désagrément de ne pas parvenir à mes fins photographiques, voire les perturbations que provoquent des voisins bruyants qui, en réalité, ne font rien autre que vivre leur vie d’artistes musiciens et qu’en d’autres moments, sans doute, je tolérerais mieux en dépit du niveau déplorable d’isolation sonore de mon appartement. À rien de tout cela que je crois me miner ne saurait être imputée la raison de cet avachissement où règnent l’absence de motivation et de désir, l’extinction radicale de toute énergie. Mais alors où chercher l’origine de cette froidure de braises mortes? Pourquoi le souffle vital sans qui elles ne peuvent brasiller, cet indéfinissable élan impossible à décrire mais dont on sent la chaleur et que l’on sent à l’œuvre derrière chaque geste accompli dans la simple joie de l’accomplissement, fût-il des plus quotidiens, des plus banals, m’a-t-il ainsi désertée?


Peut-être un effet rampant d’un tout récent «anniversaire», jour prétexte à fête et à rires pour la plupart des gens mais qui pour moi, s’il fallait absolument le distinguer des autres jours de l’année quand il n’a rien de particulier considéré à l’aune de l’écoulement continu du temps, donnerait plutôt envie de prendre le deuil, comme le «Nouvel An», d’ailleurs – la marque d’une année passée, à titre personnel ou général, c’est un étrécissement de perspectives, un abaissement d’horizon, le moment où l’on mesure avec plus d’acuité quand on est un adulte mature combien est immense l’écart avec son enfance, quand on désirait fort de grandir et que l’on s’occupait l’esprit à rêver de ce que l’on ferait «plus tard», un «plus tard» imaginé sans bornes. Celles-là se dressent peu à peu, au long de la vie, et c’est au nombre, à la fréquence allant croissant de leurs surgissements, aux limites toujours plus restreintes qu’elles assignent aux «plus tard», que l’on sait à quel point on vieillit.


Mais de cela je ne suis même pas sûre. Sans doute suis-je en train d’activer quelque soufflet de forge à tâcher, de la sorte, de trouver un «chemin de mots» qui puisse donner corps à cet avachissement putride, délétère, asphyxiant et incapacitant. Là encore, ce n’est qu’une soupape brièvement ouverte. Et je sais bien que rien n’apparaîtra de l’obscure source de cette morbidité, que le jour n’est pas venu où je pourrai enfin la combler pour en faire taire à jamais le débit… Mais une éclaircie même éphémère est toujours bonne à contempler (cette simple phrase me laisse penser que le soufflet d forge n’a pas été tout à fait inefficace. Que l’un de mes pieds au moins reste disposé à frapper fort le fond du gouffre pour me rapprocher d’une issue…).

Couleur d'humeur...

Couleur d'humeur...

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 13:35
Bribe - une de plus...

Avant-hier…

Enfin vidé, ce sac de vêtements laissé fermé sur son contenu depuis mon retour de Gourdon, voici… plus de trois mois. En moins de dix minutes chemisiers et jupes, tenus serrés sur leurs plis pendant si longtemps, ont retrouvé leur place dans la penderie; tee-shirts et sous-vêtements, eux aussi pliés avec soin et pétrifiés ainsi, ont été rempilés dans l’armoire d’où je les avais tirés après avoir décidé qu’ils me suivraient en vacances. Restes d’été s’élevant par petits nuages, pulvérulents à l’instar de toutes les traces du passé, tandis qu’au-dehors la grisaille se fait froidure.

Le sac est remisé jusqu’au prochain départ qui restait posé là dans le coin de ma chambre comme panneau de rappel, à lui seul symbole de tout ce que je sais «être à faire». Un ordre est désormais revenu – quelque chose a été accompli et c’est un sommet vaincu; un piolet fiché dans la pierre par un alpiniste heureux d’être arrivé où il voulait aller… Mais, par-delà cet infime (ar)rangement, combien, encore, d’Everest à terrasser?

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 08:24

Dimanche 12 octobre. Tôt le matin
À la surface du lac, quelques canards immobiles flottent, tels des jouets laissés dans la baignoire pour distraire un enfant. Un peu plus loin, un ballon à demi affaissé et, à l'exacte tangente de sa ligne de flottaison, tendue vers un improbable point de fuite, une longue tige morte d'où pointent des feuilles effilées cassées à angles aigus.
"Une calligraphie!" me dis-je, passant en courant d'une foulée alerte et songeant, dans le même temps, que cet agencement de hasard eût peut-être fait une belle photo. J'étais loin déjà quand un brusque charivari me fit me retourner. Une panique chez les canards! Brouillamini d'ailes battant l'air, criailleries, gerbes d'éclaboussures... envols tourmentés... L'eau écume, bouillonne, peine un peu à reprendre sa quiétude, clapote. Bousculés par ces turbulences, le ballon et la tige se sont désolidarisés. Et ne sont désormais, chacun, que deux choses insignifiantes, rebuts parmi d'autres qui donnent au lac sa morne mine de décharge intempestive. De la fulgurante calligraphie jugée photogénique dans l'éclair de son surgissement rien ne reste que la brève figure retenue par ma mémoire et transcrite à grands renforts d'efforts, peut-être vains d'ailleurs...


Plus tard
J'aperçois une minuscule chaussure de bébé salie dans le creux d'une large feuille toute trouée dont ne restent que les nervures. Aussitôt je pense "une photo à prendre!" et, la photo prise ‒ les photos prises car j'ai expérimenté différents angles, plusieurs cadrages... ‒ je réalise qu'aucune ne rend compte de ce que j'ai éprouvé en voyant cette petite chose défaite dans son écrin végétal en lambeaux, détrempé par l’averse récente. Ces clichés ne sont que des images, de banales images. En plus, ils sont flous, de ce mauvais flou de bougé que l'on n'a pas recherché mais, au contraire, tâché d'éviter! Me vient alors la réflexion qu'une véritable photographie, en dehors de ses qualités techniques ‒ je veux dire une de celles que l'on fait quand on "fait de la photo" et non "des photos", toute la nuance de sens est dans le choix des déterminants: un défini, et c’est une prétention à l’art, un indéfini, et c’est à peine de la fixation événementielle ‒ est plus-que-visuelle; quiconque la regarde voit certes des formes, des couleurs ou des gammes de gris dans le cas du noir et blanc, mais il percevra aussi des parfums, entendra bruire des sons et, peut-être, sentira courir sur sa peau des brises voire le vent des souvenirs, ou des rêves, ou des fantasmes. Il y a dans une véritable photographie, je veux dire de celles que prennent les grands photographes, tout un monde d'émotions dont sont exemptes les photos banales, celles qui n'ont de but que d'archivage ou de témoignage. Et je me dis in fine qu'un authentique photographe n'est pas seulement capable de voir "quelque chose" dans le moment de réel qui l'interpelle et le pousse à déclencher, il est aussi celui qui saura transmettre à autrui, grâce à sa photographie, ce que lui a vu – et, dans ce verbe "voir"-là, il faut entendre bien d’autres sens que celui de la seule vue; tout un monde dans une photo, tout un monde…
Ma petite chaussure de bébé, que je n’ai pas su élever au rang d’univers par mes images, me ramène à cette superbe photographie de Marc Riboud* d'un sac en plastique abandonné dans un jardin public de Shanghai: l'avaient ému les deux boucles que faisaient les anses nouées: On dirait un lapin égaré écrit-il. Et au premier coup d’œil, en effet, on voit sur sa photo le lapin égaré. Plus que le sac plastique, plus, même, que le décor sublime du jardin pourtant présent à l'image...

*Marc Riboud, 50 ans de photographie, Flammarion,2004 (ouvrage publié à l'occasion de l'exposition éponyme à la Maison européenne de la photographie de mars à octobre 2004), 175 p. - 52,00 €.

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 09:38
Entre(-)chat et cafés

Lors de mon séjour sarladais cet été, je suis allée comme chaque année m’approvisionner en café à la Brûlerie sarladaise et j’y découvrais un cru brésilien dont même le nom m’était inconnu: Mococa. Encouragée par le descriptif du torréfacteur j’achetai sans hésiter un paquet de grains que je fis moudre à la juste mesure de la manière dont je prépare le café et, dès la première dégustation, le lendemain, j’étais séduite par la saveur typée, les arômes qui se déployaient progressivement de gorgée en gorgée et demeuraient longtemps en bouche (mais que je ne me risquerais pas à "mettre en mots": jamais je n'ai réussi à trouver de correspondance réelle entre les sensations gustatives que me procurent les cafés et les mots à ma disposition; ainsi les discours de dégustateurs me sont-ils invariablement étrangers, même si j'éprouve une délectation toute littéraire à les lire... un barista dira par exemple de tel cru qu'il a des "arômes de fruits rouges", des "notes cacaotées" ou "une légère acidité d'agrumes"... autant de saveurs présentes dans ma "bibliothèque sensorielle" mais que je ne parviens pas à relier aux cafés dégustés; alors je laisse mes ressentis sans mots, dans cet étrange entre-deux où flotte tout ce qui, pour échapper à l'emprise du langage, n'en a pas moins de présence effective dans l'éphémérité de sa survenue et sa persistance ultérieure en pays de mémoire...).

Juste avant de quitter Sarlat, je revins donc à la brûlerie avec l’intention d'acheter plusieurs paquets de ce Mococa car, n’en ayant jamais vu là où, à Paris, j’ai l’habitude de choisirr mes cafés, je préférais me constituer une petite provision avant d’avoir à me soucier de m’en procurer commodément. Las… le torréfacteur n’en avait plus et ne pensait pas en recevoir avant quelque temps: "Ce café est très apprécié, j’en vends beaucoup, mais il n’est pas facile à obtenir et les délais sont parfois un peu longs avant d’être livré."… Une fois rentrée, je me mis en quête de Mococa via Internet – et, en effet, je pus constater que bien peu de boutiques en ligne vendaient du Mococa. Parmi elles, la Torréfaction toulousaine, ou Cafés Négril… C’est là que je me suis arrêtée. Certes parce que la présentation de cette entreprise artisanale m’a plu, et que l’exploration du catalogue m’a dévoilé quantité de crus insoupçonnés (donc autant de champs ouverts à mes velléités exploratoires de "sensations café") – mais aussi parce que Négril est le nom d’un chat que mes parents ont gardé une petite année je crois, jusqu’à ce qu’il disparaisse, sans qu’ils aient jamais su ce qui lui était arrivé. Qu’est-ce qui, du nom félin ou de la richesse du catalogue, m’a décidée à acheter là ce Mococa dont j’avais soif?

Le simple fait que je me pose la question suffit à montrer combien a joué la "patte du chat"…

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 17:15
Au temps béni du paléolithique...

Au détour d’une de mes errances internautiques, j’ai découvert qu’il se trouvait des "spécialistes" se proposant de remédier aux diverses conséquences de la malbouffe et de la sédentarité croissante en prônant le "régime paléo". Il s’agit de se rapprocher le plus possible du mode d’alimentation de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs… car, selon ces spécialistes, l’agriculture et l’élevage ont amené, à partir du moment où ils ont été mis en pratique, des habitudes alimentaires dommageables pour le système digestif humain. Un premier constat, déjà, agace quand on découvre, par exemple ici, les "grands principes" dudit régime: pourquoi proscrire, parmi d'autres aliments, légumineuses et viandes grasses alors même que tout cela s'obtient, ce me semble, assez commodément en cueillant et en chassant... Ailleurs, je lis, sur le blog d'une adepte récemment convertie qu'elle apprécie beaucoup, comme dessert "paléo", une compote de pommes à la cannelle préparée avec… du beurre! Sur quel arbre l'a-t-elle donc cueilli, son beurre? Et de quel animal dûment chassé l'a-t-elle tiré? Mais passons… Il n'y a à l'évidence pas grand-chose de "paléolothique" dans le régime "paléo", juste quelques recommandations correspondant à ce qui, aujourd'hui, est regardé comme "une alimentation saine et raisonnable". Quant au "plus possible" pointé plus haut, il admet manifestement un très grand écart dans la conduite contemporaine par rapport à ce que l'on croit savoir de l'alimentation des hommes du paléolithique.

D'ailleurs, que pourrait bien signifier de nos jours, "vivre de chasse et de cueillette"? À ne tenir compte que des êtres humains occupant les pays industrialisés et sans parler de ceux que lesdits pays, par leurs diverses exactions environnementales et économiques, ont réduits à un état de misère telle qu’ils n’ont pas de quoi se nourrir même en se rabattant, justement, sur ce que pourrait leur apporter la chasse et la cueillette – que chasser, que ramasser, dans des terres dévastées, gorgées de polluants et stérilisées? À ne tenir compte, donc, que des habitants des pays industrialisés, et au regard du peu d’espace encore dévolu à la vie sauvage où il serait théoriquement possible de chasser et de cueillir, il est clair que l’adoption réelle, effective et stricto sensu d’un tel mode de vie aurait tôt fait d’aboutir à un pillage pur et simple. Le "régime paléo" m'a tout l'air d'être, bien plus qu'une de ces élucubrations (une de plus!!) à remiser aux côtés du crudivorisme et autres instinctothérapies, une étiquette complètement fantaisiste apposée sur des préconisations somme toute assez sensées, et je me demande bien pourquoi aller chercher le paléolithique quand il s'agit simplement de lutter contre les aberrations et gaspillages éhontés, évidemment condamnables, de nos sociétés de consommation. Voilà une preuve de plus qu'il n’y a pas de limites au ridicule – oh certes, le ridicule et, pire, la bêtise, la cruauté, s'expriment en maints autres domaines, à de bien plus vastes échelles et de manières plus criantes, plus révoltantes... De quoi hurler d'indignation en continu (au risque d'étouffer de colère et je n'ai pour l'heure nulle inclination suicidaire...) quand, ici, il n'y a qu'à se gausser.

Si le ridicule tuait un peu plus souvent que ne le dit l’adage, tous les problèmes inhérents à la surpopulation humaine seraient très vite résolus… Les survivants pourraient alors chasser et cueillir tout à leur aise, sans crainte de voir les ressources se tarir avant bien, bien longtemps.

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 13:51
Partie de campagne

Humer le bruire des près et des taillis, le chuchotis des rus, l’indolence des mares au-delà des herbes hautes comme derrière des mains pudiques,


Écouter le vert des talus rehaussé de rosée, le brun squameux des troncs, les flammes intermittentes des fleurs poussées sauvages,


Sentir les jeux d’ombre, la caresse des lumières changeantes entre les ramures…


Courir:
me donner à tout cela et m’en laisser envahir jusqu’au plus intime – jusqu’à la presque dissolution et, pourtant, être, quasi aveugle et sourde, retirée toute dans la sensation de la foulée élastique rythmée par le tip-tap sourd des semelles sur le bitume et les exhalaisons régulières du souffle – piston régulant tout le corps, le lien entre ciel et terre qui met l’être à la confluence de tout.

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 14:10
Harmonie d'un soir

Ardent le soleil
Cru et haut piqué dans le ciel sans nuage, écrasant de sa lumière dure le monde de l’aube au soir.


La paix quand enfin il baisse sa garde, au crépuscule. Les ombres alors, chaussées-sept-lieues, s’allongent et sous leur pas vient un semblant de fraîcheur.
Sur la terrasse où désormais les rayons obliques n’atteignent plus que filtrés par les ramures mouvantes des arbres, je lis, confortablement calée sur un épais coussin, pensées mi-closes – le moelleux d’une presque absence.


La brise est là qui de son souffle léger, par vagues exhalaisons, semble hâter le déclin du jour. Et mes quatre chats, paisibles. Eux aussi comme mi-clos, à l’affût pourtant, oreilles dressées et vibrisses frémissantes mais immobiles sinon le regard allant de-ci de-là, prompt à suivre au vol quelque insecte.


L’air courant sur la peau, son murmure et celui des mille et une bêtes qui l’habitent, les senteurs dont il est plein, l’étroite présence des quatre félins aussi lointains que les points cardinaux mais ancrés là comme les piliers de la Terre – c’est l’univers tout entier qui me traverse le temps d'un instant aussi éphémère que l'éternité.
Me/moi, chairâme, mort-née-vivante-entre-temps... et dans aucun de ces mots ne peut gésir quoi que ce fût de ce "je" censé me dire mais à quoi échappera toujours l'être même.

La Croix de Pierre, 15 et 16 juillet 2014.

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 10:09
Des livres, des beaux jours... et du regard baladeur.

L'avènement du mois de juin a sonné le temps, pour la librairie Delamain*, de sortir à l'extérieur du magasin, mangeant à cet effet une petite langue de trottoir, les "bacs-des-beaux-jours" ‒ des caissons de bois montés comme des tables où quantité de livres sont offerts à la consultation des passants, faisant extension à la boutique où les étagères remplies grimpent jusqu'au plafond tandis que des meubles plus courtauds, disposés de telle manière que l'on puisse aisément circuler autour, et sans hâte, mettent à portée de main leur contenu, essentiellement les nouveautés et des assemblages thématiques liés à quelque actualité, par exemple en ce moment la commémoration du début de la Première Guerre mondiale et le centième anniversaire de Marguerite Duras. Dehors, les livres sont de toutes sortes et de tous formats, neufs et récents qui prolongent les étals intérieurs, d'autres plus anciens puisés dans le fonds de la libraire et bien sûr des ouvrages bradés au prix crayonné en couverture, de première ou de seconde main, légèrement défraîchis, un peu gris de ces altérations dues au temps et aux manipulations répétées. Abondants tous, mais non pas mélangés: au contraire, rangés avec soin, chaque catégorie a sa place assignée. Quant aux livres anciens plus "bibliophiliques" (éditions originales, tirages de tête, volumes dédicacés...) qui ne sont pas présentés en vitrine ils restent, eux, bien à l'abri dans leur rayonnage réservé, à l'intérieur de la librairie...


Je passe devant chaque fois que le travail m'appelle dans le quartier ‒ mais lorsque je suis vraiment trop en retard, je prends garde de gagner directement la place Colette avant que d'arriver à proximité afin de ne pas être tentée, en longeant sa vitrine, de m'attarder à la regarder, ce qui est pour moi une sorte de geste-réflexe auquel je succombe invariablement. Quand, en revanche, aucun impératif ne me bride, je m’arrête, muse et rêvasse, le regard baladeur, à l'affût de quelque titre qui pourrait m'intéresser. Oh certes je ne suis point en manque de "livres-à-lire": mes étagères regorgent de volumes encore inlus, certains achetés d'autres offerts, gardés là sans doute comme garants d'un temps en suspens que ne saurait atteindre la finitude, en vertu d'une croyance irrationnelle en un "plus tard" toujours envisageable... Une attitude purement pragmatique dont je ne dévierais pas m'imposerait de passer mon chemin tant que je n'ai pas épuisé ma réserve de lectures. Mais voilà: outre que ces livres non lus, que je garde là près de moi, ont, je m'en rends compte en écrivant ces lignes, un statut quasi magique ‒ des grigris auxquels j’attribuerais la vertu de tenir éloignée la mort tant que je ne les lis pas ‒ il y a chez moi une inclination à la farfouille et, surtout, une appétence immodérée pour cette émotion unique éprouvée lorsque je trouve une perle au milieu d'insignifiances écartées l'une après l'autre... J'aime non pas fouiller pour fouiller mais pour dénicher, extirper, être gagnée par le sentiment que je viens de mettre la main sur quelque chose de rare, d'exceptionnel. Bien sûr l'exceptionnalité n'est pas toujours de même intensité mais enfin, tirer des ces "bacs-des-beaux-jours" un ouvrage quelconque, n'eût-il rien d'exceptionnel parce que aisément trouvable ailleurs et non encore épuisé, a pour moi un charme tel que je m'empare souvent de livres que je ne cherchais pas spécialement, qui ne répondent à aucune curiosité particulière ‒ qui ont juste eu pour eux de revêtir, au moment où je les saisissais, un attrait qui m'a attachée à eux.

Ces derniers jours par deux fois ces bacs m'ont aimantée et, tandis que je cherchais des ouvrages liés à de toutes récentes incitations à lire (par exemple des œuvres de Péguy, de Julien Gracq...) j'y glanais deux volumes de Thomas De Quincey, un autre de Champfleury ‒ pour ceux-là je sais ce qui a opéré: l'appel irrésistible de l'objet-livre, car ce sont trois volumes publiés dans la magnifique collection "Le Promeneur", mêlé à quelque relent de nostalgie pour de lointaines années où je découvrais De Quincey grâce à Baudelaire, et d'autres plus proches où Champfleury surgissait dans le sillage d'un projet de thèse resté sans suite ‒ et un "Folio" autrement plus banal, Bartleby, de Melville, vers lequel m'a portée une lecture déjà ancienne ‒ celle de Maurice Ronet, les vies du Feu follet, de Jean-Pierre Montal (éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2013).
Des textes courts, dont l'un est déjà lu, qui n'auront donc pas vocation à me servir d'improbables grigris...

* Librairie Delamain

155, rue Saint Honoré
75001 Paris
Tel.: 01 42 61 48 78
Du lundi au samedi de 10 heures
à 20 heures

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 17:07
Au théâtre, philosophiquement, citoyennement - et gratuitement.

Dans deux semaines le Théâtre 14 accueillera la deuxième édition de l’Université populaire du théâtre, une initiative née de la volonté conjointe de Michel Onfray et de Jean-Claude Idée de remettre la réflexion au cœur du théâtre au moyen de la représentation publique de textes à caractère philosophique, éthique, civique, historique et politique, qu’ils appartiennent au répertoire dit "classique" ou bien qu’ils soient issus de plumes contemporaines. Et comme il s’agit aussi de permettre à cette réflexion de s’emparer de tous les esprits, les spectacles proposés dans le cadre de cette Université populaire sont accessibles gratuitement – sur réservation et "dans la limite des places disponibles", selon la formule de rigueur, et bien rodée. En outre, chaque représentation est suivie d’un débat entre le public et les artistes, parfois précédée d’une introduction. En l’espace de trois jours, du 12 au 14 mai, ce sont ainsi neuf spectacles – totalement aboutis ou simple lecture – qui seront programmés au Théâtre 14, parmi lesquels j’ai le plaisir de voir figurer L’Or, d’après Cendrars, vu à Sarlat en 2011 et qui est l’un de mes meilleurs souvenirs de festivalière… Le programme indiqué ci-après tient compte d'une modification dont j'ai eu connaissance en réservant une place et qui n'apparaît pas sur le site du théâtre (Moi, Antonin Artaud... était à l'origine programmé le mardi).

LUNDI 12 MAI
17 heures
Moi, Antonin Artaud, j’ai donc à dire à la société qu’elle est une pute, et une pute salement armée… Spectacle proposé par le Chok théâtre de Saint-Étienne, mis en scène et interprété par Alain Besset.
19 heures
Discours sur le bonheur. Texte d’Émilie du Châtelet. Mise en espace: Jean-Claude Idée. Avec Anne Deleuze et Yvan Varco.
21 heures
L’Or. D’après le roman de Blaise Cendrars. Spectacle mis en scène par Xavier Simonin. Avec Xavier Simonin et Jean-Jacques Milteau.


MARDI 13 MAI
17 heures
Discours de la servitude volontaire. Texte d’Étienne de La Boétie, adapté par Dominique Rongveau et Jean-Claude Idée. Mise en espace: Jean-Claude Idée. Avec Dominique Rongveau.
19 heures
Monsieur Sophie Germain. Texte de Norbert Aboudharam. Mise en espace: Jean-Claude Idée. Avec Lisa Debauche et Alexandre von Sivers.
21 heures
"Supplément au voyage de Bougainville". Texte de Denis Diderot. Adapté et mis en scène par Jean-Claude Idée. Avec Francis Lombrail et Yvan Varco. Introduction et débat par Francis Lombrail, Jean-Claude Idée et Yvan Varco.


MERCREDI 14 MAI
17 heures
"14-18 Refus d’obéissance". Écrit et mis en espace par Fabienne Rousso-Lenoir. Avec Anna Sigalevitch, Baptiste Belleudy, Frantz Morel A L'Huissier, Sylvain Chevet, Leo Mathey, Thomas Ducasse, Sylvain Lablée.
19 heures
Hugoethe. Texte de Jean-François Prévand. Mise en espace: Jean-Claude Idée. Avec Annette Brodkom, Yves Claessens, Amandine Hinnekens, Jacques Neefs, Pierre Pivin, Benjamin Thomas et Simon Willame.
21 heures
Jaurès, humaniste, philosophe, visionnaire. Texte de Dominique Ziegler et Jean-Claude Idée. Mise en scène: Jean-Claude Idée. Avec Annette Brodkom, Yves Claessens, Bruno Georis, Pierre Pivin, Benjamin Thomas, Michel Wright, Simon Willame.


Les réservations sont ouvertes à compter du 28 avril, au 01 45 45 49 77 (du lundi au samedi, de 14 heures à 18 heures).

Théâtre 14, 20, avenue Marc Sangnier - 75014 Paris.

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Présentation

  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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