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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 16:35

Pluie de bleu

Soleil nu

Ce jour d’avril crie à tue-tête toute sa lumière, plantes et bêtes leur nouveau printemps.

Sous ces voix bariolées rampent les râles d’agonie de tout ce qui meurt – chant perpétuel

Car sans répit, partout le vent en poupe, la camarde fauche à grandes envolées.

Clarté?
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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 10:34
Quitter terre...

Lorsque je prolonge mon jogging matinal jusqu’au canal de la Source et que j’en gravis la pente jusqu’au mémorial François-Mitterrand avant de faire demi-tour, je cours face au soleil levant – en ces jours de fin d’hiver il n’a pas encore émergé de l’horizon, seule sa lumière commence de régner, à pas lents et un peu brumeux.

Le temps que durent ces foulées ascendantes il me semble, alors, me tenir au bastingage d’un immense vaisseau qui ferait voile vers les confins de l’univers, si véloce qu’il en serait immobile, pour atteindre sans y aborder jamais ces zones inimaginables où ni le temps ni l’espace ni rien de conceptualisé n’a plus cours.

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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 17:55
Diapason météorologique

[C'était hier déjà; l'euphorie causée par le surgissement, au creux des instants, d'une écriture perçue comme juste en sa toute première forme n'a pas résisté à mes sempiternelles hésitations face aux mots réellement actualisés, et l'inscription de ceux-ci dans le "moment présent" qui conférait l'essentiel de sa saveur à cette brève s'est dissoute de facto. Ne subsiste ici que l'artifice "littéraire" d'une reconstruction a posteriori de l'immédiateté par l'usage du présent.]

Un léger tapotis sur les volets clos me signale qu'il pleut ‒ une main tendue au-dehors une fois la fenêtre ouverte me précise que ce n'est pas tout à fait de la pluie, juste une bruine dense que des bourrasques de vent éparses rendent sonore. Ce n'est pas assez pour me dissuader d'aller courir et, dès les premières foulées, je me félicite de ma décision: je sens le déroulé fluide et agréable, l'accélération s'impose d'elle-même et tout naturellement l'allure augmente pour s'installer dans une allègre régularité. Je trouve dans cette régularité vive une intense satisfaction qui ne m'incite pas à rechercher la performance ni même les pointes de vitesse ‒ les profondes inspirations qui me donnent l'impression d'être tout entière en osmose avec l'air ambiant, froid et humide, suffisent à mon bien-être. Comme j'en ai l'habitude lorsque je cours, mes pensées prolifèrent mais, ce matin, leur discursivité est moins désordonnée. Et sans que je fasse aucun effort de réflexion particulier, je commence à écrire mentalement une lettre de condoléances en brouillon depuis tant de semaines qu'il devient indécent de ne pas l'envoyer.

Curieusement je sens que je vais au-delà des bribes: les mots, puis les phrases se succèdent aussi aisément que je cours, forment peu à peu une suite cohérente et juste, puis le texte s'épure jusqu'à ce qu'un ensemble satisfaisant soit achevé. En même temps, l'averse qui s'était substituée insensiblement à la bruine marque le pas; au ras de l'horizon le soleil levant déchire les nuées d'une échancrure blême... Le ciel claircit, la pluie continue de rapetisser jusqu'à s'interrompre ‒ ma lettre est prête, et ma séance d'entraînement touche à sa fin.

Il n'est pas rare que ma pensée, d'ordinaire profuse et brouillonne ‒ surtout lorsqu’elle s'emballe au gré de mes courses ‒ s'éclaire en simultanéité avec un subtil mouvement du ciel qui, obstrué, devient limpide, ou du vent qui, tempétueux, d'un coup s'apaise mais, en général, cela ne dépasse pas la trouvaille d'un mot ou d'une brève solution rédactionnelle à un problème qui me taraude. Mais que la lueur irradie ainsi un texte entier... j'en suis encore tout étonnée. Il me faut cependant convenir qu'une fois jetée sur le papier, la lettre que plus tard j'ai cachetée était assez différente de son patron mental. Elle n'en fut pas moins écrite aussi fluidement que son modèle était venu.

Plus curieux encore: tandis que la lettre elle-même prenait forme au rythme de mes foulées s'est esquissé en ombre portée le commentaire de cette élaboration scripturale ‒ une sorte de glose "en temps réel" sur le fonctionnent de la pensée où le descriptif des sensations se taillait une belle part. Et j'ai tout de suite été certaine que ce discours second, lui aussi fluide et allègre, ne se réduirait pas en poussière au terme de l'épreuve de concrétisation.

Le résultat est là....

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 10:25

Juste un petit signe à deux amis dont les réponses aux attentats de vendredi m'ont touchée....

Jean-Paul Tribout, à qui j'avais envoyé un message afin d'avoir de ses nouvelles après les attentats de vendredi, me répondait mardi qu'il était en tournée avec Le Mariage de Figaro. Le soir même une représentation était programmée à Saint-Cloud. Lui et l'équipe du spectacle font partie de tous ces artistes qui choisissent de s'insurger contre l'horreur en continuant à être des artistes. Et à son spectacle point d'autre sceau de circonstance, m'écrit-il, que la lecture, au moment des saluts, de sa note d'intention qui dès la création avait figuré sur les programmes, invitations et flyers dont il me dit qu'elle lui semble résumer tout ce qui justifie, pour nous tous, l’exercice de nos métiers dans leur différentes approches en ces temps difficiles.
En voici le texte:

À l’heure des inégalités croissantes, de l’individualisme triomphant, de la résurgence de l’irrationnel, des tentatives de certains de réhabiliter la notion de blasphème, de la montée de tous les intégrismes, j’ai envie de faire entendre à nouveau la prose insolente de Beaumarchais , cet hymne à la joie, cette fête pétillante de l’esprit, cette capacité à utiliser toutes les formes théâtrales, du dialogue philosophique au vaudeville, pour prendre la défense de toutes les libertés contre la bêtise autosatisfaite qui mène à la barbarie.

Quelle que soit l'exceptionnalité des événements qui croisent la route de ce spectacle ‒ déjà, en janvier dernier, il commençait sa carrière parisienne alors que venaient d'être perpétrés les attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo et la supérette cacher ‒ ces mots qui ont été écrits indépendamment de leur survenue gardent toute leur pertinence et prennent même un relief singulier par la sobriété dont ils témoignent. À nouveau la pièce de Beaumarchais s'inscrit dans un "cours des choses" tragique et sanglant; à nouveau les comédiens entrent en résistance en la jouant malgré tout et s'élèvent, par leur art, contre la barbarie. Au vu de ces funestes échos qui se répercutent ainsi le long des mois, je me dis que ce spectacle est marqué, que la pétulance du texte et le fond philosophique qui l'étoffe le vouent, tout particulièrement, à servir de repoussoir à ces obscurantismes qui de toute façon sont dénoncés.

Julien V., quant à lui, a très vite publié sur son site k-libre un édito dominé par le portrait de Humphrey Bogart ‒ c'est à sa fameuse réplique We'll always have Paris, prononcée à l'adresse d'Ingrid Bergman dans Casablanca qu'il doit de figurer là ‒ dans lequel il invite à relire Albert Camus et à prendre le temps de réfléchir, donc à s'abstenir de trop parler et trop vite. Outre que j'apprécie, une fois de plus, sa prose, directe et sensible/sensée, je trouve beau, aussi, cette façon de réunir en un même appel à la réflexion, une référence au cinéma et à la philosophie.

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 13:47

C’est, à Paris et en Île-de-France, une très belle journée d’automne que ce dimanche 15 novembre: la température est douce, le vent d’une force modérée – arbres et buissons bruissent une mélodie légèrement entêtante; les feuilles mortes se soulèvent et retombent comme animées d’une respiration ample et régulière; les stores de plastique à demi baissés frémissent; le pas du marcheur se dilate sous une poussée allègre – et dans le ciel bleu pur, quasi sans nuages, luit un soleil resplendissant, bas sur l’horizon, dispensant une lumière longue qui approfondit les couleurs et embrase les teintes feu des feuillages. C’est une journée météorologiquement magnifique; dans la cour de ma résidence des enfants rient en jouant, des chiens tout à leur sortie matinale folâtrent tandis que leurs maîtres bavardent paisiblement avec des passants.

Pourtant, quelques dizaines d’heures à peine se sont écoulées depuis les attentats perpétrés dans la nuit de vendredi à samedi; les scènes de crime sont encore brûlantes d’horreur, maculées de sang, encombrées de gravats, les échos des explosions et des tumultes de panique qui leur ont succédé semblent continuer de se répercuter, recouvrant de leurs ondes terribles les bruits ordinaires du monde… La vie de certains blessés graves reste menacée de s’éteindre à tout instant – et en suspens eux aussi, amis et parents inquiets se tiennent à leurs côtés, accrochés au moindre signe qui pourrait se donner à lire sur leur corps, ne tenant plus au réel que par cette attention rivée à l’être souffrant. Quant aux rescapés, ils seront traumatisés à jamais, tout comme ceux qui doivent prendre le deuil parce qu’un des leurs a péri dans la tragédie. C’est un séisme dont les répliques vont se propager longtemps; un abîme s’est creusé dont on se dit qu’il n’est pas près de se fermer. Malgré tout, il est difficile de ne pas songer que les jours vont continuer de se lever au sortir des nuits et les nuits de venir après les jours radieux ou moroses, tempétueux ou calmes selon des humeurs météorologiques peu soucieuses de se mettre au diapason des déchirements humaines.
Le «cours des choses» taille sa route, bête entêtée…

Entre le 1er mai et le 4 juin 1937, Picasso peignait Guernica en réaction au bombardement de la petite ville espagnole par les avions allemands, survenu le 26 avril. Cette œuvre ne m’avait jamais vraiment émue, j’étais juste esthétiquement troublée, vaguement rebutée par ces corps violemment malmenés, distordus, ces angles durs et ces proportions disharmonieuses. Mais aujourd’hui, alors même que j’ai la chance d’avoir été épargnée par les attentats puisque je n’ai pas été physiquement atteinte et n’ai perdu dans la tragédie personne que je connaisse, ayant donc la chance d’être «en distance» d’un point de vue personnel par rapport à l’horreur, et me souvenant de ce que tout récemment j’écoutais, dans le cadre d’un cours en ligne consacré à Picasso, une analyse détaillée de cette toile et de sa genèse, c’est une sorte de lumière qui se fait en moi. Tout d’un coup m’apparaît qu’il ne peut y avoir d’image plus appropriée que cette toile pour dire, dans le silence d’un objet purement visuel, l'espace réduit à la planéité des deux dimensions, et l’immobilité atemporelle d’une chose peinte, l’inexprimable chaos consécutif à une tuerie, les bruits assourdissants, les senteurs âcres des matières et des chairs calcinées, la vertigineuse rapidité des mouvements désordonnés qui s’enchaînent, les foules en panique…

Guernica, ou la parfaite représentation de tous les carnages...

Chaos
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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 10:05

Il arrive souvent que, d'un instant, d'un très bref instant, naissent des sensations non pas nombreuses mais proliférantes, que l'on sent immédiatement, en même temps qu'elles sont éprouvées, s'agiter et se transformer, comme des particules inertes soudain exposées à quelque catalyseur changent d'état... C'est une expérience curieuse, et qui ne cesse de me fasciner, que de sentir en soi la dynamique de ces proliférations tandis qu’elles se produisent et en même temps d'avoir conscience de la façon dont elles deviennent mouvements, leurs engendrements et successions coulés en une même continuité – c’est être à la fois dans un ressenti physique engageant tout le corps et dans l’intellection affûtée des transmutations psychiques en train de s'opérer; de multiples instances intérieures sont à l’œuvre pendant qu'une autre, se déshadérant de toutes et n’étant plus partie prenante du processus, perçoit cette simultanéité multistratifée dans sa globalité et dans la ciselure de ses détails distinctifs.
Et voilà scellé en une seule entité l'être perceptif tout entier.


Ce matin, pendant que je courais, un regard posé sur le lac le temps de deux ou trois foulées allègres ‒ autant dire une petite pincée de secondes, une durée propre aux entraperçus, aux saillances-éclairs – fut de ces «sensations proliférantes». Je l’ai senti, dans son éphémérité, s’organiser en une succession de fulgurances avant de se dilater aux dimensions de la contemplation, là où le visuel s'évase jusqu'aux abîmes de la méditation. Alors même que je continuais de courir et d’accueillir de nouvelles sensations dont j’avais pleinement conscience, un discours s’écrivait, brut, fragmentaire, mais je me disais aussi que sa cohérence se gagnerait aisément et qu’en passant le cap du «faire» je rendrais compte de toute cette agitation intérieure. L’instant visuel et son habit de logos se sont donc prolongés au gré d'un lent travail de ressassements, d'esquisses et de repentirs puis, enfin, advint une matière textuelle* à peu près solide…


Parvenue au sommet d’une légère éminence, je pouvais voir en surplomb la vaste étendue liquide dont la surface frémissait sous l’haleine fraîche d’un vent vif. Sa surface réfléchissait à saturation l’azur plein d’un ciel sans nuages, oblitérant ainsi la teinte ordinaire des eaux, glauques de vase et de boue. Ourlé en ses bords, tel un œil grand ouvert de cils épais, des masses confuses que dessinaient les reflets brouillés des arbres et des fourrés se pressant le long des rives, le lac instilla en moi un sentiment délectable qui aussitôt se traduisit par les termes de «solitude radieuse», immédiatement supplantés par «paix immaculée». Curieusement, aux mots vite nés succéda l'idée qu'une photo serait à prendre mais cette idée mourut d'elle-même: je savais que ce sentiment délectable, et si singulier, s'originait davantage dans la rumeur dont le vent m'emplissait l'ouïe au point de ouater les autres bruits jusqu'à générer une petite ivresse, dans la merveilleuse sensation de légèreté que me faisait éprouver une foulée fluide, dans la vague euphorie que procure toujours l'hyperventilation lors d'un effort... autant d'éléments que jamais la photographie ne captera qui ne peut sauver de l'effacement que le visuel.


* La «matière textuelle» est autre chose que «le texte» ‒ lui est superficiel, ne désigne que la surface constituée par les mots organisés en phrases; elle est cette surface augmentée de tout ce qui nourrit le vouloir-dire-par-écrit et l’innerve: sensations, pensées, sentiments, souvenirs, projections imaginaires… Sommets et vals ombreux que font affleurer les diverses ressources de la langue d’expression. La «matière textuelle» taillée à facette devient «littérature».
La «matière textuelle» est de l’écrivant, la «littérature» de l’écrivain.
Et le «texte», de tout scripteur.

PS
Pour être satisfait d'une photographie, ne pas attendre du geste photographique autre chose que ce qu'il peut produire et dont atteste l'étymologie du mot "photographie": une "écriture avec la lumière". Donc: renoncer à photographier quand on devine que son intention est motivée par autre chose que les incidences de la lumière sur les choses ‒ par exemple une émotion olfactive, ou auditive, tout aussi efficaces que la lumière pour sculpter le visage du monde.
Pour être satisfait d'un texte, ne pas attendre de lui qu'il restitue mimétiquement les choses qu'on a voulu capter quand l'écriture ne peut être, de celles-ci, qu'une représentation ‒ représentation purement ustensilaire la plupart du temps mais s'élevant au rang d’œuvre d'art quand le texte est littéraire. Il n'est plus lors question de représentation: l'évocation règne, un autre territoire se déploie sous le pas des mots tissés par l'écrivain qui, par sa radicale altérité même, s'approchera davantage des choses et en préservera l'essentiel mieux que n'importe quelle discursivité mimétique.

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 17:23
Mauvais calcul

Procrastinations: lâchetés quotidiennes, petites ou grandes, et chaque jour reconduites. La dérobade du moment est repoussée d’un écart de pensée au lendemain et, ce lendemain devenu jour d’hui, à nouveau rejetée au demain qui viendra. Celui-ci venu à terme, le prochain demain est là pour accueillir, nid douillet, la chose derechef évitée, tout nimbé de la lumière que ne manque pas d’avoir ce qui est à venir puisque, drapé des plis de l’inconnaissable, il est aisément paré des splendeurs du «mieux». Ce qui donc est insurmontable au présent sera forcément possible «plus tard», et accompli; cette conviction bien ancrée, le corps entier est comme allégé, délié, allègre… il va de l’avant.
Oui, demain! demain!
Demain = cras en latin, mais crasse en français: de procrastinations en procrastinations, celles-ci fussent-elles mères d’alacrité sitôt qu’on les a eues décrétées, c’est in fine une glu crasseuse qui enduit le cœur, rend tout son poids à ce qui est «à faire» et dont on a cru se débarrasser à si bon compte – le compte de l’illusoire dissimulation sous les flous lumineux du «demain», un compte qui, semble-t-il, n’est pas si bon…

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 10:31
Retombée

À de certains moments, une fois posé le point final à l’une ou l’autre tâche que l’on devait accomplir – ou que l'on s'était donné pour mission d'accomplir… – l’on se sent léger, comme ensoleillé de l’intérieur et gagné d’allégresse. Les heures à venir semblent élargies tant leur horizon est dégagé de ce devoir désormais achevé, ouvertes à ces grands vents que l'on respire à pleins poumons et dont on se dit qu'ils déverrouillent de leur souffle puissant tous les obstacles que l'on avait à profusion, et de soi-même, dressé devant soi. Que va-t-on donc entreprendre maintenant que l'on s'est libéré? Quel désir va-t-on satisfaire? à l'ineffable sensation de légèreté succède la joyeuse fébrilité du choix libre, de ces "possibles" dont la liste n'appartient qu'à soi et qu'aucun dictat extérieur n'a imposés.

Tout devrait être simple, alors, et source de plaisir: ne rien faire d'autre que ce dont on a envie! Pourtant, à peine entamée l'ascension de cette première "heure libre", déjà elle s'obombre d'échecs. De déceptions. D'incapacité à... Et au fil des minutes surgissent, les uns après les autres, de noirs abîmes saturés de la peur glacée du TEMPS-QUI-PASSE, à quoi il n’est aucun remède car il passe quelque tentative que l’on fasse pour en freiner la marche, traînant avec lui ses inexorables cortèges de pertes et de défaites qu’aucun bonheur, aucune joie, eussent-ils nom béatitude, ne me semblent pouvoir compenser.

Ainsi, passé l’éphémère bien-être que m’offre ce précieux instant de légèreté et qui me porte dans les hauteurs d’une enthousiaste motivation, tel un ballon gonflé d’hydrogène demeurant en suspension dans les airs, ai-je pour habitude de très vite retomber dans les affres du découragement, de la même façon que le ballon, laissant peu à peu échapper son gaz, finit par choir au sol jusqu’à n’être plus qu’une pathétique enveloppe fripée et ratatinée que piétinent les passants inadvertants – mais après tout, quelle raison auraient-ils de prendre garde à ce chiffon de baudruche, tout abîmé dans la poussière du chemin et dont les couleurs vives disparaissent sous les souillures terreuses ? Et moi, comme lui dans la terre pulvérulente, je me rencoigne, de tout mon être ramassée dans mes ressassements inaboutis, dans la sempiternelle mastication de mes impuissances au goût de bile que, sans doute, ferait passer une bonne culpédothérapie.

"Allez, va donc retrousser ta jambe de pantalon! Applique sans tarder cette thérapie… de choc" me suis-je enfin dit - à me tancer je ne suis pas si mauvaise. Mais pour ce qui est d'agir...

NB. Le flou de la photo n'est pas volontaire. C'est une erreur de prise de vue. Mais comme cet aspect répond fort bien, à mon sens, au texte que j'ai fini par écrire, j'ai quand même choisi cette image pour l'accompagner.

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 09:20
Par le vide...

Toute l'après-midi les chiffons ont marché au pas de l'oie, et avec eux le plumeau Swiffer, maniés de pièce en pièce avec la vivacité de geste d'un chef d'orchestre tyrannique; au passage les vieux papiers ont volé l'un après l'autre vers le vide-ordure, les livres ont rejoint leur place dans la bibliothèque, les étagères ont été débarrassées de leurs menus encombrants - ce fut, quelques heures durant, un infernal ballet chamboulant tout, des nuages de poussière et de poils de chat s'élevant en tous sens avant de retomber pour finir dans les entrailles d'un aspirateur passé comme on court un marathon, la rage au cœur avec, dans le collimateur, non pas le dessin de plus en plus obsessif du sas d'arrivée au fur et à mesure que se déglutissent les derniers kilomètres mais l'image idéalisée d'un intérieur parfaitement propre. Idéal aux contours d'autant plus accusés qu'on le sait radicalement inatteignable et tracés de l'encre même de l'insatisfaction dont on a conscience qu'il est fait... Autrement dit: cette image idéalisée était en moi d'autant plus nette, et définie, que je la savais impossible à concrétiser - son acuité, sa parfaite définition fondée paradoxalement sur la frustration dont son impossible avènement était la source... Pourtant, face à mes placards au garde-à-vous, à mon bureau mis au carré, je fus d'abord gagnée par un immense soulagement, une sorte d'apaisement étale - quelque chose de léger, un baume. Point de frustration ni d'amertume.

Mais au seuil du soir, quand la lumière commença de décliner et de se laisser réduire au lent silence par la nuit montante - quand la douce paix du sommeil prochain aurait dû s'installer, je sentis revenir cette affreuse torpeur dont, à la mi-journée, j'avais espéré m'arracher par le chiffon et la serpillère. Comme si, soumettant à ma volonté ménagère mon environnement immédiat, j'allais du même coup ordonner mes chaos intérieurs - comme si, par une espèce de mimétisme miraculeux, un dehors impeccablement agencé pouvait transformer une âme en friches en un jardin à la française. Foutaises!!! Au seuil de ce soir-là, donc, tandis que, autour de moi, il ne subsistait plus rien du désordre ambiant contre lequel j'avais tant pesté avant de travailler à le vaincre toute l'après-midi, je n'avais pas avancé d'un pouce dans le démêlage de l'inextricable conglomérat qu'avaient fini par former, au fil de longues et complexes diagenèses, pensées, sentiments, émotions, intentions, projets, promesses à honorer... Et ce qui avait ressemblé à du soulagement se mua, in fine, en une poix plus gluante encore que l'affreuse torpeur basse et lourde dont j'avais voulu sortir; quelque chose d'atroce, rendu pire par la velléité que j'avais eue de m'en dégager.

Oh, les optimistes diront sans doute que mettre de l'ordre dans ses idées commence bel et bien par mettre de l'ordre chez soi. Ce que je vis au quotidien, ou presque, me démontre hélas qu'il n'en est rien, et qu'une victoire gagnée haut la main sur la poussière et la saleté peut très bien se doubler d'une lamentable défaite intérieure où se débande, au rythme d'une impuissance omniprésente, à peu près tout ce que l'on aspire à exprimer.

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 10:47
Coup de gueule

Confrontée à un texte dont bien des propos m'ont mise très en colère, mes pensées ont été - et sont encore jusqu'à un certain point - phagocytées par l'indignation, une volonté de répondre point par point aux allégations qui m'ont tant révoltée. Mais je suffoque, et ces "réponses", d'argumentées, se muent en brouhaha confus qui ne saurait être transcrit ici. Ce blog n'est pas une déchetterie où je verserai toute ma bile. Mais dès lors que je parviens à donner un semblant d'habillage textuel à une préoccupation, un sujet de colère... alors, je saute le pas. Et parmi les sujets dont le traitement m'a fâchée - le traitement, non les sujets en soi: eussent-il été abordés avec moins de mauvaise foi et de "monofocalisations" avérées, jamais je ne me serais emportée comme je l'ai fait intérieurement et durant tant de jours. L'un des bâts qui blessent? Le "transhumanisme". Thème sur lequel je viens de lire une tribune publiée dans Marianne, "Le transhumanisme? Non merci!", signée Thierry Blin. Et qui m'inspire ce qui suit, brut de décoffrage, parce que je crois que la forme un tant soit peu approximative mérite d'être conservée: c'est une transcription assez juste de mon emportement, et c'est lui, plus que mon opinion en définitive, que j'entends fixer par l'écrit...

Comme toujours pour "dénoncer" on ne met en exergue qu'un aspect de la question... En se référant à l'armée, au dictat des multinationales (ah, accroître les performances du soldat, genre "se passer définitivement de sommeil", s'affranchir de tout besoin physiologique qui l'empêcherait de mener sa mission, pouvoir lui laver le cerveau et le programmer pour le réduire à l'état de serviteur absolument obéissant... ah, accroître les performances du salarié qu'un "patron" pourrait ainsi corvéer à merci sans que l'opprimé, pareillement décérébré, bronche...) cela même dont se nourrit l’exécration du plus grand nombre, bien sûr avec des exemples pareils, on ne peut que s'insurger contre le projet "transhumaniste".
Sauf que si on donne le choix à la majorité des gens entre l'impotence grandissante au fil des années suivant l'ordre soi-disant "naturel" et la possibilité de rester bien portant plus longtemps grâce aux "nouvelles technologies" honnies, je pense qu'ils opteront pour la seconde solution... Moi, en tout cas, en ce qui me concerne, je pense que je préférerai être réparée par les "nouvelles technologies" que de me voir me défaire et me pourrir davantage de jour en jour..
Mais je n'ai aucune envie pour autant de me faire greffer ma carte vitale sous forme de "puce sous-cutanée"... fût-ce pour faciliter la tâche des sauveteurs en cas d’accident grave (quoique, vu sous cet angle…) ou de me faire truffer de capteurs pour être en permanence connectée à un ordinateur qui régulerait toutes mes variables physiologiques à toute heure du jour et de la nuit sans que mon état justifie que je sois confinée sur un lit d’hôpital.
C'est toujours la même question: Où est la limite? Si l'on consent à l'implantation d'un pacemaker, alors pourquoi refuser la puce? Ou le neurone artificiel qui remplacera celui que la maladie d'Alzheimer a "bouffé"???

Et puis on oublie, dans ces polémiques qui brassent beaucoup de papier, que cette volonté d'être "plus" que ce que l'on est participe de ce que d'aucuns appellent la "nature humaine" (encore faudrait-il savoir ce que c'est: depuis qu'il existe la "philosophie", les réponses se sont multipliées, aussi variées qu'antagonistes et quiconque affirme être capable de cerner cette "nature humaine" est d'une outrecuidance à peine pensable). Les mythes et légendes sont remplies d'êtres immortels, incommensurablement forts ou habiles ou intelligents... autant de créatures qui ne sont rien autre que la "cristallisation" fabuleuse des aspirations humaines et dont on pourrait dire que l'ultime avatar est ce Dieu unique, omnipotent, et omniscient, origine indépassable de toute chose, être absolu, inatteignable. Mais que l’on prie et à qui on prête une "volonté" (décidément, on ne mesure jamais les incohérences: si Dieu est transcendance absolue, alors comment se fait-il que l'homme qui dit l'adorer et lui vouer un culte prétende dans le même temps le nommer - donc le "connaître" - et a fortiori le prier, lui demander quelque chose comme à son voisin de table??? )
Le véritable virage n'est pas dans cette aspiration au "toujours plus" qui fonde les actions humaines depuis qu'un grand singe s'est engagé dans le processus d'hominisation (au fait, sait-on ce qui a vraiment déclenché ce processus? On esquisse des réponses - amélioration et diversification de l'alimentation, qui a entraîné une augmentation du volume cérébral, station debout qui a elle-même eu d'autres conséquences évolutionnelles... mais ce sont plutôt des enchaînements de causalités, en aucun cas une "raison fondamentale; de même on peut décrire comment l'univers s'est développé à partir du Big Bang, sans savoir pourquoi le Big Bang est advenu - on tient une partie du "comment", en aucun cas le "pourquoi"). Donc, le virage n'est pas dans cette aspiration au "toujours plus" que certains assimilent à l'hybris des Anciens, mais en cela que les techniques mises au point par l'homme (oui, mises au point "par l'homme" qui donc restent "humaines"; parler d'au-delà de l'humain" n'a aucun sens: ces techniques émanant de l'homme elles restent humaines; ce qui est repoussé - nullement "franchi" si on veut bien se donner la peine de réfléchir trente secondes au sens des mots - ce sont certaines limites qui sont assignées à l'humain et, plus largement, au vivant. Je n'écrirai pas "par la nature" parce que la "nature", bien malin est qui saura la définir!) font aujourd'hui descendre dans la réalité concrète et quotidienne ce qui jusqu'alors restait cantonné au mythe.

De mon point de vue, que l'on croie poursuivre après la mort une vie "comme sur Terre", ou bien que l'on va éternellement "contempler la face de Dieu", ou encore combattre sans fin au Walhalla, ou gésir dans un paradis de lait et de miel avec n vierges pour compagnes, ça dit la même chose: une obstination à vouloir trouer la grande ténèbre que représente pour l'entendement "la mort"; une aspiration à la vaincre. Les progrès de la science ne visent qu'à concrétiser ce que les mythes racontent et bornent au récit, ces mythes en lesquels plus personne ne croit vraiment alors même que "la mort" comme d'ailleurs "la vie" en tant que principe, restent une ténèbre. Qu'est-ce que la mort, qu'est-ce que la vie, personne ne le sait parce qu'il est bien entendu que ni l'une ni l'autre ne peuvent se résumer à leur définition clinique (elle-même d’ailleurs non définitivement arrêtée, et toujours en redéfinition)...


Bref, le savoir humain n'est, au fond qu'une confrontation perpétuelle à l'Énigme, et si l'on n'avait pas tout au fond de soi ce désir de "toujours plus", donc de percer ces énigmes, eh bien, je crois que ce serait l'immobilisme, la vraie "fin de tout" bien plus que le Big Crunch... J'aime assez ce que disait Kirone Mallick l'invité de la Conversation scientifique d’Étienne Klein, sur France Culture, le samedi 7 février: en substance, que la science n'est en aucun cas une somme de vérités, que chaque découverte remet en cause une "vérité" précédemment admise et qu'il faut plutôt définir la science, toutes disciplines confondues et même les mathématiques réputées la plus "objective" de toutes (ne cesse-t-on pas de résoudre des équations insolubles, d'en développer de nouvelles qui vont elles-mêmes en engendrer d'autres?), comme une succession de "vérités émergentes" (c'est-à-dire vacillantes, et de nature à être sitôt bousculées qu'advenues). En gros, chaque fois qu'on répond à une question c'en est une autre qui surgit et ainsi de suite. Enfin, c'est ce que j'ai entendu, et cru comprendre. Il n'est pas exclu que je me sois méprise!


Pourquoi, au lieu de s'embarquer dans des discours creux, et pleins de vent même si certaines inquiétudes sont légitimes, ne consacre-ton pas plus de temps à s'émerveiller des ces surgissements incessants de questions? Pourquoi ne s'émerveille-t-on pas par exemple de ce que, après avoir cru percé le "secret de la matière" une fois découverte la composition des atomes censés être la plus petite brique de matière au-delà de laquelle on ne pouvait pas aller, on s'aperçoive qu'il y avait encore des mystères, des mystères qui, je crois, ne sont pas résolus maintenant qu'on a "vu" le boson de Higgs... Sans doute parce que la "matière" n'est pas l'alpha et l'oméga de l'être. Et celle-ci fût-elle dépouillée de ses secrets (encore faudrait-il admettre qu'elle puisse l'être, ce que dément la conception de la science définie par Kirone Mallick), l'être ne le serait toujours pas.

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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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