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31 mars 2019 7 31 /03 /mars /2019 10:54

... Et une dernière avant la clôture définitive du mois courant.

Photographier, textifier… c’est, pour moi, tout un: il s’agit, ce faisant, de triompher d’une confrontation avec le tranchant des choses, de clarifier ces moments impromptus où, sous l’effet d’une obscure convergence de signes que je sais à l’œuvre tous ensemble sans en entrevoir aucun avec assez de «piqué», quelque chose se perçoit qui affole les émotions, mêle percepts et souvenirs et contre quoi l’entendement butte, échouant longtemps à recourir à la langue lors même que, aporétiquement, il ne peut que s’en remettre à elle pour exprimer ce qui soudain le submerge.

 

Avant que je m’arrête à la forme ci-dessus un mot longtemps a tourné dans mon esprit: «vainqueur». Je devais, dans mes premières formulations et au terme de maints brouillons, «sortir vainqueur de la confrontation au tranchant des choses». «Vainqueur»… «vainqueur»… décidément c’était le mot qu’il fallait. Et tandis qu’à l’entour le reste de la phrase commençait de se fixer je réalise soudain que «vainqueur» est un mot masculin… Or, étant un être féminin qui n’entend nullement renier son genre ni consentir à sa neutralisation au nom d'un refus de tout ce qui discrimine – ni d’ailleurs à l'inverse l’affirmer avec excès, au nom cette fois d’une nécessaire et légitime visibilisation – mais le porter simplement, comme une partie constitutive de moi-même, je m’avise que «vainqueur» ne convient pas… et qu'il ne peut se mettre au féminin, ni en tant que substantif, ni en tant qu’adjectif! Ce dérivé de «vaincre» n’existe lexicalement que sous sa forme phallique. À n’en pas douter cela est signifiant: serait-ce que par le truchement d’un usage linguistique serait déniée aux femmes la faculté de vaincre? Sans doute n’est-ce pas si simple puisque les femmes peuvent être «victorieuses» - mais l’on a alors affaire à un dérivé de «victoire». L’on peut donc remporter une victoire au féminin, mais non pas vaincre… d’où je conclus que la signifiance de cette exclusion genrée est à trouver dans les profondeurs de l’étymologie et des processus de dérivation.

Jusqu’à aujourd’hui, les féminisateurs et féminisatrices forcenés, souvent enclins à des outrances grotesques, avaient tendance à m’exaspérer. Suite à ce constat, je pense mieux entendre leurs voix, et avoir plus d'indulgence à leur égard.

 

 

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27 mars 2019 3 27 /03 /mars /2019 10:08

Au gré des velléités voyageuses de l’homme ressortissant peu ou prou à la navigation la langue multiplie les -nautes de tous ordres – argo-, spatio-, cosmo, thanato-, inter-… et le moins que l'on puisse dire est que ce suffixe est extrêmement prolifique. Manquent pourtant à la liste (enfin, je crois...) les ontonautes, ceux qui vouent leur vie à naviguer entre les mille strates de l’être, forts de l’espoir de parvenir un jour sinon à le définir du moins à trouver une périphrase qui le puisse cerner avec assez de justesse – «l’infini mystère du monde» par exemple?

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17 février 2019 7 17 /02 /février /2019 18:05

Sous le soleil

La corneille bec dressé a l’œil qui veille.

Plumage d'obsidienne reluisante

Flaque de nuit en plein midi.

******

Samedi 16 février, 14 heures - j'attends. Devant moi l'espace nu d'un dallage clair, rendu aveuglant par la lumière du  plein soleil, sur quoi mes yeux s'arrêtent vides de tout regard à travers l'infinitésimale ouverture que dessinent mes paupières quasi closes. Puis l'indicible fulgurance: une corneille se pose au milieu de cette clarté, s'immobilise tête levée, les plumes lustrées. Un instant visuel d'une puissance rare, éminemment photogénique, mais dont je ne garde qu'une trace verbale - des mots magiquement jaillis à l'aplomb même de la chose vue qui se sont accrochés à elle et ne l'ont plus lâchée, tels des doigts tenaces refermés sur une pensée saisie au vol et maintenue étroitement prisonnière jusqu'à ce que vienne la phrase qui la prenne au piège de son sens, des mots qui ont gardé fière mine le temps que je les écrive à la va-vite et l'avaient encore passée la journée du lendemain: ils disent donc bien cet instant visuel, plus sûrement peut-être que ne l'eût fait une photographie hâtée.

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1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 14:52

Comme hier dernier jour de décembre, ce mardi qui ouvre 2019 est emmitouflé de brume - du moins là où je me trouve.  L'aurore déjà avait de longs doigts aranéeux - le rose n'est pas de saison - et comme engourdis, à ne pouvoir filer les heures qui paraissent adhérer à la quenouille sans plus vouloir passer...

Ô ce brouillard qui colle à l'âme comme une mauvaise boue et leste le cœur dès l'éveil avec la somme des regrets, des frustrations amères cumulées au fil des mois - et qui loin de se dissoudre avec le dernier coup de minuit de l'année qui meurt au contraire se rencoignent pour mieux s'augmenter des fielleries qui ne manqueront pas de traverser le chemin suivi.

Ô ce premier jour qui donne envie de s'aventurer dans l'année nouvelle comme de gravir un sommet avec aux pieds chaînes et boulets...

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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 18:37

22 septembre

L’aube, à peine – et ce tout petit matin d’automne qui reste de plus en plus longtemps blotti dans son giron crépusculaire, tardant à se défaire de la nuit.

Le sommeil lentement se retire telle la mer descendante mais au rebours de la plage alors dégagée je persiste tout entière dans l’ensevelissement. Dans l’ouate douce d’une torpeur vague… pas davantage qu’hier, pas moins que demain je n’ai d’enthousiasme à quitter le lit. Je ne songe plus qu’à cela: rester indéfiniment dans les frimas du mal-éveil.

Plusieurs fois je me répète à voix muette ces mots soudain émergés qui me paraissent lumineux. Vont-ils d’un coup être frappés de déliquescente ruine comme beaucoup de leurs pairs? non: ils résistent à l’épreuve et conservent leur bien-sonnance.

Alors la joie se lève. Et moi à sa suite.

 

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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 04:22

Farouchement hostile à la publicité dont on remplit nos boîtes aux lettres à longueur de journée, ces prospectus jetés sans ménagement et en quantités telles que la distribution ressemble davantage à du gavage organisé qu'à une réelle intention de faire connaître une marque, un service, une boutique... et ne voyant là d'ordinaire que des monceaux de promos agressives et exhibitionnistes qui de plus ne m'apprennent rien qui soit de nature à m'intéresser, j'ai pour habitude de tout mettre à la poubelle sans le moindre examen sinon celui visant à extraire du paquet l'éventuelle enveloppe officielle ou la carte postale amicale. De temps en temps, des promotions moins sottes que la lettre-sensation signalant qu'en échange d'un abonnement à tel ou tel magazine offert avec de mirifiques réductions l'on va recevoir des cadeaux incroyables proposent quelques pages d'une publication qui donnent suffisamment à lire pour... donner envie de s'abonner.

Voici quelques jours, c'est, contre toute attente, un magazine entier que j'ai trouvé dans ma boîte cela déjà est exceptionnel mais plus étonnant encore: ledit magazine (dont le titre, La Revue des montres, ne me dit rien), est d'aspect luxueux, compte une bonne centaine de pages et son objet (les montres de haute horlogerie, objets d'extrême précision en matériaux précieux, confinant au bijou et déclinés en collection comme les vêtements de haute couture) le cantonne très probablement à un lectorat de niche. Comment une telle revue peut-elle se plier à  la distribution de masse en boîte aux lettres?

Mais peu importe. L'exceptionnalité même de l'événement, et le réflexe qui a été le mien face à La Revue des montres «Je dois garder ce magazine précieusement... les articles contiennent des termes de jargon, des noms de marque ou de modèles, des informations historiques qui j'en suis persuadée me seront utiles un jour ou l'autre. Demain peut-être, je devrai lire les épreuves d'un roman où l'un des personnages arborera une des montres dont il est question ici et je pourrai alors vérifier une orthographe, une date...» ai-je aussitôt pensé, oubliant au passage que je me satisfais en général d'investiguer en Toile au fur et à mesure des nécessités quand il me faut procéder à des vérifications érigent en signe le fait que la revue ait croisé mon chemin de cette manière, et à ce moment très précis. Le signe augmente en intensité par ces lignes que je lui consacre, auxquelles n'est pas étrangère la découverte de ce mot que je me répète désormais comme on se délecte d'une friandise: un garde-temps. Tout de suite il m'a plu et, en cherchant sa définition exacte, me voilà arrivée en un de ces points de Toile délivrant des richesses lexicales dont je raffole: un Dictionnaire d'horlogerie sur le site du Point montres (le temps, le point... ô l'entaille métaphysique!).

Mais le signe ne prend sens qu'au sein d'un syntagme quand d'autres signes viennent en convergence et font coaguler le sens. Quand se formera celui qui éclairera ce signe?

 

 

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10 mai 2018 4 10 /05 /mai /2018 17:34

Frémissante au vent
La soie diaphane et nervurée
Des iris dès l’aube déployés
Essuie les larmes du temps qui passe.

 

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 12:28

Dimanche 6 mai

Bleu et cru
Dur, implacable dans l'éclatante limpidité de son azur sans nuage
Ô le ciel en cet état, ce matin, qui pourrait faire croire à la montée en chœur de toutes les aurores claires en une seule et même levée d’écrou
Essor de pensées désincarcérées
Mots, sons, sens se donnant alors la main pour qu’advienne le poème
Et soudain la fissure
Le pli amer aux commissures du geste esquissé désormais mort-né
La désagrégation de tout.
Poussière et cendres
Plus rien ne se pense ni ne se dit
Cécité
Suffocation
Noyade
Naufrage dernier des croyances en quelque possible
Sous le ciel d’été la mutité :
L’absolu de la nuit – l’obscurité majuscule du silence infrangible.

 

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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 10:02

Vendredi 20 avril, 19h30.

Nous sommes cinq réunis autour d'une belle table, goûtant au jardin le calme d'une fin de journée estivale. La grande ville en ce quartier se fait oublier – son brouhaha permanent, ses paysages de verticalités bétonnées que tempère mal une verduration pourtant soignée, ses embouteillages et ses émanations toxiques s'effacent derrière les chants d'oiseaux, les bruissements de feuillage. Les conversations vont leur train – tranquille façon tortillard: une douce lassitude nous engourdit un peu, il a fait chaud, les heures travaillées ont eu pour chacun leur lot de pressions diverses. Mais l'on parle photo, exposition prochaine et projets à lancer, cela éteint les désagréments...

Le soleil amoindri du soir filtre entre les ramures à peine reverdies des arbres bornant l’horizon. Soudain un mince éclat accroche le bord d’un verre et jette au fond de la transparence rosée du vin qui l’emplit à demi une pastille de lumière. Synchronicité! des jeux de transparence... Un travail photographique que je mène en ce moment sur les reflets... le liquide, le verre, fluidité vs solidité mais translucidités identiques... et mille autres choses qui surgissent à l'esprit et finissent par précipiter en un seul geste: je m'empare de mon smartphone et je prends une photo. Une seule car, le temps que le précipité aboutisse à l'intention puis au geste la luminosité s'est déjà modifiée et a perdu de cette évidence synchronistique qui m'a incitée au faire... Peu importe: c'est moins la perfection d'une photo réussie qu'une captation d'instant-lumière que j'ai recherchée et, à cet égard, un rapide coup d'oeil sur l'image enregistrée me dit que j'ai atteint mon but. 

Synchronicité!
Une conjonction synchronistique opère comme un diapason, qui lâche soudain un la muet et limpide résonnant clair dans le chaos des pensées et sentiments laissés en friche – plusieurs lignes convergent éphémèrement en un point qui électrise l'âme puis disparaît tandis que ces lignes, un moment éclairées les unes par les autres en se rencontrant, reprennent leur trajectoire erratique et vont se perdre dans l'espace obscur confondant profondeurs du moi et vastitudes stellaires en une même nuit – celle de l’Inaccessible, où gisent tant de pensées informes.

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24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 19:29

Souvent, traduisant une émotion, une senteur ou un son perçu, une image qui brusquement se colle au regard et ne s’en défait plus, une pensée acérée qui soudain déchire l’ouate confuse des cogitations ordinaires, des mots s’aboutent sans que l’on ait fait pour cela d’effort particulier mais si ajustés à ce qui, inopinément, a fait saillie qu’on les retient, les garde par-devers soi comme une évidence bonne à conserver – une lumière précieuse balisant l’indéfini.
Ainsi aujourd’hui, m’attardant à contempler depuis un pont le cours de la Seine et apercevant au loin, chahuté par les flots tumultueux, le point blanc que faisait une mouette dérivant à la surface ai-je aussitôt pensé :

Sous le soleil pâle de mars finissant
La Seine roule ses eaux glauques
Dessus une mouette posée
Comme un point au bout d’une phrase.

Une heure plus tard, tandis que je couchais par écrit cette fulgurance, l’écriture a bifurqué – avant Comme point au bout d’une phrase s’est immiscé au fil du tracé scriptural un autre visage de la mouette qui est devenue une Infimité blanche sur ce gros dos verdâtre. Et la phrase fermée d'un simple point se mettait à mourir au milieu de la page. Quelque chose s’étirait qui venait bafouer le point, ternir la fulgurance, gonflé de surcroît d’une nouvelle métamorphose de la mouette qui m'évoqua a posteriori un jouet flottant dans une baignoire où sévirait un enfant turbulent… Le vêtement de mots taillé en quatre lignes qui m’avait d’abord paru si bien cousu au corps de la vision s’avachissait et se mettait à mal plisser, la fulgurance se délitait pour n’être plus qu’un vague lavis – une lente défaite.
Mais au bout du compte cela, fruit de la mutation d’un texte qui, de brève incision, a glissé vers le récit d’un cheminement méandreux se scrutant lui-même en même temps qu’une mouette en cours de métamorphoses, où par l’écriture d’ailleurs sans cesse corrigée et repétrie comme si devait en être améliorée la fermentation, j’ai tenté de garder trace de tout – surgissements et repentirs.

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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