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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 16:29

(n'a rien à voir avec les Tours...)

Depuis des jours s’accumulent des expériences de lecture fortes et profondes qui se greffent à d’autres plus anciennes, sédimentées en moi sans que j’aie pu en rendre compte et mêlées, de plus, à des émotions non moins troublantes qu’ont fait naître des tableaux, des sculptures, des visages, des moments humains… De tout cela je n’ai pu tirer un traître mot qui vaille d’être écrit. C’est devenu une masse compacte et mouvante qui jamais ne me laisse en répit. J’en viens à penser que la page blanche n’est pas la plus juste métaphore de l’impuissance à écrire…


Pour implacable qu’elle soit, et angoissante, cette absolue vacuité reste belle ; forte de son pouvoir hypnotique elle appelle – mais il faut le reconnaître, d’une voix de sirène, avec ce que cela comporte de pernicieux... "Ne pas trouver les mots" n’a rien de beau ni de fascinant ; cela plonge dans un état affreux et désespérant. Ce néant froissé qu’abandonnent derrière eux mots et phrases qui se refusent, et la souffrance sourde qu’occasionne la dérobade perpétuelle – comme si l’on glissait toujours sur la même peau de banane sans pouvoir se rattraper, essuyant sans discontinuer la douleur cuisante de la même chute sempiternellement revécue – forment un sinistre conglomérat opaque et poisseux. C’est une oppression torpide qui donne le sentiment d’être peu à peu digéré par l’entêtement opiniâtre d’un gigantesque sable mouvant. Avec la certitude que l’on ne s’en sortira pas.


Il y aurait la solution facile du renoncement – coup de pied salutaire qui propulserait hors du cloaque. Pourtant je n’étouffe pas encore assez pour y consentir. Et je me résous à entrer en patience. Car il paraît que tout vient à point à qui sait attendre. Mais l'étymologie n'inscrit-elle pas, dans "patience", "souffrir" ou, du moins, "subir"?

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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 05:46
Au fond de la rue*

L’averse vient de cesser. Elle a laissé sur le pavé une fine peau de pluie.
Les lumières urbaines jouent dessus comme sur de la soie.
Dans la nuit les bruits se sont tus.
Ne s’entend plus que le silence ombreux des âmes endormies ourlé du souffle soyeux des reflets caressant la peau de pluie.
À l’aube avec la vie resurgie disparaîtra ce qui dans cet imperceptible murmure apaise.

* - "Au fond de la rue", oui. Pourtant l'on m'a dit il y a peu qu'une rue n'avait que des bouts et pas de fond. Mais une rue, surtout la nuit, a ses secrets, et ceux-là ne gisent à leur aise qu'en des fonds... bien profonds.
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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 17:21
Ce fut d'abord un masque mortuaire saisi aux pixels dans une vitrine du Louvre - quelle sublime courbe douloureuse dans la posture de tête et la légère révulsion du regard, dans la souple dispersion de la chevelure dégageant les traits, le col, pour tomber en caresse sur les épaules...
La prise de vue n'a certes rien altéré de cette grâce. Mais par la faute de l'éclairage artificiel, la balance des couleurs s'en est allée errer à tort du côté de verts indus - quoique... Cette subtile viridité ne s'accorde-t-elle pas, en définitive, avec la nature funèbre de l'effigie? Avec sa déchirante inflexion?

Mue hier par quelque impulsion ludique, j'ai infligé à ma photo déjà en elle-même hors de tout réalisme documentaire divers passages par deux ou trois filtres Photoshop - un peu au jugé, je dois l'avouer car je suis à peine balbutiante en l'utilisation de ce complexe logiciel. Soudain s'inscrivit, dans la fenêtre d'aperçu, cette image géométrisée et dûment verdie... Je l'enregistrai aussitôt et la répertoriai avec soin: j'avais sous les yeux ce qui m'apparaissait comme l'exacte représentation de ce qu'est pour moi Le Visage Vert - revue et livres: je ne dirai rien d'un roman que je n'ai pas encore lu...
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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 13:42
Confluences de lectures...
C
omme il est agréable de lire, en ces temps où l'on ne prise rien tant en "littérature" (oui, des guillemets, car à mes yeux les textes auxquels je pense, pour être publiés sous forme de livres et quoi qu'en disent les médias, sont dénués de ces qualités qui leur vaudraient d'appartenir tout à fait à la littérature) que le "droit au but", le "brut de décoffrage", l'approximatif calqué sur les langages oraux les plus rudimentaires - comme il est bon disais-je de lire Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam, Catulle Mendès... et tous les auteurs qui, comme eux, cultivent de main de maître cette écriture alanguie où l'on trouve pour sertir quelques mots rares voire inventés de toutes pièces, de ces merveilleuses arabesques syntaxiques qui sont aux phrases ce que le petit doigt dressé est au buveur de thé ou de moka - ce que le tintement d'une cuiller d'argent sur de la porcelaine fine est au brouhaha d'une cantine d'entrerpise...

Oh, ces contournements exténués, qui semblent porter au comble de la diaphanéité les extases, les terreurs, les obsessions ou les fantasmes des personnages, vont parfois jusqu'à des excès qu'aujourd'hui on peine à lire sans sourire. Mais ils offrent un contrepoids des plus appréciables à l'indigence des proses faciles hélas trop envahissantes, qui occultent celles que pratiquent les auteurs contemporains réellement stylés - il y en a heureusement, mais ce ne sont pas eux que l'on entend le plus... Il me semble que revenir à ces écrivains d'autrefois, tombés en désuétude et quasi méprisés, peut avoir des vertus lustrales. Un petit bain symboliste-décadent devrait fort à propos réactiver les sensibilités et aviver les inclinations vers des écritures actuelles que peut-être, sans un retour vers ces aristocrates de la langue, on n'apercevrait même
pas
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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 13:33
Vu en passant...

Dans une petite rue, une pancarte accrochée à la porte d'une modeste demeure: "Massage thaïlandais. Détente, relaxation". Calligraphie délicate, discrète illustration aux couleurs douces. On lâche déjà prise… Pourtant, de la fenêtre entrouverte sur la fraîcheur matinale on entend notre Johnny national brailler de toutes ses cordes vocales Que je t’aime, que je t’aime…
Mise en train sonore avant d’affronter la clientèle ?
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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 13:29
Poussières

L'aurore jamais ne se lève sur les déserts de cendres
D'où viennent, alors, les roses solitaires
Dont la grâce pourpre perce ainsi les manteaux de nuit?

Le temps se chargera de froisser la soie de leurs longs regards
Sans que personne en sache rien.
Leurs yeux en silence se fermeront
Comme l'or cuivré se retire du ciel lorsque s'achève le jour
Et la cendre à nouveau règnera.

(avec une petite pensée pour Eleanor Rigby, son cimetière, et ses lonely people...)
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4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 10:56

Lorsque me vient l’envie de photographier je m’en vais errer dans les cimetières et les musées, rejoindre la quiète compagnie des sculptures. De pierre, de bois, de métal ou de faïence, elles me laissent tout loisir de mettre au point, de me repentir puis de recommencer à chercher "le bon angle" et la "bonne distance" sans manifester d’impatience et sans qu’envers elles j’éprouve de gêne à être si lente, à tant hésiter. Ce besoin d’images surgit en général quand, travaillant à plusieurs textes simultanément, je me sens ployer sous l’afflux chaotique de phrases qui se précipitent tous sujets confondus… M’évertuant à les saisir pour ensuite les polir, les sertir dans le contexte qui leur sied  et les mener enfin à ce qui me paraît être leur perfection, voilà que je les perds – tout s’effrite au creux de ma réflexion ; de ces myriade d’éclats disparates, coupants et aveuglants comme le rai de lumière frappant l’arête vive d’un cristal ne reste plus que de la poussière dénuée de sens.

Je croyais donc me reposer de ce chaos, devenu par trop inconfortable parce que ne menant à rien qui fût construit et clair en ses contours, en allant traquer les images au Père-Lachaise… Mais peu à peu des voix lointaine se sont levées. À peine audibles d’abord elles ont forci, se sont enflées en un chœur puissant qui s’est mêlé au tumulte des mots et des phrases qui, amuï, ne s’était pas tu. De repos il n’y eut guère et je quittai le Père-Lachaise plus troublée qu’à l’arrivée, des visages et des instantanés manqués dansant la sarabande au côté des bribes phrastiques dont je ne m’étais pas départie… Je retirai cependant de ma petite escapade une rassurante satisfaction a posteriori en constatant que, sur le film développé, quelques images ressuscitaient à la perfection l’émotion visuelle qui m’avait poussée à déclencher. Du coup, j’ai pu conclure la paix avec ces mots rebelles qui jaillissent et s’imposent sans se soucier plus que ça de ce à quoi je voudrais les employer. Je sais que cette paix est temporaire. Je sais aussi que je finis toujours, d’une façon ou d’une autre, par avoir raison du chaos… et que l’image m’y aide parfois.


[Brève méditation cimétériale]

La prière s’est-elle tue en même temps que se brisaient les doigts de cet ange mortuaire ?
La pierre que l’on voudrait éternelle n’est pas moins corruptible que la chair ni moins fragile que l’âme. Et la statue finit par virer au cadavre défait aussi sûrement que l’être sur qui elle est censée veiller à jamais.

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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 11:44
Shine on you crazy diamond

Hier 21 juin ; brève balade par une fin d’après-midi où l’on fêtait la musique... De partout surgissaient des sons qui se marchaient les uns sur les autres et brouillaient l’ouïe – mais, parmi le magma sonore mêlé au brouhaha d'une foule en mouvement, quelques riffs de guitare portés par des rythmes pulsés déchiraient l'air - on frappait aux portes du Paradis... Ils m'ont soudain rappelé ces parenthèses de semi-errance auxquelles j'ai renoncé depuis longtemps sans savoir vraiment ni pourquoi ni comment, que j'ouvrais parfois dans mes journées en glissant dans mon lecteur de CD l'une ou l'autre de ces petites galettes argentées. De ma mémoire se sont dressés d'entre les oublis ceux à qui je dois les plus bouleversants tourments : les cosmiques Pink Floyd, leur Mur, leur Diamant fou… sans oublier le flûtiste gardien des portes de l'aube.

Il y a beau temps que j'ai déserté les bords de nuit habités des seuls frissons mélodiques. Mais je me souviens, sans qu'ils aient pris une ride, des cris du diamant fou sans doute devenu aphone à force de hurler à la lune après ses reflets perdus. Et de ces sons bulbeux, irisés... billes d'acier glissant sur la Voie lactée avant de disparaître dans la matière noire. Les harmonies sont pures et aiguës telles des aiguilles de glace et pourtant je ne vois que des rues putrides, bruissantes de papiers gras froissés poussés par un souffle d'air sec comme un vieux squelette  – des rues très graphiques aussi avec leurs immeubles au garde-à-vous, ombres et lumières à angle droit mais réverbères brisés. Quelque part, qui s’incruste et ne veut pas s’effacer, flotte cette silhouette solitaire - cape au vent, chapeau improbable - qui hante comme elle peut des résidus de rêveries à peine ébréchés par les années écoulées.
Le réel a dérapé le temps d’un album ; penchée au bord des vertiges, je vacille sur des chemins buissonniers qui, peut-être, me ramèneront au cher fantôme pas encore enfui...
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9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 16:21

Page blanche écran vide
panne sèche
Désarroi – Rideau.

La suite au prochain numéro.
Mais sait-on s'il y aura jamais un "prochain numéro?

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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 12:11

Un instant rêveuse, à l’affût d’un mot qui se dérobe, je quitte des yeux l’écran de l’ordinateur. Mon attention peu à peu se disperse, s’égare, incapable de se fixer sur rien. Je m’avachis davantage, l’attitude mollissant de conserve avec mes pensées. Mon regard flotte, erratique, sans capter aucune vision précise. Sauf une, émergeant tout à coup et se détachant avec l’acuité d’un écueil au milieu des remous.

Un petit amas de papiers froissés se dresse dans un coin de la pièce, contre la plinthe. Aériennes, touchant à peine le sol, ces masses blanches parcourues de lignes noires aux tracés fantaisistes sont autant de paquets de colère, semblables ainsi collées les unes aux autres à un animal ramassé sur sa hargne, prêt à bondir. Ce sont les restes d’une longue bataille menée contre un texte rebelle, qui se refusait à une mise en forme satisfaisante – une bataille perdue, que j’avais pensé gagner en passant au clavier – difficile de s’embrouiller dans d’innommables pattes de mouche avec un traitement de texte – et qui s’est soldée par une véritable débâcle…

Je suis de ces "écrivants" hybrides, goûtant des nouvelles technologies les avantages mais ne pouvant tout à fait se résoudre à renoncer au bon vieux couple papier-stylo (ou crayon). Sans doute parce que j’aime l’écriture manuelle – mes doigts se plaisent à tenir le stylo, ma main à effleurer le papier, et je trouve infiniment agréables l’effort de préhension aussi bien que le glissement de la pointe sur la feuille. Mais ce n’est pas tout… Je réalise, en contemplant ces bouts de papier déchus, griffonnés et raturés, aux lignes dansantes car je n’ai jamais su écrire droit sans quadrillage, que l’usage de l’ordinateur me prive, lorsque je ne m’en remets qu’à lui, de ce geste délicieusement libérateur consistant à écraser, voire à déchirer en lambeaux la page sur laquelle se répand l’exécrable fruit d’une pensée qui butte, balbutie, ne va pas à son terme… La broyer, puis l’envoyer paître au loin, de préférence hors de la corbeille censée recueillir les déchets – le chaos et la rage s’en trouvent mieux exprimés. Le désastre sous les yeux, je puis boire mes échecs jusqu’à la lie… et ensuite leur tourner le dos, tâcher de les oublier et repartir de zéro. Il me suffit pour cela d’accomplir l'acte sacrificiel qui tuera définitivement les maudites paperolles : les jeter dans le vide-ordures. Éradication radicale!

Rien de comparable avec le "cliquer-glisser-mettre à la corbeille" informatique… Certes, le document indésirable chargé de ce texte que je ne veux plus voir est supprimé – deux clics encore dont un double, et la "corbeille "est vide (en apparence seulement : il paraît qu’en fouillant bien, des experts peuvent récupérer sur le disque dur tout ce que l’on a cru détruire). Mais comme ce geste est léger, rapide, silencieux – insignifiant pour tout dire : il ne requiert presque aucun effort ! qu’est-ce donc en effet qu’un clic de souris en regard d’un serrage de poing autour d’un papier crissant ?

 

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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