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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 11:35
La Drac a donc annoncé qu’elle se désengageait financièrement vis-à-vis du Théâtre du Lierre… À la suite de cela, une pétition a été lancée, et Farid Paya a enregistré un entretien vidéo diffusé sur Dailymotion, accessible par ce lien, qui permet de mieux mesurer les implications de cette décision. C’est, à très court terme, le dépôt de bilan qui se profile…

C’est terrible. Mais, à écouter le directeur du Théâtre du Lierre, atterrent plus encore que cette affligeante perspective les raisons invoquées et la confusion des arguments avancés. Il s'agirait paraît-il de recentrer les aides de la Drac sur les grandes structures nationales tandis que le soutien des structures intermédiaires comme le Lierre devrait incomber à la seule Ville de Paris – mais cela, manifestement, sans qu’il y ait eu concertation entre les deux pôles décisionnaires…. S'il est réjouissant que l'État travaille à améliorer les conditions d'existence d'un secteur artistique, il est révoltant que cela se fasse en condamnant à mort d'autres structures, non pas sanctionnées parce qu'elles auraient indûment gaspillé l'argent public ou se seraient rendues coupables de quelque fraude, mais simplement parce qu'elles n'ont pas eu l'heur de plaire aux "experts" venus en visiteurs estimer si oui ou non le théâtre méritait d'être subventionné. Il semble, d'après ce qui a été dit à mots plus ou moins couverts à Farid Paya – encore qu’on ne lui ait guère communiqué d’informations : le rapport des experts a été tenu confidentiel, et on ne lui a rien dit des critères sur lesquels avaient été basés les avis, rien non plus quant à la façon dont ces "experts" avaient été choisis – que Noces de sang, si bien accueilli lors de sa création en 2008 que le spectacle a été repris en 2009, a déplu à l'officiel visiteur et que ce déplaisir ne serait pas étranger au désengagement financier de la Drac... Comment une réaction purement affective peut-elle tenir lieu de référence quand il s’agit de juger de l’intérêt public d’un lieu d’expression artistique ?
Ne pas aller au-delà d'un "j'aime/je n'aime pas" épidermique est déjà d’une légèreté répréhensible quand on chronique un livre ou un spectacle. Quand ce sont de soi-disant "experts", des "professionnels" dont l'avis engage rien moins que la vie des artistes qui réagissent ainsi, cela devient de l'irresponsabilité.

L
e Théâtre du Lierre fût-il seulement le chez-soi d’une compagnie qu'il ne mériterait pas de disparaître. Mais il est beaucoup plus que cela. Grâce à ce lieu et à l’équipe qui l’anime, ce sont chaque année plusieurs compagnies qui ont l’opportunité de montrer leur travail et de dispenser leur enseignement à travers stages et conférences ; ce sont chaque année des peintres, photographes, plasticiens… qui ont l’opportunité de montrer leurs œuvres dans le cadre des expositions organisées en lien avec chaque spectacle. Le Théâtre du Lierre est aussi le lieu de transmission d’un savoir et d’une expérience, en direction des professionnels comme du public amateur, à travers les Atelierres qui, en même temps, sont également des chaînons sociaux primordiaux dans la vie du quartier. Et c'est un espace convivial, chaleureux, où le visiteur se sent toujours traité en ami, en voisin. 
En d'autres termes, condamner le Lierre à disparition c’est attenter à la vie de tous les artistes qui sont accueillis là-bas, c’est nuire à la diversité artistique, c’est enfin fermer au public une voie d’ouverture des cœurs et des esprits.

Ne laissez pas mourir Le Lierre, et signez la pétition de soutien si ce n’est déjà fait…
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 10:21

Une fois n'est pas coutume, ces "billets" vont me servir d'exutoire à la forte colère qui m'a saisie récemment devant le journal télévisé. Je n'écris presque jamais en réaction à l'actualité alors même que chaque jour elle me donne cent raisons de m'indigner. Je préfère d'ordinaire dépenser ailleurs l'énergie que me demande l'écriture. Mais là, les mots se sont imposés d'eux-mêmes, sans que j'aie à les prier trop longtemps de bien vouloir se présenter, s'ordonner et se constituer en texte acceptable. Comment refuser pareil cadeau... ? 
Il ne s'agit pas cependant des prochaines fêtes de Noël. Mais de la grippe A et de cette campagne de vaccination massive lancée par le gouvernement qui, en fait, tient plutôt de la "terrification" collective.

Lorsque survient un événement véritablement dangereux, il me semble que les autorités tâchent d'abord de rassurer la population afin d'éviter les mouvements de panique. Au point que l'on ment de façon éhontée quant à l'absence de danger - souvenez-vous de Tchernobyl, et du nuage radioactif qui se serait miraculeusement arrêté à la frontière franco-allemande pour ne contaminer les végétaux que d'un seul côté du Rhin - le côté allemand bien entendu... Ici au contraire, notre chère ministre joue la carte de la peur - non, de la terreur... Je ne parviens pas à oublier les arguments qu'elle a développés devant les micros des journalistes pour inciter les ados récalcitrants à se faire vacciner... "Je voudrais pouvoir les amener dans les services d'urgence où sont hospitalisés des jeunes de leur âge et leur montrer les poumons irrémédiablement ravagés par le virus de la grippe H1N1..." a-t-elle dit en substance. Après de tels propos, que penser des médecins qui eux tempèrent les frayeurs et parlent d'une grippe très contagieuse mais à peine plus dangereuse que les grippes saisonnières???

Ce qui m'a le plus choquée, ce sont ces reportages montrant complaisamment les interminables files d'attente aux portes des centres de vaccination, soutenant la comparaison avec les fameuses queues devant les magasins d’alimentation de l’ex-URSS. Des cohortes de femmes enceintes et de tout jeunes enfants, engoncés dans leurs manteaux et leurs écharpes faisant le pied de grue depuis plusieurs heures dans le froid et l'humidité - des personnes soi-disant prioritaires parce que plus fragiles sur le plan immunitaire, et qu'on laisse ainsi poireauter dans la froidure ! Je suis prête à parier que parmi tous ces gens, beaucoup paieront leur immunité contre la grippe A par une bonne vieille pneumonie de derrière les fagots – ou du moins par un gros rhume, si ce n’est par une attaque de la grippe contre laquelle ils sont venus se faire vacciner puisque le vaccin n’est efficace que 15 à 20 jours après l’injection. C’en est risible à force d’être révoltant. Mais il est tout de même curieux que l’on diffuse ici et là des sondages montrant qu’une majorité de gens restent réfractaires à la piqûre antigrippe. Comment se fait-il alors que les centres de vaccination soient à ce point saturés et engorgés ?

Le plus sournois, dans cette histoire virale, est qu’on ne cesse en décembre de nous bassiner avec la recrudescence de la pandémie qui connaîtrait paraît-il son premier pic d’agressivité et que, dans le même temps, on nous prévient que l’objectif consistant à "vacciner tous les Français" ne sera atteint qu’en février 2010 ! Autrement dit mes agneaux – mais nos chers gouvernants évidemment se garderont bien de dire les choses aussi crûment – si vous n’êtes ni femme enceinte, ni enfant en bas âge, ni fragilisé par telle ou telle pathologie, ni senior de plus de 70 ans et si, adulte moyen en bonne santé, vous ne faites pas partie des "personnels prioritaires", vous avez dix fois le temps de crever de la méchante grippe avant de recevoir votre bon de vaccination… Ce qui revient ni plus ni moins à annoncer, à mots couverts, une prochaine chute notable de la population française puisque face à un virus que l’on s’efforce de présenter comme digne du germe de la peste noire qui fit ses ravages au Moyen Age, on ne peut vacciner à temps qu’un tout petit nombre de personnes.
Et comme si cette brochette de comportements officiels affligeants ne suffisait pas on assiste à la propagation de contre-informations pour le moins douteuses – par exemple telle autorité médicale prétendant que l’on se prémunit contre la grippe A par l'ingestion de fortes doses de vitamine D3 (évidemment sous forme de compléments alimentaires en gélules, qu’il faut se dépêcher d’acheter…), ou bien cette ancienne ministre de la Santé finlandaise avançant sans sourciller que la campagne de vaccination, eu égard à la dangerosité du substrat vaccinal, ne vise rien moins qu’à éradiquer une bonne partie de l’humanité… "ils veulent réduire la population mondiale…" Ils ? Qui ça ? Les Men in black ? Les petits hommes gris sortis tout droit d’X-Files ? De soi-disant comploteurs mondiaux qui seraient nos "vrais" dirigeants et décideraient dans l’ombre qui doit survivre et qui doit mourir avant son heure ?


Les promoteurs du vaccin autant que ses détracteurs entretiennent une indécente psychose de la peur. Et la peur étant l’une des moins bonnes conseillères qui soit, je pense surtout que tout ce brassage a d’abord pour but de saper, chez le plus de gens possible, l’esprit critique et l’aptitude à la réflexion. Ces facultés étant déjà trop peu répandues, il y a fort à craindre qu'elles se raréfient encore au sortir de tout cela, et que nombre d'entre nous se retrouvent avec leur raison en capilotade, leur libre-arbitre abîmé d'autant. Heureusement, certains échos donnent à penser qu'il existe une résistance vive à cette vaste entreprise de moutonnage et de lobotomisation généralisés - qui n'est bien sûr pas la première ni la pire du genre et ne sera hélas pas la dernière. Ce n'est pas encore aujourd'hui que l'on désespèrera tout à fait de l'être humain...

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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 13:32

Je l’avais compris à demi-mot lors de ma dernière visite au théâtre du Lierre, le 13 novembre : la situation matérielle, d’inconfortable et précaire, était en train de devenir critique. Tandis que j’attendais Éric Minh Cuong Castaing (danseur chorégraphe, fondateur de la compagnie Shonen) pour une interview, Farid Paya, le visage soucieux, me glissait que le théâtre avait "de très gros soucis" et que sa survie était plus menacée que jamais. Des réunions avec les représentants des pouvoirs publics étaient encore à venir et, me dit-il, "je vous recontacterai en fonction des décisions qui seront prises. Il se pourrait que nous ayons à entamer une grande campagne de presse…"
N’ayant pas reçu d’autres messages depuis je pensais, naïvement, que la menace était levée. Non : elle s’était tout bonnement muée en couperet… Ainsi en arrivant au théâtre hier soir pour assister à l’une des représentations proposées par la compagnie À fleur de peau je découvrais cette affichette alarmante – Le cri du Lierre – La Drac (Ministère de la Culture) a annoncé son intention de se désengager financièrement vis-à-vis du Lierre, ce qui compromet à court terme son existence. – et, à l’accueil, une pétition à signer.
 
Il est vrai que les subsides du Lierre ne cessent d’aller se raréfiant – Dans notre cas, les subventions de la Ville de Paris stagnent depuis 2002. Celles de l’État ont même été diminuées en 2007, écrit Farid Paya dans son édito de la brochure 2009/2010. L’annonce du désengagement financier de la Drac s’inscrit donc dans un processus certes déplorable mais hélas déjà amorcé…. Pourtant, dans cette même brochure, est évoqué le Nouveau Lierre […] un très beau théâtre, plus spacieux et plus confortable. À la rentrée 2011 en effet, un bâtiment tout neuf conçu par l’architecte Ignacio Prego à la demande de la Ville de Paris dans le cadre du vaste chantier que représente la rénovation du quartier Chevaleret devrait accueillir le public. Fort bien. Mais qui occupera ce lieu demain si, aujourd’hui, on empêche les artistes à qui il est destiné d’exister ? À quoi rime de mettre à la disposition de créateurs un nouveau lieu si dans le même temps on les prive des ressources qui leur permettent de vivre et de créer ? Parce que sans soutien financier, il est à craindre que l’équipe du Lierre soit très vite contrainte à cesser de travailler. Et le Nouveau Lierre sera, en 2011, une grande coque vide – une trop belle écorce sans plus de tige vive à protéger…

Mais le Lierre reste combattif, affirme Farid Paya, toujours dans l'édito de la brochure 2009/2010. C’était sans doute, lors de la rédaction, une simple manière de dire qu’envers et contre toutes les difficultés, les spectacles, conférences, rencontres, Atelierres et stages allaient continuer en 2009/2010. Aujourd’hui que les ressources sont en passe d’être supprimées, "être combattif" signifie, pour les gens du Lierre, beaucoup plus que continuer leur oeuvre - il s'agit pour eux de se mobiliser tous azimuts pour alerter le public et les médias. Leur principal organe de protestation est, pour l’heure, une pétition à signer – en ligne en cliquant ici, ou bien sur papier à l’accueil du théâtre (22 rue du Chevaleret – 75013 Paris). Vous pouvez vous-mêmes diffuser cette pétition via vos contacts internet, ou bien récupérer sur place quelques feuillets imprimés et les faire signer autour de vous puis les renvoyer au théâtre par courrier. L’on peut aussi écrire une lettre de soutien au Lierre…

Sauver le Lierre, c’est préserver un espace culturel et artistique d’ouverture, d’échange, de générosité envers le public et les artistes. Faire un geste pour cela, c’est se sentir pleinement "honnête homme", en un mot homme tout court, car il ne saurait y avoir d'humanité sans art - et sans artistes.

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 11:23
Lamendin contemple avec envie l'eau du canal - il est bien tenté d'en finir avec une vie qui ne le satisfait guère... Un de ses amis parvient à l'en dissuader en le poussant à consulter un spécialiste - le professeur Ruffisque, qui guérit les suicidaires avec une méthode si sûre qu'il garantit à ses clients le remboursement de leur consultation en cas d'échec de la thérapie... Lamendin est à l'évidence victime d'un escroc. Mais il s'en tire si bien qu'à son tour il monte une escroquerie avec l'appui de Margajat, un banquier plus filou que lui et qui, au lieu de dissimuler une méfiance justifiée sous de fallacieux arguments comme ses confrères, ou de se défaire du demandeur malhonnête manu militari, abonde en son sens et l'entraîne plus loin encore dans le mensonge en apportant la part qui manquait au montage de l'arnaque... Se met en place une monumentale escroquerie financière et immobilière assise sur rien moins qu'une erreur scientifique commise par un géographe de renom, une escroquerie qui touchera des actionnaires crédules dans toute l'Europe. Quelle escroquerie? Le développement et l'embellissement de Donogoo-Tonka, une ville d'Amérique du Sud... qui n'existe pas. Un peu d'imagination, beaucoup de menteries - et il n'y paraît plus.

Sur ce thème du floué flouant à son tour plus naïf que lui, Jules Romain a écrit une comédie pleine de verve, où les formules cinglantes abondent qui donnent à réfléchir aussi bien au sujet de la "vérité scientifique" que des mécanismes financiers, de la crédulité des masses, ou de l'imparable mutation qui transforme en trompeurs les trompés.
À ce comique de texte et de situation la mise en scène de Jean-Paul Tribout ajoute un comique scénique du meilleur effet. D'une part en ramenant la pièce à une succession de séquences brèves et enlevées, scandées par des "noirs" habillés d'une musique tonique oscillant entre tonalités jazzy et western qui confèrent au spectacle une allure très bédéïque. Puis en confiant les quelque quarante rôles de la pièce à huit comédiens, il introduit une succession de changements de costumes dont beaucoup sont délibérément caricaturaux - ah, la blonde de bar qu'on ne voit que de dos, ou le Marseillais hâbleur... Et en faisant évoluer tout ce monde dans un ensemble de décors mis en boîtes que l'on escamote ou déploie selon les besoins, des boîtes à trésors admirablement conçues d'où l'on fait jaillir une multitude d'accessoires. La théâtralité et le factice s'exhibent à tous les niveaux,  histoire de montrer, fort plaisamment, que l'on est dans l'univers de la tromperie et de l'exploitation sans vergogne de la naïveté des faibles.

Mais le plus grand mérite de la mise en scène de Jean-Paul Tribout - servie, il importe tout de même de le souligner, par une interprétation magnifique de tous les comédiens - réside en ce que son rythme, extrêmement rapide, n'étouffe jamais le texte ni les gags. On entend tout du texte de Jules Romains, on perçoit tout des jeux de scène créés autour des objets - même les plus subreptices. C'est magistral, et délectable.

Cette valse de dupes muées en grugeurs dont certains finissent par être grugés à nouveau, menée tambour battant par huit comédiens qui suivent sans faiblir le rythme effréné qu'impose la mise en scène est des plus réjouissantes. Pour se mettre de bonne humeur en cette fin d'automne et rire de bon cœur de ce qui, au fond, devrait affliger sinon fâcher, rien de tel qu'une virée à Donogoo-Tonka, avec pour guides Jean-Paul Tribout et ses acolytes.

Départs quotidiens (sauf les dimanches et lundis) jusqu'au 2 janvier 2010 au Théâtre 14 Jean-Marie Serreau, avenue Marc Sangnier - 75014 Paris. Réservations au 01.45.45.49.77
.

Donogoo
Texte de Jules Romains
Mise en scène:

Jean-Paul Tribout assisté de Xavier Simonin
Avec (par ordre d'entrée en scène):
Patrick d'Assumcao, Jacques Fontanel, Eric Chantelauze, Xavier Simonin, Pierre Trapet, Jean Paul Tribout, Jean-François Guillet, Laurent Richard
Décors et accessoires:
Amélie Tribout
Lumières:
Philippe Lacombe
Costumes:
Aurore Popineau
Musique:
Jean-Jacques Milteau


NB - Un petit retour à Sarlat (festival des jeux du théâtre 2009) vous permettra de retrouver ce que le metteur en scène et les comédiens avaient dévoilé de leur travail lors des Apéritifs de Plamon.
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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 18:34

Jusqu’au 31 août, le musée du Louvre expose, dans la salle de la Maquette, un ensemble de cinquante-six photographies anciennes – les dates des prises de vue s’échelonnent entre 1938 et 1947 – témoignant de ce qu’a été la vie du musée au moment de la Seconde Guerre mondiale. Ces photographies, issues de fonds conservés dans différentes institutions, ont été réunies à l’initiative de Guillaume Fonkenell, conservateur au département des Sculptures, qui a également supervisé la rédaction et la conception du catalogue, coédité par le musée du Louvre et les éditions Le Passage. Deux événements récents l’ont incité à organiser cette exposition : d’une part la découverte d’une série de clichés dans les archives de Coblence montrant le séquestre du Louvre, et d’autre part l’acquisition par le musée, en 2005, du fonds Pierre Jahan.

La salle de la Maquette est minuscule et ses parois en béton, où se dessinent d’étroites bandes, rappellent celles des caisses si souvent montrées sur les images exposées dans lesquelles les œuvres étaient emballées pour leur transport. L’on se sent soi-même mis en caisse, surtout lorsque l’espace se restreint encore sous l’effet de l’affluence…

La scénographie est avenante, avec ces panneaux clairs où les photographies – déjà parfaitement mises en valeur par les passe-partout, sous-verre et cadres de bois blond pour les plus anciennes tandis que les tirages modernes sont simplement présentés sur un fond blanc les entourant très largement – sont très harmonieusement disposées par rapport aux textes et indications chronologiques. Intelligente aussi en ce qu’elle tire fort bien parti du tout petit espace dévolu à l’exposition et propose des panneaux explicatifs remarquablement concis et lisibles.

C’est pourtant une de ces expositions dont je pense qu’elles se visitent bien plus confortablement sur catalogue : les photographies sont d’un format tel qu’il n’autorise guère la contemplation de loin ; pour percevoir les détails, apprécier les cadrages, les partis pris esthétiques ou simplement documentaires du photographe, il faut s’approcher tout près… ce qui n’est pas toujours possible quand il y a foule. De plus, nombre de textes sont en hauteur et il devient vite incommode de les lire.

Je ne pense pas qu’il y ait tant d’avantages que cela à voir les clichés in situ ; n’ayant pas l’âme suffisamment perméable pour sentir sourdre des vieux grains d’argent les ondes de l’histoire, j’ai trouvé le tête-à-tête avec les images beaucoup plus intimiste, beaucoup plus émouvant lors de la lecture du catalogue qu’en suivant le petit circuit proposé en salle de la Maquette – d’autant que dans l’ouvrage, certaines photographies sont reproduites en pleine page, ce qui les valorise considérablement. L’on gagne tout de même à une visite sur place la possibilité de visionner un film d’époque et de voir en vitrine un exemplaire original d’un guide de visite allemand édité pendant l’Occupation –et dans ces pages jaunies, gondolées, sans doute rêches au toucher, je crois bien, malgré la protection vitrée, avoir senti souffler l’haleine d’un passé tragique.

Exposition au musée du Louvre (salle de la Maquette, aile Sully) jusqu’au 31 août 2009 aux heures d’ouverture du musée, tous les jours sauf le mardi de 9 heures à 18 heures et en nocturne jusqu’à 22 heures les mercredis et vendredis.

Le Louvre pendant la guerre (catalogue de l’exposition réalisé sous la direction de Guillaume Fonkenell), coédition Le Passage/musée du Louvre, mai 2009, 25,00 €.

 

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 17:47

Le programme s'est bien évidemment concocté sur le long terme et sa teneur définitive est sans doute arrêtée depuis plusieurs semaines – avec les réserves d'usage quant aux éventuelles défections inopinées. Mais il n'est rendu public qu'aujourd'hui, au lendemain de la conférence de presse qui était organisée hier soir à Sarlat – il est en ligne sur le site du festival; aussi n'en reproduirai-je rien ici puisqu'il est accessible là.

L'affiche est brillante : y scintillent entre autres les noms célébrissimes de Shakespeare, Mozart, Antigone, Carmen, Roméo, Juliet, Hamlet... On remarque aussi une très nette orientation musicale – pas moins de sept spectacles ont à voir avec la musique, classique ou de cabaret en passant par l'opérette et l'opéra – en même temps qu'une forte inclinaison vers la comédie, virant à la subversion avec Romain Bouteille et Le Cabaret des engagés.
  Certes, depuis que je suis le Festival, j'ai toujours rencontré musique et comédie en bonnes places dans la programmaion, mais il me semble qu'en 2009 elles jouissent d'une importance accrue.
De prime abord, l'idée vient qu'a été jouée la carte du succès assuré. Idée trompeuse car le programme s'avère profondément surprenant - et par là courageux : derrière les grands noms se profilent des versions revisitées qui promettent de décoiffer ; quant aux "petites formes", elles se signalent par une formidable inventivité, plus accusée et plus chamarrée me semble-t-il que les années précédentes (j'écris cela en soulignant que je n'ai d'autres points de comparaison que les trois derniers festivals). Je me demande, ainsi, ce que peut bien être L'Authentique histoire de la comédie musicale, un spectacle annoncé comme une "conférence animée et chantée"… Les propositions de cette cinquante-huitième édition m'ont tout l'air de témoigner d'une volonté de secouer plus vigoureusement qu'à l'accoutumée les habitudes des spectateurs, et peut-être aussi de remettre à l'ordre du jour un enjouement qui, l'an passé, s'était teinté d'une gravité parfois très dure – je songe à la cruauté barbare de Sa Majesté des Mouches, à la puissance engagée de Mère Courage et ses enfants.

Que dire de plus? Je ne puis aller outre ces vagues "impressions premières", d'autant plus vagues que je n'ai pas eu comme l'an passé la possibilité d'assister à la conférence de presse: la présentation du programme restera pour moi définitivement silencieuse, réduite à son expression textuelle qui, pour soignée et finement rédigée qu'elle soit, ne saurait avoir l'irremplaçable charme d'un exposé prononcé en direct par l'un des artistes – aurais-je été voir La Fourmi et la cigale si François Mougenot n'en avait dit un extrait à la Maison d'Aquitaine? – ou par le directeur artistique, Jean-Paul Tribout, dont l'art de l'annonce fait toujours merveille.

Pourtant, au fur et à mesure que j'écris, je sens la curiosité s'aiguiser et poindre l'envie de l'expérimentation; tel spectacle qui, ainsi couché en silence sur son fichier électronique ne m'a guère tentée d'abord devient peu à peu attrayant au fil des relectures attentives. Et voilà devenues cinq ou six les trois pièces que, d'office, j'avais inscrites dans mon petit agenda personnel en découvrant pour la première fois le programme 2009. D'ici l'ouverture des réservations, d'autres viendront peut-être s'y agréger – et je n'ose présumer de "l'effet Plamon" qui si souvent mène au débotté vers les gradins les festivaliers indécis… 

Festival des jeux du théâtre de Sarlat  
B.P. 53
24202 SARLAT CEDEX

Tél. : 05 53 31 10 83
Fax : 05 53 30 25 31
Courriel:
festival@festival-theatre-sarlat.com

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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 17:51
Le 5 mars est paru, aux éditions Le Passage, Cougar Corridor, un livre signé Florian Rochat. Pour avoir pris part aux travaux de relecture-correction préalables à la publication, j’ai du texte une vision un peu gauchie : surveiller l’opportunité de la ponctuation, traquer les éventuelles inadéquations entre les pronoms et leurs antécédents ou les répétitions qui seraient importunes, vérifier que la chronologie ne souffre d’aucune incohérence… sans oublier de guetter les moindres accrocs typographiques qui pourraient s’avérer dommageables lors de l’impression – trompeuses espaces! – tout cela empêche d’avoir une perception réellement globale de l’intrigue et une appréciation juste des qualités stylistiques. À scruter le détail des brins de paille, on ne voit plus le fétu, quand bien même il aurait été ficelé avec un sens esthétique des plus subtils.

Si je ne me sens pas à même de "chroniquer" ce roman au sens où j’entends habituellement ce verbe au moins puis-je le présenter comme appartenant à la famille en pleine croissance des "polars écologiques". "Polar" parce qu’il y a une énigme à résoudre et des intentions criminelles à l’œuvre même si l’enquête policière à proprement parler ne constitue pas l’essentiel du corps narratif ; "écologique" parce que l’intrigue repose sur les tenants et les aboutissants d’une importante question environnementale – la protection des lions de montagne aux États-Unis, dans la région des Rocheuses. J’ajouterai que par l’entremise de ce problème strictement local est posé plus largement celui de l’attitude actuelle de l’homme face à la nature et aux espèces sauvages, que le roman renvoie, à travers ses protagonistes, à quelques pages de l’histoire américaine – les vagues d’immigration européennes de la fin du XIXe siècle, la guerre du Viêt-nam… – et que les personnages sont soigneusement construits, dotés chacun d’une histoire personnelle riche et complexe qui confrontera certains d’entre eux à des dilemmes douloureux. De fait, le lecteur rencontre, autant qu’une intrigue in fine assez méandreuse, une galerie d’êtres à plusieurs facettes, ambigus et pour la plupart attachants, dont les motivations les plus condamnables comme les plus louables sont toujours liées à un passé peu ou prou marqué par des drames, d’ordre historique ou personnel.

Je n’en dirai pas davantage : le site "officiel" du roman y pourvoit fort bien. Activé en même temps que le livre sortait en librairie, il permet de découvrir quelques extraits et dispense d’intéressantes informations à la fois sur le roman, sur l‘auteur, et sur les lions de montagne. On y navigue facilement, les rubriques sont clairement identifiées, le contenu se lit aisément…et, ce qui ne gâche rien, l’aspect esthétique, calqué sur la couverture – remarquable et qui ne devrait pas manquer de fasciner quiconque l’apercevra – est une pure réussite…
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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 18:02
Il neige sur Paris, sa Petite couronne, et sans doute en bien d'autres lieux en France et dans le monde... L'on a beau pester contre la gadoue tôt formée aux lisières des zones sablées-salées qui gêne la belle blancheur ambiante, râler contre les-moteurs-qui-ne-démarrent-pas et les pare-brise qu'il faut gratter longuement avant de songer seulement à s'asseoir derrière son volant, grommeler encore parce que la neige bousille les bottes et autres grolles en cuir, ou bien parce que le moindre pas risqué hors de chez soi menace de virer au brise-membre, vient toujours un moment où de l'émerveillement pointe sous la mauvaise humeur. On a tous dans le coeur un bonhomme de neige oublié, chapeau de paille et nez en carotte, bâti dans les rires à la sortie de l'école... et Dieu sait que les survivances de l'enfance ont la vie dure.
Tandis que la blancheur gagne, ce 5 janvier 2009 marque une date d'importance pour la littérature noire: k-libre (un lien y conduit depuis la liste établie dans la marge droite de la page...), le site tout entier voué aux univers du polar, est officiellement mis en orbite. Modeste participante, j'ai pu entr'apercevoir la somme de travail que son fondateur, Julien Védrenne, doit fournir pour que tout roule, et le soutien que lui apportent ceux qui l'épaulent à plein temps.
Noire percée sur fond blanc: puisse la neige être un bel habit baptismal à k-libre, qui hélas doit ouvrir le feu avec, en guise d'édito, la triste nouvelle de la disparition de l'écrivain Donald Westlake...
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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 17:28

Depuis que le mot "blog"a commencé de fleurir dans le vocabulaire courant, je ressens à son endroit une indéniable aversion. Non pas lexicale car je n’ai rien contre son origine anglo-saxonne – je ne suis pas "francopuriste" au point de crier haro sur le moindre terme issu de l’anglais : comme beaucoup, je mange des sandwiches, j’apprécie les week-ends et me plais à surfer sur le web. Mais une aversion sonore : ce monosyllabe globuleux, qui gargouille un peu façon flaque de boue en ébullition quand on le prononce, n'est guère attrayant. Le franciser en "blogue" n’arrange rien, convenons-en. Il paraît que d’aucuns préconisent de le remplacer par "cybercarnet". Le terme, pour séduisant qu’il soit, ne semble pas s’être imposé – plus long, il risque de continuer à être ignoré en ces temps où l’on court à l’abréviaition. Tant pis pour "cybercarnet" – et puis au fond, blog… ce n’est pas si mal : je connais sous cette appellation quantité de petits coins de Toile des plus sympathiques qui, visités régulièrement, sont en partie responsables de ce qu’à mon tour je consente à "blogger". D’ailleurs, ceci n’est pas "un blog", c’est un territoire certes dépourvu de frontières établies, mais dûment baptisé.

Terres nykthes: un nom de nuit donné en hommage à un chat mort trop tôt, superbe en son obscure robe et que j'avais baptisé Nykthô ; un nom bizarre parce que je ne sais pas écrire "nuit" trop simplement. Et pourquoi se référer à la nuit ? Parce qu'elle attire et appelle, interroge et fascine. Exactement comme les livres, les œuvres d'art, les rêves, et les subreptices merveilles de la nature qui disparaissent à peine entrevues – tout ce dont il pourra être question ici.

En ces terres je transporte les velléités chroniquantes que jusqu'à hier – disons plutôt avant-hier ; donc : jadis – je lâchais sur lelitteraire.com. Je migre par exécration pour la publicité qui désormais envahit ce site; et par soif d'envol parce qu'ici je gagne encore en liberté – que pourtant j'avais grande là-bas.
Je compte sans doute parmi les internautes les moins avertis. Mais tant pis : je tente l’aventure, au risque de ne pas piloter mes pages convenablement. Surtout, j’espère être rejointe par d'autres fines plumes : ce sera toujours pour moi un honneur que d'accueillir les textes stylés de toute espèce.
Puisse 2009 être faste aux Terres nykthes.

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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