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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 14:34
Coda
Lundi 5 août.

Le matin: dernier salon plamonais; le soir: Masques et nez, dernier spectacle…
Le 62e festival des Jeux du théâtre de Sarlat vient de s’achever. La billetterie, la petite salle adjacente qui tous les matins à 11 heures a accueilli festivaliers et artistes pour de conviviaux échanges, les bureaux à l’étage… tout cela va entrer en dormition pendant un an. Mais pas les membres du comité: pour eux va débuter le lourd travail administratif, les bilans, les comptes, les préparatifs de l’édition 2014 dont les dates sont déjà arrêtées… – ce labeur souterrain sans lequel le festival ne pourrait avoir lieu et dont nous autres spectateurs n’avons guère conscience qui nous bornons à jouir de la belle plante dont il est l’humus.

À Plamon, après que nous eûmes écouté les passionnantes explications de Raphaël d’Angelis, le metteur en scène du spectacle donné la veille au jardin du Plantier, le président Jacques Leclaire a annoncé, avant même que les bilans aient été dressés dans le détail, que la trésorerie était excédentaire – cela est d’autant plus notable que l’on est en période de crise. Formidable! Je me souviens qu’en me présentant le programme, en juin dernier, Jean-Paul Tribout m’avait signalé la publication d’un article dans Télérama. Cela m’avait marquée car, depuis que je suis fidèle au festival sarladais, je note chaque été que les "grands médias", théâtralement parlant, persistent à se cantonner à Avignon et à n’en guère bouger. Ce pic de fréquentation serait-il dû à ce papier téléramesque? Rêvons donc un peu plus grand, pourquoi pas une "lettre quotidienne" sur France Culture par exemple? Sarlat la mériterait bien autant qu'Avignon.

Comme chaque année en "séance finale", il a été demandé aux festivaliers ce qu’ils avaient à suggérer qui fût susceptible d’améliorer quelque chose dans le déroulement du festival. On a parlé à nouveau de l'attribution d'un prix, comme au festival d'Anjou. Mais les difficultés sont nombreuses qui ramènent l'organisation d'un tel prix à une sorte de quadrature à circulariser: le budget d'abord, qui n'est pas aussi élevé qu'à Angers et ne permet donc pas d'offrir une récompense financière – mais l'on pourrait au moins imaginer que remporter le prix de Sarlat serait, pour la compagnie lauréate, l'assurance de revenir présenter sa prochaine création; et puis le jury... comment le constituer? Qui solliciter pour décerner la récompense? En tout cas, l'idée est lancée, gardée à portée de la main et non pas jetée au fond d'un tiroir.

Car ces appels à suggestions ne sont pas de vaines politesses faites aux festivaliers. Les organisateurs écoutent très attentivement les propositions émises et mettent concrètement en œuvre ce qu’ils peuvent, "dans la limite des moyens disponibles", pourrait-on dire. À chaque édition son innovation, de plus ou moins grande envergure. Au rang des modifications durables celle-ci, intervenue après que des résidents de Sainte-Claire bruyants et irascibles eurent lourdement perturbé la représentation de Célimène ou le cardinal en août 2006: dès 2007, certains spectacles furent déprogrammés de Sainte-Claire et "transportés" aux Enfeus afin de limiter la gêne occasionnée aux riverains, mais sans que soient modifiés les horaires – le début de la représentation est resté fixé à 21 heures – ni les conditions d’accès – en placement libre. Cette année, suite à une forte demande, ces spectacles ont bénéficié de places numérotées – sans hausse de tarif, soulignons-le; ce surplus de confort a été chaleureusement salué, au point que l’on s’est enhardi à réclamer aussi la numérotation des places pour les spectacles encore ancrés à Sainte-Claire. J’ai pour ma part exprimé ce regret qu’il n’y ait pas de réunion plamonaise après le dernier spectacle; il est vrai que son organisation, quand tant d’autres tâches sont à accomplir durant la journée de clôture, doit être quasi impossible. "Pour le dernier spectacle, on pourrait tout de même, assez facilement, proposer un échange entre spectateurs et artistes en fin de représentation", a dit Jacques Leclaire.
Puisse la proposition du président se concrétiser l’an prochain… Masques et nez est un petit bijou d’originalité, de drôlerie fine et attendrissante qui, très probablement, aurait donné lieu à un de ces matins plamonais riches et de qualité comme ils le sont presque tous. Au moins Igor Mendjisky eut-il le temps d’expliquer en quelques phrases, après les saluts, que cette pièce se jouait à distributions changeantes, correspondant chacune à une galerie de personnages différents, qu’il y avait toujours une part d’improvisation et d’adaptation du jeu comme du texte aux lieux et aux circonstances, et qu’elle serait reprise en janvier prochain au théâtre des Mathurins à Paris…


Au terme de cette dernière soirée, les gradins se vidaient plus lentement que de coutume – comme si les pas pesaient plus lourd de faire une dernière fois, avant longtemps, un chemin apprécié. L’on se parlait plus longuement pour échanger ses impressions puisqu’on n’aurait pas le loisir de venir à Plamon le lendemain. Sur le plateau déserté que les techniciens commençaient déjà de ranger, les habitués – le "noyau dur" comme les appelle Jean-Paul Tribout – s’attardaient plus encore: bavardages, accolades, échanges d’adresses et promesses de rester en contact… Nous nous quittâmes avec effusion, nous disant "à l’an prochain" comme si rien ne devait arriver qui interfère entre deux festivals, rien qui rompe ce sentiment de continuité d’une édition l’autre, ni deuils ni catastrophes ni bouleversements profonds qui entament le pur plaisir d’aller au théâtre. Nous faisions "comme si" la vie n’avait pas ses raisons qui toujours nous dépassent et nous meurtrissent. Et pourtant…

Je pars de Sarlat avec une pensée émue pour un festivalier que je voyais chaque année et avec qui je conversais toujours fort aimablement. Un monsieur d’une exquise politesse, à la distinction discrète, qui était retraité des finances publiques; je le devinais très érudit – en effet: passionné d’histoire, il était membre d’une association savante d'historiens amateurs; en outre, il travaillait, me semble-t-il, à l’écriture d’un essai dont le sujet hélas m’échappe et dont il ne parlait qu’avec une infinie modestie. Nous avions échangé nos coordonnées mais ni l’un ni l’autre n’en usa et nos conversations n’eurent jamais d’autre cadre que le festival de Sarlat. Je crois que je l’intriguais… En 2011, à l’occasion de la 60e édition du festival, il avait fini par me proposer de boire un thé en sa compagnie. Nous avions ainsi passé deux heures à bavarder et nous nous étions quittés en nous disant "à l’an prochain". Mais en 2012, je ne l’ai pas vu à Sarlat. Je m’étais promis de lui téléphoner pour prendre de ses nouvelles. Je n’en ai rien fait, pour de mauvaises raisons, bien sûr, alors que je pensais à lui presque chaque jour. Lorsque le comité du festival m’a envoyé le programme de la 62e édition, je me suis dit que je devais saisir cette perche et lui téléphoner enfin. Mais je n’en ai rien fait. Et ce festival 2013 s’est achevé sans que je l’aie aperçu – alors je me suis tout de même enquis de lui avant de partir. J’ai ainsi appris que ce vieux monsieur charmant était décédé au printemps. Je n’entendrai plus sa voix, je ne goûterai plus qu’en souvenir l’agrément de sa conversation et la douceur tranquille de ce long moment passé autour d’une tasse de thé à la Boutique du cannelé de Sarlat.

Je pars aussi avec, en tête, un vaste champ de chroniques en friches qu'il me faudra amender. A posteriori, comme tous les ans...

Coda
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