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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 11:26
Dans la pièce Vienne 1913, qui s'est jouée au Théâtre du Lierre du 6 au 24 janvier, il est question à la scène 9 des tableaux de Klimt. De ses femmes nues et de ses références à la mythologie grecque. Klimt et ses profusions ornementales, l'or dont il a paré certaines de ses toiles, Klimt et la précision de ses portraits... Invitées comme en contrepoint de cette présence picturale, les "Nus de lumière et d'ombre"toiles et dessinsde l'artiste israélienne Sandra Zemor sont d'une sobriété sublime. Eux aussi disent la lumière, et la douceur des corps féminins mais sont à la luxuriance de Klimt ce qu'une plage déserte serait à la forêt tropicale...

carte_szemor-recadre.jpgDe petites silhouettes féminines nues parfois tronquées, tracées à l’encre de Chine comme des calligraphies, sont discrètement logées dans des feuilles blanches. Il n’y a que le fil noir et précis laissé par le pinceau mais il est d’une fascinante expressivité ; l’inflexion des courbes, l’emplacement choisi pour le dessin dans le blanc de la feuille – tout cela suffit à faire sens, c’est dire la sûreté du geste pictural.
 
En regard de ces petits formats se déploient les toiles, de dimensions plus imposantes, en couleur et tout en effets là où, dans les dessins, le noir de l'encre est retenu au bord du nécessaire dans la blancheur du papier. Mais elles sont à leur manière aussi silencieuses que les dessins. Rectangulaires, elles ont l’élan d’une élévation. Les grands à-plats colorés, organisés en formes strictes et floues à la fois – carrés et rectangles aux proportions parfaites mais aux contours estompés – semblent frémir, comme parcourus d’un souffle imperceptible. Les couleurs sont agitées de nuances, de moirures, piquetées d’or, enrichies par des jeux de matière, de texture, et restent pourtant d’une incommensurable légèreté. Quand bien même il n’y aurait pas ces pans de gaze collés à même la toile on dirait de ces œuvres qu’elles sont d’une grâce éolienne.

Je songe à des variations autour d’une aurore timide qui distillerait des ors naissants veinés de sable et de mauves à travers le rideau de brume qu’exhale une terre humide à son réveil. Et qui dérobe aux yeux humains le bain des fées et des nymphes : des corps sont esquissés dans ces brumes de lumière, des contours tracés à l’encre, silhouettes à peine suggérées et fragmentaires – ce que les dessins prononcent sans équivoque, les toiles en murmurent le signe. Et c’est l’absolue perfection de la ligne : d’un seul fil d’encre à la courbure subtile et ce sont à la fois les proportions du corps signifié et sa posture qui se révèlent. Ce n’est plus un corps qui est figuré mais l’idée du corps féminin qui est exprimée, une idée d'où découlent toutes les déclinaisons physiques du corps de la femme… On est aux confins de la représentation, entre évidence figurative et énigme abstraite.
Il émane de ces toiles et de ces dessins une paix profonde; ils appellent à la contemplation, à la pause méditative. Je pense que vivre avec l'un d'eux est à l'âme comme la caresse d'une brise. 

Pour être juste avec ces œuvres il faudrait ne les évoquer que par des haïkus - qu'au moins les "mots à propos de..." soient en harmonie avec ce dont ils prétendent parler - mais cela exige une fermeté d'écriture à laquelle je ne saurais atteindre... 

On peut admirer l'exposition de Sandra Zemor, "Nus de lumière et d'ombre", jusqu'au 7 février dans le hall du Théâtre du Lierre, 22 rue du Chevaleret, 75013 Paris.
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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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