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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 13:43

Deuxième spectacle – et premier repli au Centre culturel: les averses éphémères mais récurrentes ont contraint Jean-Pierre Bouvier et Gaëlle Marle à renoncer au cadre intimiste du jardin de Sainte-Claire, qui eût si bien convenu à leur spectacle. Mais ni leurs costumes, ni leur décor n’aurait supporté la moindre goutte de pluie: mieux valait ne pas leur faire courir le risque de précipitations intempestives qui eussent tout gâché. De plus, ce transfert leur aura apporté quelques spectateurs supplémentaires puisque la capacité d’accueil du centre est supérieure à celle des sièges installés à Sainte-Claire.


La-Dame-au-petit-chienTN.jpgTchékhov or not Tchékhov ?


Ceux qui réclamaient à cor et à cri "du Tchékhov" à Sarlat pourront continuer à harceler encore notre peu tchékhovien directeur artistique: Jean-Paul Tribout nourrissant quelques réticences à l'endroit de l’écrivain russe dont l’univers ne lui parle guère, il a beaucoup tardé à inviter l’une de ses œuvres au festival. Sans doute a-t-il cru qu’il allait enfin satisfaire les frustrés quand il a été séduit en voyant cette Dame au petit chien… Las! en dépit du titre, on ne peut prétendre avoir vu jouer "du Tchékhov" ce mardi…
Dans la mesure où La Dame au petit chien est une nouvelle, on se doutait bien qu’il y aurait nécessairement un travail d’adaptation. M
ais "adapter" un texte non théâtral pour la scène ne signifie pas forcément se défaire du texte d’origine – on a vu par exemple l'an dernier une version dramatique des  Travailleurs de la mer signée Paul Fructus dont tout le texte revenait à Victor Hugo; l’on pouvait donc, en toute légitimité, dire que l’on avait vu jouer "du Victor Hugo". Ici le degré de réécriture est tel qu’il s’agit, ainsi que l’a annoncé Jean-Pierre Bouvier lors de la réunion du matin, d’une "véritable création". Une création "à partir de" car l’argument est bien celui de la nouvelle: Dimitri, banquier quadragénaire marié et père de trois enfants, séjourne à Yalta, sur les bords de la mer Noire. Adepte des aventures extraconjugales, il entame, par divertissement, une relation avec Anna, une jeune femme elle aussi mariée et malheureuse en ménage. Elle s’attache à lui, et lui à elle plus qu’il ne l’aurait souhaité. Ce qui avait commencé comme un jeu se développe en une passion dévorante… Mais Claude Merle a de beaucoup dépassé la seule mise en dialogues d’une prose narrative, et le texte de Tchékhov semble n’avoir été qu’un humus nourricier où sa pièce s’est enracinée et a puisé sa sève… Aussi est-ce davantage "du Claude Merle" qui a été monté que "du Tchékhov".
Il n’est pas question de porter sur cette démarche quelque jugement que ce soit: elle relève de la liberté artistique la plus élémentaire. Elle est de toute façon passionnante et j’avoue regretter de ne pas avoir pu en discuter avec Claude Merle après avoir vu le spectacle. Il avait fourni quelques indications le matin, à Plamon – par exemple qu’il avait écrit sa pièce pour Gaëlle, son épouse, et qu'il avait beaucoup consulté la correspondance que Tchékhov a entretenue, à la fin de sa vie, avec Olga Knipper – mais il m’aurait plu de l’interroger plus précisément sur la façon dont il avait mené son travail, construit ses personnages qui ne sont plus tout à fait ceux de Tchékhov… j’aurais aussi aimé soulever la question des références littéraires – le capitaine Achab et Phileas Fogg qui passent et repassent dans les répliques, Maupassant, Hoffmann qui s’y invitent… et tant d’autres choses dont m’auront frustrée les impératifs avignonnais, qui j’en suis sûre n’ont pas dit leurs derniers mots…

 

La représentation, elle, m’a déçue. J’avoue m’être souvent ennuyée, avoir trouvé les silences, fréquents, trop désertiques, et le jeu trop théâtral – Jean-Pierre Bouvier avait l’air d’être sans cesse sous tension, affichant une ardeur à mon sens excessive dans les moments de passion tandis que Gaëlle Merle, à l’inverse, se cantonnait la plupart du temps dans une sorte de distanciation un peu plate que le texte ne méritait pas toujours. Quant aux postures, aux gestes… certes justes et en parfaite résonnance avec les paroles prononcées, ils avaient un  je-ne-sais-quoi d’embarrassé et de crispé – même dans les élans les plus passionnés où pourtant les comédiens sont intenses – qui m’a gênée. Les personnages traversent des situations inconfortables mais l'art n’eût-il pas été, justement, d’exprimer ce malaise… avec aisance?
L’on est censé s’ennuyer à Yalta, soit. Mais ce n’est pas pour autant que le spectateur doit s’ennuyer dans la salle. En ce qui me concerne, j’ai eu de bout en bout le sentiment d’être non pas devant des personnages en train de vivre quelque chose mais face à des comédiens en train de jouer la comédie – je veux dire par là que je voyais sur la scène un effort théâtral, non une suite d’interactions humaines.
Que toutes ces réserves ne m’empêchent pas de saluer les concepteurs des costumes, magnifiques, et du décor, sobre et polyvalent, parfaitement adapté à la structure en tableaux du spectacle.

 

Avec le recul je songe à ce qu’avait dit Nicolas Briançon la veille, à savoir qu’un "costume d’époque" amenait presque toujours un acteur à adopter un certain ton qui conduisait tout droit le spectateur au musée. Sont-ce les costumes fin XIXe – superbes, j’insiste! – qui ont ainsi enfermé Jean-Pierre Bouvier et Gaëlle Merle dans un jeu si visiblement théâtral, comme s’ils étaient en démonstration dans une vitrine?


La Dame au petit chien
Texte de Claude Merle, d’après la nouvelle éponyme d’Anton Tchékhov.
Mise en scène :
Anne Bouvier
Avec :
Jean-Pierre Bouvier et Gaëlle Merle
Scénographie:
Charlie Mangel
Lumières:
Jacques Rouveyrollis
Costumes:
Mahadevi Apavou

Durée :
1h10


Représentation donnée le mardi 19 juillet au Centre culturel de Sarlat.


NB – Le texte de Claude Merle devrait être publié à la rentrée, chez un petit éditeur indépendant.

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