Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 11:43

Ouverture de saison au Théâtre du Lierre (seconde partie)
Pour retrouver le début de cette chronique, c'est par là.

De janvier à juin ce sont encore dix spectacles à découvrir qui abordent chacun à sa façon les thèmes forts caractérisant la saison 2009/2010: la mémoire, la trace, l'empreinte. Ainsi se poursuit l'exploration thématique amorcée la saison dernière, dont la phase la plus marquante, et la plus complexe peut-être, avait été Le Pas de l'homme (qui d'ailleurs a effectivement laissé des traces bien visibles çà et là, plus ou moins faciles à suivre autrement que par le regard...) 

D’Eltho à Antonia Bosco...

Du 27 au 31 janvier 2010

Où vas-tu Pedro ? Texte de Manon Moreau, mise en scène d’Elise Chatauret (Eltho Compagnie). Musique de Thomas Bellorini, interprétée au violoncelle par Johanne Mathaly.
Le texte de la pièce est accessible gratuitement sur Internet au format .pdf en
cliquant ici.
Le spectacle est issu d’un travail journalistique– avant d’écrire pour la scène Manon Moreau a été journaliste. Partie enquêter sur les traces qu’avaient laissées en Espagne la guerre civile et la répression franquiste, elle a rencontré des hommes et des femmes qui ont raconté – ou tu, masqué – leurs souvenirs, leurs souffrances, les cicatrices encore vives. Il n’y a pas eu oubli mais silence. A la croisée de plusieurs strates temporelles, la pièce parle d’une vieille femme confrontée à ce qu’elle a vécu soixante-dix ans auparavant – son père emmené et tué, sa vie après, avec tout ce que cela signifiait alors d’être "fille de rouge", la douleur jamais apaisée de ne pas savoir où était enseveli son père…

Du 10 mars au 2 mai 2010
Médée
, d’Euripide. Texte français de Jean Gillibert, mise en scène de Farid Paya. Musique de Bill Mahder.
Et voilà LA création annuelle de la compagnie du Lierre… dont il ne fut pas révélé grand-chose puisque le spectacle est en cours de montage. Farid Paya – troquant le temps d’une petite giration sur lui-même l’habit de maître de cérémonie pour celui de metteur en scène – laissa tout de même filtrer que la tragédie d’Euripide aurait sa musique, ses chants et ses danses, ses masques aussi. Quand on a lu le livre qu’il a écrit sur la tragédie grecque, on imagine un peu – un tout petit peu – ce que sa Médée pourrait être…

Du 5 au 9 mai 2010
(H.B.D.P.)2
, duo chorégraphique précédé de deux pièces courtes, conçu et interprété par Bruno Pradet et Hervé Diasnas. Musique et bruitages d’Hervé Diasnas.
Bruno Pradet et Hervé Diasnas se connaissent depuis longtemps. Les voilà réunis pour un travail commun, un "duo chorégraphique" joué autour d'une extraordinaire machine posée en milieu de scène qui crache du papier sans discontinuer – métaphore de ces ordres, de ces injonctions qui chaque jour pleuvent sur nous. Mais loin d'angoisser, cette représentation d'une certaine forme d'oppression engendre, au contraire, force situations cocasses... C'est une danse qui raconte, dira Farid Paya. C'est en effet une danse très narrative et très éloquente, soutenue par une musique tout en percussion comme on a pu en juger à travers l'extrait vidéoprojeté. Magnétismes conjugués des gestes sûrs et précis, du rythme envoûtant, de la chorégraphie ajustée... en quelques images était ainsi montré que la mise au carré des talents de chaque artiste était une réussite.    

Du 12 au 16 mai 2010
Pétales du temps, pièce chorégraphique conçue par Jesús Hidalgo, à partir du roman de Michael Ende, Momo (disponible en français chez Bayard Jeunesse).
Le chorégraphe a su instiller beaucoup de poésie et d’humour dans sa transposition de l’histoire de Momo, une petite orpheline vagabonde qui a élu domicile dans un vieil amphithéâtre et qui sait se faire pleins d’amis. Mais voilà que d’inquiétants hommes gris pointent leurs ombres…
 
Du 26 au 30 mai 2010
Business is business, pièce gestuelle mise en scène et chorégraphiée par Leela Alaniz de la compagnie Pas de Dieux.
Le monde des affaires et de ses cadres toujours pressés – qui au fond se livrent à de véritables ballets sans s'en rendre compte à force de gestes codifiés et sans cesse répétés... – a longtemps constitué un formidable terrain d'observation pour Leela Alaniz et ses acolytes. De cette scrutation sérieuse et minutieuse a émergé un spectacle burlesque qui redonne un peu de poésie et de fantaisie à toute cette gesticulation qui se voudrait vouée à la seule efficacité. Mais plus on observait ces gens ancrés dans le monde du business et de l'utilité maximale, plus on percevait l'inutilité de ces gestes, expliqua Leela. De cette perception de l'inutile à l'émergence du burlesque, le pas a été vite franchi... Business is business

Samedi 5 et dimanche 6 juin 2010
Septièmes Rencontres chorégraphiques Japon

Débutées en 2003, ces Rencontres sont nées du désir de faire connaître au public la danse contemporaine japonaise issue du Bûto. Elles ont permis de découvrir des danseurs et chorégraphes qui, issus des différents courants du Bûto, s'en sont éloignés mais continuent d'en transmettre l'essence à travers leur vision du Japon d'aujourd'hui. "Pour 2010 je réserve une surprise qui sera dévoilée en début d’année" explique Christian Trouillot, administrateur du Lierre et créateur des ces Rencontres chorégraphiques.

Du 11 au 13 juin 2010
Le Fil d’Ariane, quintet pour instruments insolites et voix. Direction artistique et composition musicale : Jean-Louis Mechali.
À contempler les monceaux d'objets à demi fracassés mis au rebut et laissés en tas à côté de poubelles trop petites pour les recevoir, qui se douterait que l'on puisse trouver là de quoi fabriquer des instruments de musique ? Ces déchets non recyclables sont pourtant les matériaux de base dont se servent les membres de Lutherie Urbaine, compagnie fondée par Jean-Louis Mechali, pour élaborer d'étranges instruments, payant peu de mine au premier regard avec leurs allures biscornues, contournées, rapetassées... Mais une brève démonstration suffit – et de vraies notes, harmonieusement modulées par l'instrumentiste, sortent du drôle d'assemblage de tuyaux retors terminé par un pavillon métallique non moins intriguant... Pari gagné : il est en effet possible de bricoler des instruments de musique parfaitement musicaux avec ce que l'on dégotte dans les canivaux...

Du 18 au 20 juin 2010
L’Échafaudage
, concert théâtral pour trois percussionnistes et un échafaudage. Composition musicale de Georges Pennetier.
À partir d'un vaste échafaudage sur lequel sont disposés divers instruments à percussions, trois comédiens musiciens entraînent les spectateurs dans un univers sonore et gestuel tout en rythmes... On ne sut pas exactement à quoi ressemble le fameux "échafaudage" – il semble que ses imposantes dimensions et la complexité de l'assemblage aient empêché les atistes de l'installer sur scène pour simplement présenter leur spectacle... Mais l'on put entendre quelques minutes d'un superbe échange à trois percussions qui suffit malgré tout à laisser poindre combien ce "concert théâtral" pouvait être attrayant.

La saison se clôt en musique et poésie avec Antonia Bosco.
Du 23 au 27 juin 2010, elle présente deux spectacles, chacun conçu par un metteur en scène différent et joués à la suite l’un de l’autre – Mon Pouchkine et L’Inaccessible étoile – auxquels on peut assister séparément si on le souhaite.
Mon Pouchkine est construit à partir du texte éponyme de la poétesse russe Marina Tsvetaieva. Pouchkine m’a inoculé l’amour. Le mot amour, a-t-elle écrit. Accompagnée au piano par Damien Lehman – qui a transposé pour cet instrument les airs de l’opéra de Tchaïkovski Eugène Onéguine– Antonia Bosco dit et chante les mots de Marina Tsvetaieva.
Avec L’inaccessible étoile, on change radicalement d’univers mais sans quitter la poésie ni la chanson. Ce spectacle, imaginé par Antonia Bosco en hommage à Jacques Brel, commence avec Don Quichotte, Sancho Pança et Dulcinée – personnages de L’Homme de la Mancha, comédie musicale américaine inspirée de l’œuvre de Cervantès dont Brel traduisit le livret et dont il interpréta le rôle-titre – pour s’achever aux Marquises – non pas les îles en elles-mêmes mais l’ultime album de Brel. La mise en scène est signée Clémentine Yelnik ; les arrangements musicaux sont de Vincent Minazzoli, et sept musiciens participent à la dramaturgie.

Quelques mots pour conclure...

Il faudrait, en parallèle à la présentation succincte des spectacles, mentionner les expositions d’arts plastiques prévues, énumérer toutes les animations périphériques offertes aux spectateurs, hors les murs ou au théâtre même, et les stages proposés aux professionnels ou aux amateurs, pour prétendre donner de la saison au Lierre un reflet à peu près exact. Il suffit, pour les découvrir, de se rendre sur le site internet du théâtre – le plus judicieux étant encore de s’abonner à la lettre d’information, qui rappelle toujours à point nommé "ce qui va se passer".

Théâtre du Lierre
22 rue du Chevaleret
75013 Paris
Tel. : 01 45 86 55 83

Partager cet article

Repost 0
Publié par Yza - dans Chroniques
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
  • Contact

Aux Manettes...

  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

Recherche

Articles Récents

  • Rétro-journal sarladais en … épisodes
    La 66e édition du Festival des jeux du théâtre de Sarlat s'est achevée le samedi 5 août. Dès le lendemain s'esquissait quelque chose qui semblait bien se tenir au long d'une ligne d'écriture qui ne demandait qu'un peu de constance pour se réaliser en...
  • Bribeloteries
    Des bribes-bibelots de peu, verroteries textuelles que pourtant je ne parviens pas à jeter d’un clic à la corbeille ni, lorsqu’elles traînent à l’ancienne sur des bouts de papier ou gisent demi-mortes en des pages de vieux carnets tout encombrés et conservés...
  • 66e Festival des Jeux du théâtre de Sarlat. En dix-huit scènes...
    Lorsqu'un directeur artistique en poste depuis plus de vingt ans expose la programmation d'un festival à une spectatrice qui elle-même suit ledit festival depuis plus de dix ans, la présentation devient vite réticulaire et naît d’un mycélium se déployant...
  • 66e Festival des Jeux du théâtre de Sarlat. Lever de rideau
    Du 20 juillet au 5 août 2017, le plus ancien festival de théâtre français après Avignon revient pour une 66e édition... Cette année encore, grâce à la générosité amicale de Jean-Paul Tribout qui une fois de plus aura consenti à m'accorder de son temps,...
  • Les lumières parlent...
    Lucrèce Borgia est de ces figures historiques dont la littérature s’empare et qu'elle pare de telle manière que leur être littéraire supplante dans l’imaginaire collectif la personne réelle. Si «Lucrèce Borgia» est un nom qui à lui seul évoque une théorie...

Pages