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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 16:46

Entre Zulma et moi, l'histoire à commencé, s'il m'en souvient bien, en 2004, à Ottignies, lors de la remise du prix Renaissance de la nouvelle. Je rencontrai là-bas pour la première fois Hubert Haddad et Laure Leroy qui comptaient parmi les invités. Le site lelitteraire.com venait de démarrer son activité; j'avais alors pour lui de nombreux projets, dont celui d'y publier régulièrement des portraits d'éditeurs. C'est ainsi que je fus reçue par Serge Safran en octobre de cette année-là qui me présenta une maison à laquelle je suis restée profondément attachée. D'abord parce que je lui dois de magnifiques lectures et de grandes découvertes littéraires – Hubert Haddad, Pascal Garnier, Marcus Malte et, tout récemment, Serge Pey. Aussi parce que chaque livre estampillé Zulma que j'ai eu entre les mains m'a séduite d'une façon ou d'une autre (même lorsque je n'accrochais pas au texte). Enfin parce que le contact a toujours été si cordial depuis cette rencontre inaugurale avec Serge Safran, et les livres si puissamment attractifs, qu’il me semble être traversée par un rayon de soleil quand j’évoque, par quelque bord, la "maison Zulma".


affichezulmaTN.jpgUne maison qui, en 2011, a vingt ans. C'est un événement, "marqué" à la manière Zulma, c'est-à-dire originale mais pas ostentatoire... Laure Leroy m'a longuement reçue pour revenir sur les années passées, s'attarder sur les différentes initiatives qui sont autant de belles bougies plantées dans le gâteau d'anniversaire, et esquisser quelques projets encore dans les limbes.

Laure m'avait déjà accordé un entretien en 2005; six ans plus tard, c'est une même lumière qui émane de son regard, de son sourire, des mots qu'elle prononce avec franchise et sans jamais se réfugier dans la langue de bois – une lumière rayonnante, qui exprime combien est forte la volonté de Laure et de toute l’équipe qui l’entoure de continuer à porter le devenir de Zulma sur les crêtes de l’excellence éditoriale.


 

Petit regard en arrière…
Laure Leroy :
La maison a été fondée en 1991 et, à cette époque-là, j’avais à peine plus de 20 ans. Cela signifie que j’avais beaucoup d’enthousiasme, de pugnacité, d’espérance… mais aussi beaucoup d’illusions, et autant de choses à apprendre. Je n’étais pas seule bien entendu à lancer la maison mais j’étais celle qui faisait office de publisher – là où les Français ne voient qu’un "éditeur", les Anglo-Saxons distinguent entre le publisher, qui est le chef d’entreprise, et l’editor qui, lui, a le nez dans les textes et gère le travail avec les auteurs. Les quinze premières années ont été, si l’on veut, une longue période d’apprentissage. La maison existait, nous avions publié de très beaux textes, mais notre catalogue, très riche, était assez hétéroclite, un peu tout-fou à vrai dire: il y avait là de nombreuses tentatives, certaines réussies d’autres avortées… c’était un catalogue qui explorait le monde, la littérature… et le métier d’éditeur! Un observateur extérieur qui regarderait aujourd’hui ce catalogue des débuts, avec toutes ses collections, sa diversité… y verrait peut-être une immense richesse; pour ma part, j’y vois, avec le recul, le reflet de toutes mes recherches, de tous mes tâtonnements.

L’on attend en principe d’une petite maison d’édition que son catalogue soit un ensemble cohérent, et le nôtre manquait de cette cohérence – du moins par rapport à la taille de notre maison. Et au bout de quinze années d’élan permanent, de créativité, d’inventivité un peu débridée, nous sommes arrivés à une situation financière catastrophique. Nous avions contracté énormément de dettes et nous étions au bord du gouffre. C’était en 2006… D’une certaine manière, cela a été une chance: nous étions au pied du mur et nous devions vraiment nous remettre en question. Nous ne pouvions plus nous tromper: cette situation abyssale était l’ultime contrainte qui allait nous pousser à ne plus tâtonner et à prendre d’emblée les bonnes décisions. Pour un peu, nous aurions presque eu envie de créer une nouvelle maison, dont le catalogue n’aurait plus porté trace, visible à l’œil nu, des tentatives, des différentes strates de développement – une maison d’édition palimpseste, en quelque sorte… En parlant de tentatives, de tâtonnements, je ne vise pas les textes en eux-mêmes: il n’y a pas un choix que je regrette d’un point de vue littéraire. Mais justement: ces quinze années d’apprentissage m’auront enseigné, entre autres choses, que le métier d’éditeur ne consiste pas simplement à publier de beaux textes. C’est beaucoup plus compliqué que cela.
Le désir que j’avais de mettre en pratique ce que j’avais appris a coïncidé avec ce point critique où il fallait faire des choix décisifs… ou bien disparaître. Je me suis posé toutes les questions relatives à ce qu’implique le métier d’éditeur et à chacune d’elles j’ai tâché d’apporter la bonne réponse. Par exemple, nous avions créé beaucoup de collections à nos débuts – en exagérant, je pourrais presque dire que chaque livre qui sortait était prétexte à amorcer une collection… ce qui, à mon sens, est exactement le contraire de ce qu’il faut faire, et aujourd’hui nous avons éliminé les collections. Ce remaniement est le fruit d’une réflexion globale profonde, que reflète bien le catalogue actuel: c’est un magnifique ensemble très structuré de littérature contemporaine française et étrangère, avec une identité éditoriale et graphique très forte, très bien reconnue par les libraires, la presse, et les lecteurs. La marque Zulma se repère aisément, et son identité est telle que de nombreux lecteurs la perçoivent comme une grande collection; elle inspire confiance et donne envie de découvrir des auteurs dont on ignore tout. Je trouve que c’est très encourageant. Mais nous en sommes arrivés là au prix de gros sacrifices… notamment en réduisant de façon drastique le nombre de livres publiés chaque année: il nous a fallu renoncer à publier beaucoup de très belles choses pour nous en tenir à une petite douzaine de publications annuelles.

 

bandeDPearsonTN.jpg
2006, l’année décisive
C’est à la rentrée 2006 que sont apparus les nouveaux livres Zulma – finis le logo façon calligraphie orientale évoquant une Vénus préhistorique, la couverture pelliculée...: les sorties de l’automne 2006 sont parées de couvertures papier avec rabats, tout illustrées de compositions géométriques très colorées que rompt sur le premier plat un triangle parfait où s’inscrivent le nom de l’auteur, le titre, et le nouveau logo, un Z élégamment typographié. La maquette intérieure a elle aussi été modifiée. Sont demeurées inchangées la qualité d’établissement du texte, la justesse, la pertinence et la concision stylée des présentations, désormais reportées sur les rabats. L’objet-livre a été repensé, pour le plus grand bonheur des lecteurs…
Laure Leroy :
Ces nouvelles couvertures sont à la fois très belles et en parfaite adéquation avec cette ligne éditoriale qui a été redéfinie. D’une part, elles ne font plus apparaître de différence entre les textes français et étrangers. Et puis elles sont conçues comme des portes ouvertes sur l’imaginaire; ni figuratives ni narratives, elles sont très stylisées, très structurées, tout en possédant un côté baroque… Elles stimulent vraiment l’imagination et, si on cherche à les décrire, on s’aperçoit qu’on emploiera à peu près les mêmes termes que si l’on tentait de qualifier le genre de littérature que nous publions. Elles sont signées David Pearson, un jeune artiste anglais qui a longtemps été le directeur artistique d’une collection de l’éditeur Penguin Books, "Great Ideas", que j’aime beaucoup et à laquelle je pensais sans cesse quand je cherchais des idées pour renouveler nos maquettes. Les volumes de cette collection étaient pour moi une référence; leur aspect correspondait tout à fait à celui que je souhaitais donner à nos livres. J’ai donc contacté David et je lui ai demandé s’il voulait bien travailler pour Zulma. La perspective de dessiner des couvertures pour une petite maison d’édition de littérature basée en France lui a semblé très stimulante. Il a accepté et, depuis, c’est une affaire qui roule…
Au-delà de ces couvertures, c’est l’ensemble des choix d’habillage, ajouté au soin toujours très grand que nous apportons à la fabrication – je dis souvent que notre travail est comparable à de la haute couture – qui reflète l’esprit de notre catalogue: nous avons adopté des codes empruntant autant à l’édition étrangère qu’à la tradition française, et cela donne des livres qui expriment ce que nous sommes en tant qu’éditeurs, à la fois de plain pied dans l’aujourd’hui et ancrés dans la tradition, très jeunes et très vieux… Nos livres disent aussi qu’on peut être très contemporain sans être inféodé aux nouvelles technologies, et qu’être attaché au livre papier fabriqué dans le respect de certains usages ne signifie pas "ne pas être de son temps". Ils jouent sur des points essentiels – qualité du papier et de la typographie, assemblage des cahiers, grands rabats, etc. – qui fonctionnent comme de petits signes de connivence immédiatement perceptibles par l’amateur de littérature et de beaux livres. Ce sont des signes de complicité de lecteur à lecteur – car un éditeur est une sorte de "super lecteur" – mais qui ne peuvent être compris que s’il y a une adhésion au texte. Un "beau livre" qui n’apporte pas un grand moment de lecture n’a pas grand intérêt; je crois que tous les amoureux de littérature sont fondamentalement attachés au livre papier, même s’il représente une forme de luxe. Cela dit, le prix de nos livres, compris entre 15 et 20 euros, se situe dans la moyenne des "grands formats" vendus aujourd’hui.
Il ne faut pas perdre de vue que ce nouvel habillage n’est que le marqueur visible de changements beaucoup plus profonds. Nous avons aussi changé de diffuseur, nous travaillons différemment avec les libraires, ainsi qu’avec les auteurs et les traducteurs. Je veux dire par là que nous les freinons encore moins qu’auparavant quant au travail éditorial sur les textes. Nous ne leur imposons plus vraiment de limites; ils peuvent réécrire, remanier, retoucher jusqu’à ce qu’ils estiment leur texte abouti et, nous, de notre côté, nous lisons, relisons, relisons encore jusqu’à ce que le résultat nous paraisse satisfaisant, tout en maintenant un dialogue permanent avec l’auteur et/ou le traducteur – car un texte étranger ne sera pas moins relu qu’un texte français; simplement le dialogue passe par le traducteur. À cet égard, l’exemple d’Un train pour Tula, le deuxième roman de David Toscana que nous avons publié, est édifiant… Ce texte est en réalité le premier roman qu’il a écrit. Depuis, il en a écrit une dizaine; il a donc acquis une expérience d’écrivain qu’il n’avait pas alors et, de ce fait, nous trouvions, à la lecture, quantité de petites "béquilles" auxquelles il ne recourrait certainement pas aujourd’hui… De plus, il y a sans doute eu des lacunes dans le travail éditorial lors de la publication initiale en espagnol… Alors nous avons fait avec l’auteur ce travail-là lorsque nous avons décidé de publier la traduction. Certains auteurs n’aiment pas revenir sur leurs œuvres anciennes, d’autres au contraire sont ravis que nous leur permettions de les reprendre… David est de ceux-là; il a beaucoup apprécié ce que nous avons fait ensemble et, du coup, il a décidé de reporter toutes ces modifications dans la prochaine réédition espagnole (rires)… C’est évidemment merveilleux de se laisser bercer par un texte que l’on aime, mais il faut savoir ne pas s’interdire le questionnement quand on sent quelque chose qui cloche. Un questionnement en toute modestie, bien sûr! Il importe de toujours faire la part entre ce qu’on ne comprend pas en tant que lecteur et ce qui relève vraiment d’un oubli, d’une distraction de l’auteur… Une lecture d’éditeur doit être très sereine et très tendue, très fine… mais surtout bienveillante et admirative parce que les auteurs du calibre de ceux que nous publions sont, de toute façon, bien plus forts que nous!
Malgré ces changements radicaux intervenus en 2006, nous n’avions pas encore entièrement finalisé cette ligne éditoriale précise qui est la nôtre aujourd’hui; par exemple, nous projetions de publier les romans de Sax Rohmer [les aventures du Dr Fu Manchu – NdR], des textes anglo-saxons classiques en leur langue d’origine sans perspective pédagogique, etc. Nous avons dû renoncer à tout cela; ce n’est certainement pas de gaieté de cœur, mais en resserrant notre catalogue autour de la littérature française et étrangère plutôt contemporaine nous évitons ce qui, pour une maison comme Zulma, représenterait une trop grande dispersion.

 

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L’amateur qui suit de près les publications Zulma aura sans doute ressenti le nouvel aspect donné aux livres à partir de la rentrée 2006 comme la réplique d’un premier séisme livresque intervenu bien plus tôt dans l’année, quand est sorti l’ouvrage phénomène d’Hubert Haddad  Le Nouveau magasin d’écriture: il y a dans ce monumental édifice littéraire une multitude de signes – typographie, mise en page… – que l’on retrouve dans les livres qui l’ont suivi, telles d’infimes abeilles dorées envolées de leur ruche pour aller essaimer en d’autres pages…
Laure Leroy :HHaddad_nouveau-magasin-TN.jpg
La publication du Nouveau Magasin d’écriture a en effet impulsé nos décisions quand, face à notre situation catastrophique, nous avons dû faire des choix. Plus exactement, c’est la façon dont nous avons relevé l’énorme défi éditorial posé par ce texte qui nous a dicté la conduite à tenir pour mener à bien la refonte de Zulma. La clef a été de se dire, à un moment, que nous n’allions plus compter – ni le nombre de pages, ni le temps de travail, ni le budget… et juste tâcher de réaliser le livre le plus beau possible. Et chaque membre de l’équipe a abordé son travail comme un défi personnel; chacun s’est engagé à fond et a donné le meilleur de lui-même… Il faut dire que c’est un ouvrage littéralement monstrueux! D’une extrême richesse, il laissait une place énorme au travail éditorial parce que la proposition d’Hubert, certes très écrite, et très bien organisée, était d’ordre intellectuel; le texte, bien que précis, n’était pas du tout mis en forme, il se développait "au kilomètre", si l’on veut. Et il a fallu inventer la manière dont nous allions le rendre intelligible tout en respectant son immense complexité – il fallait que cette complexité apparaisse dans sa beauté sans que le texte devienne une usine à gaz… La difficulté était énorme: il fallait être attentif à chaque niveau de signification, hiérarchiser très précisément les zones de texte – par exemple bien distinguer entre les divers types de citation, etc. La tâche a été ardue, mais passionnante!

Et comme le livre a reçu un accueil particulièrement chaleureux, cela m’a donné le courage de conserver cette attitude qui consiste à ne pas faire de projections budgétées préalables et à simplement envisager ce que l’on peut faire de mieux, de plus beau – et qui n’est pas forcément le plus cher. Face à un texte, la première question à se poser est devenue celle-ci: "À quoi ressemblerait le livre si nous pouvions le fabriquer tel que nous le montrent nos rêves les plus fous?" Une fois les idées lancées, on met tout en œuvre pour que la réalité ait le visage de ce que l’on a rêvé, et là on se met à compter, à déterminer ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas. Ce"remède" peut paraître paradoxal pour une petite maison au bord du gouffre financier… Mais la suite et la façon dont sont accueillis aujourd’hui les livres Zulma nous prouvent que nous avons eu raison.

 

Fêter le vingtième anniversaire
Zulma a un petit côté hors norme qui séduit immanquablement. Mais on a beau ne pas trop marcher dans les ornières et ne pas s’attacher outre mesure aux échéances décimales dont la valeur est avant tout symbolique, on peut tout de même avoir envie de célébrer deux décennies d’existence, surtout quand l’anniversaire coïncide avec de nouvelles orientations – par exemple l’affermissement d’une ligne éditoriale dont l’évolution entraîne l’émergence d’un label ["Serge Safran éditeur". Lire ici l'interview de Serge Safran - NdR]. Vingt années, c’est à la fois beaucoup de temps et un laps très bref – vingt années, pour avoir de la longueur en bouche à se dire, restent encore de l’ordre de la jeunesse. Cette ambivalence même invite à "marquer le coup", de façon évidemment peu banale car la banalité n’a pas droit de cité chez Zulma…
Laure Leroy :
En même temps que nous nous demandions ce que nous allions faire de spécial pour cet anniversaire, nous réfléchissions à deux ou trois projets éditoriaux pour lesquels nous n’avions pas d’idées très arrêtées… Nous songions notamment à publier des anthologies de nouvelles – des recueils de textes d’un même auteur, ou bien des recueils qui s’organiseraient autour d’un pays, d’un thème… – sous une forme originale, mais nous ne savions pas laquelle. Allions-nous fabriquer de gros pavés de plusieurs centaines de pages, ou bien chercher quelque chose de moins classique, de différent, qui serait initié en 2011 mais qui pourrait être repris ensuite? Cette interrogation a croisé celle qui nous occupait concernant la façon dont nous allions fêter nos vingt ans. Nous ne voulions pas nous contenter de gadgets – par exemple offrir des stylos "Zulma" – et cherchions plutôt à proposer quelque chose qui ait un rapport avec l’objet-livre, avec la façon dont nous le concevons, et qui puisse aussi être matière à événement en librairie… À un moment a surgi cette idée de faire des boîtes, une présentation particulièrement adéquate pour des recueils de nouvelles qui sont des entités mais à l’intérieur desquels on peut grappiller à son gré et aller d’un texte à l’autre: présenter les nouvelles en plusieurs petits volumes rangés dans une boîte permet ce grappillage sans qu’on ait à emporter la totalité du recueil. De plus, à l’occasion des vingt ans, j’avais envie de renouer avec la tradition du tirage de tête et d’imaginer des sortes d’éditions "collector" pour certains titres, quelque chose de beau, de luxueux, qu’on a plaisir à offrir… ou à s’offrir. Nous avons d’abord pensé à publier nos livres normalement puis de faire fabriquer des boîtes de rangement que les libraires donneraient aux lecteurs qui achèteraient les livres. Notre graphiste a conçu beaucoup de jolies boîtes, mais nous nous sommes vite retrouvés face à un coût de revient très élevé… trop élevé pour que nous puissions persister dans ce projet de donner autant de boîtes. Alors l’idée première s’est transformée, et nous avons choisi de vendre les livres déjà mis dans leur boîte. Mais comme ces boîtes sont très coûteuses, nous avons dû encore revoir le projet et, au bout du compte, nous ne pourrons pas sortir autant de livres-boîtes que nous l’aurions souhaité… La conception de ces livres-boîtes a été assez compliquée, l’idée bougeait sans cesse, c’était un "travail en cours" permanent… et ce qui a contribué à la fixer a été l’élaboration d’un gros recueil de nouvelles d’Hubert Haddad – c’était un projet presque aussi énorme que Le Nouveau Magasin d’écriture… De ce fait, les premiers livres-boîtes que nous avons publiés ont été les nouvelles d'Hubert, Nouvelles du jour et de la nuit: le jour et Nouvelles du jour et de la nuit: la nuit: deux boîtes à l’intérieur desquelles sont rangés cinq petits livres de 128 pages chacun. rosa-candidaTN.jpg

Nous avons également décidé de "mettre en boîte" Rosa candida, le roman de l’Islandaise Audur Ava Olafsdottir. Ce livre a été un énorme succès de librairie complètement inattendu! on l’aime tout de suite quand on le découvre, on a envie d’en parler autour de soi… Le bouche à oreille a fonctionné formidablement bien autour de Rosa candida et très vite les ventes ont dépassé les 60 000 exemplaires… Cela valait bien une édition de luxe! Matériellement, c’est une boîte semblable à celles qui contiennent les nouvelles d’Hubert; à l’intérieur, le livre a des rabats sans texte, il n’a pas de code barre, et nous avons ajouté un "carnet de rêverie". D’autres livres-boîtes sont programmés, mais je n’en dirai rien (rires)! Ces boîtes sont, et resteront, des "moments exceptionnels", je pense cependant que ces "moments" peuvent aussi être récurrents, et devenir des sortes de rendez-vous…

 

Outre l’apparition de ces admirables boîtes, 2011 portera d’autres empreintes. Par exemple celles qu’auront laissées tous les auteurs publiés au cours de l’année et que la maison s’est efforcée de faire venir en France: Benny Barbash, Audur Ava Olafsdottir, Boubacar Boris Diop et Zoyâ Pirzâd auront tous séjourné dans l’Hexagone entre janvier et décembre. Un seul absent dans la liste: Eduardo Antonio Parra qui, à la suite d’un empêchement de dernière minute, n’a pu quitter le Mexique comme cela était prévu. Et 2011 sera aussi l’année de la "communication"…
Laure Leroy :
Quoi qu’on en pense, il est impossible aujourd’hui de ne pas "communiquer". Et même si on ne veut pas "faire de la com’", avec tout ce que ça peut recouvrir d’ostentation, on est obligé de savoir se présenter et présenter ce que l’on fait. Nous éditons de très beaux livres, nous avons su créer un site internet qui n’est ni la version électronique d’un catalogue papier ni une simple vitrine de nos publications mais un espace spécifique, à la fois ludique, riche, interactif… et qui fonctionne comme un très bon outil internet, c’est-à-dire qu’on y accède vite, qu’on y circule facilement et qu’on y trouve beaucoup d’informations. Mais nous nous sommes rendu compte que nous ne savions pas parler de nous. Nous nous sommes donc posé la question: "Comment présenter la maison en tant qu’entité, porteuse de notre esprit, de notre conception de la littérature et du livre?" Ce n’est peut-être pas un problème essentiel, mais il y avait tout de même un manque à ce niveau-là et, il y a environ six mois, nous avons fait appel à une toute jeune équipe de graphistes, Iconomani, à qui nous avons demandé de réaliser une affiche pour notre anniversaire. Leur proposition a tout de suite entraîné une adhésion unanime. Leur visuel est très réussi: il parle de Zulma, raconte comment sont nos livres et comment ils interagissent les uns avec les autres… Leur affiche fonctionne comme nos livres, par petits signes de connivence: ces petits personnages en noir et blanc façon gravure qui évoquent notre côté ancien, ces objets en papier qui symbolisent l’imaginaire et l’attachement au livre papier… Cette affiche exprime à merveille l’univers de Zulma, la cohérence qui unit la maison, ses livres, son site internet, ses projets… On entend presque, en la regardant, "Vous allez entrer dans quelque chose d’étrange, un monde bizarre où tout est à découvrir"… Un peu ce que murmurent nos livres à l’oreille des lecteurs.

 

affichezulma_detail2.jpg

 

Au-delà des "coups marqués" pour cet anniversaire, et les leçons tirées du passé, il y a un avenir qui se profile. Encore un peu nébuleux semble-t-il…
Laure Leroy :
Nous avons beaucoup de projets en tête. Mais nous avons un peu de mal à avancer parce qu’il y a trop d’idées en concurrence vivante et nous sommes débordés de travail… Mais tout peut aller très vite, car chez Zulma les transitions ne sont pas forcément progressives…

 

Transcription d'un entretien réalisé le 26 avril 2011 dans les locaux des éditions Zulma.

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