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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 17:31

rostam-et-sohrab_TN.jpgCoïncidences, reviviscence

 

En février dernier, quelques jours à peine après avoir découvert, à la faveur de ma rencontre avec Diane de Selliers, qu'un poète persan du XIIe siècle prénommé Farid avait écrit Le Cantique des oiseaux – le poème que précisément elle publiera à la rentrée de septembre dans sa Grande collection, illustré par des miniatures persanes – je recevais par courriel le dossier de presse présentant la prochaine création de la compagnie du Lierre, fondée et menée par Farid Paya. Je n'en étais pas vraiment surprise puisque, ayant un jour de décembre croisé par hasard en musant du côté du Louvre Joseph Di Mora, je savais qu'un projet se préparait du côté du Lierre. Joseph avait été vague, me promettant pour bientôt des nouvelles plus détaillées. Je me souviens que cela m'avait rendue tout heureuse car, depuis les derniers moments vécus par le vénérable entrepôt de la rue du Chevaleret que la compagnie du Lierre avait si chaleureusement converti en théâtre-salle d'exposition-coin social et qu'un plan d'urbanisme a livré en juillet aux démolisseurs, je m'étais souvent demandé ce qu'il advenait de la compagnie. J'avais beau savoir que de stupides décisions administratives l'avaient privée de foyer, le "nouveau théâtre" censé l'accueillir une fois détruit l'ancien ayant été attribué à d'autres gens de théâtre, je ne pouvais que l'imaginer survivante et portant mieux que jamais son nom – car le lierre est opiniâtre à survivre – mais où, et dans quelles conditions? Voilà que je la retrouvais, et sous le signe de la littérature persane: la nouvelle création en question a pour titre Rostam et Sohrâb. Le spectacle a été écrit par Farid Paya à partir d'un passage qu'il a lui-même traduit du Livre des rois, une épopée dont l'auteur est un poète du Xe siècle, Ferdowsi. Je voyais ainsi des fils se tendre et se rejoindre… et le jeu des nœuds s'est ensuite poursuivi...

 

Aux portes de Paris, la compagnie a trouvé une salle à louer où répéter en paix – c'est aux Lilas. Le Lierre a pour hôte un arbuste qui offre le plein de sa beauté et de son parfum au printemps. Un point d'ancrage printanier pour cultiver et mener à floraison une nouvelle création… Printemps encore, échos avec le passé: la première répétition publique de Rostam et Sohrâb était organisée le 20 mars, jour du printemps chez nous, et jour de l'An en Iran, le Nowrouz. Une même conjoncture s'était produite voici plusieurs années quand la compagnie du Lierre montait Laïos, le premier volet d'une tétralogie tragique, Le Sang des Labdacides. Il y avait dans le texte un Éloge au printemps, que Farid Paya lut à la fin de la répétition avant de nous inviter à partager un buffet servi autour d'une grande table qui avait été dressée à la semblance des tables iraniennes fêtant le Nowrouz – et, pour guider ceux qui ne connaissaient rien de cette très vielle coutume, Farid avait écrit un texte de présentation qu'il avait imprimé afin que l'on puisse l'emporter avec soi en partant… Encore enveloppé de sa housse de plastique, un costume soigneusement maintenu sur un cintre était accroché à un mur: c'était le premier à sortir des ateliers de confection. En ce 20 mars, c'était comme de voir plusieurs petites aurores se lever. Que cela soit faste à la compagnie, et à son nouveau spectacle.

 

En assistant à cette première répétition publique, j'avais l'impression de reprendre un voyage dont je n'étais plus très sûre qu'il s'était interrompu: je revoyais des comédiens que j'avais vus jadis rue du Chevaleret, je retrouvais Bill Mahder – le compositeur de musique – Joseph Di Mora, Evelyne Guillin – la créatrice des costumes – et, bien sûr, Farid Paya. Farid Paya et sa façon si particulière de guider les comédiens, de les conseiller, de leur donner les indications nécessaires pour qu'ils atteignent à un jeu organique, engageant tout le corps, et, ainsi, façonnent leurs gestes, leurs paroles au plus juste de ce que demande le personnage qu'ils doivent incarner... Je me souviens de plusieurs interventions qui m'ont émue au point que j'ai griffonné sur un bout de papier, à toute hâte, quelques mots qui me paraissaient lumière mais qui, relus aujourd'hui, hors de l'instant, ont un peu l'air de fleurs mises à sécher dans un livre et qui, tirées de leur abri de papier, ont perdu leurs couleurs. Ils ont gardé leur puissance de sens mais n'ont plus cette vibration que seule confère une énonciation "sur le vif" et dans l'énergie de l'échange. Mais je sais qu'il me suffira d'entendre à nouveau la voix de Farid Paya pour que ces souvenirs griffonnés reprennent sève.

 

 

La première...

 

Aura lieu le mardi 8 mai. Il n'y en a plus pour très longtemps. Depuis plusieurs jours déjà, les affiches du spectacle peuvent se  voir en maints endroits de Paris. J'imagine que les ultimes répétitions se déroulent dans une ambiance plus fébrile que de coutume, malgré le réconfort qu'apporte un travail mené avec des compagnons de route dont la plupart sont des fidèles de longue date car les questions doivent être nombreuses à préoccuper les membres de la compagnie: ce spectacle, qui sera comme un baptême de renaissance, portera-t-il les traces des tourmentes traversées, des difficultés, psychologiques et matérielles, qu'il a fallu vaincre pour parvenir à créer à nouveau? Le public sera-t-il présent qui n'a plus, comme au temps du Théâtre du Lierre, un lieu à portée de pas pour garder le contact avec les artistes et partager avec eux quelques moments de convivialité?

Avant même de voir Rostam et Sohrâb on peut s'informer sur l'actualité de la compagnie du Lierre grâce à ses coins de Toile: un site ici, et une page Facebook là.


 

Rostam et Sohrâb
Texte de Farid Paya, d'après le Livre des Rois, du poète iranien Ferdowsi
Mise en scène:
Farid Paya, assisté de Joseph Di Mora
Scénographie:
Farid Paya et Evelyne Guillin
Avec:
Vincent Bernard, Cédric Burgle, Guillaume Caubel, Marion Denys, Thierry d’Armor, Xavier-Valéry Gauthier, Jean-Matthieu Hulin et David Weiss
Musique:
Bill Mahder
Costumes:
conçus par Evelyne Guillin, réalisés par José Gomez

Maquillages:
Michelle Barnet
Lumières:
Jean Grison
Durée:
2 heures

 

Représentations du 8 mai au 6 juin au Théâtre 13 côté "Seine", 30 rue du Chevaleret - 75013 Paris.


NB – Pour réserver ses places, il faut s'adresser directement à la compagnie du Lierre soit par téléphone – au 01.45.86.55.83 – soit en passant par le site de la compagnie car, est-il précisé, "le Théâtre 13 n'assure pas la billetterie". 

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Publié par Yza - dans Billets
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