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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 11:42

programme-romanze.jpgUne histoire d’amour exceptionnelle et banale à la fois, passionnelle et conflictuelle, d’une violence tendre – ainsi est présentée la pièce Romanze... A-t-on remplacé le "c" par un "z" plus crissant pour mieux faire entendre les frictions inhérentes à la relation de couple?
On ne voit d’abord que le décor en coin, au bord du plateau: deux parois perpendiculaires barbouillées de larges à-plats de peinture bleutée, pareilles à un bras plié enlaçant une paire de fauteuils recouverts d'un drap. Une échelle est adossée à l'un des "murs", percé d’une porte; l’autre arbore un tableautin représentant une pomme, tout petit mais si visible! ô le fruit signe-de-couple! la pomme à croquer, la pomme de discorde – mais "ceci n'est pas une pomme" puisque c'est un dessin! et cela n'est pas une histoire de couple puisque c'est un spectacle de danse-théâtre... Il n’empêche: c’est bien un couple qui se révèle peu à peu au fond du plateau, dans l'exact prolongement diagonal de ce petit bout de pièce à vivre. Une forme indéfinissable est lovée au sol qui très lentement commence à se mouvoir; ce sont deux corps étroitement embrassés. Il n’est pas question de préliminaires, le couple est déjà constitué. On le rencontre d’emblée dans sa plus belle phase, l'absolue fusion. Puis, de reptations en reptations, dans l'imperceptible bruissement des vêtements, des corps glissant l'un sur l'autre et caressant le sol, les deux qui paraissaient ne faire qu'un se séparent, se distinguent. S'engagent dans un lent ballet et commencent ainsi à écrire leur histoire duelle...

 

qui se déploie au long d’une bande sonore a priori surprenante, s’ouvrant sur l’andante du Nisi Dominus de Vivaldi, puis allant vers Marin Marais, Tom Waits, et des morceaux aux sonorités résolument contemporaines composés par Filippo Zamponi. Cet éclectisme à aucun moment ne choque l’oreille; la juxtaposition de registres et de genres musicaux si différents n’a rien d’improbable. Sans doute doit-on cette harmonie aux talents du compositeur qui, en plus d’avoir inclus ses propres compositions, a su penser la succession des morceaux et l'habiller d’arrangements judicieux. Mais cette harmonie musicale que l’on ressent par-delà l’apparente disparité des genres vient probablement, aussi, de ce que la chorégraphie est toujours en phase avec la musique. Sans l’illustrer ni l’épouser ou la suivre, la danse entretient cependant avec la musique un rapport étroit – un peu comme si les gestes des danseurs donnaient un visage à la musique, un visage mobile et expressif dont les traits changent, allant du sourire à la grimace amère. Outre cela, le spectacle est beau de la manière dont les interprètes utilisent l’espace, manipulent les éléments du décor, tous mobiles, et disent des extraits de texte – dont la palette est elle aussi très éclectique: l'on entend Dante, Shakespeare, Musset... et Régis Jauffret – comme s’ils jouaient d’accessoires. Ils voyagent à travers tout le plateau et font voyager avec eux les objets, les mots, les gestes… et les émotions.

 

L'on va de l'harmonie fusionnelle à l'affrontement avant que revienne la concorde – différents états ont passé et lorsque l'homme et la femme se retrouvent enfin, quelque chose de nouveau commence; ce n'est plus la fusion du début. Il y a eu évolution, donc une narration est à suivre. Pourtant ce n'est pas tout à fait une histoire qui est racontée, plutôt un cheminement émotionnel avec ses pics et ses creux, ses aléas: des états d'âme et de corps se succèdent, admirablement exprimés dans toutes les nuances de leurs variations et de leur intensité par la chorégraphie et la mise en scène. Cette succession se déploie tout en fluidité, comme est fluide la gestuelle des danseurs, marquée au sceau du Kinomichi – une technique corporelle dérivée de l'Aïkido, sur laquelle se base la recherche chorégraphique de la compagnie Blicke. Sachant que le nom "Aïkido" peut se traduire par "voie de la concordance des énergies", on comprend d'où provient cette harmonie, cette souplesse dans les interactions des danseurs, et ce jusque dans l'affrontement où, au lieu que les deux êtres en état d'hostilité se heurtent et fassent hiatus ils se coulent l'un par rapport à l'autre; leur opposition est claire, forte, mais on sent que dans l'opposition leurs énergies respectives se rencontrent, se complètent, circulent de conserve.

Confrontations glissées, accords fusionnels... Une sismographie amoureuse que cette approche du mouvement et des interactions corporelles exprime idéalement.

 

 

Romanze - création 2011
Chorégraphie:
Virginia Heinen, avec la collaboration de Martin Grandperret
Interprétation:
Martin Grandperret, Virginia Heinen
Bande sonore, arrangements et compositions originales:
Filippo Zamponi
Décor:
Jean-François Frering (construction) et Anne Masquida (peinture)
Créations lumière et vidéo:
Damiano Foà
Durée:
1 heure

Création de la compagnie Blicke

 

Spectacle représenté du 12 au 15 janvier au Théâtre du Lierre - 22 rue du Chevaleret, 75013 Paris. Tél.: 01.45.86.55.83.
Et du 19 au 22 janvier, un second spectacle de la compagnie Blicke est à découvrir,  toujours au Théâtre du Lierre, L'Eterna girandola.

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Publié par Yza - dans Billets
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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
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