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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 10:14

Depuis 2004, Marie-Annick Jagu consacre une part de ses cours en extérieur – d’ordinaire le jeudi après-midi – à l’exploration de Paris, depuis les sites les plus connus jusqu’aux échoppes, arrière-boutiques et autres lieux pittoresques que, sans elle, on ne saurait voir – je veux dire voir avec cet œil particulièrement exigeant, attentif, imaginatif que se doivent de posséder les dessinateurs, peintres, photographes… et qu’il leur faut exercer sans cesse. Assurant par ailleurs un enseignement régulier à l’Atelier Grenelle*, implanté dans le 7e arrondissement, elle a eu à cœur d’emmener ses élèves aiguiser leurs yeux dans ce coin-là de Paris. À la Tour Eiffel, au musée Rodin, au musée du quai Branly, à l’hôtel des Invalides… Sites fameux qui tout d’un coup deviennent comme des inconnus sitôt que l’on est invité à les observer à la lumière d’un exercice proposé par Marie-Annick. Et puis il y a des lieux plus secrets, lovés dans les replis intimes d’un quartier, familiers aux seuls habitants proches – un atelier d’ébéniste, la boutique d’une décoratrice, un salon de thé… Au fil des cours elle et ses élèves ont ainsi réalisé une multitude de dessins, croquis, photographies… qui révèlent ces lieux non pas de manière documentaire mais en tissant autour d’eux des rêveries graphiques.


Quelques-uns de ces travaux vont bientôt quitter les cartons des artistes: la mairie du 7e arrondissement** accueille en effet, dans le cadre des Journées du patrimoine (organisées les 16 et 17 septembre prochains), une exposition que Marie-Annick a montée à partir d’un spicilège de ces œuvres auxquelles s’en ajoutent d’autres finalisées en atelier. Un catalogue a été édité par ses soins, enrichi de textes écrits par Michel Cand (poète, sculpteur et professeur de français), Sylvie Déotte (tapissière) et Michel Dumont (ébéniste).

 

annonce-expo_TN.jpg

 

Elle a eu la gentillesse de retenir, pour son exposition, cinq photographies noir et blanc que j’avais prises voici deux ans dans la cour d’Honneur des Invalides alors même que je ne participais pas à l’un de ses cours – enfin, disons qu’il s’en était fallu de peu: j’avais raté un rendez-vous, mais je ne sais plus très bien pourquoi ni comment. M’étais-je trompée de jour, ou d’horaire? Avais-je oublié de tenir compte d’une annulation? Toujours est-il qu’un jeudi après-midi vers 15 heures je suis arrivée à l’hôtel des Invalides équipée de mon appareil photo et de mon téléphone portable "au cas où…" – et, de fait, ce "cas" advint": j’avais beau aller de droite et de gauche à l’entrée de la cour d’Honneur, et chercher du regard, je ne voyais nulle silhouette que j’eusse pu reconnaître. Où était donc le petit groupe que je pensais rejoindre? Je me souviens m'être sentie brusquement inquiète, d’avoir empoigné mon téléphone pour appeler Marie-Annick afin d’en avoir le cœur net… mais je n'ai pas le moindre souvenir de ses explications, qui m'eussent éclairée quant à l’erreur que j’avais commise. Un peu déstabilisée, j’ai finalement décidé de photographier malgré tout, hors le cours prévu.

 

Je ne suis pas allée plus loin que la cour d’Honneur… Ce vaste espace pavé m’attirait, d’autant plus qu’il était vide – il venait de pleuvoir; le ciel encore capricieux n’était pas de nature à encourager les visiteurs à flâner au-dehors. J’en admirais la longue enfilade de canons, alignés impeccablement de chaque côté en une magnifique perspective. Mais je renonçai vite à la vue d’ensemble: je ne parvenais pas à composer dans mon viseur une image qui rendît compte du pouvoir fascinatoire qu’avaient ces alignements de bouches à feu. Alors je me suis approchée et, voyant que le fût des canons était richement orné, je me suis rapprochée encore pour découvrir que ces ornements étaient tous différents d’un canon à l’autre. Devises, créatures fabuleuses, faciès grimaçants, visages aux traits délicats nimbés de rayons… La surface de métal, dans les creux et reliefs que dessinent ces figures, a retenu en gouttes coagulées l’eau que l’averse a déposée. Des miroitements se créent; des contours se défont – des formes sont effacées. J’oublie la cour, ses alignements, les nues qui menacent de crever à nouveau: je ne vois plus que les détails des motifs sculptés et les perles d’eau éparses. L’œil rivé à l’appareil je tourne, m’accroupis, me redresse à demi pour m’asseoir quelques centimètres plus loin sans me soucier de l'humidité, je déclenche à chaque changement de position parce que dans mon viseur je découvre quelque chose de neuf… Nez à nez avec ces figures formidables qui m’évoquent les monstres marins dont l’imagination des hommes peuplait jadis le bord du monde qu’ils pensaient être plat, je ne songe plus qu’à cela: tâcher de prendre en photo comme on dirait prendre au filet un peu de ce que me racontent ces êtres figés, un peu, aussi, des mirages que génèrent les gouttes d’eau.

 

Une pellicule entière et une petite heure y sont passées. Parmi les 38 images développées, certaines se répètent. D’autres sont ratées, floues involontairement ou mal cadrées. D’autres encore ne me disent plus rien – "Qu’ai-je donc vu, ici, qui m’a fait déclencher ???" Mais quelques-unes me parlent encore, au bout de tout ce temps… Elles m’ont semblé mériter un album, dans lequel j’ai inclus les cinq photos retenues par Marie-Annick (Patrimoine-7 2, 3, 4 et 5, la cinquième étant celle qui sert de "couverture" à l'album). 


 NB – Si d’aventure la visite de cette petite exposition vous donne envie, à vous aussi, d’aller croquer Paris à beaux crayons, ou bien à coups de pixels – voire de grains d’argent que l’on n’a pas encore détrônés et c’est heureux – contactez Marie-Annick au 06.85.67.25.44 qui sera ravie de vous communiquer toute information utile à propos de ses cours et des activités proposées par l’Atelier Grenelle.

 

 

* Atelier Grenelle, 7 rue Ernest Psichari – 75007 PARIS. Tél.: 01.47.53.97.54
** Mairie du 7e arrondissement (salle Béatrice Hodent de Broutelles), 116 rue de Grenelle – 75007 Paris.

Exposition "Patrimoine du 7e" ouverte du 15 au 21 septembre de 11 heures à 18 heures. Ouverture exceptionnelle le dimanche 17 de 11 heures à 18 heures.


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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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