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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 08:37

affiche-festival-TN.jpgDepuis le 9 septembre et jusqu’au 19 novembre 2011, le théâtre parisien Le Ranelagh*, dirigé par Catherine Develay, propose un Festival Obaldia. À l'origine de cette manifestation, nul événement particulier ni anniversaire décennal d'aucune sorte; rien autre que le désir – et le plaisir – de rendre hommage au grand écrivain qu'est René de Obaldia. Et le célébré de se réjouir de l'initiative, d'un ton plein de cet humour fin, décalé, qui le caractérise:

Ah, quel bonheur! écrit-il dans le dossier de présentation. Trop souvent on honore les auteurs une fois qu’ils sont morts. L’originalité, ici, c’est que les festivités autour de l’œuvre de Obaldia ont lieu de son vivant (dernièrement, je l’ai encore rencontré).
Six spectacles différents vont à tour de rôle occuper l'affiche du théâtre en ce début d'automne – trois œuvres dramatiques,  une adaptation du recueil poétique Les Innocentines et deux florilèges de textes – accompagnés d'une série de lectures, programmées un lundi sur deux à 21 heures. En outre, les spectateurs qui n'auraient pas le bonheur de connaître textuellement René de Obaldia pourront quitter le théâtre avec l'un ou l'autre de ses livres sous le bras: quelques-uns d'entre eux les attendent, bien exposés sur une table muée pour l'occasion en librairie éphémère.

 

La générale de presse du spectacle ouvrant la programmation – Du vent dans les branches de sassafras, mis en scène par Thomas Le Douarec – a été marquée, après les saluts, par une chaleureuse intervention de Patrick Préjean (John-Emery Rockefeller dans la pièce); il appela sur la scène René de Obaldia, qui prononça à son tour quelques mots, et salua Michèle Morgan, présente quelque part dans la salle – elle est en effet la marraine du festival... et la cousine de l’auteur! La grande comédienne n’a pas rejoint ses camarades sur le plateau; elle a simplement lancé depuis sa place d’une voix qui avait l’air de rire encore qu’elle avait passé une formidable soirée… Bien qu’elle n’ait pas quitté son siège, il était cependant facile de deviner où elle était assise: au point de convergence des lignes invisibles qui prolongeaient les téléobjectifs géants qu’une poignée de photographes tout d’un coup levés comme un seul homme braquaient sur elle, faisant crépiter leurs flashes en rafale… Joie, émotion, et vibrants applaudissements du public: le festival a été dignement inauguré.

 

Les mystères du Kentucky –
ou comment la fortune vint aux Rockefeller sassafras-TN.jpg

 

Essayer de raconter ce qui se passe entre la ritournelle inaugurale – la "chanson du bœuf corné", celui qu’en anglais on met dans son assiette sous le nom de corned beef, tant apprécié du cow-boy affamé – et la scène finale où l’on décompte, hypnotisé par la vision, les puits de pétrole surgissant au fond d’une boule de cristal (en fait une de ces boules à facettes parure obligée des boîtes de nuit) relève de la gageure. D’abord parce que les événements pullulent en un joyeux débordement: en trois actes et sans quitter la maison des Rockefeller, on s’attable, parents et enfants se disputent comme dans n’importe qu’elle famille réunie pour le repas, on fume le calumet de la paix, on est attaqué par les Indiens, une enfant naturelle retrouve son père et épouse l’homme de sa vie avant d’expirer, un beau ténébreux fait son entrée (fracassante, of course) et séduit la fille du patriarche, on meurt, on ressuscite, on déclame et l’on chante, le tout sur fond d’extases extralucides quasi orgasmiques provoquées par les révélations d’une boule de cristal (qui n’est pas en cristal). Et puis ce serait réduire à une histoire, fût-elle à aspérités multiples, un pur bijou textuel, fourmillant d’allusions, de références, où les fleurs stylistiques se cueillent jusque dans les didascalies alors même qu’elles ne s’entendent pas sur scène.

 

Pas question de raconter l’inénarrable, soit. Mais au moins puis-je en quelques mots saluer le travail de Thomas Le Douarec, qui résonne formidablement avec la luxuriance du texte. Il amène sa part d’allusions, parfois très contemporaines – on entend passer le nom de David Guetta dans une de ces répliques où les mots s’envolent mus par leurs seules sonorités – et ne lésine sur aucun effet. Lumières, jeux d'ombre, bruitages, (ah… le tintement du crachat au fond du crachoir invisible…), musique enregistrée se complétant de morceaux joués en direct, intermèdes chantés en chœur ou en solo – et avec quel talent…. C’est du théâtre total, formidablement réjouissant et magnifiquement interprété par des comédiens qui tous respirent la joie de jouer.
Thomas Le Douarec signe là sa deuxième mise en scène de ce délectable "western français". Il annonce, dans sa note d’intention, qu’il va entièrement [se] libérer de sa première mise en scène, changer de comédiens, de costumes et de décors. Et qu’il entend proposer un spectacle qui soit l’équivalent des comédies-ballets en vogue à la cour au temps de Molière. Quelque chose me dit que, de ce côté-là, il a remporté son pari.
 

 

 

Du vent dans les branches de sassafras
Mise en scène :
Thomas Le Douarec
Avec :
Mehdi Bourayou, Michèle Bourdet, Charles Clément, Marie Le Cam, Philippe Maymat ou Thomas Le Douarec, Christian Mulot, Patrick Préjean, Isabelle Tanakil
Lumières :
Pascal Noël
Costumes :
Argi Alvez pour les Mauvais Garçons
Décor :
Claude Plet
Musique :
Mehdi Bourayou
Durée :
1h50

Jusqu'au 19 novembre. Du mercredi au samedi à 21 heures, le dimanche à 17 heures.

 

 

Balade en  rouge et noir, par un académicien verdoyant obaldia-sur-scene-TN

 

René de Obaldia seul en scène invitant le public à une balade guidée au fil de quelques extraits choisis de son œuvre: cela promettait d'être un moment théâtral et humain exceptionnel. C'en fut un. À ne rater sous aucun prétexte...

 

Le rideau se lève sur un décor qui en impose, un peu solennel peut-être avec ces grandes photographies noir et blanc suspendues à leur fil tenant au plafond, bordées du même rouge que l’étoffe satinée dont est recouverte, à grands flots drapés, la table derrière laquelle René de Obaldia est assis, de noir vêtu et le buste droit, souriant. Face à lui reposent des livres éparpillés, sans doute de façon très calculée, faussement improvisée. Une lumière pleine baigne la scène, l'atmosphère est à la franche convivialité, au diapason du "Chers amis" dont René de Obaldia gratifiera plusieurs fois les spectateurs. L'adresse touche; elle n'est pas un artifice oratoire: par le ton qu'il emploie et la douceur de sa voix on se sent véritablement, sinon en amitié du moins en étroite complicité avec l'écrivain.

 

Pendant une heure il nous conduit à travers sa vie et ses textes, tantôt lisant, le regard baissé sur des feuillets que l’on entraperçoit derrière les replis rouges, tantôt levant les yeux droit vers nous pour raconter une anecdote et alors la parole se libère, s’enrichit de ces petits signes propres au discours oral et l’envie est presque là d’engager avec lui la conversation. Allant glaner dans ses écrits comme un magicien puise dans son chapeau une poignée de pensées aphoristiques et lapidaires qui font briller les incongruités de la vie et du langage, de larges extraits de ses pièces, de ses romans, il lit en jouant des intonations et des inflexions vocales avec autant d’aisance qu’il s’amuse avec les ressources de la langue écrite. Il s’interrompt de temps à autre pour livrer une "petite histoire", un souvenir… et les mots de prendre le ton de la confidence. Son art de dire fait merveille quand il s’agit de se glisser dans la peau de cet instituteur au drôle d’accent que fascine "Le plus beau vers de la langue française" – un alexandrin aux pieds parfaits: Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. Quel régal d’entendre sa voix caracoler sur les assonances, allègre, vive, s’élever, se poser sur une syllabe puis repartir – comme un geai folâtre et pas gélatineux vraiment. C’en est un autre de l’écouter imiter, au détour de deux ou trois répliques, Michel Simon se préparant à endosser le rôle de John-Emery Rockefeller…
On se délecte de son humour tout en finesse, on rit beaucoup. Mais pas toujours: parfois le propos s’assombrit – par exemple quand il lit ce passage du Centenaire, où le personnage interpelle Agnès, sa défunte épouse qu’il a tendrement aimée. Ou quand il évoque sa captivité en Pologne, pendant la Seconde Guerre mondiale;
parce qu’il n’y avait que cela sur quoi il pût écrire il lui fallait arracher des lambeaux de papier à des sacs d’emballage pour garder trace des poèmes pour enfants qu'il tâchait alors de composer et qui deviendront, plus tard, Les Innocentines.  

 

Quand à la fin il se lève, sous les ovations des spectateurs, il rayonne et l’on applaudit de plus belle. En le voyant rejoindre les coulisses à petits pas, le cœur se serre un peu, quand même – l’ombre du grand âge se profile que sa voix et sa présence avaient réduite à néant.
Chapeau (très, très) bas, monsieur l’Académicien-encore-vert: en plus d'être un grand écrivain vous êtes un formidable diseur. Vous avez offert au public, avec une insigne simplicité, un intense moment de drôlerie et d'émotion. Merci.

 

Obaldia sur scène
Montage d'extraits de textes et d'anecdotes conçu et dit par René de Obaldia.
Représentations un lundi sur deux à 19 heures soit les 3, 10 et 31 octobre, puis le 14 novembre.

 

 

* Le théâtre Le Ranelagh est situé 5 rue des Vignes, dans le 16e arrondissement de Paris. Le site du théâtre, très bien conçu et agréable à visiter, donnera à ceux qui ne le connaissent pas un avant-goût virtuel de ce lieu exceptionnel. Vous y trouverez, en outre, toutes les informations dont vous pourriez avoir besoin pour suivre le Festival Obaldia.

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Publié par Yza - dans Billets
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