Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 10:06

Tu vois, on peut imaginer mille choses, c’est encore autre chose qui arrive.
Pascal Garnier, Lune captive dans un œil mort, Zulma, janvier 2009.


Le petit matin, difficile et confus comme toujours quand on ouvre les yeux au sortir du sommeil, avait son odeur habituelle – cette senteur un peu sure et douceâtre à la fois qui semble sourdre des draps en désordre pour se répandre en nappes stagnantes.
Qui sature l’air de la chambre, englue le corps et maintient closes les paupières.
Et qui donne la nausée. Le dégoût de soi…

Un violent haut-le-cœur le poussa hors du lit. Il ouvrit grand la fenêtre sur les clartés blêmes d’une aurore indécise, grisée de brouillard et salie des suies urbaines que le froid nocturne avait écrasées sur le bitume. Un filet de vent se faufila dans la pièce, balayant les squames aigres des cauchemars mal finis de la nuit. Premières heures – la déprime quotidienne l’attend.

La journée naissante avait sa couleur coutumière de plaine nue sans horizon et sans relief. Continuer pourtant, se laisser porter un jour de plus... Boire son café. Avaler un jambon-beurre à midi. Et le soir mâchonner une pizza Reine devant la télé. Aller se pieuter et cauchemarder au lieu de dormir… puis recommencer, s’éveiller tout engourdi au seuil d’un nouveau matin aussi puant que le précédent.

Les heures à venir se profilaient ainsi tandis qu’il mettait la cafetière en marche, la bouche pleine par anticipation du goût terne et amer du sinistre jus qu’il buvait sans plus lui trouver la moindre saveur. De toute façon, ça ou autre chose… il fallait maintenant aller se raser, se laver, s’habiller – dans sa pensée la journée s’était déjà écoulée, consumée jusqu’au soir et avec elle les suivantes, toutes identiques les unes aux autres.

La sonnerie du téléphone rompit soudain ce morne fil. On venait de trouver son chien à l’agonie près du terrain vague, à la sortie de la ville. Sa torpeur d’automate vola en éclats. Plus rien ne subsistait de ces murs rassurants dont il avait bétonné sa vie à coups d’habitudes sempiternellement reconduites – il n’y avait plus devant lui que l’implacable urgence des gestes à accomplir pour tenter de sauver son chien. Se ruer au garage, démarrer son pick-up et foncer vers l’endroit où gisait l’animal. L’emmener chez le vétérinaire, puis espérer. Prier peut-être bien qu’il ne fût d’aucune religion… Il avait oublié depuis longtemps ce que c’était que de ne pas se projeter au-delà de l’instant présent et de n’exister que dans ses étroites limites. Le rappel était brutal. Terrifiant. Mais il réapprenait à se sentir vivant.
Et son chien s’en tirerait.


Très librement inspiré d’un incident vécu… In felis memoriam.


Partager cet article

Repost 0

commentaires

LLT 03/10/2009 19:20


Ton blog a pris une belle ampleur. Je retrouve ici des auteurs que j'apprécie et je me promène dans tes albums de photos.


Yza 06/10/2009 19:28


Merci pour ces petits signes que tu m'asdresses... je les apprécie beaucoup : ils  me donnent de l'énergie pour continuer quand le clavier et les neurones sont en berne. Quant aux photos, je
ne mets dans les albums que celles prises en numérique et c'est parfois cafouilleux. Mais quand l'image me parle vraiment, je me dis "tant pis pour la technique" :-)


Présentation

  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
  • Contact

Aux Manettes...

  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

Recherche

Articles Récents

  • Rétro-journal sarladais en … épisodes
    La 66e édition du Festival des jeux du théâtre de Sarlat s'est achevée le samedi 5 août. Dès le lendemain s'esquissait quelque chose qui semblait bien se tenir au long d'une ligne d'écriture qui ne demandait qu'un peu de constance pour se réaliser en...
  • Bribeloteries
    Des bribes-bibelots de peu, verroteries textuelles que pourtant je ne parviens pas à jeter d’un clic à la corbeille ni, lorsqu’elles traînent à l’ancienne sur des bouts de papier ou gisent demi-mortes en des pages de vieux carnets tout encombrés et conservés...
  • 66e Festival des Jeux du théâtre de Sarlat. En dix-huit scènes...
    Lorsqu'un directeur artistique en poste depuis plus de vingt ans expose la programmation d'un festival à une spectatrice qui elle-même suit ledit festival depuis plus de dix ans, la présentation devient vite réticulaire et naît d’un mycélium se déployant...
  • 66e Festival des Jeux du théâtre de Sarlat. Lever de rideau
    Du 20 juillet au 5 août 2017, le plus ancien festival de théâtre français après Avignon revient pour une 66e édition... Cette année encore, grâce à la générosité amicale de Jean-Paul Tribout qui une fois de plus aura consenti à m'accorder de son temps,...
  • Les lumières parlent...
    Lucrèce Borgia est de ces figures historiques dont la littérature s’empare et qu'elle pare de telle manière que leur être littéraire supplante dans l’imaginaire collectif la personne réelle. Si «Lucrèce Borgia» est un nom qui à lui seul évoque une théorie...

Pages