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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 13:14
Lorsque je suis en proie au désœuvrement, mon occupation favorite consiste à fouiller de-ci de-là dans les recoins inexplorés depuis longtemps, à remuer tous les fragments mis au rebut mais pas franchement jetés – on ne sait jamais, ils peuvent servir… J'ai ainsi retrouvé ces photos prises à Sarlat cet été, à l'abbaye Sainte-Claire, et avec elles sont revenues par bribes quelques rêveries qui m'ont parues seoir à cet album qu'il m'a plu d'intituler "Jeux ce chaises" - pas "de vilains", en tout cas. Bien que l'on dise des absents qu'ils ont tort, je ne pense pas qu'on puisse les taxer d'aucune "vilenie"...

Les chaises en solitude m’ont toujours émue. Elles présentifient l’absence plus crument qu’un espace vide. Quand, en nombre, elles paraissent se donner la main, et rassembler en cohortes tous ceux que l’on attend en vain, c’est entre elles un dialogue de vacuités bruyantes qui s’instaure, presque angoissant – à qui les restes d’une averse ou la lumière bleue d’un soir achèvent de fournir un accompagnement chromatique de circonstance, comme une mélodie qui serait dans l’air.

Chaque fois que j’aperçois une chaise isolée, sans occupant, il me semble qu’en silence elle appelle un mort, un disparu-à-jamais… un de ces êtres que l’on sait définitivement hors d’atteinte et que pourtant on ne peut s’empêcher, en son for intérieur, d’imaginer proche et sur le point de surgir au détour de l’instant vécu. Je m’en détourne par principe, redoutant de percevoir en passant près d'elle l’écho trop aigu d’histoires avortées, d’espoirs déçus – le triste écho qui m’inclinerait à ce désespoir mou et noir dont il est si difficile de se dégager. Mais outre ces vagues cassées ou parcellaires, ce ressac intermittent, il y a 
quelque chose à écouter à proximité de ces sièges désertés qui attire irrésistiblement…

Cela relève de la géométrie.
Les chaises en vigueur dans les parcs publics, ou dans les lieux destinés à accueillir une collectivité – classes, cantines, salles de spectacles…
ont en général une structure étudiée pour faciliter leur rangement dans un espace réduit ; elles sont "étudiées pour" pouvoir être entassées le plus commodément possible. Lorsque, inutilisées, elles demeurent en colonnes plus ou moins instables, emboîtées les unes dans les autres, elles génèrent des rencontres de lignes et de courbes, des creux et des pleins, parfois des déliés et ressemblent à des pages couvertes de signes… Leurs pieds de métal étroitement joints se tendent en un seul effort vers le sol mais restent en suspens tant la pile est haute. Les entailles toutes identiques ménagées dans leur dossier pour permettre la préhension leur font de drôles de bouches, ouvertes en un rictus permanent figé sur le néant – ô le chœur muet et formidable ! Et comme échappée de ce tonnerre silencieux, une feuille détachée d’une branche s’est posée sur une assise découverte.

J’ai vu tout cela un soir à Sainte-Claire. Et un peu plus tard ces rangées bien organisées mais sans spectateurs, portant encore, sous le soleil dru de l’après-midi estival, les traces d’un orage. Il n’en fallait pas plus pour que je tire de ma poche ce précieux petit Nikon Coolpix si facile à dégainer lorsque se présentent des images a priori saisissables.

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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