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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 09:58
19 août, 7 heures du matin.
Ce n’est plus tout à fait potron-minet, mais le jour n’est pas bien grand. Le soleil s’annonce avec la timidité d’une paupière baissée, froissée d’un reste de sommeil et qui tarde à dégager l’œil, tâchant de retenir encore, et encore, un peu de nuit. C’est une petite gare, sans correspondance – "Gourdon, Gourdon… Une minute d’arrêt !". Le quai est presque désert et la brise une gaze de soie sur la peau laissée découverte par la tenue estivale.

Le train arrive, ralentit, stoppe – j’empoigne mes sacs et me faufile en hâte dans le wagon. Le dernier. Il n’y a personne et je peux loger mes bagages, m’installer à ma guise. Pas de corps ni de bruits qui fassent obstacle aux songeries. L’allée centrale semble se perdre dans un lointain feutré, au-delà du petit univers dans lequel, dès que vient la foule, on s’encoigne pour voyager tranquille et que l’on défend ardemment à coups de regards et de paroles refusés…
Les sièges ont des oreilles ouvertes sur le silence et leurs bras tendus rencontrent le vide. Vaine attente. Il n’y a rien entre ces deux qui se font face – rien sinon le triste amas de toutes les conversations mortes qu’ont eues, croyant se parler, des passants éphémères. Traces en transparence qui saturent l’air et pèsent du sinistre poids de l’intangible… et cette lueur subreptice qu’une brève obscurité révèle sur une vitre est une tache d’âme – un défunt qui se montre ?

Le mouvement et le souffle lancinant du train en marche, les lumières hâves, tout en jeux de pâleurs voilées qui rebondissent, glissent et se juxtaposent sur les surfaces polies de verre, de métal ou de plastique… c’est comme un flux de sable se dérobant à la vue – où est l’objet ? Où le reflet, et le reflet du reflet ? Point focal de ces insaisissables ballets : les fenêtres, qui recomposent les perspectives, découpent le visible en morceaux et dont les vitres maculées de traînées blanchâtres par les averses successives donnent l’impression qu’il pleut en permanence, même quand le ciel derrière elles est bleu cru…
Il fait un peu froid – non pas à cause de l’heure matinale, ni de la climatisation déjà enclenchée. Mais parce que tout est trouble et que cela ouvre grand les horizons lunaires gisant au fond de soi.

C’est à chaque fois que je voyage ainsi tôt le matin dans un wagon vide une mystérieuse sensation qui m’étreint. S’y donnent la main en une ronde languide quiétude, mélancolie, sérénité, angoisse – terreur parfois quand, à la solitude, s’associe l’idée que peuvent inopinément surgir, et plus crûment qu’au milieu d’une foule bruyante, les monstres et les spectres.
Tout cela tient-il dans ces quelques mots ? Ou bien le petit album d’images éponyme est-il mieux éloquent ?

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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