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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 12:33
Ma curiosité envers ce spectacle était double : d’abord à cause de la forme annoncée - qu’est-ce que peut bien être, d’un point de vue théâtral, une conférence chantée ? - et ensuite parce qu’il traite d’un genre qui n’est pas, il s’en faut de beaucoup, ma tasse musicale mais qui tout de même m’intéresse suffisamment pour que j’aie envie de connaître son authentique histoire. Jean-Luc Annaix, directeur d’une compagnie spécialisée dans la création de spectacles de théâtre musical, lui-même auteur et metteur en scène de comédies musicales, a longtemps exploré l’histoire de ce genre qu’il pratique depuis plus de vingt ans. Fasciné par ce qu’il découvrait au fil de ses recherches, il a fini par avoir envie de partager ses trouvailles avec le public autrement que par le biais classique d’un livre-somme* - d’où la conception de cette conférence chantée, qu’il donne sur scène avec la complicité de Christine Peyssens. En fait de "conférence", j’userais plutôt du terme de "lecture" en ajoutant au sens dramatique qu’il a en français - les deux comédiens ont chacun leur texte sous les yeux - un peu de son acception anglaise, à savoir "conférence".


En harmonie leur sujet, Jean-Luc Annaix et Christine Peyssens prennent la parole à tour de rôle, parcourant les siècles et les diverses formes théâtrales où alternent discours parlé et chant. Partis de la tragédie grecque, passant par les comédies-ballets, l’opéra, puis l’opérette, ils arrivent enfin à Broadway, la terre d’élection de la comédie musicale à laquelle les Américains ont apporté ses lettres de noblesse.
Pendant plus d’une heure, les deux "conférenciers" passent ainsi avec agilité de l’énoncé didactique au chant a cappella. Sans vouloir diminuer la performance que cela représente, il faut bien convenir que l’on a entendu de belles voix - mais pas de grandes voix. De plus, dans les extraits chantés en anglais, l’on percevait que la langue de Shakespeare n'était pas au mieux de sa phonétique - sans le soutien de la musique, le moindre accroc de prononciation s’entend doublement - ce qui ne laisse pas de déranger quand une bonne partie de la conférence s’illustre de chansons tirées de musicals américains.

S’il est hors de propos de rechigner sur la forme - porter à la scène une telle lecture relève d’un choix artistique et en tant que tel ne souffre pas vraiment discussion - en revanche on peut trouver que, dans sa dimension avouée de "travail en cours" (pour ne pas reprendre l'expression anglaise work in progress epmloyée par Jean-Luc Annaix), il lui manque quelque chose. Pas dans le contenu en tout cas : ce serait intenter un très mauvais procès à l’auteur que de lui reprocher d’avoir omis tel nom, telle œuvre, telle phase historique puisqu’il fallait condenser en à peine plus d’une heure une matière profuse - il a d'ailleurs témoigné d'un bel esrit de synthèse. Et les choix ont forcément été aussi drastiques que douloureux. Alors, où se situe donc la défaillance ? Dans le rythme ? La construction ? Très difficile à dire… L’impatience de partager un savoir n’aurait-elle pas été mauvaise conseillère qui aurait poussé Jean-Luc Annaix à montrer prématurément un spectacle non encore abouti dans sa forme même de "travail en cours" ? Peut-être désormais s’agit-il moins d’écrire d’autres conférences, comme il l’envisage, mais simplement de peaufiner celle-ci ? Toujours est-il que ni la passion manifeste des deux interprètes, ni la joie qu’ils mettent dans leur jeu ne suffisent à gommer cette sensation qu’il y a des lacunes dans leur spectacle.

La comédie musicale a cette force, assez mystérieuse à bien y réfléchir, d’installer dans la mémoire d’un très large public des refrains, des images issus des plus fameuses œuvres du genre, d’inscrire des airs, des mélodies, dans la « musicothèque » individuelle de gens qui n’ont jamais vu et ne verront sans doute jamais les films ou les spectacles dont ils sont tirés. Plus : la comédie musicale fournit des références à ceux-là qui ne l’apprécient pas et puisent ailleurs leurs bonheurs musicaux. Qui n’a pas au bord des lèvres Singin’ in the rain, ou les sœurs jumelles nées sous le signe des gémeaux ? Mais qui parmi les fredonneurs occasionnels a vu le film avec Gene Kelly et Les Demoiselles de Rochefort ? Je parierais même que beaucoup parmi eux diront détester les films musicaux ! Jean-Luc Annaix et Christine Peyssens, soucieux de faire découvrir, ont bien sûr évoqué des œuvres peu connues mais ils ont aussi abondamment nourri leur conférence de ces extraits mythiques qui nous habitent tous - ou presque - et le franc succès qu’ils ont remporté auprès des festivaliers est sans doute dû, en bonne part, à cette "convocation des familiers". Car ils ont été chaleureusement applaudis par un public très présent, dont l’attention n’a pas même souffert des deux interruptions impromptues pour cause d’averse orageuse - lesquelles se sont soldées par un repli improvisé en zone abritée et un finale joué avec brio sous un projecteur brandi à bout de bras par un technicien…


Quant à moi j’ai quitté Sainte-Claire déçue, malgré les informations que j’ai retirées de la conférence. Je me suis passablement ennuyée ce soir-là - mais aller au théâtre, c’est aussi cela… et je ne regrette en rien ma soirée.

* Un livre est à paraître cet automne aux éditions L’Œil du souffleur, Manifeste pour un théâtre musical populaire, cosigné par Jean-Luc Annaix et Jonathan Kerr.


L’authentique histoire de la comédie musicale

Conférence illustrée d’extraits chantés écrite par Jean-Luc Annaix
Interprétée par Jean-Luc Annaix et Christine Peyssens
Durée :
Environ 1 heure
Compagnie Théâtre-Nuit

Conférence donnée à l’Abbaye Sainte-Claire le mardi 21 juillet.

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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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