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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 13:59

Dans les mythologies et les aventures souvent acritiques de la modernité, il n’est pas rare que la tradition ait représenté l’ennemi à abattre.
(Flaminio Gualdoni, éditorial)
Que des intellectuels lui trouvent un autre nom – "enculturatiion", "inculturation" – et la tradition, d’exécrable aux yeux des plus virulents progressistes, devient un phénomène complexe, digne d’intérêt. Un signe d’identité plutôt qu’un simple théâtre de modes (Flaminio Gualdoni).

La tradition est comme un souffle courant au long du temps. Elle est ce qui, d’hier, se cultive aujourd’hui et se transmettra demain – pour peu que l’on y veille. Elle est un ensemble de conceptions, de techniques, de coutumes véhiculé de siècle en siècle et sur quoi se fonde le présent – elle est un point de nœud cousu entre les siècles. Qu’on la suive et l’on offre à son époque ce qui, d’autrefois, s’est avéré le plus vivace ; qu’on la rejette et l’on continue de se situer par rapport à elle. Rassurant les inquiets, exaspérant les rebelles, elle est presque toujours perçue de manière partielle – par exemple récupérée mal à propos par de pathétiques réactionnaires en appelant à elle pour légitimer leur attachement à des usages obsolètes. Ils oublient ce faisant que, justement comprise et préservée, la tradition enrichit le présent et porte vers l’avenir ; à vouloir la renier on tranche au vif des racines, coupant court à la montée de sève sans laquelle un groupe humain ne peut rester viable longtemps.
C’est méconnaître la dimension dynamique de la tradition que de l’estimer seulement sclérosante et commettre une erreur que de l’assimiler à des aspirations rétrogrades : relevant de la transmission elle est mouvement. Or qui dit mouvement dit signe vital.


L
e concept de "tradition", qui entre en résonance avec le "classique" (voir à ce propos le numéro 5 de la Revue Blanche FMR) selon des échos évidents pourtant délicats à cerner, est à manier avec précaution : c’est au tournant de sa charge idéologique que l’on attendra quiconque prétendra l’aborder – là, justement, où l’on ne trouvera pas ce trente et unième numéro de FMR thématisé autour de la tradition et qui, conformément à ses principes, propose plusieurs raisonnements sur l’art […] Radieux comme toujours et, comme toujours, peu banals (Flaminio Gualdoni). Nulle part en effet n’apparaît d’article de fond qui entreprenne de lister et de scruter les différentes acceptions du terme "tradition" : on ne se penche sur la noble dame parfois controversée quand elle n’est pas honnie à travers une mosaïque de sujets demandant à être explorés d’abord séparément puis reconsidérés dans leur ensemble – ils composent ainsi un des visages possibles de la tradition dans le domaine de l’art. C’est bien d’une vue d’ensemble de la revue en son entier dont on veut parler : le dossier appelé "Tradition" comporte quatre articles mais un lien explicite s’établit avec la rubrique "Old Masters" consacrée à Canova – l’un des maîtres de Franceso Hayez qui, dans l’un des passages publiés de ses Mémoires, mentionne deux très belles corbeilles de fruits sculptées par Canova dont l’une peut-être est celle-là même qui est photographiée par Mimmo Jodice et reproduite sur la première de couverture – aussi bien qu’avec les "Différentes choses" parcourues par Flaminio Gualdoni lorsqu’il s’attarde sur l’emploi du carton pâte en art, mettant en regard deux représentations de la Vierge à l’Enfant du XVe siècle, un buste que le Bernin réalisa en 1619 et des installations contemporaines signées Perino & Vele.

Tous les articles de FMR, forts de leurs singularités respectives, sont pareillement précieux. Je voudrais cependant attirer l’attention sur celui de Jean-Jacques Breton, traitant des peintres pompiers en France et qui offre matière à ne plus nourrir de sottes idées préconçues à leur endroit. Décryptage des thèmes, analyse des styles et des manières de peindre, regards profonds sur le contexte historique et l’ambiance esthétique au milieu desquels se sont exprimés ces artistes, explications précises et claires concernant les conditions d’émergence de ce style pictural, l’origine de son appellation puis les soubassements du mépris dans lequel on le tient encore aujourd’hui : l’article de Jean-Jacques Breton est en tous points remarquable. Admirés puis vilipendés, l’adulation excessive a fait place à une exécration tout aussi exagérée, il va appartenir au XXIe siècle de leur rendre leur juste place dans l’histoire de l’art, conclut-il. Lui en tout cas ouvre largement la voie à cette réhabilitation ; reste à savoir si le siècle répondra à ses attentes…

Au titre des fascinants étonnements que m’a procurés ce numéro, je citerai encore les "Histoires de l’œil" qui m’ont révélé la couleur vue par Bernard Plossu, et les photographies de Mimmo Jodice qui transfigurent les sculptures de Canova ; ombres et lumières jouent sur leurs reliefs avec une telle douceur que le marbre semble se vaporiser. Sur certains plans rapprochés, le grain s’affirme avec autant de force que de délicatesse et accentue la sensation de dématérialisation – l’œuvre devient soupir, basculant presque dans le royaume des spectres, à l’exact mitan de la présence et de la disparition… 

On notera que, pour évoquer la tradition, la revue noire a repris sa couverture… traditionnelle – motif détouré sur fond noir sur le premier plat – qu’elle avait délaissée le temps du numéro 30 qui, parlant d’or, s’était plu à feindre d’en être entièrement revêtu.


La Revue noire FMR n° 31. Tradition. Mai 2009, 168 p. – 100,00 €.
SOMMAIRE
Éditorial
, par Flaminio Gualdoni – Tradition : "Pompeux pompiers. Les peintres pompiers en France", par Jean-Jacques Breton. "La grande époque de la peinture", extrait des Mémoires de Francesco Hayez (photographies d’Alfredo Dagli Orti). "Un Eden païen : Villa Stuck", par Regina Heilmann-Thon (photographies d’Alfredo Dagli Orti). "L’art de la mer. Chefs-d’œuvre d’inspiration marine à Monte-Carlo", par Patrick Piguet (photographies d’Alfredo Dagli Orti) – Les histoires de l’œil : "Penser la couleur. Photographies en couleur de Bernard Plossu", par Francesco Zanot (photographies de Bernard Plossu) – Old masters : Le Canova de Mimmo Jodice. "Simple et noblement excessif", par John Flaxman ; "La peau de Canova", par Omar Galliani (photographies de Mimmo Jodice) – Book Beautiful : Au nom du bain. "De balnis Puteolanis", par Giulia Orofino ; "Le codex de la Biblioteca Angelica", par Carla Casetti Brach – Différentes choses : "Livres, argents, carton pâte", par Flaminio Gualdoni – Ad hoc : Nicola Samorì.

NB – Pour recevoir les revues FMR, il faut s’abonner soit en passant par le site FMR-Marilena Ferrari, soit en écrivant au siège français, 15 galerie Véro-Dodat, 75001 Paris. Ou encore en téléphonant au 01 40 41 02 02. L’on peut aussi se procurer les numéros à l’unité : les voies à suivre sont les mêmes – et l’on complétera son information en demandant la liste des points de vente FMR répartis dans toute la France.

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Publié par Yza - dans Chroniques
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