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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 09:35

Pour l’heure, "prochain numéro" il y a (cf "brève" du 9 juin…) et ce grâce à la noire "polardie". Au gré de mes collaborations au site k-libre en tant que rédactrice ou secrétaire de rédaction occasionnelle je découvre toute la vie intense de cette vaste sphère où passionnés et artistes sont sans cesse en train d’imaginer et de mettre en place des événements, des manifestations de toute sorte déclinant l’univers noir/polar sur tous les tons. Salons, festivals, signatures, création d’associations aux noms et objectifs divers et variés : il n’y a pas, je crois, une couleur du "noir" qui ne s’exprime, trouve sa place et rassemble ici ou là, à un moment ou à un autre de l’année, la troupe plus ou moins fournie de ses adeptes.

J’apprenais le mois dernier, au détour d’une dépêche, qu’une exposition de peintures réalisées par des écrivains de romans noirs – dont Pascal Garnier, dont j’aime tant les romans et que j’ai rencontré il ya quelques mois pour un mémorable entretien de plus de deux heures, à lire ici – était organisée à Paris jusqu’au 17 juin au Motif*. En la visitant, j'eus un aperçu du talent hors écriture de sept auteurs - Claudine Aubrun, Pascal Garnier, Max Obione, Jean-Bernard Pouy, Roland Sadaune, Romain Slocombe et Jan Thirion. Et m'était du même coup donnée l'opportunité de faire  plus ample connaissance avec l'association organisatrice, toute jeune : Les Habits noirs (ainsi nommée d’après un roman de Paul Féval), créée par Jean-Bernard Pouy. Son but avoué : mettre sur pied un salon du polar parisien (les dates et lieu sont arrêtés : ce sera les 26 et 27 septembre, au Point Ephémère). Règne dans cette association un état d’esprit que la comédienne Alice Varenne, présente au Motif le jour de ma visite, a défini en ces termes : bien s’amuser et ne pas se prendre au sérieux (sous-entendu : "…mais faire avec sérieux tout ce que l’on entreprend" - c'est un ajout de ma part...), chacun des membres ayant pour mission de s’engager sincèrement dans les activités du groupe selon ses compétences et disponibilités. Le meilleur moyen de savoir qui sont ces Habits noirs est encore d’aller visiter leur site. Si cette exposition est une très belle concrétisation de cet état d’esprit, il faut aussi mentionner que l’association a lancé une section "édition" pour publier des nouvelles ; quatre titres sont parus à ce jour.

Ce sont de tout petits livres, au format carte postale (au sens propre : 10,5x15 cm) de 16 pages, tirés à 350 exemplaires et vendus 2 euros pièce au profit de l’association. Simplement agrafés façon fanzine, ils n’en sont pas moins réalisés avec soin : la typographie et la mise en page sont agréables, le papier doux au toucher et l’impression sans défaut. Quant à la couverture, de papier fort et grenu illustrée d’une photographie noir & blanc couvrant en général la première et la quatrième – sans titre ni nom d’auteur, laissant pleine expression à l’image – elle donne une attrayante personnalité à ces mini-livres que leur faible tirage érige en véritables objets de collection.
Acquerrez-les sans tarder : vous découvrirez, à travers ces nouvelles écrites chacune par un auteur différent, quatre univers et quatre styles très personnels, et gagnerez, de plus, des objets-livres pleins de charme. Ils son en vente sur le site de l’association, ainsi qu’au Motif pendant la durée de l’exposition. En ce qui me concerne, je n’ai pas été déçue du voyage-en-pages…


Les Habits noirs, Jean-Bernard Pouy (avril 2008)
Une consigne de travail. Normal. Venant d’en haut. L’étage du dessus. Trois mètres à peine. La distance du pouvoir. Normal.

Voilà une admirable fable littéraire grinçante et érudite fourmillant d’astuces et de jeux de mots qui, en quelques pages à la typographie aérée, déploie un propos dense, ramassé, où sont brossés des personnages et décrits des rapports humains tandis qu’une une ambiance est tissée. Est ainsi mis en scène de façon drolatique un aspect de la lutte opposant diffusion du savoir et nécessités économiques dans un récit incisif qui est aussi un petit bijou de "nouvelle à chute". Avec une subtile pointe de fantastique émergeant dans les dernières lignes…


Le Voyageur immobile, Marc Villard (mai 2008)
Ce matin, il a vendu deux portables et cinq cailloux de crack qui rapportent des clopinettes.

Glauquissime ; entre vols minables, deal de crack et prostitution au rabais, le destin de trois ados moins unis par une véritable amitié que par la même nécessité de survivre en recourant aux expédients les plus sordides. On fourgue ce qu’on peut comme on peut, on se laisse enfiler dans les chiottes mais quand la pipe du miché fait rendre le kebab ingurgité peu avant, on perd de la thune… Le texte est écrit comme parlent entre eux les paumés ; il en sourd l’odeur lourde et nauséabonde de la misère matérielle, physique et morale – une puanteur si fort attachée aux mots, au rythme des phrases qu’elle vous envahit l’esprit aussi sûrement que si vous côtoyiez, Gare du Nord, Thierry, Romain et Stella.


La Pendaison papa, Caryl Ferey (janvier 2009)
Magadec portait l’éternelle même blouse en acrylique, d’un bleu passé à vous dégoûter du ciel [...]

Jusqu’où la vengeance peut aller trop loin… et jusqu’où la souffrance induite par trop d’humiliations va creuser ses sillons dans l’âme d’un enfant… En peu de pages bien serrées, au style épuré proche du langage parlé, direct et un peu rude des ados d’aujourd’hui, mais riche en images saisissantes, Caryl Ferey retrace l'histoire d’une amitié née sur les bancs du collège par solidarité d’infortune entre deux "enfants de divorcés" malmenés par une enseignante féroce - et encore vivace une fois venues les années fac. Ni le narrateur ni son ami n’ont oublié la prof de maths et ses sarcasmes...

  
L’opération TJF, François Braud (mai 2009)
Aux portes fermées de notre continent, nous avons cru à un orage qui allait passer.

Ce texte étrange ressemble davantage à une poésie en prose aux longs accents épiques qu’à une nouvelle. Le rythme des phrases, et celles qui reviennent comme un refrain ; les métaphores, les tournures inhabituelles, les grandes masses humaines convoquées – on dirait une fable des origines narrant la lente aventure séculaire d’un peuple. Il ne se passe rien de précis au fil de ces 14 pages : seuls courent le vent de la peur et l’inexorable pression de ceux qui avancent, envers et contre tout. Et qu’aura-t-on compris ? Ce qu’il faut lire derrière l’Opération TJF, c’est, je crois, la peur des Européens face aux migrants venus d’Afrique – mais écrire cela revient à aplatir le poème en essayant de l'expliquer. Mieux vaut se laisser porter par son souffle de sable. Terrible et abrasif mais magnifiquement beau.


* Le Motif, observatoire du livre et de l’écrit en Ile-de-France, est une association loi de 1901 soutenue par le Conseil régional d’Ile-de-France aux projets et activités extrêmement divers dont le siège se trouve en un très bel endroit, vaste, clair, lumineux, au 6 villa Marcel Lods, Passage de l’Atlas, dans le 19e arrondissement de Paris (Métro Belleville). L’exposition "Le Polart des Habits noirs" dispose d’une salle petite certes mais où les œuvres, peu nombreuses, sont fort bien accrochées et mises en valeur.
Exposition à visiter jusqu’au 18 juin. Entrée libre du lundi au vendredi de 14 h à 17 h 30 sauf le 17 juin, nocturne le 18 juin jusqu’à 20 h 30.

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Publié par Yza - dans Chroniques
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commentaires

http://www.businesswebdevs.com 26/06/2014 09:27

Not everyone loves the black color. Black is termed as the color of Satan and that makes it less favorable for many people. It is nice to see that you show a good passion to capture these pictures on the backdrop of a dark environment.

Chris 26/06/2014 08:20

Post-Nice. Merci.

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