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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 12:11

Un instant rêveuse, à l’affût d’un mot qui se dérobe, je quitte des yeux l’écran de l’ordinateur. Mon attention peu à peu se disperse, s’égare, incapable de se fixer sur rien. Je m’avachis davantage, l’attitude mollissant de conserve avec mes pensées. Mon regard flotte, erratique, sans capter aucune vision précise. Sauf une, émergeant tout à coup et se détachant avec l’acuité d’un écueil au milieu des remous.

Un petit amas de papiers froissés se dresse dans un coin de la pièce, contre la plinthe. Aériennes, touchant à peine le sol, ces masses blanches parcourues de lignes noires aux tracés fantaisistes sont autant de paquets de colère, semblables ainsi collées les unes aux autres à un animal ramassé sur sa hargne, prêt à bondir. Ce sont les restes d’une longue bataille menée contre un texte rebelle, qui se refusait à une mise en forme satisfaisante – une bataille perdue, que j’avais pensé gagner en passant au clavier – difficile de s’embrouiller dans d’innommables pattes de mouche avec un traitement de texte – et qui s’est soldée par une véritable débâcle…

Je suis de ces "écrivants" hybrides, goûtant des nouvelles technologies les avantages mais ne pouvant tout à fait se résoudre à renoncer au bon vieux couple papier-stylo (ou crayon). Sans doute parce que j’aime l’écriture manuelle – mes doigts se plaisent à tenir le stylo, ma main à effleurer le papier, et je trouve infiniment agréables l’effort de préhension aussi bien que le glissement de la pointe sur la feuille. Mais ce n’est pas tout… Je réalise, en contemplant ces bouts de papier déchus, griffonnés et raturés, aux lignes dansantes car je n’ai jamais su écrire droit sans quadrillage, que l’usage de l’ordinateur me prive, lorsque je ne m’en remets qu’à lui, de ce geste délicieusement libérateur consistant à écraser, voire à déchirer en lambeaux la page sur laquelle se répand l’exécrable fruit d’une pensée qui butte, balbutie, ne va pas à son terme… La broyer, puis l’envoyer paître au loin, de préférence hors de la corbeille censée recueillir les déchets – le chaos et la rage s’en trouvent mieux exprimés. Le désastre sous les yeux, je puis boire mes échecs jusqu’à la lie… et ensuite leur tourner le dos, tâcher de les oublier et repartir de zéro. Il me suffit pour cela d’accomplir l'acte sacrificiel qui tuera définitivement les maudites paperolles : les jeter dans le vide-ordures. Éradication radicale!

Rien de comparable avec le "cliquer-glisser-mettre à la corbeille" informatique… Certes, le document indésirable chargé de ce texte que je ne veux plus voir est supprimé – deux clics encore dont un double, et la "corbeille "est vide (en apparence seulement : il paraît qu’en fouillant bien, des experts peuvent récupérer sur le disque dur tout ce que l’on a cru détruire). Mais comme ce geste est léger, rapide, silencieux – insignifiant pour tout dire : il ne requiert presque aucun effort ! qu’est-ce donc en effet qu’un clic de souris en regard d’un serrage de poing autour d’un papier crissant ?

 

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commentaires

:0040:+LLT 27/05/2009 18:48

J'ai bien du mal à ne pas démarrer avec un bloc et un crayon. Parfois, c'est juste un titre, un nom, une impression.

Yza 27/05/2009 20:06


Je fonctionne à peu près comme ça - la phase "brouillon", c'est toujours un griffonnage  sur ce qui me tombe sous la main - et ce n'est que lorsque j'éprouve le besoin de voir clair dans mes
gribouillis multidirectionnels que je passe au clavier - avec souvent beaucoup  de déperdition parce que je ne peux absolument pas me relire


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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
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