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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 18:23

J'ai croisé tout à l’heure dans le métro une voyageuse autour de qui flottait un peu de printemps. Non qu’elle portât un parfum ou des vêtements particulièrement fleuris, ou qu’elle affichât une mine riante – c’était même plutôt le contraire : traits crispés, visage anguleux et sévère, petites lunettes posées bas sur le nez pour laisser tomber le regard sur une grille de mots croisés qui, à en juger par la bouche amincie courbée en arc de cercle descendant, devait lui résister au-delà de ce qu’elle pouvait endurer. Tout en elle, de l’habit à la posture, jusqu’à la fermeture hostile de la face, exprimait la rigueur. Mais elle avait à ses pieds un grand sac marqué "Vilmorin – depuis 1743", flanqué de deux arbustes en godet qui laissaient fuser de fines ramures bourgeonnantes hors de leur cornet de cellophane. J’ai pensé qu’elle allait procéder à la verduration de son intérieur, ou de son balcon – à moins que, privilège à Paris, elle possède un bout de jardin… Après tout, avoir l’air revêche n’exclut pas qu’on ait la main verte. Contrairement à Hubert Nyssen qui me glissait, lors de l’entretien qu’il m’a accordé en juin dernier, ne pas avoir beaucoup d’affinités avec ce terme de "verduration", je l’aime bien… je le trouve plutôt agréable à prononcer – je lui trouve une saveur craquante de salade fraîche – et c’est un mot dynamique – il me semble sentir dans ses syllabes un mouvement industrieux, et voir à travers elles croître le vert, la végétation prendre de l’empire sur le bitume et le béton – crevant "à la sauvage" le revêtement des rues et des allées, ou bien sagement disciplinée par la main de l’homme, du jardinier-paysagiste patenté au simple quidam cultivant pour son petit horizon personnel les plantes qu’il affectionne.

Ces arbustes donc, et ce sac que je supposais rempli de sachets de graines, d’ustensiles de jardinage, apportaient un peu de printemps dans le métro – juste un peu de vert tendre et, avec lui, des bruissements feuillus, une odeur d’humus. Pourtant la foule, dans le wagon, était celle de tous les jours, ni plus gaie, ni plus bigarrée qu’à l’accoutumée. Il n’y avait que ces deux fines ramures bourgeonnantes fusant hors de leur cornet de cellophane. Ce sac de plastique où s’étalait le nom de célèbres grainetiers. Et cela a suffi pour ressusciter en moi tout un univers d’enfance au jardin, pendant les vacances… la "petite madeleine" n’est pas toujours affaire d’infusion et de pâtisserie.

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commentaires

:
Verduration... Je le mâche et le remâche. Il est doux à la prononciation.<br /> Bonne semaine Iza.
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Y
<br /> Vert... comme la mâche :-) Je pourrai écrire à Hubert Nyssen que nous sommes au moins deux à aimer ce mot! Et moi je vais essayer de "mâcher" quelque chose sur ces drôles de mondes qu'ouvrent<br /> certains mots... sur ces couleurs que chacun est seul à entendre ou qui, au contraire, résonnent come des choeurs dans l'imaginaire de (presque) tout le monde...<br /> <br /> <br />

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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