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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 10:05

Au nombre des amis que j'attendais en ces territoires nykthiques: Éric Vauthier. Docteur ès-lettres, il est spécialiste de la nouvelle. Mais ses appétits de lecture vont bien au-delà de cette forme littéraire, partent tous azimuts et sont quasi insatiables. Son regard s'allume quand il commence à parler d'un auteur qu'il aime ou d'un livre qui l'a passionné. La transfiguration la plus spectaculaire a lieu quand il se trouve chez un bouquiniste... Outre la petite flamme dans le regard, on voit alors ses mains aimantées par les caisses débordantes ou les rayonnages surchargés commencer à manier d'un geste expert et respectueux chaque ouvrage l'un après l'autre, avec un soin extrême, histoire de ne pas laisser passer le petit bijou qui manque à sa bibliothèque. À la passion de la lecture s'ajoute celle du fouilleur,  du collectionneur aimant par-dessus tout dénicher...
Pour sa première halte en terres ombreuses, il évoque le dernier opus de Claude Bourgeyx.


Passé maître dans l’art du récit-ultra bref dans la lignée de Jacques Sternberg, une de ses principales admirations, l’auteur des Petits outrages et des Petites fêlures nous revient aujourd’hui avec ce qui est sans doute un de ses livres les plus aboutis : Des gens insensés autant qu’imprévisibles. Un recueil de douze fictions plus longues qu’à l’accoutumée, dans lesquelles Claude Bourgeyx accorde davantage d’importance à ses personnages, auxquels le lecteur a enfin le temps de s’attacher… Et ce malgré que, dans cet ouvrage, l’humanité n’ait en général rien de bien aimable ! À travers ces récits, l’auteur s’attache tout particulièrement à dépeindre une galerie d’écrivains plus ou moins ratés, au sort souvent peu enviable. On y croise ainsi, dans "Une œuvre morte dans le ventre", une poétesse précoce qui, acclamée à 10 ans comme un prodige, était retombée bien vite dans l’anonymat. Plusieurs décennies plus tard, elle fait enfin son retour sur la scène littéraire, publie un nouveau recueil qui lui vaut – pour son malheur ! –, d’être invitée dans un talk-show à la mode… Il y a également ce pauvre Albert, dans "Le Vœu de Solange". Pour avoir commis, dans son adolescence, une poignée de poèmes acnéiques, il devra en effet subir tout au long de son mariage le harcèlement incessant de son épouse afin qu’il reprenne la plume…

On retrouve dans ce recueil les exigences de Bourgeyx qui sacrifie tout ce qui pourrait paraître superflu et nuire au rythme et à l’efficacité du récit. Une démarche symbolisée par l’incipit du "Contrat", où l’on peut lire :
À quoi bon planter le décor quand rien d’autre que les personnages réclament l’attention. Inutile de se répandre en descriptions riches d’un vocabulaire engraissé dans le dictionnaire.
Notre auteur au contraire n’a point de cesse qu’il n’ait vu son texte dégraissé, désencombré, sans pour autant sombrer dans le minimalisme, l’indigence. Tout le talent de l’écrivain est ici d’éviter que la sobriété du style ne se transforme en platitude. Pour ce faire, Bourgeyx peut s’appuyer sur une phrase très souple, bien balancée, et un sens aigu de l’image qui fait mouche. On songe par exemple à cette évocation d’une Solange violemment excitée, dont la face de lune pass[e] par tous les quartiers. À cela s’ajoute, chez notre écrivain, un goût assez délectable pour l’humour grinçant et l’absurde qu’il met souvent au service d’une vision critique de la société et de ses dérives. On en a une belle illustration dans "La Balle au front", qui est un petit chef-d’œuvre de férocité, avec son attraction de "tir au pigeon" où les cibles, vivantes, sont puisées parmi les exclus de la cité, chômeurs en fin de droits, étrangers en situation irrégulière, jeunes délinquants.
Au final, Des gens insensés autant qu’imprévisibles constitue une lecture jubilatoire et, en matière de recueil de nouvelles, une des belles réussites de ces derniers mois

Éric Vauthier

Claude Bourgeyx, Des gens insensés autant qu’imprévisibles, Le Castor Astral, collection "Escales des lettres", 2008, 131 p. – 13,00 €.

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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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