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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 09:07

Jamais jusqu’à présent le silence, le grand blanc de l’absence n’avait été aussi long – si long qu’à chaque tentative pour le rompre qui échouait au seuil de l’intention (se résumant à quelques fichiers inachevés fourrés dans un dossier «brouillons», pourvus d’un titre, parfois d’une image et de quelques lignes-fragments n’étant pas même la plupart du temps des phrases complètes), je me disais qu’il avait atteint son point de non-retour et que ce blog allait rester inerte, tel qu’abandonné le 23 avril 2022 quand déjà je signais un constat d’échec – j’y crois et puis j’oublie – et que j’allais me borner à renouveler au moins une fois ma cotisation annuelle afin de le maintenir exempt de publicités jusqu’à ce que je me lasse et laisse ces dernières peu à peu envahir mes pages comme les adventices un jardin négligé.


Laisser là à prendre poussière, cette lente et pesante poussière à valeur de linceul que déposent partout les jours qui filent, sans pour autant se résoudre à supprimer comme on devrait supprimer courageusement ce qui n’est plus utilisé, consulté, contemplé: voilà une ligne de conduite que, hélas, j’applique tous azimuts. Ni entretien qui conserve, ni utilisation qui vitalise, mais l’ineffable rien dont je recouvre les choses en me détournant d’elles afin, sans doute, de m’enivrer de cette illusion que je les tiens, et moi avec elles, à l’écart des corrosions du temps.


Pourtant aujourd’hui, deux jours après m'être acquittée de cet abonnement qui évite à ces Terres la pollution publicitaire, de nouveau je frappe du pied le fond de ces abysses où je me terrais en dormition scripturale depuis tant de mois. Avec cet espoir que je regagnerai durablement la surface, que ce retour sera plus durable que tous les précédents amorcés après chaque désertion qui très vite se trouaient de défections avant de déboucher sur un nouveau désert.

 

Les déserts sont, dit-on, propices à la méditation; l’on s’y retire quand s’impose à soi la nécessité de «faire le point», de «voir clair» dans quelque obscurité existentielle dont pâtit la moindre occupation quotidienne – quand il faut à tout prix se défaire de ce qui empêche. Aujourd'hui, au terme de ces quatre mois muets (muets ici, mais ô combien chaotiques dès lors que je les considère d'un point de vue introscopique...), je me dis qu'ils sont peut-être de la même espèce que ces absences sous lesquelles se jouent les grandes mutations. Car en effet ces Terres insensiblement ont muté depuis leur fondation... Je m'en suis rendu compte il y a presque deux ans (en plein confinement pour être exacte) et ce constat m'a fait couvrir des pages et des pages de ma petite écriture fébrile qui, courant après le sens et tâchant de coller à la pensée qui galope, se hâte sur la ligne sans pouvoir se tenir droite et dont le pas irrégulier ferait dire qu'elle est ivre pour, in fine, s'avérer illisible... j'examinais les probables pourquoi de ces désertions récurrentes mais sans que rien ne se fixe et, pendant ce temps, le désert ici étendait son emprise.

 

La mutation? Celle du basculement vers l'intime. De plus en plus souvent je déposais ici des textes relevant de la seule écriture intime – page de journal, billet d’humeur, coup de gueule ou de cœur… de ces choses que jadis l’on consignait dans un cahier gardé par-devers soi parfois sous clef et qu’aujourd’hui, confondant dialogue intérieur, conversation entre amis et blablatage public, on publie sans vergogne sur le «mur» de son rézosocial préféré… – quand il ne s'agissait, en 2009, que de me ménager un espace d'expression critique, un coin de Toile bien à moi et configuré selon mes goûts où poursuivre cette «écriture sur» à laquelle je m'adonnais (avec délices!) sur d’autres supports. Mais les chroniques se sont raréfiées à fur et mesure que croissait mon impuissance à les écrire et, à proportion, ma propension à scruter mes seuls débats intérieurs dans le chaos desquels je croyais entrevoir des clartés dignes d’être textifiées afin qu’elles fussent fixées et, ainsi, m’éclairassent durablement.


Or cet «écrire-sur-soi», à tenir de plus en plus de place, m’a paru ne plus devoir la tenir, cette place. Car sauf à être artiste – quel que soit le mode d’expression –, c’est-à-dire savoir assez sublimer ses profondeurs et leurs singularités les plus aigües pour que d’autres y puissent retrouver quelque chose d’eux-mêmes, fût-ce une infimité dont ils n’auront pas conscience mais qui rend la vibration possible et sans quoi l’«œuvre» est frappée d’irrecevabilité, «écrire sur soi» revient, me semble-t-il, à de l’exhibitionnisme banal – ce dans quoi je ne veux verser à aucun prix et vers quoi, justement, j’allais tout droit et de plus en plus systématiquement, sous couvert de «paperolles photographiques», d’«épinglettes quotidiennes (ou presque)»… voire plus explicitement, d’«introscopies»…. Tandis que plus un mot ne sortait qui concernât un livre, une pièce de théâtre, une exposition ou une quelconque expérience que j'aurais eu à cœur de partager.


Alors il me faut rompre avec ce fil introspectif, assez mauvais pour que, telle Atropos, je le tranche – non à coups de ciseaux mais de silences prolongés. Que ces quatre mois de désert aient valeur de creuset d’où émergera quelque philosophalité… Et que cela ne reste pas un pieux vœu!

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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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