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27 juillet 2021 2 27 /07 /juillet /2021 12:17

Dix mois de silence - l'équivalent de ce qu'aura duré mon séjour "hors sol" - ma traversée des confinements: là-bas, en terre d'enfance, où je croyais être mieux armée pour supporter ces pelletées de cendre dont on nous a recouverts, décret après décret, depuis mars 2020. Et en effet des choses ont bougé, mes réflexions aiguisées et j'entrevoyais même les raisons profondes qui me tenaient éloignées de ces terres. Oh certes pas la seule "panne du mot juste" (qui est certes un frein d'importance) mais bien plutôt des mutations, des bouleversements dans ce qui pousse à l'écriture et dont je sentais que le fruit n'avait pas sa place ici - ce coin de Toile qu'après plusieurs années de chronniqu'ailleurs, j'entendais assigner à une continuation de la chronique tout en m'autorisant des pas de côté plus introspectifs. Ces derniers ont peu à peu envahi mon espace de pensécriture et, de ce fait, j'en suis venue à ne plus me reconnaître le droit de coucher ces mots ici.

Plusieurs fois j'ai balbutié - des brouillons ont pullulé que je tirais du papier: surtout ne pas me laisser nécroser par l'extinction du mot mort-né... ne pas devenir intérieurement semblable à ce bouton tardif que le gel brutal passé par-dessus un redoux intempestif a figé dans un devenir avorté... mais le silence a eu raison de tous ces frémissements.

Et puis il y eut d'autres cendres, dont l'amertume, l'âcreté, auraient été mois étouffantes s'il n'y avait eu celles dont nous ont gavés l' "exécutif": la mort de maman dont je n'ai su dire rien autre que des pages et des pages de phrases incoercibles, impossibles à littérariser - peut-être parce qu'elles échappent à la "littérature" et ne peuvent, pour moi, que demeurer dans l'ordre de l'intime incommunicable (il faut être écrivain pour savoir sortir de cet antre obscur les mots qui s'y pressent, ce que je ne suis pas). Quelques mois plus tard cet autre décès, de l'éditeur-ami - à travailler pour lui seul pendant dix ans, des liens atypiques, à la fois étroits et très distanciés, s'étaient noués et avec eux une socialité elle aussi atypique, qui s'étendaient aux auteurs que j'ai côtoyés,  une socialité choisie que je vivais comme un insigne privilège. Quelques mots pour lui sont venus néanmoins, qui me paraissaient tenir (et dont on m'a fait savoir qu'en effet ils tenaient). Mais, n'ayant rien su tirer de mes nuits pour toi, maman, comment allais-je m'autoriser, ici à dire les mots pour cet ami? A lui j'ai pu écrire ailleurs fort heureusement. Je veux croire qu'il me comprend (non, je suis sûre qu'il me comprends). Et toi aussi qui ne me liras plus, ne veilleras plus sur mes phrases pour qu'elles soient le moins fautives possibles.

Les nuits sont noires et les lumières qui parfois les trouent ne sont pas toujours de celles qu'on voudrait voir. Mais les-mots-pour-toi viendront. Un jour. Là-bas loin à l'horizon. En attendant ils vivent fort et se meuvent sous tant de regrets qu'il me faudra pousser du coude.

Pour l'heure, la grande affaire étant de vaincre la cinérarité dont je me sens si prisonnière.

 

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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