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31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 12:41

Juillet s’éteint ici, en ces contrées ombreuses, dans le silence, le grand blanc des mots absents ‒ des  vouloir-dire» tombés en poussière frappés d’inanité sitôt advenus à la conscience dans l’immense brouillamini des phrases bousculées se pressant les unes les autres sous le feu des intentions énonciatrices. Comme presque toujours depuis bien des mois, la pensée que je sens se mouvoir dans les chaos foisonnants se désagrège dès que j’essaie de l’en dégager et de ne garder d’elle que la substance vive qui se puisse organiser en «propos» – l’énergie que lui confère le foisonnement mais dépouillée des bruits intempestifs du chaos.

Je pourrais complaisamment imputer cette désertification à la sournoise morbidité qu’ont instaurée les interdits «sanitaires» de cette année 2020. En temps normal, je serais encline à apprécier ces routes calmes où l’on circule en toute fluidité quand, habituellement, elles sont saturées de véhicules, ces lieux touristiques que n’encombrent plus que des foules largement amoindries, ces parkings où l’on se gare sans avoir à chercher longtemps une place disponible… Mais ce calme né d’interdictions en cascade et de restrictions décrétées n’a rien de serein; marqué au sceau de la peur, il résulte de l’insidieuse installation d’une chose intangible qui plane sinistrement, que l’on ne peut ni cerner, ni nommer – à peine peut-on la ressentir véritablement sauf à s’arrêter aux contraintes très concrètes qui affectent la vie quotidienne. Et j’en viens à penser que c’est d’un courant de vitalité dont on est in fine privé, imputable à la disparition de toutes les festivités de masse, interdites partout – auxquelles d’ailleurs je ne participe jamais, n’ayant pas le moindre goût pour les troupeaux humains mais dont je soupçonne, désormais, que ces rassemblements impulsent une énergie globale dont à notre insu nous sommes tous, individuellement, nourris quand bien même nous nous en tenons à l’écart. Avec ces «contraintes sanitaires», l’on a affaire à une raréfaction vitale, à une aridité d’atmosphère – une immobilité générale qui assèche l’âme et les désirs de tous ordres. Mais cet assèchement n’a aucune part dans les désertifications nykthéennes, lesquelles n’ont pour cause que mes propres abîmes et sont en progrès depuis bien avant 2020.

Parfois je sens l'extinction intérieure qui progresse et l'aboulie près de remporter la partie. Ne me sauvent du naufrage que les devoirs à accomplir qui m'engagent envers autrui – mes missions professionnelles au premier chef qui m'empêchent de verser dans l'inaction et dans l'indifférence: elles me tiennent et je ne pense pas que l'on puisse vivre sans se tenir parce que l'on est tenu, la tenue de soi est comme la colonne vertébrale de la vie, la ligne sans laquelle on se disperse et se ténuise. Et puis bien sûr les soins que je dois à mes chats: que serais-je si je négligeais mes compagnons au nom de mes psycho-effondrements... rien de bien reluisant.

Hors de cela je sais que je ne suis pas tout à fait éteinte quand j'ai conscience d'être en posture sinon studiante – éveillée par le surgissement d'un élément inconnu, un mot ou une tournure au détour d'une lecture notamment, je m'efforce de le retenir, d'en découvrir le sens, l'usage, et je lâche la bride aux réticulations, aux émergences involontaires qui ajoutent de l'épaisseur aux données brutes juste apprises – du moins accueillante – être suffisamment ouverte pour recevoir les percepts les plus infimes et m'en émerveiller, par exemple être effleurée par la brusque et fugitive incidence d'un rai de soleil venant frapper le cou vert profond d'un canard glissant sur l'eau alors même que je suis en train de courir le long d'un lac et l'esprit tout à ma foulée. J'écris studiante parce qu'il n'est pas question d'étudier volontairement, auquel cas ce ne serait rien autre qu'une attitude studieuse, mais de scruter sous le coup d'un émerveillement inattendu la chose qui vient me surprendre puis de la laisser se densifier au gré de réflexions, de questionnements, de ressouvenances... la laisser devenir pleinement mienne, épaissie des mille riens dont va l'augmenter ma subjectivité.

Pour clore cela qui n'a plus rien d'introscopique: depuis le 18 juillet, et même un peu en amont, l’espace nykthéen devrait être occupé par le Festival des jeux du théâtre de Sarlat. En avril le programme était mis en ligne car tout était prêt pour que la 69e édition puisse se ternir bien qu’il ait été encore à l’époque impossible de savoir avec un minimum de certitude ce qui «pourrait avoir lieu» et ce qui «devrait être annulé». Jusque fin mai l’espoir a prévalu: des « aménagements » étaient prévus, jusqu’à la suppression des spectacles de la place de la Liberté devant être transposés aux Enfeus afin de respecter des jauges très réduites – et de permettre aux cafetiers et autres commerces de la place de n’être pas empêchés dans leur fonctionnement par l’installation, une semaine durant, de la scène et des gradins. Mais avant la fin mai le message bien sombre du président Leclaire annonçait la mauvaise nouvelle: le festival était annulé. «Rendez-vous en 2021»… L’on veut y croire. Je veux y croire, et ne pas songer aux gouffres qui peuvent trouer les vies de chacun d’ici l’été prochain en sus des catastrophes collectives: pas question pour moi de me montrer plus pessimiste que ceux qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pour que vive ce festival magnifique envers et contre tout et de nuire, par mes ombres portées, à leur volonté farouche de faire vivre l’art théâtral. Et de faire digue ainsi contre la montée de dévitalisation qu'amène la cohorte d'interdites à laquelle on n'a certainement pas fini de se colleter.

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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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