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30 novembre 2019 6 30 /11 /novembre /2019 17:58

Rien, et pourtant cela brasille sous la cendre. Sous la cendre des jours enfuis, qui ne laissent derrière eux que la triste poussière d'un maigre bouquet de faits et pensées faisant de la résistance et persistant in fine à l'état de minuscules indurations sans qu'il y ait pour autant matière à "souvenir" et l'on est alors comme encombré de trous, de lacunes...   des braises ont continué de bruire à petit feu. Des braises-mots, braises-phrases... des moments d'écriture mentale qui, le temps qu'ils étaient vécus, ont mis un peu de lumière dans la morne boue des jours découragés.

Cela d'abord, dont la fulgurance m'a si fort aiguillonnée que je n'a pas su attendre d'avoir sous le stylo de support plus adapté que le sac plastique dans lequel j'avais glissé le livre choisi pour accompagner mes métroportations d'alors:

En novembre les jours ont les yeux humides

Toujours la larme en coin et le regard brumeux

De l'aube au soir

L'or des feuilles y accroche un peu de lumière

Que dispersent à la hâte

Les longs doigts osseux des ramures dénudées déjà nues.

À peine griffonné et, d'emblée, une rature.  Mais avant de passer au stade du "texte fixé" celui-là qui se fige ici même , il se passera assez de temps, et de trajets en métro avec le même compagnon livresque rangé dans un même sac plastique, pour qu'une seconde version soit à son tour gribouillée, puis une troisième esquissée ( = "3 à demi") qui deviendra "troisième mouture"... Entre-temps, cela noté sur la pochette plastique d'un lot de mouchoirs en papier et si vite efface que je n'en retrouve désormais que l'induration mémorielle (avec ce que cela suppose de défiance à son endroit): "conserver tous les repentirs, les ratures, les différents états d'un texte car du sens gît dans ces successions; du sens est à lire dans les modifications que l'on opère et dans la manière dont elles se sont succédé". Je crois qu'il y avait quelque part le mot "repli", et dans la phrase dont je me souviens qu'elle était elliptique, quelque chose qui évoquait  l'aspect d'un textile que l'on  plie sur lui-même plusieurs fois. D'où le numéro "2" écrit en face de cette version que je soumettais à l'épreuve de ma réflexion après avoir estimé que décidément, la fulgurance initiale exigeait des remaniements:

Novembre...

Les jours aux yeux humides passent

Avec leurs airs de deuil - le deuil des morts longtemps après leur fête

Toujours la larme au coin de leurs regards s'étrecissant

Brumeux de l'aube au soir

Percés ici et là de brèves lumières

Qu'allume l'or des feuilles claires encore aux branches comme bagues aux doigts

C'était il y a une quinzaine de jours et sans doute avais-je trouvé cette mouture assez peu satisfaisante pour la laisser là sur son grabat de plastique, en attente d'être arrangée. Ou plus probablement jetée, sans autre forme de sauvegarde, en même temps que le sac quand celui-ci serait trop usé pour continuer de remplir son office de protège-livre. En effet, une troisième version s'étale sur l'espace vierge restant du sac et aller au bout de mon intention initiale, en reprenant plume ici (= illustrer par l'exemple qu'une succession de repentirs fait sens en soi, et qu'un "texte fini" est in-formé par ces successions) impliquerait que je la recopie ci-après. Mais je ne puis m'y résoudre... Non, vraiment... nul besoin de s'attarder longtemps  sur ces gribouillis: la première phrase (Novembre avec pour majuscule initiale la Fête des morts) déjà est d'une insupportable bavardise.... la lire est comme avoir entre langue et palais une bouchée visqueuse d'un mets au goût de n'y-revenez-surtout-pas... Pouah! sans compter qu'il n'y a pas au bout de ces méandres de "texte fini" ayant assez de tenue pour justifier que l'on regarde de près ces minableries afin d'en tirer quelque clarté qui dé-troublerait des profondeurs sublimes...

À bien y réfléchir, le premier jet, amputé de son mot biffé, est celui que je retiendrai. Est du même coup retenu avec lui ce sentiment d'allégresse qui en suivit l'écriture et qui se figea ainsi:
"Quelques mots tracés à la hâte, et voilà sauvée du désastre une journée que menaçait le naufrage"...

 

 

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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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