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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 13:45

Déjà la dernière réunion plamonaise, et ce soir le dernier spectacle autour duquel on ne pourra pas échanger au-delà de la conversation privée entre habitués tardant à quitter les gradins tant il est difficile de s’arracher à ce bain théâtral si hautement stimulant où plonge le festival sarladais… Peut-être un bord de plateau post-représentation? Restons donc à Plamon, dont il faut goûter jusqu’à l’ultime larme les charmes…
 

D’abord de longs échanges autour du spectacle de la veille, Mythologie, le destin de Persée – un remarquable exemple de théâtre minimaliste où deux comédiens tiennent à eux seuls tous les rôles convoqués par un récit entièrement écrit par Laurent Rogero, mais fondé sur les différentes versions du mythe qu’il a pu connaître, notamment à travers les œuvres d’Ovide. Une table basse renversée se fait coffre, puis remise sur ses pieds accueille le repas; de longs rubans lacés autour des pieds et des chevilles valent sandales d’Hermès, une galette de chaise est érigée bouclier d’Athéna… peu d’objets en définitive, la majeure part de la signifiance narrative et symbolique étant confiée aux nombreuses étoffes investies par les comédiens, signes vestimentaires ajoutés à leur tenue noire pour indiquer dans quelle «peau» ils se glissent ou bien figuration d’un élément, naturel ou non. Quelle fête de textures, d’aspects dans les tissus maniés! des voilages diaphanes pour dissimuler Athéna ou simuler la tour où se morfond Danaé, une incroyable tenture que l’on devine en résille épaisse recouverte de bandelettes ébouriffées dont se couvrent les comédiens pour devenir les Grées, «nées vieilles», toutes ridées et n’ayant à elles deux qu’un seul œil qu’elles se cèdent l’une l’autre selon les besoins…

L’imaginaire est sollicité à haute fréquence; c’est un minimalisme qui fonctionne à plein. Bien sûr, quand on a vu l’an passé au Plantier L’Iliade revisitée par Alexis Perret et Damien Roussineau (que j’avais moi-même vu , et adoré, au Lucernaire) la parenté entre ces deux spectacles apparaît de manière fulgurante – outre le «terreau antique» c’est une même confiance faite aux objets les plus ordinaires pour véhiculer du rêve et emmener ailleurs sur la base d’un pacte tacite que des comédiens de talent concluent avec le public (sans savoir si ce dernier signera ou non… ce qui accroît encore leur mérite!)
 

Tout ancré dans la mythologie grecque qu’il soit, ce récit ne se contente pas d’en restituer une page avec le langage d’aujourd’hui; le mythe pluriséculaire est mis à profit pour questionner le présent, de manière très filigrammatique cependant – ainsi la question migratoire se pose-t-elle à la faveur d’une simple réplique mais que l’on retient immédiatement: Danaé et son fils jetés à la mer sont des «migrants sur la Méditerranée» qui ne «sont pas les premiers et ne seront certainement pas les derniers»; quant à Andromède, elle prend sa part au débat sur la féminisation des mots: elle se présente comme «témoin» mais bute, le temps d’un bref monologue, sur ce mot qu’elle voudrait bien employer au féminin – «témouine? Témoignesse??? il faudrait inventer un féminin pour “témoin”!». Des questions que n’importe quel adulte entendra mais qui ne fondent pas pour autant le parti pris narratif car, se définissant comme «spectacle tout public», donc censé toucher des enfants dès l’âge de 8 ans, il vise avant tout à mettre en branle cette «machine à imaginer» que l’on a tous au fond de soi mais tombée en berne chez la plupart des adultes tandis que, chez les enfants, fussent-ils nés avec un écran sous les yeux, elle n’a besoin que de petites impulsions pour s’emballer. Et à en juger par les interventions du public plamonais, le spectacle a formidablement fonctionné à cet égard – des enfants attentifs jusqu’au bout, et ensuite prompts à communiquer leurs émotions, à vouloir en savoir plus.


Rien hélas ne fut dit du spectacle du soir, Intra muros, personne de l’équipe n’étant présent – sans doute sur la route, victime des aléas de transportation qu’ont à subir les gens de théâtre faisant tourner leurs spectacles de festivals en festivals estivaux. L’on put donc, passées les interventions suscitées par Mythologie, le destin de Persée, interroger les organisateurs sur ce qui, du bilan de cette 68e édition, pouvait déjà être dit. Et c’est une collection de bonnes nouvelles: 10% de public en plus par rapport à l’an passé, 616 places supplémentaires vendues; un pourcentage à peu près stable de fidèles – environ 40% ‒ mais davantage de nouveaux venus, dont à peu près 20% ont été amenés dans les gradins par la force de conviction des habitués. Voilà un festival conforté dans ses orientations, et un relatif confort financier qui se profile pour l’année prochaine, d’autant que le maire de Sarlat a assuré le Comité du festival qu’il lui renouvellerait son soutien. Quant à cette 69e édition, elle se prépare – ça bouillonne dans le chaudron, la potion magique commence à prendre: Jean-Paul Tribout a d’ores et déjà repéré et quasi recruté quelques spectacles vus à Avignon, le nom d’Arnaud Denis plane et pour sans doute deux spectacles… et lui-même travaille à deux projets, mais pour lesquels rien de suffisamment concret n’est encore décidé, ce qui ne m’autorise pas à en dire davantage sans l’aval du principal intéressé – je me bornerai à évoquer le nom de Marcel Aymé pour l’un, ceux de Sartre et de Camus pour l’autre, en évitant des dévoilements prématurés qui pourraient s’avérer funestes.


MYTHOLOGIE, LE DESTIN DE PERSÉE
Écrit et mis en scène par Laurent Rogero.
Avec: Laurent Rogero, Élise Servières
Production: groupe Anamorphose
Durée: 55 mn

 

Représentation donnée le dimanche 4 août 2019 au Jardin du Plantier.

 

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