Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 mai 2019 5 10 /05 /mai /2019 11:54

Mais ici le verbe sèche ai-je écrit il y a peu parce que je ne savais plus, en traçant ces mots, comment ordonner ce qui continuait de me mettre en rage. Depuis je suis parvenue à canaliser une petite fraction de mes indignations, et le lest est prêt à être lâché...

Lorsque Marine Le Pen clame en meeting électoral, dans le cadre de la campagne pour les élections européennes, que son parti entend lutter contre les méfaits d’un ultralibéralisme mondialisé et défendre le localisme, les circuits courts, la conversion à l’agriculture sinon «biologique» du moins «raisonnée», le retour des services publics dans les zones rurales, etc. comment n’être pas enthousiasmé par pareilles propositions? N’importe quel altermondialo-écologiste sincère le serait et moi la première. Pourtant, malgré ces colorations programmatiques bien vertueuses il est un point qui devrait inciter à se tenir éloigné du Rassemblent national comme de la peste: Marine Le Pen et les siens n'ont pas hésité, tout récemment, à dérouler le tapis rouge sous les pieds de Steve Bannon, qui a proclamé en public et sous des applaudissements nourris qu’il fallait être fier d’être raciste – qu’il fallait «porter comme un badge d’honneur» les accusations de racisme et de xénophobie qu’on pouvait recevoir… Ce n’est pas autre chose que de l’incitation à la haine raciale. En France, c’est un délit puni par la loi. C’est du moins ce que je croyais. Pourtant, M. Bannon n’a pas été sanctionné pour ses propos ignobles. Il continue à promouvoir, en toute liberté, son suprémacisme blanc ouvertement revendiqué. Mais comment cela est-il possible quand la France, par la bouche de ses dirigeants, persiste à se targuer d’être la «patrie des droits de l’homme» et de traiter tous ses citoyens à égalité sans distinction d'aucune sorte? Certes, Bannon est loin d’être le seul suprémaciste blanc à répandre librement son poison; il a, hélas, de nombreux frères idéologiques un peu partout mais qu’au moins à notre petite échelle nationale, et le touchant lui seul, il y ait eu des sanctions significatives eût été réconfortant. Or rien ne s’est produit. C’est révoltant.
Je ne comprends pas qu’il y ait le moindre seuil de tolérance envers cette idéologie putride dont la propagation ne relève nullement de la liberté d’expression puisqu’elle passe outre les limites que nos lois, fort heureusement, assignent à cette liberté. J'ai envers le supémacisme blanc une indicible répulsion. Et j’espère que tous les contempteurs de l’ultralibéralisme qui pourraient, ne serait-ce qu’un instant, se sentir convaincus par le programme «européen» du Rassemblement national voudront bien se souvenir, avant de glisser leur bulletin dans l’urne, de cet accueil fait à Steve Bannon: il y a d’autres partis et mouvements tout aussi hostiles au libéralisme débridé, qui défendent avec autant d’ardeur le localisme et les circuits courts et qui, eux, n'ont rien à voir avec ce que cet homme représente.

La rage est expulsée. Mais il me faut bien constater, en la regardant bien en face, qu'elle est le fruit d'une radicale intolérance, cela même qui me fait horreur chez ceux qui me hérissent... Car «être tolérant» suppose de l’être totalement, donc envers les plus intolérants, sans quoi l’on est soi-même dans la posture que l’on dénonce. Jusqu’à quel point la tolérance peut-elle donc s’exercer sans accueillir sa propre négation? Question abyssale, qui soulève une bien cruelle aporie que je suis, pour ma part, incapable de dépasser.

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
  • Contact

Aux Manettes...

  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

Recherche

Articles Récents

  • Evanescences
    Revenir à la vie en "écrivant sur"... J'y crois, dur comme fer, dès que j'ouvre un livre. Très vite naissent, plus ou moins fragmentaires, des pensées que je verrai s'infirmer ou se confirmer au fil des pages en tout cas se compléter, s'affiner, se développer...
  • Où donc...
    ... ma façon de lire qui fait foisonner les idées, les mêle d'émotivité et d'intuitions plus ou moins floues puis qui parvient sans trop de peine à organiser tout cela en pensée articulée, toute prête à impulser un geste scriptural suffisamment sûr pour...
  • Retour aux chroniques...
    Enfin... timide retour: le vrai, celui qui signifie des publications assez régulières et consacrées à des livres, des spectacles ou des expositions, s'est amorcé il y aura bientôt un an sur k-libre . Il s'est interrompu depuis plus d'un mois, les ouvrages...
  • Emergence
    Depuis janvier à nouveau le désert, l'immense désert de silence au bord de nuits qui n'en finissent pas d'être ombres profondes, abîmes parcourus de tourmentes malgré ici ou là quelques trouées de lumière qui empêchent l'absolue déréliction de submerger...
  • Inactualité...
    Au printemps 2021, histoire de retrouver un peu d'oxygène mental grâce à l'écriture mais n'ayant plus aucune motivation pour me risquer aux «introspcopies», et pas davantage pour muser en «petites errances», je me suis dit que la meilleure voie était...

Pages