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9 février 2019 6 09 /02 /février /2019 12:53

La nuit

La pluie

Le vent aussi - et le quai vide où le temps glisse et se tait

Lignes de fuite comme celles d'une portée où s'échelonnent les silences

A l'unisson des feux filants

 

 

Samedi 2 février, c. 20 heures, station Créteil-Pointe-du-Lac

J'arrive sur le quai désert; l'atmosphère tout imprégnée d'une averse à peine close. Peu de véhicules sur la route longeant la voie – des chuintements intermittents sur le bitume mouillé et des traînées lumineuses qui les accompagnent. Le noir nocturne bruisse de reflets, de clartés filantes qui dessinent des lignes doublant celles dont les éléments bâtis structurent l'espace. Rien de très passionnant cependant, esthétiquement parlant: les géométries restent confuses car profuses, ce distributeur de boisson qui attire le regard sans qu'on y porte le moindre intérêt – mais il y a ce grand V rouge qui fait écho au feu de signalisation, pareillement rouge, dont la tache ronde se liquéfie en une vague trace un peu brouillée sur le sol lustré de pluie... Je m'y arrête. De là je vois les lignes filer vers un invisible point de fuite. Mais y a-t-il véritablement un parti photographique à tirer de cela? Oui, me semble-t-il: je perçois quelque chose qui me paraît digne d'être fixé. Alors je dégaine mon smartphone, cadre, déclenche... Une seule fois: je suis convaincue d'avoir échoué à capter ce que je sentais – d'avoir raté ma prise de vue. Pas la peine de s'acharner. J'en suis toute dépitée. Pourtant, après coup, en examinant de près l'image enregistrée, je sens que subsiste un peu de ce que j'ai ressenti visuellement. Et en procédant à un léger recadrage pour bien inscrire le départ de deux des diagonales dans les angles, je trouve à cette image un petit air satisfaisant qui me pousse à ne pas la jeter, d'autant que s'y sont associés, au moment même où je déclenchais, les quelques mots lapidaires inscrits à côté de la vignette, eux aussi conservés après avoir été notés à la hâte et qui persistent, une semaine plus tard, à sonner comme étant très exactement sa voix.

Oh certes, pas question de plein agrandissement, et encore moins d'impression sur papier, fût-ce en micro-format: elle offre une trop piètre qualité pour cela, en trop basse définition. Mais à condition de la laisser là, aux dimensions d'une vignette et dans ce seul environnement numérique, elle me semble conserver son «petit air satisfaisant». Je me dois pourtant d'être lucide: s'il n'y avait pas à côté de cette vignette les «mots lapidaires» et ensuite ce texte né aujourd'hui – au fil du clavier! fait suffisamment exceptionnel pour être signalé: du texte qui vient, se maintient, résiste aux relectures... sans avoir été précédé de mille repentirs! – si donc il n'y avait pas ces textes, l'image seule disparaîtrait vite au fond de ces oubliettes où échouent les photos ratées. Des culs-de-basse-fosse largement garnis chez moi...

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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