Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 10:20

Aux amis du 7 juillet...

 

Le 7 juillet dernier j’étais conviée à une soirée amicale qui m’amena aux creux d’un paisible jardin où, sitôt installé dans l’un ou l’autre des sièges accueillants disposés sous le couvert d’un vénérable tilleul, l’on oubliait l’environnement urbain et la chaleur ambiante. Finissant le chemin à pied, je marchais au pas ‒ je n’étais pas en retard et il faisait bien trop chaud pour adopter une allure plus vive ‒, allant donc rue du Buisson les yeux en l’air tel le flâneur méditant qui, lâchant la bride aux tortuosités de l’esprit, s’abandonne au seul voir et laisse son regard flotter sans s’arrêter sur rien. Jusqu’à ce que s’inscrive dans mon champ visuel cette vasque rouillée, perchée au sommet d’un pilier de pierre.

Vue en contre-plongée elle montre sous sa large panse un trou, par lequel s’aperçoit une tache d’azur encombrée de ramures. En même temps que surgissent les mots «La chaise percée du ciel!» (qui n’iront pas au-delà d’eux-mêmes et qui pourtant me plaisent assez pour que je les invite là) s’impose la nécessité de capter cet instant visuel. Je n’ai sous la main que mon Samsung Galaxy, le plus léger des équipements photographiques qui soit en ce qui me concerne, justement celui que je convoque quand il s’agit de fixer un instant visuel dans son plus simple… appareil. La rudimentarité de l’appareil photo de mon smartphone de toute manière ne saurait l’assigner qu’à cela: la captation. Captation et non prise de vue: pour la seconde je prends du temps, du temps long, souvent, pour affiner mes réglages, ajuster le cadrage, modifier l'angle jusqu'à ce que, dans le viseur, s'inscrive dès avant l'appui sur le déclencheur l'image que j'aspire à fixer (à telle enseigne que, dans ma pratique du moins, une prise de vue ne peut en aucun cas être «sur le vif») tandis que la première ne requiert que l'immédiate jonction du geste à la pensée pour peu que j'aie sous la main le matériel adéquat. Le temps de la prise de vue laisse toute latitude à l'instant visuel de fuir, de disparaître et de se dissoudre dans le jamais-plus dont, a contrario, la captation peut le sauver. Captation vs prise de vue: une opposition qui ne recoupe nullement le face-à-face argentique/numérique; on peut très bien capter en argentique et réaliser de savantes prises de vue en numérique; ce n'est pas la différence de moyen technique qui est en question mais celle de la posture devant la chose vue.

Donc, cette vasque rouillée... captée, seulement captée...

Malgré la forte luminosité qui perturbe beaucoup l’aperçu une photo est prise mais sans que je puisse immédiatement la visualiser pour estimer sa qualité. Une seule car la sueur perturbe l’interaction des doigts avec l’écran tactile et je ne parviens pas à renouveler la prise alors que j’aurais aimé réaliser quelques variantes… Mais j’ai eu de la chance: après coup, un examen minutieux me confirmera que le cadrage, la définition, les effets chromatiques sont assez bons pour que l’unique photo me procure une émotion analogue à celle ressentie devant la «chose vue», à cela près qu’on ne voit plus à travers le trou une once de ciel, seule persiste la verdure. Cependant, elle est à mes yeux (et à mon esprit) «réussie».

Quelques heures plus tard, tandis que les hautes lumières inclinent doucement vers un crépuscule transparent, on commence à allumer les photophores – bougies protégées de hauts cylindres de verre eux-mêmes encagées dans de fines structures de bois…  puis, au fur et à mesure que l’obscurité gagne, projecteurs et éclairages électriques d’appoint sont à leur tour convoqués. Posés au milieu des assiettes, plats et raviers garnis de mets sur une table basse dont le plateau est de verre transparent, ces luminaires génèrent toute une fantasmagorie de reflets mouvants ‒ petit à petit je me sens happée; les conversations autour de moi se fondent dans l'ouate et s'y brouillent presque jusqu'au silence. N'existent plus que ces reflets qui dansent tels des insectes euphorisés par la lumière, les flammèches  des bougies, et les nappes que tendent les projecteurs jusques au cœur des branchages dont les lignes se trouvent comme rehaussés d'or. Beaucoup d'images sont à capter, me dis-je, et à nouveau je m'empare de mon smartphone. De toutes les captations effectuées et que je n'ai pas immédiatement supprimées en constatant combien elles étaient ratées il n'en reste que peu qui me paraissent dignes d'être mises en ligne ici à l'appui de ce texte dont je sens qu'il est parfois laborieux.

 

Rien de très spectaculaire; un peu plus avant dans la nuit les branches éclairées dessineront des motifs autrement plus féeriques mais les captations ont été si mauvaises qu'elles ont sitôt faites rejoint la corbeille.

 

 

 

 

 

 

Flammes et reflets...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

... dignes à condition d'être réduites à l'état de vignettes et sans autre destination qu'un écran: leur médiocre définition n'autorise pas autre chose et donc me dispense de toute postproduction dépassant l'allègement de l'image. Pourquoi en effet s'échiner à travailler le contraste, les nuances de ton, à maquiller les éventuels bruits intempestifs qui perturbent la lecture quand l'image est vouée à la seule ornementation d'un texte en ligne? Et puis, s'agissant de captation, la notion même de postproduction devient antinomique: si j'assigne à l'appareil la mission de capter, de saisir une chose vue, il me faut ensuite laisser la photo de celle-ci telle qu'elle a été saisie. Si je retravaille l'image après coup, fût-ce sommairement, une distance se creuse avec le surgissement initial; elle n'est plus la trace subsistante d'une chose vue mais un objet visuel que je m'efforce de conduire vers un nouvel aspect afin de le mettre en adéquation la plus étroite possible avec mon intention esthétique.

Il en va de la captation comme du mot ou de la phrase soudain venu: si l'on veut ne conserver lisible que la manifestation d'une instantanéité dont on se dit qu'elle fait sens par elle-même et en tant que telle il ne faut toucher à rien. Mais si l'on veut de cette instantanéité tâcher d'explorer les méandres afin d'en discerner les racines profondes et les ramures projetées, alors il faut la considérer comme un brouillon, comme une matière brute à remettre sans cesse sur le métier... quitte à ne jamais parvenir au moindre aboutissement, qu'il fût visuel ou scriptural.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
  • Contact

Aux Manettes...

  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

Recherche

Articles Récents

  • Evanescences
    Revenir à la vie en "écrivant sur"... J'y crois, dur comme fer, dès que j'ouvre un livre. Très vite naissent, plus ou moins fragmentaires, des pensées que je verrai s'infirmer ou se confirmer au fil des pages en tout cas se compléter, s'affiner, se développer...
  • Où donc...
    ... ma façon de lire qui fait foisonner les idées, les mêle d'émotivité et d'intuitions plus ou moins floues puis qui parvient sans trop de peine à organiser tout cela en pensée articulée, toute prête à impulser un geste scriptural suffisamment sûr pour...
  • Retour aux chroniques...
    Enfin... timide retour: le vrai, celui qui signifie des publications assez régulières et consacrées à des livres, des spectacles ou des expositions, s'est amorcé il y aura bientôt un an sur k-libre . Il s'est interrompu depuis plus d'un mois, les ouvrages...
  • Emergence
    Depuis janvier à nouveau le désert, l'immense désert de silence au bord de nuits qui n'en finissent pas d'être ombres profondes, abîmes parcourus de tourmentes malgré ici ou là quelques trouées de lumière qui empêchent l'absolue déréliction de submerger...
  • Inactualité...
    Au printemps 2021, histoire de retrouver un peu d'oxygène mental grâce à l'écriture mais n'ayant plus aucune motivation pour me risquer aux «introspcopies», et pas davantage pour muser en «petites errances», je me suis dit que la meilleure voie était...

Pages