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9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 02:57

Je reviens ici comme on pousse la porte d’une vieille maison dont on sait qu’elle est inhabitée depuis des lustres... On s’approche du seuil à pas lents, craignant moins de se trouver menacé par quelque effondrement intempestif que de rompre le sommeil des murs à l’abandon que la végétation enrobe d’un linceul verdoyant et bruissant d’oiseaux – mais, peut-être, sont-ce des fantômes malveillants que l’on redoute de réveiller? On se résout malgré tout à tourner la clé dans la serrure... Elle grince, le pêne joue poussivement, le battant résiste à la poussée – le bois a beaucoup travaillé et les gonds sont rouillés – mais finit par pivoter assez pour permettre le passage. On entre, avec toujours dans ses gestes cette lenteur pleine d’appréhension comme si, de la pénombre poussiéreuse, devaient surgir soudain des cohortes de petits monstres piaillants qui ne seraient rien autre que le chœur sonore de toutes les pensées aranéeuses verrouillées sous le crâne et donnant tout à coup de la voix... mais non: pas un son hors celui du temps qui dort, continue de dormir et de soupirer à petits souffles pendant que l’on respire en même temps que la poussière la senteur des jours chenus, vieillis en fût de mémoire… Et l’on s’obstine à avancer, fût-ce avec une infinie parcimonie. Un pas après l’autre... les lattes du plancher craquent comme des articulations trop longtemps bloquées et, peu à peu, quelque chose mystérieusement se délie qui efface toute hostilité de l’ombre et des meubles que l’on devine blottis en elle sagement rangés, recouverts de housses, de draps protecteurs. L’on s’approche d’eux, prêt enfin à les traiter en simples objets ensommeillés qu’il convient de tirer doucement vers la lumière de l’aujourd’hui au lieu de voir en eux des molosses qui seraient les gardiens terribles de quelque hantise enfouie à grands renforts de refoulements...


Ce matin enfin je décide de ne plus me dérober à cette injonction intérieure – revenir ici mettre des mots en dépôt – qui pourtant n’a cessé de me tarauder tout au long de cette longue désertion Si longue que je ne savais même plus quel avait été le dernier objet d’écriture lâché en ligne ni même quand il l’avait été et, voulant le découvrir, je vois que la date est le 9 octobre, soit deux mois jour pour jour. Deux mois. Jamais encore je n’étais restée éloignée de cet espace si longtemps. D’ordinaire après chaque absence durable j’avais à cœur de la justifier, de lui trouver des raisons jugées sinon «bonnes» du moins «recevables» qui se définissaient presque toujours ainsi : prédation du «travail», esprit obstrué de préoccupations telles qu’elles empêchent de d’aligner trois mots qui fussent «bien écrits» donc dignes d’être étalés ici, accès de lassitude qui ripoline l’humeur au gris brouillard… Maintenant j’entrevois mieux la véritable raison qui me rend si rare en ces Terres que j’ai pourtant créées à ma convenance et de mon propre chef – mieux encore, je sais comment la formuler, ce qui est une manière de la clarifier à mes propres yeux, d’en accroître l’intelligibilité: en ouvrant ce blog en 2009, je le voulais simple prolongation de mon activité de chroniqueuse-littéraire-en-ligne, qui alors m’occupait tout entière dans un cadre collectif (feu lelitteraire.com) et avec laquelle je n’avais nulle envie de rompre mais que je souhaitais exercer avec davantage de liberté – une seule en fait me manquait, celle de m’écarter de la chronique classique pour de «petites errances» sur des chemins de traverse dont me privait l’espace collectif. Mais très progressivement, chroniquer m’est devenu de plus en plus difficile – de fait, comment soutenir alors la légitimité d’une présence en un lieu voué à la chronique littéraire quand justement celle-ci devient difficultueuse puis impossible? je me suis malgré tout entêtée à venir écrire ici mais de pâles choses dont je voyais bien qu’elles viraient à l’introspectif pur, cela même qui, pour moi, n’est destiné qu’à être lu par soi, pas à être mis en ligne sauf à être convaincu que les replis de son intériorité recèlent quelque clef susceptible d’être utile à autrui ou bien que l’on a su leur donner tel visage scriptural qu’ils deviennent par la grâce d’un authentique style des pièces littéraires à part entière (non, je ne suis pas de ceux qui étalent leur quotidien sur leur page Facebook ou twittent à tour de clic ce qu’ils pensent, voient, ressentent, comme jadis on tenait son Journal dans un cahier que l’on prenait soin de dissimuler dans un recoin discret de sa chambre…).
Ne chroniquant plus, et refusant avec toujours la même force de lâcher là ce que me révèlent les scrutations au travers de mon petit introscope personnel qui, elles, m’occupent désormais presque à plein temps, il n’y avait plus rien en moi qui pût être mis en ligne. Et donc… je me suis tue.


Reste… reste que «mettre en mots» continue d’être une joie; que saisir au fil des heures ces signes jaillissant telles des étincelles de deux silex entrechoqués à la croisée des événements et de certaines de mes réflexions qui déclenchent la pulsion scripturale avec assez d’instance pour la pousser jusqu’à l’écriture concrète (jusqu’à ce que le texte soit arraché à sa forme embryonnaire, ces suites de mots effectivement tracées pour fixer la pensée mais laissées à l’abandon sur un lamentable bout de papier à se tortiller piètrement en lignes ondulantes et caractères si mal formés qu’en retrouvant de-ci de-là quelques-unes de ces paperolles bien longtemps après qu’elles ont été noircies, plus rien ne m’est déchiffrable) est une joie.
Alors à quoi bon se mortifier et se priver plus longtemps d’une joie?


Je pousse donc la porte de la vieille maison nykthéenne, bien décidée à y rentrer.

 

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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