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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 09:43

... ou les scories d'une sortie photo ratée – ratage relatif puisqu'il en sort ce qui suit.

Dimanche 8 octobre. La lumière est belle sous les gris en tumulte du ciel parfois liserés d’un mince rehaut de clarté jaunâtre. Le temps est calme, à peine froissé de petites poussées de vent et demeure au bord de l’averse sans que celle-ci tombe vraiment – je me décide à une petite sortie photo à Paris, avec en tête un but bien précis: tâcher de réaliser quelques-unes de ces images pré-pensées qui m’encombrent l’esprit – de longues perspectives de rues vides, ou de ces pathétiques entassements de détritus qui donnent la gale à l’endroit qu’ils engluent… trois heures plus tard, je rentre bredouille, écœurée. Non seulement je n’ai pris aucune photo mais je n’ai rien vu qui approchât d’un peu près l’une ou l’autre de ces images à la recherche desquelles j’étais partie, ni rien qui apparaisse d’emblée «comme une photo à faire et que l’on ne fait pas pour cent mauvaises raisons» mais qui laissera au cœur à la fois un regret, et une image qu’on se décrira encore et encore des mois voire des années durant. Une image qui demeurera vive par la grâce de ce seul récit qu’on se répétera puisqu’il n’y aura plus que ça, du langage, pour en garder une trace concrète. Mais une image-en-mots reste une image, un fruit du voir, ce verbe magnifique rendu si béant par le son de sa diphtongue qu’il devient éminemment mimétique et suggère sitôt prononcé un œil grand ouvert, comme avide de capter tout ce qui passe à sa portée – un verbe ogresque en quelque sorte qui prépare le terrain au regarder, verbe plus lent celui-là et plus fermé, qui prend son temps et s’attarde à explorer ce que le voir lui a offert en pâture…

Mais je reviens à la sortie: bien que sans fruit photographique, elle m’a tout de même prodigué une leçon profitable… Je n'ai donc rien rencontré qui répondît à mes attentes visuelles, conscientes ou non, rien vu non plus qui fût un de ces surgissements impromptus, de ces fulgurances qui accrochent l’œil et le tiennent comme un hameçon se plante dans la gueule d’un poisson, le tiennent jusqu’à ce que l’appareil soit saisi, l’optique braquée et les prises de vue enchaînées… on varie les réglages, les angles, on bouge autant que l’on peut autour de l’objet inscrit dans le viseur comme autour d’une proie, l’on plonge tout entier dans un abîme où plus rien ne se perçoit que cet objet dont on veut fixer photographiquement une petite fraction. On multiplie les prises, chacune forte de sa micro-variante dont l’une finira bien par instiller à l’image-résultat une part décisive de signifiance… Ce temps de captation est abyssal et le traverser un plaisir complexe, qui illumine une journée. Maintenant que je prends le temps d’écrire – de «dé-crire»? – cette sortie, grâce à quoi je décrypte un peu de ce qui s’y est joué – voilà pourquoi «écrire», exprimer par l’écrit une pensée, une émotion, m’est si important et représente l’extrême aboutissement formel du vouloir-dire: ne point parvenir à écrire ce-que-je-veux-dire revient à béer devant une insoluble équation à mille inconnues… ‒ je réalise combien compte cette traversée dans mon attrait pour la photographie. Mais aussi que le plaisir de ce temps d’abîme n’est complet qu’à la condition qu’une image signifiante au moins en émerge…

 

 

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  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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