Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 09:18

Chaque mission de lecture-correction, dès lors qu'elle exige un peu plus que de la simple vigilance et me pousse à effectuer quelques recherches ici ou là qui aillent au-delà de la seule vérification (orthographique, chronologique ou autre...) ressemble à une plongée en apnée: l'attention tout entière concentrée sur le travail à faire s'apparente à cette modulation très particulière du souffle que l'apnéiste doit maîtriser pour pouvoir rester sous l'eau aussi longtemps que le demande le défi qu'il a décidé de relever, un effort qui requiert la totale mobilisation de tout son être. Ne pas laisser l'esprit voguer hors champ, le contraindre à limiter son fonctionnement réticulaire (que je sens devenir de plus en plus luxuriant tandis que je vieillis et que s'accroît la somme de souvenirs et de connaissances que j'accumule, agiles et prompts à surgir à la moindre sollicitation) aux étendues concernées par le texte sur lequel je travaille: voilà à quoi je dois m'attacher avec la plus vive vigilance jusqu'à ce que le "bon à tirer" puisse être donné. Cela confine souvent à une forme de suffocation mentale, inconfortable mais, à certain égards, salutaire car c'est un efficace barrage aux vagues de désespoir ou d'angoisse qui guettent dès lors que se relâche la tension.

Soumise généralement à des délais très serrés, je me trouve privée de la possibilité de laisser "reposer" le texte un jour ou deux après une lecture de "premier contact" afin que mon rapport avec lui se densifie, s'approfondisse - s'intimise assez pour que j'aie réellement le sentiment de le rencontrer et d'être habitée par lui. Or il m'est très difficile d'aborder mon travail de correction en toute bonne conscience si je ne me sens pas parvenue à ce degré de proximité avec le texte qui m'est confié, et je tâche de compenser le manque de temps par une focalisation mentale quasi exclusive - une claustration volontaire, un abandon pleinement consenti à cette "suffocation mentale" évoquée plus haut.

Sans doute trouvera-t-on que c'est là un investissement bien exagéré pour une tâche qui n'est même pas créative - qu'un écrivain, un artiste, se "bullifie" ainsi, soit. Mais une correctrice qui, après tout, est au texte ce qu'une technicienne de surface est aux sols? Qu'est-ce d'autre en effet qu'une correctrice sinon une ouvrière dont l'huile de coude et les détergents (savoir: sa maîtrise de l'orthographe, de la syntaxe, des figures de style, des conventions typographiques, etc.) sont au service d'un composé phrastique auquel elle n'a aucune part mais dont elle doit sentir les beautés avec assez de finesse pour en ôter les poussières sans en détruire la moindre ciselure? Certes cela est minutieux mais n'y a -t-il pas une once d'affectation, voire de prétention, à se retrancher derrière l'extrême soin que ce travail demande afin de s'en servir comme excuse à toutes les dérobades?

Poser cette question les yeux rivés sur le vaste espace en voie de désertification que sont ces terres est en soi une réponse...

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
  • Contact

Aux Manettes...

  • Yza
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

Recherche

Articles Récents

  • Voir ou ne pas voir...Chercher à voir ou pas...
    . .. ou les scories d'une sortie photo ratée – ratage relatif puisqu'il en sort ce qui suit. Dimanche 8 octobre. La lumière est belle sous les gris en tumulte du ciel parfois liserés d’un mince rehaut de clarté jaunâtre. Le temps est calme, à peine froissé...
  • In extremis
    Plus que quelques heures avant que soit irrémédiablement (vous entendez? —diablement! et en effet c’est bien de malignité qu’il s’agit quand s'évoque l'implacabilité du temps passant) consommé ce dernier jour de septembre et rien encore n'a été déposé...
  • Rétro-journal sarladais en ... épisodes
    ÉPISODE 2 Vendredi 4 août18 heures. Dans une heure débutera la représentation au Plantier. La chaleur est écrasante et le ciel d’un bleu obstiné, têtu. Le soleil, à 19 heures, sera encore assez haut pour faire taire les ombres qui pourtant s’allongent...
  • Petite pensée déprimée
    Trouver le chemin qui mène du percept, ou de la pensée, au texte puis en couvrir la distance de bout en bout… cela m’est chaque jour plus difficile. Et je ne fais guère plus que rêver mes phrases au lieu de les écrire – rêvées, encore intangibles, elles...
  • Rétro-journal sarladais en … épisodes
    La 66e édition du Festival des jeux du théâtre de Sarlat s'est achevée le samedi 5 août. Dès le lendemain s'esquissait quelque chose qui semblait bien se tenir au long d'une ligne d'écriture qui ne demandait qu'un peu de constance pour se réaliser en...

Pages