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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 12:40

Jeudi 1er septembre

Le neuvième mois vient de naître au calendrier ce jeudi; une fois de plus la journée aura été torride, le soleil maître sans partage d'un ciel bleu nu. Vers 19 heures l'étreinte de la chaleur est encore puissante et les bruissements d'insectes qu'elle semble aiguiser la rendent, en retour, plus oppressante – étranges osmoses sensitives, relevant sans doute davantage de tortueuses reconstructions mentales assaisonnées à l'imaginaire que de réels phénomènes physiques (encore que la sécheresse de l'air, et sa température élevée, puissent être en effet responsables d'une meilleure propagation de certaines ondes sonores, et donc d'une perception plus aiguë de ces stridulations et autres craquettements). Mais les ombres sont alors suffisamment longues pour recouvrir les quelques massifs de fleurs émergeant du jardin dormant, aujourd'hui enherbé: je puis donc, comme chaque soir ou presque, aller les arroser copieusement sans craindre que de trop ardents rayons viennent ensuite les brûler. Laissant couler l’eau en pluie quelques minutes sur l’un avant de passer à l’autre, j’observe distraitement, toutes pensées flottantes, les voletis d’insectes, la manière dont peu à peu les fleurs écloses se défont, leurs pétales hier encore frais, aujourd’hui racornis et pendouillants …

Soudain mon œil s’arrête sur le mur de la maison qui borne mon regard: son crépi ocre terni au temps qui passe a viré au rouge orangé sous l’effet du soleil couchant qui, à cette heure, alangui à l’horizon, a pris cette indéfinissable couleur profonde et généreuse, où le rouge et le bleu semblent se mêler à l’or diurne sur le point de faiblir pour devenir ce globe juteux comme un fruit mûr. Un vieil arbre aux branches torturées de mousses et de lichens y projette des formes floutées par de légers souffles d’air intermittents – un ballet de corps malingres en sarabande… sans réfléchir davantage, je coupe l’arrivée d’eau, pose le tuyau de caoutchouc et me précipite vers la maison pour y chercher mon Coolpix – ces ombres, cette teinte qui ne durera pas… cela mérite quelques images et je dois agir très vite si je veux saisir quelque chose de ce qui vient à peine de me charmer. C'est à mon compact numérique de sept ans d'âge, et plafonnant à 10 millions de pixels, que je fais appel: le réglage est rapide, la mise au point aussi, la visualisation de ce que je capte instantanée, ainsi est-ce toujours lui que je sollicite lorsqu'une extrême rapidité est requise, réservant de plus en plus mon boîtier argentique aux prises de vue longuement réfléchies, pour lesquelles je peux sans crainte prolonger autant que j'en éprouve le besoin le temps de cadrage et de mise au point – et dont le résultat peut sans me frustrer m'apparaître très longtemps après, parfois à une distance telle que le souvenir même de la prise de vue s'est estompé et me donnant une image non pas à voir mais à découvrir de toue pièce.

Mais il n'était question, là, que d'immédiateté et d'éphémérité. L'argentique n'était pas de mise: je tenais à pouvoir ajuster instantanément ce qui était capté à ce que je souhaitais capter; je n'avais nul désir de laisser se creuser autour de mes photos, le temps que les images en resteraient latentes, le lit des surprises. En quelques minutes une petite dizaine de photos furent prises dont plusieurs furent éliminées sitôt visualisées: il en resta cinq. Cinq qui toutes furent conservées une fois que, sur l'écran de mon ordinateur, je me fus assurée qu'elles conservaient leur netteté une fois agrandies – car la possibilité qu’offre le numérique de voir tout de suite ce que l’on a pris ne met pas à l’abri des déceptions: combien d’images vues magnifiques sur les quelques centimètres carrés de l’écran de l’appareil s’avèrent floues quand elles sont rendues à leur plein format, donc de trop piètre qualité pour aboutir à un tirage acceptable?

En toute logique, j'aurais dû prolonger la spontanéité de mes prises de vue par une mise en ligne brute des images mais un premier geste d'élémentaire postproduction est d'emblée nécessaire pour insérer ici les photos: je dois les réduire, pour ne pas trop freiner l'affichage de la page. Et ce faisant, je n'ai pu m'empêcher de pousser la retouche au-delà de la réduction: toutes ont eu leur contraste légèrement dopé, l'une a été recadrée et, enfin, l'ordre a été modifié, comme si un agencement narratif s'imposait sans que j'en connusse exactement les linéaments – la dernière épinglée ici a été la première prise, et c'est le seul choix dont je puis identifier les raisons: à force de la regarder, je lui ai trouvé une dimension métaphorique qui lui assignait, m'a-t-il semblé, cette place conclusive...

Intantanés instinctifs
Intantanés instinctifs
Intantanés instinctifs
Voilà une photo qui ne supporterait pas d'être agrandie au-delà de la vignette. Pourtant, je la conserve: quelque chose me plaît dans ces branches en coin ayant leur propre ombre pour toile de fond qui me fait oublier l'imperfection technique...

Voilà une photo qui ne supporterait pas d'être agrandie au-delà de la vignette. Pourtant, je la conserve: quelque chose me plaît dans ces branches en coin ayant leur propre ombre pour toile de fond qui me fait oublier l'imperfection technique...

Le geste photographique inclus dans l’image: un cliché du cliché! j’ai bien essayé de l’éviter mais, eu égard à ma position, je ne pouvais pas prendre les ombres que je visais comme je le voulais sans «attraper» au passage mes mains tenant l’appareil. Alors tant pis: j’ai enregistré l’image telle quelle, en me promettant de la recadrer – ce dont je me suis finalement abstenue: en la visionnant, j’eus soudain la révélation que j’avais là sous les yeux la représentation la plus juste de cette «tension vers» qui anime tout effort – et l'amateur sait combien «faire de la photo» en exige…

Le geste photographique inclus dans l’image: un cliché du cliché! j’ai bien essayé de l’éviter mais, eu égard à ma position, je ne pouvais pas prendre les ombres que je visais comme je le voulais sans «attraper» au passage mes mains tenant l’appareil. Alors tant pis: j’ai enregistré l’image telle quelle, en me promettant de la recadrer – ce dont je me suis finalement abstenue: en la visionnant, j’eus soudain la révélation que j’avais là sous les yeux la représentation la plus juste de cette «tension vers» qui anime tout effort – et l'amateur sait combien «faire de la photo» en exige…

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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