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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 18:28

Aujourd’hui on manifeste en masse, une fois de plus, contre la «Loi Travail», le mouvement ne faiblit pas. Que personne ne dise plus que la France est moutonnière: quand la platée de couleuvres servie est vraiment indigeste, on la vomit. Et quand on vomit ce genre de mets, les haut-le-cœur sont toujours violents. Je découvre, ce soir, que la manifestation comme presque toutes ses pareilles a «dégénéré», avec son lots de blessés, d’interpellés – et de discrédits jetés sur ses mots d’ordre qui n’ont vraiment pas besoin de ça…

Je n’étais pas dans le cortège mais à quelques rues de là: je musais du côté de Saint-Michel, que j’avais rallié d’une brève métroportation d’à peine une heure. J’y étais comme sur une autre planète où ne séviraient ni les débordements violents, ni les massacres, ni le terrorisme: à côté il y a la Seine qui a rejoint son lit, Notre-Dame et ses longues, longues files de touristes, le square Saint-Julien-le-pauvre et ses charmilles de rosiers odorants, son robinier vénérable de plus de 400 ans d’âge qui ne survit plus guère que par ses innombrables et vigoureux rejets («tous liés entre eux» précise le cartel comme pour affirmer qu’en dépit de ses maigres restes d’origine, le robinier du XVIIe siècle est toujours bien présent…) Par bribes, un soleil livide tente une percée entre les nuages.

Je vais sans hâte, pensées absentes – le regard accroche d’autant mieux à ces menues choses autour desquelles, sitôt vues, des mots s’agrègent.

Un autocollant plaqué à la pointe de l’une aile d’une des chimères de la fontaine Saint-Michel, dont un coin se décolle comme pour répondre à la forme courbe que l’on a donnée au bronze. Dessus on lit «RÊVE GÉNÉRALE»

rave-grève… unies pour appeler au rêve et le faire, dans la foulée, changer de genre… Décidément, on a encore le sens des slogans contestataro-festifs. Peut-être pour empêcher d’oublier que l’utopie est au coin de la rue, qu’on peut la faire advenir dans la joie et la fraternité, malgré que l’heure soit aux violences et aux crimes atroces. Deux mots et tant est dit…

Un peu plus loin, un duo joyeux de musiciens de rue – un grand mince avec sa guitare, un plus petit et trapu, avec son ukulélé – entonne une ballade anglo-saxonne aux accents dylaniens. À leurs pieds, les housses de leurs instruments ouvertes pour recueillir les oboles, et un carton de fortune, pas très bien découpé, où des mots dessinés plus que tracés en appellent à la générosité des passants pour qu’ils puissent s’offrir une Ferrari («en anglais dans le texte»). Je ne m’arrête pas pour les écouter, ni pour leur donner l’un des euros dont ils attendent que le cumul leur permettra de s’acheter la Belle Rouge, mais de les avoir vus me fait sourire et m’allège l’âme – comme si une bouffée de vent s’y était un instant engouffrée pour l’emporter aux cimes…

En marchant je pensécrivais en pointillés, au rythme de mes pas nonchalants, trouvant au détaché des mots qui se présentaient un indicible charme, celui de l’allégresse. Et là, face au clavier, une nécessité de reconstruction s’impose; la forme effectivement écrite telle que je la concrétise réduit à néant cette nonchalance à grandes trouées qui fonctionnait si bien confinée à la pensécriture…

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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