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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 17:55
Diapason météorologique

[C'était hier déjà; l'euphorie causée par le surgissement, au creux des instants, d'une écriture perçue comme juste en sa toute première forme n'a pas résisté à mes sempiternelles hésitations face aux mots réellement actualisés, et l'inscription de ceux-ci dans le "moment présent" qui conférait l'essentiel de sa saveur à cette brève s'est dissoute de facto. Ne subsiste ici que l'artifice "littéraire" d'une reconstruction a posteriori de l'immédiateté par l'usage du présent.]

Un léger tapotis sur les volets clos me signale qu'il pleut ‒ une main tendue au-dehors une fois la fenêtre ouverte me précise que ce n'est pas tout à fait de la pluie, juste une bruine dense que des bourrasques de vent éparses rendent sonore. Ce n'est pas assez pour me dissuader d'aller courir et, dès les premières foulées, je me félicite de ma décision: je sens le déroulé fluide et agréable, l'accélération s'impose d'elle-même et tout naturellement l'allure augmente pour s'installer dans une allègre régularité. Je trouve dans cette régularité vive une intense satisfaction qui ne m'incite pas à rechercher la performance ni même les pointes de vitesse ‒ les profondes inspirations qui me donnent l'impression d'être tout entière en osmose avec l'air ambiant, froid et humide, suffisent à mon bien-être. Comme j'en ai l'habitude lorsque je cours, mes pensées prolifèrent mais, ce matin, leur discursivité est moins désordonnée. Et sans que je fasse aucun effort de réflexion particulier, je commence à écrire mentalement une lettre de condoléances en brouillon depuis tant de semaines qu'il devient indécent de ne pas l'envoyer.

Curieusement je sens que je vais au-delà des bribes: les mots, puis les phrases se succèdent aussi aisément que je cours, forment peu à peu une suite cohérente et juste, puis le texte s'épure jusqu'à ce qu'un ensemble satisfaisant soit achevé. En même temps, l'averse qui s'était substituée insensiblement à la bruine marque le pas; au ras de l'horizon le soleil levant déchire les nuées d'une échancrure blême... Le ciel claircit, la pluie continue de rapetisser jusqu'à s'interrompre ‒ ma lettre est prête, et ma séance d'entraînement touche à sa fin.

Il n'est pas rare que ma pensée, d'ordinaire profuse et brouillonne ‒ surtout lorsqu’elle s'emballe au gré de mes courses ‒ s'éclaire en simultanéité avec un subtil mouvement du ciel qui, obstrué, devient limpide, ou du vent qui, tempétueux, d'un coup s'apaise mais, en général, cela ne dépasse pas la trouvaille d'un mot ou d'une brève solution rédactionnelle à un problème qui me taraude. Mais que la lueur irradie ainsi un texte entier... j'en suis encore tout étonnée. Il me faut cependant convenir qu'une fois jetée sur le papier, la lettre que plus tard j'ai cachetée était assez différente de son patron mental. Elle n'en fut pas moins écrite aussi fluidement que son modèle était venu.

Plus curieux encore: tandis que la lettre elle-même prenait forme au rythme de mes foulées s'est esquissé en ombre portée le commentaire de cette élaboration scripturale ‒ une sorte de glose "en temps réel" sur le fonctionnent de la pensée où le descriptif des sensations se taillait une belle part. Et j'ai tout de suite été certaine que ce discours second, lui aussi fluide et allègre, ne se réduirait pas en poussière au terme de l'épreuve de concrétisation.

Le résultat est là....

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  • : Terres nykthes
  • : Ce blog au nom bizarre consonant un rien "fantasy" est né en janvier 2009; et bien que la rubrique "archives" n'en laisse voir qu'une petite partie émergée l'iceberg nykthéen est bien enraciné dans les premiers jours de l'an (fut-il "de grâce" ou non, ça...) 2009. C'est un petit coin de Toile taillé pour quelques aventures d'écriture essentiellement vouées à la chronique littéraire mais dérivant parfois - vers où? Ma foi je l'ignore. Le temps le dira...
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  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui
  • Entre littérature et arts visuels, à la poursuite des ombres, je cherche. Parfois je trouve. Souvent c'est à un mur que se résume le monde... Yza est un pseudonyme, choisi pour m'affranchir d'un prénom jugé trop banal mais sans m'en écarter complètement parce qu'au fond je ne me conçois pas sans lui

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